CHAPITRE II
guignons, il était désirable qu'il fût aussi intéressé à leur bien-être qu'à celui des Bourguignons et des Normands.
Guillaume était disposé à négocier sur les bases proposées par la France, et lorsqu'il quitta Kensington en 4699 pour aller passer l'été à Loo, les termes du traité, connu sous le nom de second traité de partage, étaient presque réglés. La grande affaire désormais était d'obtenir le consentement de lEmpcreur. Il semble que ce consentement eût dû être donné facilement et même avec empressement. Peut-être, en le donnant, l'Empereur eût épargné à la chrétienté une guerre de onze ans. Mais la politique de l'Autriche était, à cette époque, élrangement lente et irrésolue. En vain Guillaume et Ileinsius représentèrent l'importance de chaque heure perdue. « Les ministres de l'Empereur lanternent, » écrivait le roi à Ileinsius; « non pas qu'il y ait aucune diCficulté quant au fond, non pas qu'ils aient l'intenlion de rejeter les ternies du traité, mais uniquement parce que ce sont des gens incapables de prendre une décision. » Pendant que la négociation traînait ainsi en longueur à Vienne, on reçut de mauvaises nouvelles de Madrid.
L'Espagne et son roi étaient depuis longtemps tombés si bas, qu'il ne semblait pas possible qu'ils descendissent plus bas encore. Cependant les maladies politiques de la monarchie et les maladies -physiques du monarque allaient s'aggravant, et présenlaieni chaque jour quelque symptôme nouveau et effrayant. Depuis la mort du jeune prince de Bavière, la cour avait été divisée entre la faction autrichienne, dont la reine et les
principaux iiiinislres Oropesa elMelgar étaient les chefs, et la faction française, dont le membre le plus important élait le cardinal Portocarrero, archevêque de Tolède. A la fin, un événement qui, autant rju'on en peut juger aujourd'hui, n'était pas l'elfet d'iui plan profondément médité et fut complètement étranger aux disputes relatives à la succession, donna l'avantage aux adhérents de la France. Le gouvernement ayant commis l'erreur d'entreprendre l'approvisionnement de Madrid, commit Terreur encore plus grande de uégliger d'accomplir ce qu'il avait entrepris. Le prix du pain douhla. Des plaintes furent adressées aux magistrats et écoutées avec l'apathie indolente qui caractérise l'administration espagnole du degré le plus élevé au degré le plus bas. Enfin la populace se souleva, attaqua la maison d'Oropesa, se répandit par milliers dans la grande cour du palais et insista pour voir le roi. La reine parut sur un balcon et dit aux mutins que Sa Majesté dormait. La nmltitudo poussa un rugissement de fureur. « C'est faux; nous ne vous croyons pas; nous voulons le voir. » — « Il a dormi trop longtemps, dit une voix menaçante, et il est grand temps qu'il se réveille. » La reine se retira en pleurant, et l'être misérable, sur les possessions duquel le soleil ne se couchait jamais, s'avança en chancelant vers la fenctir, salua comme il n'avait jamais salué auparavant, uuu'mura quelques promesses gracieuses, agita un mouchoir, salua de nouveau et se relira. Oropesa, craignant d'c'tre mis on pièces, se réfugia à sa maison de campagne. Melgar lit une apparence de résistance. Il mit garnison dans sa maison et menaça la canaille d'uno pluie de grenades; mais il fut