CHAPITRE II
compensation pour la petite principauté d'Orange, que Louis était depuis longtemps désireux d'acquérir, mcmc à un prix élevé. Une dépêche fut rédigée. Elle contenait un paragraphe qui informait Tallart des desseins de .son maître et lui enjoignait de ne hasarder aucune projiosition directe, mais d'essayer l'effet d'insinuations prudentes et délicates, et, si cela était possible, d'amener Guillaume à parler le premier. Ce paragraphe fut supprimé après seconde réilexion, mais le fait qu'il ait jamais pu être écrit doit élre considéré comme une circonstance des plus significatives.
On peut affirmer avec confiance que Guillaume ne se serait jamais abaissé au point de devenir le pensionnaire delà France; mais ce ne fui pas sans peine qu'on parvintàle dissuader, en cette conjoncture, de renoncer au gouvernement de l'Angleterre. Quand il donna pour la première fois à entendre qu'il songeait à se retirer sur le continent, ses minisires s'imaginèrent qu'd cherchait à les effrayer afin de les engager à faire un effort désespéré pour obtenir une armée suffisante. Mais ils s'aperçurent bientôt qu'il parlait sérieusement, et l'on peut à peine en douter, car dans une lettre confidentielle à lleinsius, qu'il ne pouvait avoir aucun motif de tromper, il exprimait très -clairement ses intentions. « Je prévois, dit-il, que je serai obligé de prendre un parti extrême, et que je vous reverrai en Hollande plus tôt que je ne l'avais imaginée » II avait en effet résolu de se rendre à la Chambre des Lords, d'y mander les Communes et de prononcer son dernier discours. Il avait
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même préparé ce discours et l'avait fait traduire. Il se proposait de dire à ses auditeurs qu'il était venu en Angleterre pour sauver leur religion et leurs libertés ; que pour obtenir ce résultat il avait été dans la nécessité d'entreprendre une guerre longue et cruelle; que cette guerre, grâce à Dieu, s'était teKminéc par une paix lionorable et avantageuse, et que la nation pouvait maintenant être tranquille et beureuse si elle adoptait les précautions qu'il avait recommandées le premier jour de la session, comme essentielles à la sûreté publique ; mais que, du moment où les états du royaume avaient jugé bon de rejeter ses avis, et de s'exposer à un péril imminent, il ne voulait pas être témoin de calamités qu'il n'avait pas occasioimées et qu'il ne pouvait éviter. Il priait donc les Chambres de lui présenter un bill qui |iourviit au gouvernement du royaume, 11 donnerait la sanction à ce bill et quitterait un poste où il ne pouvait plus être utile; mais il |)rendrait toujours le plus vil" intérêt au bien-être de l'Angleterre, et, si ce qu'il avait prédit se réalisait, si au jour du danger elle avait encore besoin de ses services, elle le trouverait |)rét, comme par le passé, à hasarder sa vie pour sa dél'ense.
Quand le roi montra son discours au clianceli(^r, ce sage ministre se départit pour un moment de sa réserve habituelle. « C'est une extravagance, sire, dit-il, c'est une folie. Je supplie Votre Majesté, dans l'intérêt de son propre honneur, de ne dire à personne ce qu'elle m'a dit. » 11 discuta la question pendant deux heures et employa sans doute des arguments persuasifs. Guillaume l'écoula paliennnent, mais n'en jiersista pas nioins dans son dessein.