‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 91 sur 147 · CHAPITRE 11. 2'f · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. 2'f

l)Ouillant d'indignation, reprit bientôt sa bonne humeur. Le sang des Macdonald massacrés continua vainement à crier vengeance. Les projets de Patcrson, présentés sous le patronage des ministres de la couronne, furent sanctionnés à l'unanimité par la législature.

L'homme à projets devint l'idole de toute la nation. Oalui parlait avec plus de respect qu'au Lord Grand- Commissaire lui-même. Dans son antichambre se pressait la foule des solhciteurs, désireux de s'assurer quelques gouttes de cette pluie d'or dont il allait être le dispensateur. Heureux et fier celui qu'on voyait se promenant avec Palerson dans High-Slreet, celui qu'il honorait d'une audience d'un quart d'heure. Quant à lui, conime la plupart de ces fau.x prophètes qui se sont abusés eux-mêmes en abusant les autres, la crédulité de ses disciples exalta sa foi. L'expression de sa physionomie, l'accent de sa voix, ses gestes, exprimaient une confiance illimitée dans son propre génie. Quand il paraissait en public, dit une personne qui probablement l'avait souvent vu, il ressemblait à Atlas portant un monde sur ses épaules. Mais les airs qu'il se donnait ne faisaient qu'accroître le respect et l'admiration. Il était devenu l'homme modèle. Les Ecossais qui désiraient passer pour des sages imitaient de leur mieux l'inimitable Patcrson.

Son plan, quoiqu'il ne fût révélé qu'en partie au public, ét;iit approuvé par toutes les classes, par toutes les factions, par toutes les sectes, par les Lords, les marchands, les avocats, les ecclésiastiques, les Whigs et les Jacobites, les Caméroniens et les Episcopaux. En vérité, de tous les projets illusoires dont l'histoire a

conservé le souvenir, nul ne fut janiiiis plus ndroilement mis au jour, nul ne fut proclamé plus potnj euscinent et n'offrit de plus brillantes espérances, nul aussi ne se termina plus lamentablement. 11 y avait cependant un mélange de vérité dans ce songe splendide qui devait aboutir à un si fatal réveil.

L'Ecosse cortainemeiit ne possède ni un climat doux ni un sol fertile; mais les villes les plus ricbes qui aient jeûnais existé sur la surface du globe avaient été des villes aussi peu favorisées par la nature. C'était sur un rocher aride et entouré par l'Océan que les palais de T^T s'élevaient à une hauteur vertigineuse. Sur ce roc stérile se tissaient les robes des satrapes persans et des tyrans de Sicile; c'est là que se ciselaient les coupes et les vases d'argent pour les banquets des rois; c'éiait là (|ue l'ambre de la Poméranie était enchâssé dans l'or lydien pour orner le cou des reines. Dans les magasins s'exposaient le fin lin d'I^gypte et les gommes odorantes de l'Arabie, l'ivoire de l'Inde et l'étain de la Bretagne. Dans le port mouillaient ces flottes qui avaient bravé les orages du Ponl-Euxin et de l'Atlantique. De riches et puissantes colonies, situées aux extiémités du monde connu, regardaient la petite lie avec un respect filial, et des despotes qui foulaient aux pieds les lois et outrageaient les sentiments de toutes les nations situées entre l'Ilvdaspe et la mer Egée, condescendaient à faire leur cour à la popuhition de celte ruche humaine. Plus tard, sur une plage aride formée par le sol (pie les torrents des Alpes chairicnl vers l'Adriati(|U(\ s'élevèrent les palais de Venise. Dans un espace qui n'eût pas semblé suHisant pour un des parcs des ru-

des barons (lu Nord se trouvaient accumulées des richesses qui surpassaient de beaucoup celles d'un royaume des régions septentrionales. Dans presque toutes les. habitations particulières qui bordaient le Grand-Canal, on voyait une argt^nterie, des miroirs, des bijoux, des tapisseries, des peintures et des sculptures qui eussent fait envie au maître du château d'IIolyrood. Les arsenaux contenaient assez de munitions de guerre pour soutenir une lutte contre toutes les forces réunies de l'empire ottoman. Enfin, avant que la grandeur de Venise eût commencé à décliner, une autre république encore moins favorisée s'il est possible par la nature, s'était rapidement élevée à un degré de puissance et de richesse que le monde entier contemplait avec envie et admiration. Sur un marais à l'aspect désolé, couvert de brouillards et exhalant des vapeurs malfaisantes, dans un lieu oij ne se trouvait ni bois, ni pierre, ni terre ferme ni eau potable, et où l'Océan d'un côté et le Rhin de l'autre étaient difficilement tenus en respect par les travau-x de l'art, vivait la plus florissante société de l'Europe. Avec les richesses entassées dans l'espace des cinq milles qui environnaient 1 hôtel de ville d'Amsterdam, on eût acheté tout le territoire de l'Ecosse. Eh! pourquoi en serait-il ainsi? Y avait-il aucune raison de croire que la nature eût accordé au Phénicien, au Vénitien et au Hollandais plus d'activité, plus de génie, plus de prévoyance, plus d'empire sur lui-même qu'au citoyen d Edimbourg et de Glascow? Il était certain que pour toutes les qualités qui assurent le succès dans la vie, et surtout dans la vie commerciale, l'Écossais n'avait jamais été surpassé et peut-

être jamais égalé, il ne manquait à son énergie qu'une Lonne direction, et Palerson enlieprenait de la lui donner.

Son projet était le projet original de Christophe Colomb, élargi et modifié. Colomb avait espéré établir une communication entre l Europe et les Indes, à travers le Grand-Océan occidental; mais il fut arrêté par un obstacle imprévu. Le continent américain, qui s'étendait au loin vers le nord et vers le sud dans des régions froides et inbospitaHèros, semblait lui opposer une barrière infranchissable, et l'année même où il mit pour la première fois le pied sur ce continent, Gama atteignit Malabar en doublant le cap de Bonne-Espérance. Eu conséquence, le commerce de l'Europe avec les parties les plus éloignées de l'Asie s'était fait pendant deux siècles au moyen des vaisseaux qui faisaient le tour de l'immense péninsule d'Afrique. Paterson fit donc revivre le projet de Colomb, en se persuadant et en persuadant aux autres qu'il était possible de faire de son pays, le pays le plus riche cl le plus commerçant du monde.

Dans ce but, il était nécessaire d'occuper en Amérique un territoire qui pût servir de lieu de repos entre l'Ecosse et les Indos. Presque toutes les parties habitables de l'Amérique, il est vrai, avaient déjà été accaparées par quelque puissance européenne : mais Paterson s'imagina ([u'une province, la plus iuq)ortante de toutes, avait échappé à la (iquiliti' imprévoyante des politiques vulgaires et des marchaiuls à vues étroites. L'isthme (jui joignait les deux grands continents du Nouveau -Monde restait, selon lui, sans mai-

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