CHAPITRE II
toriser la présciilalion d'un bill en réponse à la pétition ; la motion fut adoptée par cent soixante-quinze voix contre cent quarante-huit, et toute la question du commerce avec l'Orient fut remise en délibération. Le bill fut présenté; mais il fut rejeté h la seconde lecture, non sans de grandes difficultés et à une faible majorité». Sur d'autres questions financières, Montagne, si récemment encore l'oracle du comité des subsides, se voyait maintenant écouté avec une défiance malveillante. Si ses ennemis ne pouvaient pas le trouver en défaut dans ses raisonnements et dans ses calculs, ils pouvaient au moins dire tout bas que M. Montagne était très-rusé ; t|u'il n'était pas facile de le suivre dans tous ses détours, mais qu'on pouvait tenir pour certain que dans tout ce qu'il faisait il avait quelque sinistre motif, et que le plus sûr moyen était de rejeter tout ce qu'il proposait. Quoique cette Chambre des comuiunes poussât l'économie presque jusqu'au vice, la majorité préféra payer des intérêts élevés, parce que le plan pour avoir de l'argent à un petit intérêt avait été conçu par Montagne. Dans une dépêche de l'ambassade liollandaise, les États-Généraux étaient informés que la plupart des voles delà session qui avaient produit de l'étonnement au dehors ne devaient être attribués qu'à l'amère jalousie que l'habileté et la réputation de Montagne avaient excitée. Ce ne fut pas sans une lutte acbarnée et sans une pro-
' Journal des Communes, 21, 27 février, 9 mars, -109 tj. Dans la Correspoudauce de Vernon une leUre sur la question des Indes orientales qui appartient à l'aune {^{, est placée à la date du 10 février 10 Ug. La vérité est que cette précieuse correspondance ne saurait être utilement consultée par un historien qui ne fera pas lui-même ce que l'éditeur aurait dû faire.
fonde douleur que le premier Anglais qui avait occupe cette royauté parlementaire qu'on a appelée depuis lonj^temps la Direction de la Chambre des communes \ se résigna à être déposé. 11 était attaqué par une foule d'hommes médiocres dont aucun séparément n'eût osé le regarder en face. Un pamphlétaire contemporain l'a comparé à un hil)0u voltigeant en plein jour, poursuivi et tué à coups de bec par dos nuées de petits oiseaux. Il lui arriva, dans un moment d'irritation, de laisser échapper un jurement. Aussitôt on le rappela à l'ordre, en le menaçant du sergent de la Chambre et de la Tour. Dans une autre occasion il fut ému jusqu'à verser des larmes de rage et de dépit, larmes qui ne provoquèrent que la moquerie de ses ennemis à l'esprit droit et au cœur dur.
Si de nos jours un ministre se trouvait dans la même position dans une Chambre des communes qui vieu' (Irait d'être élue, quand il serait, par conséquent, inutile de faire appel aux électeurs, il se démettrait immédiatement de ses fonctions, et ses adversaires prendraient sa place. Le changement serait très-avantageux pour le public, à supposer même que son successeur fût moins habile et moins vertueux que lui, car il vaut beaucoup mieux pour un pays avoir un mauvais ministre que de n'en point avoir du tout; et il n'y aurait point de ministre si le pouvoir executif était entre les mains d'hommes que les représentants du peuple prendraient à tâche d'insulter et de contrecarrer. C'est san<^ doute un grand malheur qu'un honuue sans principes dispose
* Tiie leadersliip lionso ol" Conmions. Un des iniiiislrcs est plus spi'cialcmoiU ce qu'on iijipelle le leader ilc la Clinmbrc. a. r.
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de la majorité de la Chambre des commîmes; mais, le cas échéant, il ne sera nulle part moins dangereux qu'à la tète des affaires. Comme il possède déjà le moyen (le faire un mal incalculable, il est bon de lui fournir un molif puissant pour l'engager à s'en abstenir, et ce iiiolif, il l'a du moment que l'administration des affaires lui est confiée. Les emplois publics, par eux-mêmes, contribuent beaucoup à rendre les hommes d'État égaux ; ils ne mettent certainement pas tous les caractères au même niveau, mais ils les équilibrent en les réunissant sous le même étendard. Une fois au pouvoir, l'homme d'État le plus patriote et le plus éclairé reconnaît qu'il doit nécessairement frustrer les espérances de ses admirateurs; que, s'il effectue quelque bien, il ne peut l'effectuer que par un compromis ; qu'il doit renoncer à bien des projets favoris, et tolérer bien des abus. D'un autre côté, le pouvoir transforme les vices mêmes du plus indigne aventurier, son ambition égoïste, sa cupidité sordide, sa vanité, sa lâcheté, en une espèce d'esprit public ; le misérable traître qui allume des fanaux trompeurs pour induire en erreur les marins et causer leur perte, fera tout ce. qui dépendra de lui pour sauver un vaisseau du naufrage, s'il est reçu à son bord et nommé pilote : de même le chancelier de l'Échiquier le plus dissolu doit désirer que le commerce fleurisse, que les revenus se payent exactement, et qu'il lui soit possible d'abolir les taxes au lieu d'en imposer de nouvelles. Le Premier Lord de l'Amirauté le moins consciencieux doit désirer recevoir la nouvelle d'une victoire comme celle du Nil, plutôt que la nouvelle d'une révolte comme celle de la Nore. Il y a
donc une limite au mal qu'on peut redouter de la part du plus indigne ministère qui puisse jamais exister en Angleterre; mais n'avoir point de ministère du tout, avoir une Chambre des communes constamment en guerre avec le gouvernement exécutif, sont des maux auxquels il n'y a décidément pas de limites. On en eut une preuve signalée en 1699 et en J 700. Si, dès qu'ils se furent rendu compte des dispositions du nouveau Parlement, les hommes d'Etat de la junte avaient agi comme agiraient aujourd'hui les hommes d'Etat placés dans une situation analogue, de grandes calamités eussent été évitées ; les chefs de l'opposition auraient été appelés à former un gouvernement ; la responsabilité du dernier ministère leur aurait été transférée en même temps que ses pouvoirs, et cette responsabihté les eût calmés. L'orateur dont l'éloquence avait fait les délices du parti de la nation aurait eu à exercer son habileté sur une série d'autres sujets ; il aurait mis fin à ses invectives contre les courtisans et les hommes en place, à ses lamentations sur le fardeau des taxes territoriales, et il ne se serait plus vanté que la milice de Kent et de Sussex, sans l'aide d'un seul soldat régulier, eût été suffisante pour mettre à la raison les vainqueurs de Lauden. Il aurait été lui-même un courtisan, un homme en place; il aurait compris qu'il était responsable des maux qu'une banqueroute nationale ou une invasion française pourraient susciter, et, au lieu de travaillera exciter les clameurs pour la réduction des impôts et le licenciement des troupes, il aurait employé tous ses talents et toute sou inilucnce pour obtenir du Parlement les moyens de soutenir le crédit pubUc, et de mettre le