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ne faisaient pas leur métier de la guerre. Ces batailles ]»rouvaient seulement qu'une milice pouvait en hatlro une autre et non qu'une milice pouvait battre une armée régulière. Il n'était pas moius oiseux de déclamer sur le camp de Tilbury. Nous avons, en effet, raison d'être fiers du beau zèle qui fut déployé par toutes les classes du peuple d'Angleterre, jioblesse et |)elils propriétaires, paysans et bourgeois, dans la crise de 1588 ; mais nous avions raison aussi de nous féliciter qu'avec tout leur courage, les sujets d'Elisabeth ne se fussent pas trouvés en ligne de bataille contre les régiments espagnols. Somers racontait une anecdote qui méritait d être citée et qui avait été conservée par la tradition dans la nnble famille de De Vere. Un des plus illustres ancêtres de cette maison, un capitaine, qui avait acquis une glorieuse expéiience dans les Pays- Bas, avait, à l'heure du péril, été rappelé en Angleterre par Elisabeth et il parcourait avec elle les rangs de piquiers, prodigues de leurs acclamations. La reine lui demanda ce qu'il pensait de 1 armée. — « C'est une brave armée, répondit-il ; » mais il y avait dans son ton on ses manières quelque chose qui signifiait qu'il ne disait pas toute sa pensée. La reine insista pour qu'il s'expliquât ouvertement. — « Madame, dit-il, l'armée de Votre Grâce est brave, en vérité. Je n'ai pas la réputation d'un poltron, mais je suis ici un grand poltron à côté de tous ces vaillants soldats, qui souhaitent que l'ennemi débarque et qu'il y ait une bataille livrée, tandis que moi, qui connais bien cet ennemi, je ne puis songer à celte bataille sans inquiétude. De Vere avait indubitablement raison. Le duc de Parme, il est vrai,
n'eût pas soiiinis notre pays ; mais il n'est pas improbable que, s'il avait effectué un débarquement, l'île eût été le théâtre d'une guerre comme celle qu'Annibal porta en Italie, et que l'ennemi n'eût été chassé qu'après ie sac de plusieurs villes, la dévastation de plusieurs provinces et un carnage non moins terrible pour nos braves paysans cl artisans que les journées de Trasiniène et de Cannes.
Pendant que les écrits de Trenchard et de Somers étaient dans toutes les mains, le Parlement entrait en séance.
Les paroles par lesquelles le roi ouvrait la session résolurent la grande question. — Telle est, dit-il, la situation des affaires au dehors, que je me sens obligé de vous exprimer mon sentiment, qui est que pour le moment l'Angleterre ne peut être en sûreté sans une armée de terre, et j'espère que nous ne donnerons pas h ceux qui ne nous veulent pas de bien l'occasion de faiie par la paix ce qu'ils n'ont pu faire par la guerre.
Le discours fut bien reçu, car le Parlement était dévoué au gouvernement. Les memlires de la Cluunbre des communes avaient été mis de très-bonne humeur, comme le reste du. royaume, par le retour de la paix et la renaissance du commerce ; ils étaient d'ailleurs encore sous l'iulluence des sentiments du jour précédent: les sermons d'actions de grâces et les antiemies d'actions de grâces résonnaient encore à leurs oreilles ; les feux de joie étaient à peine éteints, les réverbères et les chandelles de l'illuminat'on garnissaient encore les fenêtres. Plusieurs (pii n'approuvaient j)as tout ce (|ue le roi avait dit mêlèrent leurs voix à l'acclamation
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générale lorsqu'il conclut'. Aussitôt que les députés se lurent retirés dans leur salle de réunion, ils résolurent (le présenter une adresse à Sa Majesté })our l'assurer (pfils lui reslcraieut aussi fermement dévoués dans la paix qu ils l'avaient été dans la guerre. Seymour, qui pendant l'auloninc avait voyagé de comté en comté pour enflammer les représentants de la province contre le ministère, hasarda quelques observations cliagiines, mais il ne réussit qu à se faire siffler et n'o;a pas demander qu'on allât aux voix-.
Les amis du gouvernement s'exaltèrent par les résultats de ce premier jour. Pendant la semaine suivante, on espéra que le Parlement })ourrait êlre amené à voter une armée sur le pied de paix, qui serait de trente mille hommes. Celte espérance fut trompeuse. On avait mal interprété l'acclamation avec laquelle avait été reçu le discours de Guillaume et les sifflets qui avaient étouffé la voix de Seymour. Les Communes étaient en effet dévouées à la personne et au gouvernement du du roi; elles se seraient offensées de la mention peu respectueuse de son nom. Mais les membres disposés à lui accorder même la moitié des troupes qu'il croyait nécessaires étaient en minorité. Le 10 décembre, le discours fut discuté par toute la Chambre formée en comité, et Harley se mit en avant comme chef de l'opposition. Il ne fit pas comme quelques létes ardentes, parmi les AAhigs aussi bien que parnu les Tories, qui préfendaient qu'on ne devait avoir aucune troupe régu-
' \:EnnHage, Héc i\ ,'. 1G07.
^Journal des Commune ■, ô duc. 1G97 ; V Ermitage, déc. {.,.
licic. Mais il soutint (ju'il n'était pas nécessaire de conserver, après lu paix de Ryswick, une armée plus l'orle que celle qu'on avait conservée après la paix de Ninièguc. 11 émit donc l'opinion (jue l'armée devait êlre réduite au chillre de l'année 1(380. Les minisires virent que dans cette circonstance ils ne pouvaient se fier ni à leurs amis sincères, ni à leurs amis de mauvaise foi. Car dans la pensée des plus honorables, la prévention contre les armées permanentes était trop enracinée pour èlre détruite tout d'un coup. Les moyens auxquels la cour aurait pu avoir recours en d'autres temps pour s'assurer le concours d«ks politiques au vote vénal lurent jiioins efficaces cette fois-ci. L'acte triennal commençait à pr<3duirc son eiïot. Une élection générale était proche. Tous les membres qui dépendaient de leurs électeurs désiraient les satisfaire, et il était bien certain qu'aucun n'y serait parvenu en votant une armée permanente. La motion de llarlev, vivement soutenue par Howe, devint le sujet d'un rapport sounn's dès lendemain à la Chambre, et, apiès un débat où plus d'un orateur fit un étalaue de son érudition ancienne et moderne, elle fut confirmée par une majorité de cent (juatre-vingtcinq voix contre cent quarante-huit'.
Dans ce débat éclatèrent sans équivoque la crainte et la haine que Sundcrland inspirait à plusieurs des iiKMJlcnrs amis iln gouvornemonl. « Il est aisé, direntils, (le deviner (pii a introduit dans le discours du trône la malhemeuse pbrase sur l'armée. Toute personne qui connaît la désastreuse et honteuse histoiie
' M Ermitage, dcc. .',", ilt'c. \\, Jouniaux.