‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 88 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

beaucoup à l'abjection. Ils savaient qu'il était dangereux d'insulter Louis ; et ils cro\ aient qu'ils pouvaient impunément insulter Guillaume. Louis était le maître absolu de son vaste royaume. Il avait à peu de distance des flottes et des armées qu'un seul mot de sa bouche, une seule ligne de sa main suffirait pour ébranler. S'il était provoqué, le drapeau blanc pouvait en peu de jours flotter de nouveau sur les murs de Barcelone. Les Castillans regardaient son immense pouvoir avec espérance aussi bien qu'avec crainte. Louis, et Louis seul, s'imaginaient ils, pouvait empêcher le démembrement dont la pensée seule leur était insupportable. Il pourrait encore peut-être être amené à violer l'engagement qu'il avait pris avec l'Angleterre et la Hollande, si l'un de ses petils-fds était déclaré héritier du trône d'Espagne. Il fallait donc le respecter et le flatter. Mais Guillaume en ce moment ne pouvait faire ni grand bien ni grand mal. A peine pouvait-on dire qu'il eût une armée. Il lui était interditde songer à aucune entreprise qui eût exigé des dépenses, sans la sanction de la Chambre des communes ; et la Chambre des communes semblait se faire une étude de l'humilier, de le traverser dans tous ses projets. Les Espagnols connaissaient l'histoire de la dernière session principalement d'après les rapports inexacts apportés par des moines irlandais, et à supposer que ces rapports eussent cté exacts, la véritable nature d'une lutte parlementaire entre le parti de la cour et le parti de la nation n'eût été qu'imparfaitement comprise par les grands d'un royaume où, pendant plusieurs générations, il n'y avait eu aucune opposition constitutionnelle aux désirs du roi. Pendant quelque temps on crut gé- IV. 21

2i2 RKGNlî DK GUILLAUME III.

iicialement à Madrid (non pas seulement la popidace, mais les grands qui jouissaient du privilège exclusif de se promener dans les rues de la capitale en carrosse à quaire chevaux-, on crut que Guillaume avait été déj)Osé, qu'il s'était relire en Hollande, que le Parlement avait décidé qu'il n'y aurait plus de rois, qu'une rcpublicpic avait été proclamée et qu'un doge allait être élu. Quoicpie cette rumeur fût fausse, il n'était que Irop vrai <pie le gouvernement anglais était alors hors d'élat de se venger de ces mépris. Le marquis de Canales, qui représentait le roi catliohque à Westminster, reçut l'ordre de faire des remontrances sérieuses et il ne craignit pas d'oulre-passer ces instructions. Il remit au secrétaire d'Etat une note impertinente au delà de toute expression. « Son maître, écrivait-il, avait aj)pris avec élonnement que le roi Guillaume, la Hollande et d'autres puissances — car l'ambassadeur prudent même dans sa fanfaronnade, ne nommait pas le roi de France — étaient occupés à tiamer un traité non-seulement pour régler la succession de la couronne d'Espagne, mais encore dans le détestable but de diviser la monarchie espagnole. Ce pacte était odieusement contraire aux lois de la nature et aux lois de Dieu. » L'ambassadeur en appelait au roi d'Angleterre, au Parlement, à la noblesse et à toute la nation. H annonçait pour conclure qu'il exposerait l'affaire aux deux Gliand)ros lors de la i)rochainc session.

Le style de cette note prouve quelle inqiressitm les malheureux événements de la dernière session avaient faite sm' les nations étrangères. 11 était évident que le roi n'était phis considéré conum; le chef du gouverne-

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