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170 REGNE DE GIIL1,AUME III.
riliver. De pleins pouvoirs devaient (Mre envoyés à liOo, scellés d'avance, mais avec des blancs pour la signature des plénipotentiaires. Le secret le plus absolu devait être observé, et l'on devait avoir soin que les secrétaires cbargés de rédiger 'les documents nécessaires ne se doutassent pas de l'importance du travail.
La dépêche de Loo trouva Somers éloigné de tous ses amis politiques, et presque hors d'étal, par suite de ses infirmités et du traitement qu'il suivait, de vaquer aux affaires sérieuses. Epuisé par les travaux et les veilles de ])lusiours mois, sa tète se ressentait douloureusement des premiers effets des eaux ferrugineuses. Néanmoins il surmonta ses souffrances et entra promplement en communication avec Sbrewsbury et Oxford. Montagne et Yernon vinrent conférer avec lui à Tunbridge-Wells. L'opinion des hommes d'État à la tète du |)arti whig fut transmise au roi dans une lettre qui, peu de mois plus tard, fut déposée aux archives du Parlement. Ces houmies d'État partageaient entièrement le désir de Guillaume, de voir la question de la succession d'Espagne promptement et pacili(piement résolue. Ils craignaient que si Charles venait à mourir avant la solution de cette question, l'immense pouvoir du roi de France et la situation géographique de ses États ne lui facilitassent les movens de s'enq)arer immédiatement des parties les plus inqiortanles du grand héritage. Ouant à savoir s'il se hasarderait à prendre une mesure aussi hardie, et, le cas échéant, s'il y avait sur le continent un gouvernement possédant le courage et les moyens de lui résister, celait des questions au sujet
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desquelles les ministres anglais soumettaient, avec une sincère déférence, leur opinion à celle de leur maître, qui, mieux que personne, connaissait les intérêts et les dispositions de toutes les cours de l'Europe. Mais il y avait mi point important qu'on ne devait pas oublier, et sur lequel ses sujets étaient probablement mieux inl'ormés que lui : le caractère de leur propre nation. 11 était de leur devoir, écrivait le Chancelier, de prévenir Sa Majesté que, dans les récentes élections, l'opinion publique s'était manifestée d'une manière toute différente de celle à laquelle on s'était attendu. On ne pouvait se méprendre sur la nature de ces sentiments. L'énergie qui avait soutenu la nation pendant neuf ans d'efforts et de sacrifices semblait éteinte. Le peuple était las des taxes; la pensée de la guerre lui était odieuse. Comme, dans de semblables circonstances, il ne serait pas facile de former une coalition capable de résister aux prétentions du roi de France, il était à souhaiter qu'il fût amené à renoncer à ses prétentions, et il n'était pas à présumer qu'il y renoncerait sans s'assurer une large compensation. Les ministres approuvaient donc cordialement les principes du traité de Loo ; mais, quant à savoir si les articles de ce traité étaient ou n'étaient pas trop favorables à la maison de Bourbon-, et si cette maison les observerait lidèlement, Somers donnait délicatement à entendre que ses collègues, comme lui, éprouvaient quelques doutes. Ils craignaient que Louis ne les trompât. Ils craignaient aussi que, une fois en possession de la Sicile et de Guipuscoa, il ne se rendit maître du commerce du Levant, et ne voulût, au premier moment,
* pousser une armée jusque dans le cœur de la Castille. Mais ils s'étaient rassurés à la pensée que leur souverain comprenait parfaitement toute la politique étrangère, qu'il avait étudié attentivement toutes les chances, (ju'il n'avait négligé aucune précaution, et enfin que les concessions qu'il avait faites à la France étaient les seules qui pussent conjurer les dangers qui menaçaient la chrétienté. Le chancelier ajoutait que le service c[ue Sa Majesté avait rendu à la maison de Bavière lui donnait le droit d'exiger quelque chose en retour. Seraitce trop d'attendre de la reconnaissance du prince, qui serait hientôt un grand roi, quelque adoucissement au système rigoureux qui fermait les colonies espagnoles au connuerce anglais? Une semblable mesure rendrait Sa Majesté encore plus chère à ses sujets.
Le Chancelier soumit ces considérations au roi en lui envoyant les pleins pouvoirs qu'il avait demandés. Vernon rédigea ces pleins pouvoirs de sa propre main et les scella de manière qu'aucun fonctionnaire subalterne ne pût pénétrer le secret. Des blancs furent laissés, suivant l'ordre du roi, pour la signature des deux commissaires, mais Somers donna à entendre qu'il serait convenable que ces blancs fussent remplis par les noms de personnes, sinon Anglaises de naissance, du moins naturalisées, et qui seraient, par conséquent, responsables vis-à-vis du Parlement.
Le roi avait donc obtemi ce qu'il attendait d'Angleterre. La j)olitique méticuleuse des Dataves lui suscita (|uelques diflicultés, mais elles cédèrent toutes à son autorité et à riinbil(>té de Heinsius. A dire vrai, le traité ne pouvait être «pie favorablement envisagé par