‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 74 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pays sur un bon pied de dcl'ense. En même temps, les hommes d'État hors d'emploi auraient surveille les nouveaux venus, les auraient traversés dans leurs projets quand ils auraient eu tort, et auraient pu leur venir en aide quand, en agissant avec justice, ils auraient soulevé une révolte dans leur propre faction. De cette juanière, Somers et Montagne auraient été en réalité beaucoup plus puissants qu'ils ne pouvaient l'être tant qu'ils remplissaient les postes les plus élevés du pouvoir exécutif, et qu'ils subissaient journellement des échecs dans la Chambre des communes. Leur retraite eût calmé l'envie, leurs talents eussent été reconnus et regrettés , leur impopularité eût passé à leurs successeurs, qui auraient tristement frustré les espérances du vulgaire, et se seraient vus dans la nécessité de rétracter leurs propres paroles dans tous les débats. La ligue entre les Tories et les Whigs mécontents se serait dissoute, et il est probable qu'après une ou deux sessions la voix publique eût demandé à grands cris le rappel du meilleur Gardien du Grand Sceau et du meilleur Lord de la Trésorerie dont les hommes les plus sages pouvaient se souvenir.

Mais ces leçons, fruit de l'expérience de cinq générations, n'avaient jamais été enseignées aux hommes d'Etat du dix-septième siècle. Des préventions déjà fortement enracinées avant la Révolution étaient encore en possession de l'esprit public. Somers lui-même, l homme le plus avancé de son siècle dans la science politique, ne trouvait* pas étrange qu'un parti fût en possession du pouvoir exécutif, tandis que l'autre dominait dans la législature. Ainsi, au commencement IV. 18

de l'année 1G09, il cessa d'y avoir un ministère, et bien des années s'écoulèrent avant que les serviteurs de la couronne et les représentants du peuple fussent de nouveau unis dans une harmonie aussi parfaite que celle qui avait existé depuis l'élection générale de 1695 jusqu'à l'élection générale de 1608. L'anarcliie dura, avec quelques courts intervalles de tranquillité, jusqu'à l'élection de 1705. Nulle phase de notre histoire parlementaire n'est moins agréable et plus instructive tout à la fois. On y verra que la Chambre des communes devint indisciplinable, qu'elle abusa indignement de son immense pouvoir; qu'elle imposa ses caprices au roi et aux Lords, aux Cours de justice et aux Collèges électoraux, qu'elle viola des droits garantis par la grande Charte, et qu'elle finit par se rendre si odieuse, que le pciqile fut heureux de chercher un refuge auprès du trône et de l'aristocratie héréditaire, contre la tyrannie d'une assemblée qu'il avait élue luimême.

Le mal qui avait jeté tant de discrédit sur les institutions représentatives s'accrut graduellement, bien que rapidement, et n'atteignit pas son caractère le plus alarmant pendant la première session du Parlement de 1698. La direction de la Chambre des communes avait cependant entièrement passé de Montagne, qui était toujours le premier ministre des linances, aux chefs de la turbulente o[)position. Parmi ces chefs, le plus puissant était llarlev, qui, bien qu'agissant presque toujours de concert avec les Tories et les adhérents de la Haute-Eglise, contiimait à employer, dans des occasions habilement choisies, la phraséologie religieuse et

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|)olilique, que dans sa jeunesse il avait apprise parmi les Tètes rondes. Ainsi, tout en occupant une place élevée dans l'estime des gentilshommes de province, et même dans celle de ses ennemis liéréditaires, les ecclésiastiques de province, il conservait une partie de la faveur dont lui et ses ancêtres avaient longtemps joui parmi les Whigs et les Non- conformistes. Il possédait donc toutes les qualités requises pour agir comme médiateur entre les deux sections de la majorité.

Le bill de licenciement passa sans grande opposition à la Chambre, jusqu'au moment où il s'agit de le voter. Il rencontra alors quelque résistance, mais elle fut vaine. Le jour suivant, A'crnon écrivit à Shrewsbury que les ministres avaient eu une division des votes qui n'avait rien d'humiliant pour eux, car ils avaient eu cent cinquante-quatre voix contre deux cent vingt et une. De nos jours, un secrétaire d'Etat ne croirait pas devoir se vanter d'une telle minorité.

Le bill fut porté à la Chambre des Lords, oij il rencontra un accueil moins favorable. Mais ce n'était pas une de ces occasions dans lesquelles la Chambre des Lords peut servir de contre-poids à la branche populaire de la législature. Aucun bien n'eût été produit par le rejet du bill de licenciement des troupes, à moins que le roi n'eût eu les moyens de les entretenii-, et la Chambre des communes seule pouvait lui fournir ces moyens.

Somers, dans un discours dont la sagesse et l'éloquence furent grandement admirées, plaça la question dans son véritable jour. Il exposa avec force les dangers auxquels la jalousie et In parcimonie des repré-

sentants du peuple exposaient le pays. Mais tout était, selon lui, préférable à un conflit acrimonieux, engagé sans espoir de succès entre le roi et les Pairs d'une part et les Communes de l'autre. Tankerville parla dans le même sens avec son habileté accoutumée. Nottingham et les autres Tories gardèrent le silence, et le bill passa sans division.

De son côté le roi, grâce à sa forte intelligence, était parvenu, comme cela manquait rarement après une lutte, à dompter son humeur rebelle. Il s'était décidé à remplir sa grande mission jusqu'à la fin. Ce ne fut pas sans peine qu'il admit la nécessité de donner son assentiment au bill de licenciement. Mais, dans le cas présent, il eût été plus qu'inutile de recourir à son veto, car, si le bill avait été rejeté, l'armée eût été dissoute et Guillaume eût été privé même des sept mille hommes que les Communes consentaient à lui accorder. Il résolut par conséquent de se conformer aux désirs de ses sujets et de leur faire en même temps une admonition sérieuse, mais amicale. H n'avait jamais mieux réussi à réprimer les marques extérieures de son émotion que le jour où il exécuta cette résolution. L'esprit public était très-excité. Une foule immense se pressait dans les parcs et dans les rues de Londres. Les Jacobiles vinrent en grand nombre, dans l'espoir de Vue h \\on\o et la rage sur la (igure de celui (|u'ils détestaient et redoutaient le plus. Leur espoir tut déçu. Le ministre prussien, observateur clairvoyant et exempt des passions qui agitaient la société anglaise, accompagna le cortège royal du palais Saint-James à AVetminster-IIall. Il savait combien (îuillaume avait été mortifié, et il fut

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cloiiné de le voir se présenter aux regards du public avec un aspect serein et même gai.

On admira beaucoup le discours du Irùne, et le correspondant des Etats-Généraux déclara qu'il désespérait de rendre dans une traduction française les grâces de style qui distinguaient l'original. En effet, cette éloquence simple, digne et imposante qui convient à un souverain, manquait rarement aux compositions dont le plan appartenait à Guillaume et le langage à Somers. Le roi .informa les Lords et les Communes qu'il était venu sanctionner leur bill aussitôt que cet acte avait été prêt. Il ne pouvait sempècher de penser qu'ils avaient poussé la réduction de l'armée à un degré dangereux. Il ne pouvait s'empêcher de trouver qu'ils l'avaient traité avec rigueur en exigeant qu'il se séparât des gardes qui étaient venus avec lui délivrer l'Angleterre, et qui depuis avaient toujours été à ses côtés sur tous les champs de bataille. Mais c'était son opinion bien arrêtée que rien ne pouvait être plus pernicieux à l'Etat que la mélîance du peuple envers lui, méfiance dont il ne s'était pas attendu à être l'objet après tout ce qu'il avait voulu, risqué et accompli pour rétablir et assurer ses libertés. Il avait maintenant, ajouta-t-il, dit franchement aux Chambres la raison, la seule raison qui l'avait décidé à sanctionner leur bill, et c'était son devoir de leur dire aussi clairement, pour être fidèle à sa haute mission et afin que personne ne pût le rendre responsable des maux qu'il avait vainement tenté de détourner, que, selon sa manière de voir, la nation restait beaucoup trop exposée. Quand les membres des Communes furent retournés dans la salle de

leurs séances, et que le discours du roi eut été lu à la tribune, Howe essaya de soulever un orage. Une insulte grossière avait été faite à la Chambre. On devait demander au roi qui avait mis de telles paroles dans sa bouche ; mais l'agitateur malveillant ne trouva pas d'écho. La majorité était si satisfaite delà promptitude avec laquelle le roi avait sanctionné le bill, qu'elle n'était pas disposée à lui chercher querelle pour avoir déclaré franchement que le bill lui déplaisait. Il fut résolu à l'unanimité qu'on présenterait au roi une adresse pour le remercier de son discours gracieux et de sa condescendance aux désirs de son peuple, ainsi que pour l'assurer que ses Communes reconnaissantes n'oublieraient jamais les grandes choses qu'il avait faites pour le pays, ne lui donneraient jamais sujet de les croire ingrates ni oublieuses de leur fidélité, et qu'en toute occasion elles le soutiendraient contre ses ennemis.

Sur ces entrefaites, arrivèrent des nouvelles bien faites pour éveiller des doutes dans l'esprit de ceux qui avaient voté pour la réduction des moyens de défense du pays. Le prince électoral de Bavière n'était plus. La gazette qui annonçait que le bill de licenciement avait reçu l'assentiment royal informait lo public que le jeune prince était dangereusement malade à l'ruxelles. La gazette suivante contenait la nouvelle de sa mort. Quelques semaines seulement s'étaient écoulées depuis quetoiis ceux qui désiraient vivement la paix du monde avaient appris avec joie qu'il avait été déclaré héritier du trône d'Espagne. Que cet enfant, qui entrait dans la vie avec de si brillantes espérances, mourût ainsi, tau-

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