CHAPITRE II
dispositions des Communes étaient telles, que, si un haut fonctionnaire demandait ce que Sa Majesté jugeait nécessaire, il y aurait assurément une violente explosion. La majorité irritée voudrait probablement licencier tout ce qui restait de l'armée, et le royaume resterait sans un seul soldat. Cependant Guillaume se refusait à croire que le cas fût aussi désespéré. 11 prêta trop facilement l'oreille à quoique conseiller secret, — Sunder- Innd, selon toute probabilité, — qui accusait ]\[onlague et Somers de lâcheté et de manque de sincérité. On disait tout bas au roi qu'ils avaient une majorité toutes les fois qu'ils en avaient réellement besoin. Ils tenaient à placer leur ami Littleton dans le fauteuil du président, et ils avaient atteint leur but triomphalement. Ils ne réussiraient pas moins bien à f-îire voter un établissement militaire suffisant, si l'honneur de leur maître et la sûreté de leur pays leur étaient aussi chers que les intérêts insignifiants de leur faction. C'est en vain qu'on dit au roi, ce qui néanmoins était parfaitement vrai, que par aucun artifice, aucune éloquence, on ne pourrait amener la moitié des membres qui avaient voté pour Littleton à voter pour une augmentation do l'armée de terre. Pendant que Guillaume pressait ses ministres de résister énergiquement au préjugé populaire, et qu'ils lui représentaient respectueusement que, en agissant ainsi, ils ne feraient que rendre ce préjugé plus fort et plus dangereux, le jour fixé par les Communes pour délibérer sur le discours du roi arriva. La Chambre s'organisa en comité. La grande question fut aussitôt soulevée : « Quelles mesures seraient adoptées pour la défense du rovaume? » On s'attendait naturel-
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Icmont à ce que les conseillers privés de la couronne proposassent quelque chose. Comme ils gardèrent lo silence, llarley prit l'initiative, qui aurait dû leur appartenir, et proposa que l'armée ne dépassât pas sept mille hommes. Sir Charles Sedley en demanda dix mille. Yernon, qui était présent, fut d'avis que ce chiflre eût été accordé s'il avait été proposé par une personne qu'on aurait pu croire parler au nom du roi : mais peu de memhres se soucièrent de soutenir un amendement qui devait forcément être moins agréable à leurs commettants, et qui ne paraissait pas l'être plus à la cour que la motion primitive. La proposition de llarley fut renvoyée au comité. Le lendemain elle fut rapportée et adoptée. La Chambie déclara aussi que les sept mille hommes qu'on conserverait devaient être Anglais de naissance. D'autres votes furent adoptés sans la moindre opposition, soit dans le comité, soit quand la niasse présidentielle était sur la table.
L'indignation et le déplaisir du roi furent extrêmes. Il était mécontent de l'opposition, des ministres, de toute rAngleterre. La nation lui scndjiait sous 1 empire d'une fatale illusion : s'aveuglant sur des dangers que sa sagacité plus éclairée lui montrait comme véritables, imminents et formidables, et redoutant des dangers que sa conscience lui disait n'être pas réels. Les intraitables insulaires étaient disposés à confier tout ce qu'ilsavaientde pins précieux, leur indépendance, leurs propriétés, leurs lois, leur religion, à la modération et à la bonne foi de la France, aux vents et aux vagues, à la fermeté et à l'iiabileté de bataillons de laboureurs connnandés par des g(>ntillàtres, et cependant ils crai-