‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 78 sur 147 · CH\PITRE II · texte numérisé non relu

CH\PITRE II

s'était placé lui-même. Tout en ne dissimulant pas qu'il était profondément hlcssé, il resta digne et modéré. Ceux qui le voyaient dans l'intimité savaient que ses sentiments avaient été cruellement froissés. Sa santé se ressentit de ces contrariétés morales. Il perdit le sommeil ; ses douleurs de tète le tourmentèrent plus que jamais. 11 ne chercha pas à cacher son mécontentement à ceux qu'il s'était hahitué à considérer comme ses amis et qui l'avaient abandonné dans cette lutte récente. Le siège opulent de Worcester était vacant, et quelques Whigs puissants du pays du cidre désiraient l'obtenir pour John Hall, évéque de Bristol. Un des Foley, d'une famille zélée pour la Révolution, mais hostile aux armées permanentes, en parla au roi. « J'aurai autant d'égard à vos désirs que vous et les vôtres en avez eu aux miens, » répondit Guillaume, hloyd de Saint-Asaph fut nommé évêque de Worcesler. Les gardes hollandaises commencèrent immédiatement à se mettre en marche vers la côte. Après toutes les clameurs qu'on avait poussées contre ces braves soldais, le peuple vit leur départ avec chagrin plutôt (pi'avec triomphe ; depuis longtemps domiciliés en Angleterre, ils avaient été honnêtes et inoffensifs. Un grand nombre d'entre eux étaient accompagnés de femmes anglaises et d'enfants qui ne parlaient que l'anglais. Pas un seul cri de bravade ne s'éleva quand ils traversèrent la capitale, et ils furent presque partout reçus avec bienveillance. Un spectateui- grossier fit, il est vrai, la remarque que Hans ^ faisait meilleure fi-

* Hans élait le sobriquet des Hollandais, comme Paddy celui des Irlandais et SaXvny celui des Écossais. a. p.

guro, maintenant qu'il avait \ùc\\ dix ans dans les gras pâturages du pays, que lors de son arrivée dans le royaume. « Vous auriez l'ait une jolie figure, si nous n'étions pas venus, » dit un soldat hollandais ; et la réponse fut généralement applaudie. Il ne serait pourtant pas raisonnable de conclure des signes de sunpathio j)ublique ([ui accompagnèrent le départ des étrmgors, que la nation désirait les retenir. C'est probablement parce qu'ils jt.'utaient qu'ils étaient regardés d'un œil favorable par ceux-là même qui ne les avaient jamais vus monter la garde à Saint-James, sans leur jeter des regards sombres et murnmrer des malédictions.

En même temps que la discussion sur l'armée de terre, une autre discussion, presque aussi animée, avait eu lieu à propos de l'administration navale. Le ministre à la télé de ce déparlement était un homme qu'il eût été autrefois inutile, et même périlleux, d'attaquer à la Chambre des communes. C'était en vain que, en 1695, des accusations graves, reposant sur de fortes preuves, avaient été j)ortées contre Russell, victorieux à la Hogue. Le nom de Russell agissait comme un clinrme sur tous les amis de la liberté anglaise; le nom de la Hogue agissait non moins puissaumient sur tous ceux qui étaient tiers de la gldire des aimes anglaises. Les accusations avaient été rejetées avec mépris, sans (pj'ou les eût examinées ou réfutées, et la Chambre avait voté des remercimenls unanimes à l'amiral accusé. Mais les tem|)s étaient changés ; Russell avait encore dis partisans zélés, mais la renonunée de ses exploits avait perdu son prestige. Les yeux s'étaient ouverts sur ses fautes, et elles n étaient (pu^ trop vi-

Page 1