CHAPITRE II
mont. On l'accusait d'avoir commis iino faute; mais om ne lui en denuindait pas la réparation. On le traitait comme un officier subalterne qui se serait rendu coupable d'un crime envers le droit des gens et on le menaçait du déplaisir de la Chambre des comnumes, qui comme la vcrilable souveraine de l'Etat était tenue de surveiller la conduite de ses serviteurs. Les Lords-juges lurent avec indignation celte note outrageante et l'envoyèrent en toute hâte à Loo, d'où ils reçurent avec une égale célérité l'ordre de faire partir Canales. En môme temps, notre ambassadeur fut rappelé de Madrid, et tout rapport diplomatique fut suspendu entre lAnglelerre et l'Espagne.
Il est probable que Canales se fût exprimé d'une manière moins inconvenante s'il n'eût pas déjà existé une déplorable querelle entre l'Espagne et Guillaume ; querelle dans laquelle Guillaume n'avait aucun reproche à se faire, mais dans laquelle les sentiments unanimes du Parlement anglais et de la nation anglaise étaient pour l'Espagne.
Il est nécessaire de remonter à quelques années en arrière pour étudier l'origine et les progrès de celte querelle; c'est un des épisodes les plus intéressants cl les plus instructifs de notre histoire, mais un de ceux qui ont été le plus obscurcis et le plus dénaturés par la passion et par les préjugés, ayant été généralement raconté par des écrivains dont la partialité naiionale avait perverti le jugement. Leurs invectives et leurs lamentations ont encore à subir un examen sérieux et calme; car même aujourd'hui, après un laps de plus de cent cinquante ans, il est très-possible que plus
d'un lecteur perde son sang-froid, au nom seul do Darieii, tant ce nom réveille de cruels et funestes souvenirs.
L'homme qui attira toutes ces calamités sur son pavs n'était ni un simple, visionnaire ni un chevalier d'industrie. C'était ce ^Yilliam Paterson dont le nom est honorablement associé à la nouvelle ère qui s'ouvrait sous do si lieureuv auspices pour les finances et le commerce anglais. Son projet d'une banque nationale avant été approuvé j)ar les hommes d'Etat les plus éminents du Parloment de Westminster et par les négociants les ])lus considérables de la Bourse, avait été mis à exécution avec un succès signalé. Il trouva, et trouva peutêtre avec raison, que ses services avaient élé mal récompensés. Il avgit été un des premiers directeurs do la grande corporation qui lui devait son existence; mais il ne fut pas réélu. On peut concevoir aisément que ses collègues, opulents bourgeois qui avaient acquis leur fortune et leur expérience dans la partie pratique du commerce, aldormon, svndics de compagnie et cliofs do maison tous bion coniuis sur toutes les places du monde civihsé, n'étîiicnt pas trés-salisraits de voir parmi eux dans Grocers'llall un aventurier élranger dont un cerveau inventif et une langue persuasive composaient tout le capital. Qiiehjues-uns d'entre eux avaient probablement la faiblesse de le détester parce qu'il était Ecossais; d'autres étaient probablomenl assez petits pour ètro jaloux do ses talents et de ses connaissances; ceux mémos qui étaient plus favorablomont disposés pour lui pouvaient bien avoir découvert, avant de 1 avoir connu longtemps, qu'avec toute son habileté il manquait