CHAPITRE II. 2i
(]c jugement; que sa tète était remplie de projets qui au premier coup tl'œil avaient une apparence spécieuse, mais qui, après un examen plus altentif, paraissaient impraticables ou daniïoreux, et enfin que le bénéfice que le public avait retiré d'un projet heureusement conçu par lui serait chèrement payé s'il était admis que tous ses autres projets devaient avoir la même réussite. Dégoûté de ce qu'il considérait comme une ingratitude de la part des Anglais, Palerson se rendit sur le continent dans l'espoir d'intéresser à son plan les négociants des villes hanséatiques et les princes de l'Empire. Déçu dans cet espoir il revint à Londres, et c'est alors que la pensée qu'il pourrait être plus justement apprécié par ses compatriotes se présenta à son esprit. A cette époque, il fit la connaissance de Fletcher de Salloun, qui se trouvait aussi en Angleterre. Ces deux hommes excentriques devinrent bientôt intimes. Chacun d'eux avait sa monomanie, et les deux monomanies s'accordaient parfaitement. Fletcher était exailé par un patriotisme jaloux, ombrageux, presque maladif. Son cœur était ulcéré à la pensée de la pauvreté, de la faiblesse, de l'insignifiance politique de l'Ecosse et des indignités qu'elle avait subies de la part de son opulente et puissante voisine. Quand il parlait des injustices qu'il avait eu à supporter, son visage maigre et sombre prenait son expression la plus sévère ; le froncement habituel de ses sourcils devenait plus menaçant, l'éclair jaillissait de sf s veux. D'un autre côté, Paterson était fermement convaincu quil-avait découvert le moyen de rendre aussi grand que prospère tout Etat qui voudrait suivre ses conseils, et cela dans un espace de temps qui, bien
court dans la vie d'un homme, n'était qu'une minute dans la vie d'une nation. II n'y a pas la moindre raison de douter de la sincérité de Fletclicr de Saltoun. Il eût certes trouvé plus de difficulté à tromper les autres s'il n'eût commencé par se tromper lui-même. Sa foi dans ses propres projets était digne de celle des martyrs, et l'éloquence avec laquelle il les développait et les défendait avait tout le charme de la canileur et de l'enthousiasme. Rarement les illusions d'un insensé ou les crimes d'un imposteur ont attiré sur une société quelconque autant de malheurs que les rêves de ces deux amis, tous deux hommes intègres, tous deux hommes de génie et de cœur, étaient destinés à en attirer sur l'Ecosse. En 1695, ils retournèrent ensemhle dans leur pavs natal. Le Parlement écossais allait s'asscmbUr sous la présidence de Tweeddale, ancienne connaissance et voisin de campagne de Fletchcr. Sur lui fut dirigée la première attaque. C'était un vieux politique, rusé et circonspect. Cependant, il semblerait qu'il ne lui fût pas possible de résister à l'adresse et à l'énergie des assaillants. Peut-être ne fut-il pas tout à (ait leur dupe. L'esprit public était alors livré à une violente agitation. Les hommes de tous les partis demandaient à grands cris qu'on fît une cncpiéte sur le massacre de Glencoe. Il y avait lieu de craindre que la session qui allait commencer ne fut orageuse. Dans de semblables circon- .slances le Lord Grand-Commissaire pouvait trouver qu'il serait j)rudent d'apaiser le ressentiment des Etals en offrant un irrésistible appât à leur cupidité. Si telle fut la politique de Tweeddale, elle eut pour le moment un plein succès. Le Parlement, qui s'était assemi)lé tout