‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 61 sur 147 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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plus niùre réflexion, être considérées comme plus a[»parenlos que réelles. La vérité est qu'il en est ainsi, et (pie Louis et Guillaume le savaient aussi bien Tun que l'autre.

Naples et la Sicile formaient un noble royaume, fertile, populeux, jouissant d'un climat délicieux et admirablement situé pour le commerce. Si un semblable royaume eût été contigu à la Provence, c'eût été une formidable addition à la monarchie française; mais un coup d'œil jeté sur la carte aurait dû suffire pour détromper ceux qui s'imaginaient que le grand antagoniste de la maison de Bourbon pouvait avoir la faiblesse de mettre les libertés de l'Europe aux pieds de celte maison. En acquérant des territoires dans le sud de l'Italie, un roi de France se serait véritablement mis dans l'obligation de maintenir la paix, car aussitôt qu'il aurait fait la guerre à ses voisins, ces territoires lui eussent été indubitablement plus nuisibles qu'utiles. C'étaient comme autant d'otages à la merci de ses ennemis. Il serait facile de les attaquer, presque impossible de les défendre. Une armée française envoyée par terre à leur secours aurait eu à forcer le passage à travers les défilés des Alpes, à travers le Piémont, la l'oscane, les Etats-Pontificaux, malgré la résistance l)robable de grandes armées allemandes. Une flotte françai^e courait le risque d'être interceptée et détruite par les escadres de l'Angleterre et de la Hollande. Louis se rendait parfaitement compte de tout cela. Il déclara maintes fois qu'il considérait le royaume des Deux-Siciles, comme une scurce, non de force, mais de faiblesse* Il l'accepta enfin en murmurant; il paraît

avoir eu l'intention d'en investir l'un de ses petits-lils, et il l'eût sans aucun doute échangé avec joie contre un territoire trente l'ois moins considérable dans les Pays- Bas '. Mais l'Angleterre et la Hollande étaient décidées à ne rien lui céder de ce coté. Ce qu'il obtenait réellement en Italie n'était guère qu'un splendidc apanage pour un cadet de sa maison. Guipuscoa était donc le véritable prix moyennant lequel la France consentait à ce que le prince électoral da Bavière devint roi d'Espagne et des Indes. Bien que peu étendue, la province de Guipuscoa était sans contredit une acquisition précieuse, et au point de vue militaire elle était d'une grande importance; mais Guipuscoa n'était pas dans

* J'extrais des dcpêclies de Louis à Tallarl trois ou quatre passager qui montrent que la valeur du royaume des Deux-Siciles était très-jus- Icmcnt appréciée à Versailles: — « A l'égard du royaume de Naples et de Sicile, le l'oi d'Angleterre objectera que les places de ces Etals entre mes mains me rendront maître du commerce de la Méditerranée. Vous pourrez en ce cas laisser entendre comme de 'vous-même qu'il serait si difficile de conserver ces royaumes unis à ma couroime, que les dépenses nécessaires pour y envoyer du secours seraient si grandes, cl qu'autrefois il en a tant coûté à la France pour les maintenir dans ^n obéissance, que vraisemblablement j'établirais un roi pour les gouverner, et que peut-être ce serait le partage d'un de mes petits-fils qui voudrait régner indépendamment. Aoùl J^ 1C98. »

— « Les royaumes de Naples et de Sicile ne peuvent se regarder comme un partage dont mon fils puisse se contenter pour lui tenir lieu de tous ses droits. Les exemples du passé n'ont que trop appris combien CCS États coûtent à la France, le peu d'utilité dont ils s«nl pour elle, et la difficulté de les conserver. 10 mars 1095. » — «Je considère la cession de tes royaumes comme une source conlinuelle de dépenses cl d'embarras, il n'en a que trop coûté à la France pour les conserver, et l'expérience a fait voir la nécessité indispensable d'y entretenir des troupes et d'y envoyer incessanmient des vaisseaux, et combien toutes ces peines ont été inutiles. 24 mai 1098. » — Il serait facile de citer d'autres passages dans le même sens, mais ceux-ci suffisent pour justifier ce que j'ai dit dans le Icxlc.

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les Pays-Bas. Guipuscoa ne ferait pas de Louis un voisin dangereux pour l'Angleterre ou pour les Provinces-Unies, et si le trait«> venait à être rompu, si le vaste empire espagnol était disputé et morcelé par les races rivales de Bourbon et d'IIapsbourg, n'était-il pas possible , n'était-il pas probable que la France étendrait sa main de fer non-seulement sur Guipuscoa, mais encore sur le Luxembourg et Namur, sur le Hainaut, le Brabant et Anvers, sur la Flandre orientale et la Flandre occidentale? Etait-il certain que les forces réunies de tous ses voisins suffiraient pour lui faire lâcher prise? N^était-il pas certain que la lutte serait longue et terrible? Enfin les Anglais et les Hollandais ne s'estimeraient-ils pas heureux si, après bien des combats sanglants et désastreux, le roi de France était forcé de signer un traité, le même mot pour mot qu'il était prêt à signer sans y être contraint?

Guillaume, qui s'en remettait entièrement à son propre jugement, n'avait pas encore dans tout le cours de cette importante négociation demandé l'avis ou employé le service d'aucun ministre anglais. Mais le traité ne pouvait être définitivement conclu sans la coopération de l'un des secrétaires d'Etat et de celui à qui était confié le Grand-Sceau. Portland fut chargé d'écrire à Vernon. Le roi écrivit lui-même au chancelier. Somers fut autorisé à consulter ceux de ses collègues qu'il jugerait dignes de celte confiance, et on le pria de donner son opinion sur l'arrangement projeté. Si cette opinion était favorable, on ne perdrait pa^ un jour. Le roi d'Espagne pouvait mourir d'un instant à l'autre, et il était difficile de croire qu'il vécût jusqu'à

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