‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 68 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

gnaient de lui confier les moyens de les protéger, de peur qu'il n'employât ces moyens à la destruction des libertés qu'il avait sauvées d'un danger extrême, qu'il avait affermies par de nouvelles sécurités, qu'il avait défendues au péril de sa vie, et qu'il n'avait jamais violées depuis le jour de son avènement. Il était attaché, et non sans raison, à sa troupe bleue de la garde bollandaise. Ce régiment d'infanterie avait servi sous ses ordres pendant bien des années, et s'était éminemment distingué par son courage, sa discipline et sa fidélité. Le premier de son armée il était entré au mois de décembre i68<S dans la capitale anglaise, où il avait reçu l'importante mission d'occuper ^Vliiteball et de garder la personne de Jacques. Dix-huit mois plus tard, la garde bleue avait été la première à se plonger dans les flots de la Boyne. La conduite de ses vétérans n'avait pas été moins exemplaire dans leurs quartiers. Le vote qui demandait que le roi les congédiât, simplement parce qu'ils étaient ce qu'il était lui-même, lui parut un affront personnel. Il s'imaginait que ses ministres auraient pu éviter tous ces ennuis et tous ces scandales, s'ils avaient eu plus de sollicitude pour son honneur et pour le succès de ses grands projets politiques, moins de sollicitude pour leur propre popularité. Eux, de leur côté, continuaient à l'assurer, et, autan qu'on en peut juger aujourd'hui, à l'assurer avec une parfaite sincérité, qu'il était entièrement bois de leur pouvoir d'effectuer ce qu'il désirait. Peut-être néanmoins réussiraient-ils à faire quelque chose. Plusieurs membres de la Chambre des communes avaient dit en particulier que sept mille hommes étaient un chiffre trop

peu élevé. Si Sa Majesté voulait donner à entendre qu'elle considérerait ceux qui voteraient pour dix mille comme lui ayant rendu un bon service, il resterait encore quelque espoir. Mais tout serait perdu si les membres voyaient qu'en votant pour dix mille hommes ils ne contenteraient personne ; que les comtés et les villes qu'ils représentaient les regarderaient comme des apostats et des esclaves -pour avoir été si loin dans le but de plaire au'roi, et que, d'un autre côté, ils seraient vus d'un mauvais œil à Kensin^rton pour ne pas avoir été plus loin. Le roi fut inébranlable. Il avait été trop grand poiu* consentir sans une lulte à cet abaissement. Il avait été l'âme de deux grandes coalitions : la terreur de la France, l'espérance de toutes les nations opprimées. Devait-il se dégrader jusqu'à devenir le jouet des Harley et des Ilowe, un pauvre petit prince incapable de secourir ou de nuire, un ennemi moins formidable et un allié dont on tiendiait un moindre conqilo que de l'électeur de Brandebourg ou du duc de Savoie? Le caractère de Guillaume, tout aussi des|)otique et aussi impatient de contrôle (pie celui d'aucun de ses prédécesseurs, Stuart, Tudor ou Plantagenel, se soulevait d'indignation à la pensée de ce honteux asservissement. On n'ignorait pas à Versailles combien il était mortifié et exaspéré, et pendant quehjue tenqis on y nourrit l'étrange espoir que la vivacité de son ressentiment le porterait peut-être à imiter ses oncles Charles et Jacques, à conclure un autre traité de lUuivres et à se vendre pour un subside qui le rendrait indépendant de son Parlement mutin et parcimonieux. Un seuildable subside», pensait-on, pouvait être déguisé sous le nom d'une

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