CHAPITRE II
conformément à la coutume de ses concitoyens, il consacrât (les sommes énormes à la décoration intérieure de ses habitations, à ses jardins et à ses volières, ses autres dépenses étaient réglées avec une stricte économie. Durant quelrjues années, cependant, son repos fut plusieurs fois interrompu. On lui avait confié des secrets si graves, on l'avait ein|tloyé dans des missions si importantes, que son assistance fut encore fréquemjiient nécessaire au gouvernement, et cette assistance fut donnée, non plus comme autrefois avec l'ardeur d'un ami dévoué, mais avec l'exactitude d'un serviteur consciencieux. Il continua à recevoir des lettres de Guillaume; ces lettres, ilest vrai,n'élaientplus celles d'une amitié exaltée, mais elles indiquaient toujours une confiance et une estime parfaites.
Le sujet principal de ces lettres était la question qui avait été l'églée pour un temps à Loo l'automne précédent, mais que la mort du prince électoral remettait en délibération,
xVussifôt que l'événement fut connu à Paris, Louis écrivit à Tallart de sonder les dispositions de Guillaume relativement à un nouveau traité. La première pensée de Guillaume fut qu'il serait peut-être possible de mettre l'Electeur de Bavière à la place de son fils. Mais cette suggestion futreçue froidement à Versailles, et non sans raison. Si le jeune François-Joseph eût vécu assez longtemps pour succéder à Charles et qu'il fût mort ensuite mineur et sans enfants, le cas eût été très-dilférent. L'électeur administrant déjà le gouvernement de la monarchie espagnole, aurait pu sans grandes diffi- . cultes, soutenu par la France, l'Angleterre et les Pro-
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vinces-Unies, conlinuer à gouverner comme roi un oiiipire qu'il avait commencé à gouverner comme régent. Il aurait eu aussi, non pas un droit réel, mais quelque chose qui, aux yeux du vulgaire, eût passé pour un droit à l'héritage de son fils. Maintenant, il était complètement étranger à lEspagne. On n'avait pas plus de raison de le choisir pour devenir le roi catholique qn'on n'en aurait eu de choisir le margrave de Bade ou le grand-duc de Toscane. On parla de Victor- Amédée de Savoie et du roi do Portugal, mais il y avait contre tous deux des objections iusurniontahles. Il fallait donc choisir entre un prince français et un prince autrichien. Guillaume apprit avec une surpiise agréable qu'on pourrait décider Louis à consentir à ce que le jeune archiduc devînt roi d'Espagne et des Indes. On insinuait en même temps que la maison de Bourbon, en retour d'une concession si grande à la maison ducale dellapsbourg, compterait sur des avantages plus graiuls que ceux qui avaient été jugés suffisants lorsipie le Dauphin consentait à renoncer à ses droits en faveur d'un candidat dont l'élévalion ne pouvait point causer de jalousies. Louis, en addition à ce qui avait été antérieurement assigné à la France, demandait le Milanais. Avec cette province, il se proposait d'acheter la Lorraine à son duc. Cet arrangement eût été avantageux au duc de Lorraine et plus encore à ses sujets. Il étaient depuis longlenqis d;ins une situation li'ès-nialheureuse. Louis les dominait connue s'ils eussent été ses sujets, et il ne se préoccupait pas plus de leur bonheur que s'ils eussent été ses ennemis. Puisqu'il exerçait sur eux un pouvoir aussi absolu (pie sur les Normands et les Bour-