‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 76 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'importance de pourvoir à la défense du royaume, et qu'il leur eût demandé d'augmenter le chiffre de l'armée anglaise, il est probable qu'il eût réussi : il est certain qqe, s'il avait échoué, son insuccès n'aurait rien eu d'humiUant pour lui. Malheureusement, au lieu de soulever une grande question publique, dans laquelle il avait raison, avec de nombreuses chances de succès, sans que sa dignité pût être atteinte par une défaite, il préféra soulever une question personnelle, dans laquelle il avait tort, avec la certitude d'être battu et la certitude de ne pouvoir l'être sans humihation. Au heu d'insister pour un plus grand nombre de régiments anglais, il employa toute son influence dans le but d'obtenir, pour'les gardes hollandaises, la permission de rester dans le royaume.

Il fit le premier essai de sa force dans la Chambre- Haute. Une motion fut introduite afin de s'assurer le concours des Lords à tout plan qui pourrait être suggéré pour retenir la brigade hollandaise ; la motion fut adoptée à une majorité de cinquante-quatre votes contre trente-huit, mais elle provoqua une protestation signée par toute la minorité. Une'chose à remarquer, c'est que Devonshire fut et que Marlborough ne fut pas au nombre des dissidents. Marlborough s'était fait remarquer auparavant par l'ardeur et l'opiniâtreté avec lesquelles il avait attaqué les Hollandais ; mais maintenant il avait fait sa paix avec la cour et recevait de gros émoluments de la Hste civile. H était à la Chambre ce jour-là, et, par conséquent, s'il vota, ce fut avec la majorité. Les Cavendish avaient été généralement de zélés partisans du roi et de la junte ; mais, sur la question des troupes

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étrangères, Ilarlingdon dans une Chambre, et son père dans l'autre, se montrèrent inlrailahles.

Ce vote des Lords excita de nond)reux murmures dans les Communes. Rien, disait-on, n'était plus contraire aux usages parlementaires que de passer un bill une semaine, et la semaine suivante d'adopter imc résolution condamnant ce bill. Il est vrai qu'on avait volé le bill avant que la mort du jeune prince électoral fût connue à Londres ; mais, quoique ce malheureux événement pût être une raison pour augmenter l'armée anglaise, ce n'en était pas une pour se départir du principe que l'armée anglaise devait se composer exclusivement d'Anglais. Celui-là môme qui, méprisantla clameur vulgaire contre les soldats de profession, soutenait la doctrine de la lettre d'équilibre de Somers, très- disposé à voler pour vingt ou même trente mille hommes, pouvait cependant demander pourquoi un seul de ces hommes serait un étranger. Nos compatriotes étaientils naturellement inférieurs aux hommes d'autres races sous le rapport des qualités qui, sous une bonne discipline, font d'excellents soldats? Ce n'était assurément pas l'opinion du prince, qui, à la tète du régiment des gardes d'Ormond, avait repoussé les troupes françaises, jusqu'alors invincibles, derrière les ruines dc^'eervinde, et dont l'œil d'aigle et la voix encourageante avaient suivi les grenadiers de Cutt sur les glacis de Nannu*. Ces mécontents, à l'humeur aigrie, disaient à voix basse que, s'il n'était pas de service honorable qui ne pût être aussi bien acconqili par les indigènes cpie par des mercenaires étrangers, il i tait permis de supposer que le roi avait besoin de ses mercenaires étrangers pour quelque

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service qui n'était pas lionoiable. S'il devenait nécessaire de repousser une invasion française ou d'étouffer une insurrection irlandaise, les Bleus et les Buffs le soutiendraient jusqu'à la mort. Mais si son but était do gouverner contrairement aux votes de son Parlement et au vœu de son peuple, il pouvait bien craindre que les épées et les mousquets anglais lui fissent défaut au moment de la crise comme i)s avaient fait défaut à son beau-père, et il était naturel qii'il désirât s'entourer d'hommes qui n'étaient pas de notre sang, qui n'avaient aucun respect pour nos lois, aucune sympathie pour nos sentiments. De telles imputations ne pouvaient trouver de crédit qu'auprès de gens aussi peu intelligents que ces grossiers squires qui ne parvenaient qu'avec peine à épeler la Lettre de Dyer après avoir bu leur aie. Les hommes de sens reconnaissaient que Guillaume ne s'était jamais montré disposé à violer le pacte solennel qu'il avait conclu avec la nation, et qu'en admettant même qu'il fût assez dépravé pour penser à détruire la constitution par la force militaire, il n'était pas assez sot pour s'imaginer que la brigade hollandaise ou cinq autres brigades semblables suffiraient pour atteindre son but. Mais de tels hommes, tout en l'acquittant du dessein coupable qui lui était attribué par une malignité factieuse, ne pouvaient l'absoudre d'une partialité qu'il était naturel qu'il ressentit, mais qu'il eut été sage à lui de dissimuler, et avec laquelle il était impossible que ses sujets sympathisassent. 11 aurait dû savoir que rien n'est plus blessant pour les nations libres et fières que la vue d'uniformes et de drapeaux étrangers; quoiqu'il eût peu lu, il devait être aU courant des principaux événements

de l'histoire de son illustre maison, et il ne pouvait guère ignorer que son arrière-grand-père avait commencé une longue et glorieuse lutte contre le despotisme en excitant les Etats-Généraux de Gand à demander qu'on retirât toutes les troupes espagnoles des Pays-Bas. La dernière entrevue entre le tyran et le futur libérateur n'était pas un événement que pût oublier un prince de la maison de Nassau. « C'étaient les Etats, sire, » avait dit le prince d'Orange. Et Philippe, lui saisissant le poignet avec une violente étreinte, s'était écrié : a Non, sire, pas les Etats, mais vous, vous, vous 1 »

Cependant Guillaume résolut d'essayer si une requête faite par lui-même, dans des termes pressants et presque suppliants, déterminerait ses sujets à satisfaire sa partiaUté nationale aux dépens de la leur. Aucun de ses ministres ne pouvait lui faire espérer le succès de cette démarche; mais il était trop excité sur ce sujet pour entendre raison. Il envoya à la Chambre des communes un message non pas seulement signé par lui-même, conformément à la coutume, mais écrit entièrement de sa propre main. Il informait la Chandjre que les préparatifs nécessaires pour congédier les gardes qui l'avaient accompagné en Angleterre étaient faits, et qu'ils s'embarqueraient immédiatement, à moins que la Chambre, par considération pour lui, ne fût disposée à les retenir, procédé auquel il serait sensible. Lorsque le message eut été lu, un membre proposa de fixer un jour pour délibérer sur ce sujet; mais les chefs de la majorité ne voulureut consentir à lien de ce qui pourrait indiquer de l'hésitation, et ils proposèrent la question préalable.

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