‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 75 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(lis que le misérable Charles, depuis longtemps à moitié mort, continuait à se traîner de sa chambre à sa chapelle, c'était un événement auquel, malgré l'incertitude proverbiale de la vie, les esprits n'étaient nullement préparés. Une solution pacifique de la grande question semblait désormais impossible. La France et l'Autriche restaient en présence. Dans moins d'un mois, le continent tout entier pouvait être sous les armes. Les hommes pieux virent dans ce coup si soudain et si terrible les signes manifestes du mécontentement divin. Dieu était en guerre avec les nations. Neuf années d'incendies, de massacres et de famine, n'avaient pas suffi pour réformer un monde coupable, et un second châtiment plus sévère était imminent. D'autres disaient à voix basse que l'événement déploré par tous les hommes de bien devait élre attribué à une ambition sans l)ornes.Il eût été étrange, en vérité, si, à cette époque, une mort aussi importante, arrivant dans un moment aussi critique, n'avait pas été attribuée au poison. Le père du prince décédé accusa hautement la cour de Vienne, et l'imputation, quoiqu'elle ne fût soutenue par aucune preuve, fut pendant quelque temps admise par le vulgaire.

Les politiques de l'ambassade hollandaise s'imaginèrent que le Parlement entendrait enfin raison ; il semblait que les gentilshommes de la province eux-mêmes dussent commencer à entrevoir la probabilité d'une crise alarmante. Les marchands de la Bourse, qui connaissaient mieux les pays étrangers que les gentilshommes de la province et dont les vues étaient plus larges, étaient dans une grande agitation. Personne ne

pouvait se méprendre aux pronostics fournis par ce nouvel indicateur des variations du corps politique, et qui n'a pas cessé d'être consulté, depuis cinq générations, par tous les hommes d'État. Quand Littleton fut nommé président, les fonds montèrent ; quand il fut résolu que l'armée serait réduite à sept mille hommes, les fonds baissèrent; quand la mort du prince électoral fut connue, ils (omhércnt plus bas encore. Les souscriptions à un nouvel emprunt, que les Communes, par ressentiment contre Montagne, avaient résolu de négocier à des conditions qu'il désapprouvait, se faisaient très-lentement. Les signes d'une réaction dans ro])inion étaient visibles aussi bien au Parlement qu'au dehors. 11 est des hommes alarmistes par tempérament : Trenchard et llowe avaient effrayé un grand nombre de personnes par leurs écrits et leurs discours sur le danger auquel la liberté et la propriété seraient exposées si le gouvernement était autorisé à avoir à sa solde un corps nombreux de janissaires. Ce danger avait cessé d'exister, et les gens qui ont toujours besoin d'être effrayés de quelque chose, ne pouvant plus être cfl'rayés d'une armée permanente, commencèrent à l'être du roi de IVance. Il s'opéra un revirement dans l'esprit public, et rien n'est plus important pour un homme d'État que l'art de savoir proliter à propos de ces revirements. Dans plus d'une occasion, Guillaume prouva qu'il possédait ce talent au plus haut degré ; mais, dans la circonstance actuelle, un sentiment respectable en lui-même lui fit commettre la plus grande faute de sa vie entière. Si, dans celte conjoncture, il eût de nouveau représenté sérieusement aux Chambres

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