CHAPITRE II
les États-Généraux, car il avait été soigncnsoment clal)oré dans le but spécial d'empêcher la France d'augmenter son territoire ou son influence du côlé des Pavs-Bas ; et les Hollandais, qui se souvenaient de l'année désastreuse où Louis avait dressé ses tentes entre Utrecht et Amsterdam, furent enchantés de voir qu'il n'allait pas ajouter une seule forteresse aux possessions qu'il avait dans leur voisinage. Ils étaient tout disposés à acheter cet avantage au prix de provinces entières au delà des Pyrénées et des Apennins. La sanction du gouvernement fédéral et du gouvernement provincial fut aisément et promptement obtenue. Le traité fut enfin signé dans la soirée du 4 septembre 1G98... Guillaume s'était conformé à la suggestion de son Chancelier par rapport aux blancs laissés dans les pleins pouvoirs anglais, et les avait remplis par les noms de sir Joseph Williamson, ministre à la Haye, Anglais de naissance, et de Portland, naturahsé Anglais. Le grand Pensionnaire et sept autres commissaires signèrent au nom des Provinces-Unies. Tallart seul signa pour la France. H paraît s'être enorgueilli outre mesure de l'issue heureuse en apparence de la négociation à laquelle il avait pris une si grande part, et dans sa dernière dépêche à Louis il parlait de ce traité comme du plus important qui eût été conclu depuis plusieurs siècles.
Guillaume aussi fut satisfait, et il avait sujet de l'être. Si le roi d'Espagne était mort, comme tout le monde s'y attendait, avant la fin de l'année, il est trèsprobable que la France aurait été fidèle à ses conventions avec l'Angleterre et les Provinces-Unies, comme
174 REGNE DE GUILLAl'ME III.
il est presque corlain que, dans ce cas, le traité eût été exécuté sans rencontrer d'opposition sérieuse d'aucun côté. L'Empereur aurait pu se plaindre et menacer, mais il aurait bien fallu qu'il se soumît : que pouvait-il faire? Il n'avait pas de flotte; il lui était par conséquent impossible d'essayer même de s'emparer de la Castille, de l'Aragon, de la Sicile et des Indes contre la volonté des trois plus grandes puissances maritimes du inonde. Parle fait, la seule portion de 1 empire espagnol qu'il put espérer de prendre et de retenir par la force, malgré l'opposition des confédérés de Loo, était le Milanais, et les confédérés de Loo étaient convenus de l'assigner à sa famille. Il est peu probable qu'il aurait eu la folie de troubler la paix du monde quand la seule chose qu'il i)rit gagner par la guerre lui était offerte de bonne grâce. Les Castillans auraient été sans doute mécontents du démembrement du colosse dont ils étaient la tête; mais ils se seraient apercjus que la résistance leur ferait plutôt perdre les Indes que conserver Guipuscoa. Quant à l'Italie, il ne leur était pas plus possible d'y faire la guerre que dans la lune. Ainsi la crise qui avait paru devoir amener une guerre européenne de dix ans n'aurait jirod\iit (pie quebpies manifestes et quelques notes di|)lonialiques pleines d'aigreur.
Les monarcpies confédérés désiraient cpie leur pacte restât secret tant que leur frère Charles vivrait, et il est probable qu'il en aurait été ainsi s'il n'eiit été communi(pié qu'aux ministres anglais et fran(;ais : mais les institutions des l*roviiicos-rnies se prêtaient peu aux mesures secrètes. Il avait ('té nécessaire de se confier à