‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 86 sur 147 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

l)ion(ôt obligé de suivre Oropesa, et le pouvoir suprême passa aux mains de Portocarrero.

Portocarrero appartenait à une race d'hommes qui, lioureusement pour nous, ne figurent qu'en très-petit nombre dans notre histoire, mais dont l'influence a été le fléau des pavs catholiques. C'était, comme Sixte IV et Alexandre YI, un politique formé d'un prêtre impie ; ces politiques sont généralement pires que les simples laïques, plus impitoyables qu'aucun bandit qu'on puisse trouver dans les camps, plus malhonnêtes qu'aucun suppôt de chicane qui hante les tribunaux. La sainteté de leur profession a sur eux une influence profane et sacrilège; les leçons de l'enfance, les habitudes de l'adolescence et de la première jeunesse, laissent dans l'esprit de la plupart des athées avoués quelques traces de religion qui, aux jours de demi et de maladie, se font clairement reconnaître; mais il n'est guère possible que de pareilles traces subsistent dans l'esprit de 1 h\ pocrite qui, pendant une suite d'années, a pratiqué constamment ce qu'il considère comme la momerie de prêcher, de dire la messe, de baptiser et de confesser. Lorsqu'un ecclésiastique de cette espèce s'immisce dans les différends des gens du monde, il est cerlainement à redouter comme ennemi, mais plus à redouter encore comme allié. De la chaire, où il emploie journellement son éloquence à embellir ce qu'il regarde comme des fables; de l'autel, d'où il voit avec un secret mépris les dupes qui croient qu'il peut converlir une goutte de vin en sang; du confessionnal, où il éludie, avec une curiosité froide et scientifique, la pathologie des consciences coupables, il apporte dans les cours des talents qui

peuvent exciter l'envie des plus aslucicux et des moins scrupuleux courtisans laïques; une rare sagacilé pour deviner les caractères et manier les esprits, un art rare de dissimulation, une rare adresse pour insinuer ce qu'on n'oserait pas alïirmer ou proposer en termes explicites. Deux sentiments empêcheront souvent un laïque sans principes de devenir complètement pervers et méprisable : le sentiment de la finnille et le senliment elievaleresquc; son cœur peut èlre adouci par les tendresses de ses enfants; son orgueil peut se révolter à la pensée de faire ce qui blesse l'honneur d'un gentilhomme; mais, ni le sentiment de la famille, ni le sentiment chevaleresque, n'éveillent les sympathies du mauvais prêtre. Sa robe l'exclut des relations humaines les plus inlimes et les plus lendres, en môme temps qu'elle l'affranchit des obligations du code mondain de l'honneur,

Portocarrero était un de ces prêtres, et il seml)Ie avoir été un maître consonnué dans son art. Il n'avait pas de prétentions au titre d'homme d'Etat : le noble rôle de son prédécesseur Ximenès n'était pas plus à la portée de ses capacités intellectuelles qu'à celle de ses capacités morales. Ranimer une monarchie engourdie et paralysée, introduire l'ordre et l'économie dans un Irésor vide, rétablir la discipline dans une armée qui n'était plus qu'une coluu' de soldats, remettre à Ilots une marine qui pourrissait dans les ports, était une tâche au-dessus des forces, au dessus de rand)ition de celte natuie ignoble. Mais il en était une à laciuelle le nouveau minislie était admirablement propre : la lâche d'établir, au moyen d'une,' liMieur superstitieuse, >me

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