‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 65 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

une folie insigne de sa part de lutter sur terre contre toute l'Europe occidentale, et il lui était matériellement impossible de faire la guerre sur mer. Guillaume put donc, durant quelques semaines, se complaire dans 1 agréable conviction qu'il avait par sa prudence et sa fermeté sauvé le monde civilisé d'une guerre générale qui paraissait imminente, et qu'il s'était assuré le puissant concours de la famille des nations contre l'injuste prééminence d'un Etat trop puissant.

Mais le plaisir et l'orgueil avec lesquels il contemplait le succès de sa politique étrangère faisaient place à des sentiments très-différents aussitôt qu'il avait de nouveau affaire à nos factions domestiques. Il faut que ceux qui révèrent le plus sa mémoire reconnaissent qu'à l'égard de ces factions il ne montra pas alors son habileté accoutumée. Ce sage politique semble ne pas avoir compris combien on peut blesser par le manque de courtoisie dans les petites choses. Ses ministres l'avaient informé que le résultat des élections n'avait pas été satisfaisant et qu'il faudrait user de beaucoup de ménagements avec les nouveaux représentants de la nation. Malheureusement il ne tint guère compte de cet avis. Il avait, par une ordonnance royale, fixé au 29 novembre l'ouverture de la session. C'était une époque considérée comme très-tardive, car la saison de Londres commençait alors avec la Saint-Michel. Et même, pendant la guerre, il était rare que le roi n'eût pas reçu les félicitations de ses fidèles membres de la Chambre des lords et de la Chambre des communes le 5 novembre, double anniversaire de sa naissance et de son mémorable débarquement. Les nom-

178 liÈGNE DE (lUlLLAlME III.

hreux membres de la Chambre dos commmies venus :i Londres, ayant toute la disposition de leur temps, formèrent des cabales et s'excitèrent les uns les autres par leurs murmures sur la partialité de Guillaume pour son pays nalal. 11 s'était rendu en Hollande, disaient-ils, aussitôt qu'il l'avait })u. Tl restait en Hollande aussi longtemps qu'il le pouvait. Co qu'il y eut de pire encore, c'est que le 29 novembre arriva sans que le roi fut do retour. H fallut que les Lords-juges fussent chargés de proroger le Parlement. Jusqu'au 0 décembre le délai dut être justement imputé aux vents contraires; mais les mécontents demandèrent, non sans raisou. si Guillaume ne savait pas qu'il souffle souvent des vents d'ouest dans l'océan Germanique, et si lorsqu'il avait convoqué les Etals du royaume il n'aurait pas dû s'arranger de manière à ce qu'à moins d'une fatalité imprévue rien ne l' empêchât de se trouver à Londres poui le jour solennellement indicjué.

Co fut ainsi que la mauvaise humeur, que la plupart des législateurs nouveaux avaient ai)portée de leurs provinces, s'envenima de jour en jouf juscju'à ce qu'ils entrèrent eu fonctions. Ino (juestion fut vivouiont agitée dans cet intervalle : qui serait le président do la Chambre? Les membres de la Junte désiraient que le fauteuil fût occupé par sir Thomas Littlelon.Cétait un de leurs amis les plus capables, les plus zélés et les plus formes. Il avait été, tant à la Chambre des communes <|ue dans les bureaux du Trésor, un appui inestimable pour Montagne. 11 y avait vraiment lieu de s'attendre ;'t ime forte opposition. Le fait que Littloton était un A\ hig était une puissante objection aux yeux des Tories, of

Page 1