‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 82 sur 147 · CHAPITRE IF · texte numérisé non relu

CHAPITRE IF

(juG la poursuite intentée contre lui par les Communes en 1605 avait été suspendue tout à coup par un événement qui rendit la preuve de sa culpabilité à la fois légaement défectueuse et moralement complète. Il paraît étrange qu'un homme d'Etat éniinent, qui avait été deux fois premier ministre, désirât retenir d'une manière aussi ignominieuse une place qui ne pouvait avoir pourlui d'autre attrait que celui des émoluments. Cependant Leeds s'était comme cramponné à ces émoluments d'année en année, et il les abondonna de très-mauvaise grâce. Pembrokc lui succéda, et le Sceau privé qu'il déposa, fut confié à un pair de création récente, le vicomte Lonsdale. Lonsdale s'était distingué dans la Chambre des communes sous le nom de sir John Lowther, et avait rempli des emplois importants; mais depuis, fatigué et dégoûté de la vie publique, il l'avait quittée et avait passé plusieurs années dans la retraite, à son château, dans le Cumberland. 11 avait planté des forêts autour de sa demeure et avait employé Verrio à décorer l'intérieur de magniiiques fresques représentant les dieux à leur banquet d'ambroisie. Ce fut avec beaucoup de peine et uniquement par condescendance pour les instances pressantes et presque impératives du roi, que Lonsdale consentit à abandonner sa retraite somptueuse et à affronter de nouveau les tribulations de la vie publique.

Trumball se démit du secrétariat d'État, et les Sceaux qui lui avaient été confiés furent donnés à Jersey, lequel fut remplacé à Paris par le comte de Manchester.

On doit remarquer que le nouveau gardien du Sceau

privé cl le nouveau secrétaire d'Etat étaient des Tories modérés. Le roi avait sans doute espéré qu'il se concilierait l'opposition en les appelant dans ses conseils. Mais cet expédient ne fut pas couronné de succès, et l'on s'aperçut bientôt (juc lancienne coutume de confier les principales charges de l'Etat à des hommes appartenant à divers partis et hostiles les uns aux autres, ou au moins étrangers les uns aux autres, ne convenait en aucune façon au nouvel ordre de choses. En effet, puisque les Communes étaient en possession du pouvoir suprême, le seul moyen de les empêcher d'en abuser était de confier le gouvernement à un ministère jcuissant de leur confiance.

Pendant que Guillaume accomplissait ces changements dans les grandes charges de l'Etal, un autre changement auquel il prenait un intérêt plus vif encore s'accomplissait dans sa maison. Il s'était efforce vainement pendant plusieurs mois de maintenir la paix entre Portiandet Albemarle. Alhemarle était, il est vrai, plein de courtoisie, de bonne humeur et de soumission ; mais Portland ne voulait pas être concilié. Il déclamait contre son rival et, se plaignait de son maître auprès des ministres étrangers. La cour était divisée entre les deux compétiteurs, mais divisée d'une manière Irès-inégale. La majorité était du côtéd'Albemarle, dont les manières étaient populaires et dont le crédit croissait cvidenmient de jour en jour. Les adhérents moins nombreux de Portland étaient des personnes qui, comme lui, avaient déjà fait leur fortune, et qui, par conséquent, ne trouvaient pas qu'il vah'it la peine de transférer leur honnuage à un nouveau patron. Une de ces

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personnes s'elTorça, mais avec fort peu de succès d'enrôler Prior dans la foction dePorlland. « Excusez-moi, dit le poëte, si je suis votre exemple et celui de mylord. Mylord est un modèle pour nous tous, et vous l'avez imité d'une manière fort avantageuse pour vous. Il se retire avec un demi -million. Vous avez d'importantes donations, un emploi lucratif on Hollande, une belle maison. Je n'ai rien de tout cela. Une cour est semblable à ces églises à la mode que nous avons visitées à Paris ; ceux qui ont reçu la bénédiction se rendent immédi-itementà l'Opéra ou au bois de Boulogne; ceux qui ne Tout pas reçue se pressent et se donnent des coups de coude pour approcher de l'autel. Vous et mylord avez reçu votre bénédiction, et vous avez parfaitement raison de vous en aller. Moi, je n'ai pas été béni encore, etje suis obligé de me frayer un chemin comme je peux. » L'esprit de Prior était bien à lui, mais sa prudence mondaine lui était commune avec beaucoup d'autres ; et la foule de ceux qui voulaient être gentilshommes de la Chambre, inspecteurs des parcs et lieutenants de comtés, négligeait Portland en s'efforçant de gagner les bonnes grâces d'Albemarle.

Une personne cependant continuait à faire la cour à Portland, et cette personne était le roi. Il ne négligeait rien de ce qui pouvait adoucir un esprit irrité. On vit quelqui^fois Guillaume raisonner, discuter, supplier, pendant deux heures de suite ; mais le compagnon de son enfance était devenu un autre homme, déraisonnable, obstiné et irrespectueux, même en public. Le ministre de Prusse, témoin perspicace et impartial, disait que j)lus d'une fois ses cheveux s'étaient dressés sur sa tète,

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