‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 79 sur 147 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

sibles. Il n'avait pas été prouvé qu'il eût entretenu une correspondance coupable avec la cour de Saint-Germain, et les représentants du peuple avaient déclaré que cette accusation n'était qu'une non^e calomnie; ce- " |)endant l'imputation avait laissé une tache sur cet illustre nom. Un caractère arrogant, insolent et querelleur avait rendu Russell un objet de haine. Sa fortune considérable, et qui s'accroissait chaque jour, en faisait un objet d'envie. Il est diflicile de découvrir ce que ses mérites et ses défauts étaient en réaUté, à travers l'obscurité causée par des injures et des louanges également partiales ; une classe d'écrivains le représentait comme le plus rapace de tous les hommes avides qui aient pressuré une pauvre nation surchargée d'mipôts. D'autres afiirmaicnt que, sous son ministère, les vaisseaux étaient mieux construits et mieux équipés, les é(juipages mieux disciphnés et animés d'un meilleur esprit; le biscuit, la bière, les vêlements, meilleurs que sous aucun de ses prédécesseurs, et cependant les déj)enses étaient moindres qu'à l'époque où les vaisseaux étaient en mauvais état, où les matelots étaient séditieux, où la nourriture fourmillait de vermine, où la boisson avait le goût du vinaigre, où les vêtements et les hamacs tombaient en pourriture. On peut cependant observer que ces deux appréciations ne sont pas contradictoires, et il est très-probable qu'elles étaient toutes deux vraies jusqu'à un certain point. Orford était avide et sans piincipes, mais il possédait des connaissances étendues dans sa profession, une grande application et une volonté ferme. Il était par conséquent un serviteur utile à l'État, lorsque les intérêts de l'État

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n'étaient pas opposés aux siens propres, et c'est plus qu'on n'en pouvait dire de plusieurs de ceux qui l'avaient précédé. Il était, par exemple, bien meilleur administrateur que Torringlon, car la faiblesse et la négligence de celui-ci causait deux fois plus de mal que la rapacité d'Orford. ]\lais, quand Orford n'avait rien à gagner en faisant ce qui était mal, il faisait ce qui était bien, et le faisait habilement et avec diligence. Ce que Torrington ne détournait pas, il le dissipait. Orford peut avoir commis autant de détournements que Torringlon, mais il ne gaspillait rien.

Peu de temps après l'ouverture de la session, la Chambre des communes se forma en comité pour examiner l'élat de la marine. Ce comité s'assembla à différents intervalles pendant plus de trois mois. L'administration d Orford fut soumise à un examen minutieux, et il s'en fallut de bien peu qu'elle ne fût l'objet d'une sévère censure. Une résolution, condamnant la manière dont il avait tenu ses comptes, fut rejelée par une seule voix. H y en eut cent quarante contre lui, et cent quarante et une pour lui. Quand le rappoit fut présenté à la Chambre, un nouvel effort fut tenté pour lui infliger une flétrissure. 11 fut proposé qu'on prierait le roi de placer dans d'autres mains la direction de la marine. Il V eut cent soixante oui contre cent soixante-quatre non. Ses amis furent forcés de se contenter de cette victoire, qui ressendjiait beaucoup à une défaite, l'ne adresse, exposant (|uel(pi('s-uns des altus du dép.ntement maritime et sup[)li;mt Guillaume d'y poiter remède, fut votée sans aucune opposition. Orford était profondément iutéressé à l'un de ces abus ; il était Premier Lord

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