‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 87 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

domination absolue sur un esprit falMe, et le plus faible (les esprits était celui de son infortuné souverain. Déjà, même avant la sédition qui avait placé le cardinal à la tète de l'Élat, il avait réussi à introduire au palais un nouveau confesseur cboisi par lui-même. En très-peu de temps, la maladie du roi prit un nouveau caractère, (ju'il fût trop affaibli pour porter sa nourriture à ses lèvres, qu'à trente-sept ans il eût la tête chauve et un visage ridé comme un septuagénaire, que son teint passât du jaune au vert, qu'il tombât fréquemment dans des convulsions qui le laissaient longtemps sans connaissance, c'étaient là autant de symptômes qui cessèl'cnl d'être les pires de sa maladie. Il avait toujours eu peur des spectres et des démons; depuis longtemps il était nécessaire que trois religieux veillassent pendant la nuit auprès de son lit, comme une garde contre les revenants. Mais maintenant il avait la ferme conviction d'être ensorcelé, possédé, avec un démon dans le corps et des démons autour de lui. Il fut exorcisé conformément aux rites de son Eglise, mais celte cérémonie, au lieu de le tranquilliser, lui lit presque perdre le peu de raison que la nature lui avait accordé. Dans son misérable désespoir, il se laissa entraîner à recourir à des moyens extraordinaires pour obtenir quelque soulagement à ses maux. Son confesseur amena à la cour des imposteurs qui prétendaient (ju'ils pouvaient interroger les puissances des ténèbres. Le diable fut sommé de paraître, parut, prêta serment et subit un interrogatoire. Cet étrange déposant jura, comme en présence de Dieu, que Sa Majesté CaihoHque était sous l'intluence d'un sortilège qu'on lui avait jeté depuis des aimées,

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dans le l)ut d'empêcher 'a continuation de la lignée royale. Une droj^ue avait élé composée avec le cerveau et les rognons d'un corps humain, et lui avait été administrée dans une lasse de chocolat; celte potion avait desséché toulcs les sources de la vie, et le meilleur remède auquel le malade pùl maintenant avoir recours était d'avaler chaque malin, avant le déjeuner, une tasse d'huile consacrée. Malheureusement, les auteurs de celte hisloire tomhèrent dans des contradictions qu'ils ne purent excuser qu'en rejetant le hlàme sur Satan, qui, disaient-ils, élait un témoin mal disposé et un élernel monteur. L'inquisilion les surprit au milieu de leurs conjurations : il faut convenir que si le Saiiit- Offîcc avait réservé toulcs ses rigueurs pour de semblables cas, on ne le représenterait pas comme le plus odieux tribunal qui ait jamais existé chez les peuples civilisés. Les inqîosteurs subalternes furent jetés dans des cachots, mais le principal criminel continua à élre le maîlre du roi et du royaume. En même temps, une manie succédait à uni: autre manie dans l'esprit malade de Charles. In désir irrésislible de soniler ces myslères de- la tombe, dont les hommes en général détournent leurs pensées, avait longtemps élé hérédilaire dans sa famille, Jeanne la Folle, (pii send)le avoir transmis son tempérament morbide à toute sa postérité, avait passé des aimées à veillep-piès de la couche où reposaienl les restes lugubres de son époux paré des riches broderies et des joyaux qu'il porlait pendant sa vie. Le iï\s de Jeanne, Charles-Quint, trouva un plaisir étrange à célébrer ses obsèques, à s'envelopper de son suaire, à se placer dans son cercueil, à se couvrir du poêle funèbre.

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à rester couché comme iin mort jusqu'à ce que le Reqidem eût été chanté, et que les moines de Yuslc l'eussent laissé seul dans la bière. Philippe II goûtait égalemont un plaisir analogue à contempler l'immense cercueil de bronze dans lequel ses restes devaient être déposés, et surtout la tète de mort, ceinte de la couronne d'Espagne, qui était l'ornement du couvercle. Philippe IV trouvait le même attrait pour les l'unérailles et les lieux où trône la mort; il contentait cette curiosité lugubre en contemplant les restes de son arrière grandpère l'Empereur, et en se couchant quelquefois comme un cadavre, à la place de son choix, dans la sépulture louile. Une étrange fascination attirait son iils vers ces mêmes lieux. L'Europe n'avait pas de plus magnifique nécropole; un escalier incrusté de jaspe conduirait de la somptueuse église de l'Escurial à une chapelle octogone située juste au-dessous du maître-autel; le caveau, impénétrable aux rayons du soleil, était enrichi d'or et de marbres précieux, qui réfléchissaient l'éclnt d'un immense candélabre d'argent: à droite et à gauche reposaient, dans un sarcophage massif, les anciens rois et reines d'Espagne. Suivi d'un nombreux cortège, le roi descendit dans ce mausolée et ordonna (pi'on lui ouvrît les cercu'eils ; sa mère avait été embaumée avec un art si parfait, qu'elle apparut comme on avait pu la voir sur son lit de mort. Le corps de son aïeul paraissait bien conservé, mais il tomba en poussière au premier contact. Ni les restes de sa mère, ni ceux de son aïeul, ne produisirent chez Charles le moindre signe de sensibilité; mais quand la douce et gracieuse Louise d'Orléans, la première femme de cet être

infortuné, celle qui avHit illuminé sa sombre existence d'un court et pàleravon de bonheur, s'offrit à ses yeux après un laps de dix années, son apathie l'abandonna un instant. « Elle est au ciel ! s'écria-t-il, j'y serai bientôt avec elle. » Et il sortit du caveau avec toute la précipitation dont sa faiblesse était capable.

Tel était l'état de la cour d'Kspagne quand, dans l automne de 1699, on apprit qucdepuis la mort du prince électoral de Bavière, les gouvernements de France, d'Angleterre et des Provinces-Unies négociaient activement la conclusion d'un second traité de partage. Il était facile de prévoir que les Castillans seraient indignés d'apprendre que les potentats étrangers médilaicnt le démembrement de rem|)ire dont la Castille était la tête; mais il était moins aisé de prévoir que Guillaume serait le principal et presque l'unique objet de celte indignation. Si le partage médité était réellement injuste, il n'y a pas de doute que Louis ne fût beaucoup plus à blâmer que Gnillaume, car c'était Louis et non Guillaume qui avait abordé le piemier la question dn partage ; c'était Louis et non Guillaume qui devait y gagner un agrandissement de territoire. Perso me ne pouvait douter que Guillaume n'avait consenti à ce partage (pie dans le but de satisfaire Louis, et qu'il avait accédé avec plaisir atout arrangement qui eut assuré à la monarchie espagnole sa complète intégrité sans préjudice pour les hbertés de l'Europe. Cependant les ministres espagnols évitèrent soigneusement tout ce qui aurait pu oiTenser Louis, et s'en dédonnnagèrent en faisant un outrage grossier à Guillaume. A dire vrai, leur orgueil, comme il arrive souvent à l'orgueil exlravagaut, ressemblait

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