CHAPITRE II
vait produire et des richesses encore plus grandes qu'y déverseraient Siam et Canton, Ceyland et les Moluques, les bouches du Gange et le golfe du Bengale, elle prendrait immédiatement place an premier rang des nations. Aucune rivale ne pourrait lutter avec elle, soit pour le commerce des Indes orientales, soit pour celui des Indes occidentales. Ce pays de mendiants, comme l'avaient insolemment appelé les habitants des régions plus chaudes et plus fertiles, deviendrait un vaste marché où se trouveraient les produits les plus exquis, le sucre, le rhum, le café, le chocolat, le tabac, le thé et les porcelaines de la Chine, les mousselines du Deccan, les châles de Cachemire, les diamants de Golconde, les perles de Karrack, les délicieux nids d'oiseaux des îles Nicobar, la cannelle, le poivre, l'ivoire et les bois de sandal. De l'Ecosse viendraient tous les plus beaux joyaux et les riches brocarts dont se paraient les duchesses aux bals de Saint- James et de Versailles. I)c l'Ecosse viendrait tout le salpêtre qui fournirait les munitions de guerre aux flottes et aux armées des potentats européens. Sur toutes les immenses richesses qui transiteraient constamment à travers le petit royaume serait perçu un péage qui enrichirait le pays et lui assurerait une prospérité presque fabuleuse, une prospérité dont chaque Ecossais, depuis le pair jusqu'au plus humble citoyen, aurait sa part. Sur les rives jusqu'alors incultes et solitaires du Forth et de la Clyde on verrait bientôt autant de villes et de parterres que le long des canaux hollandais. Edimbourg rivaliserait avec Londres et Paris, le bailli de Glascow ou de Dundee aurait une habitation aussi somptueuse et une galerie IV. 22
de tableaux aussi belle qu'aucun bourgmestre (l'Amsterdam.
Ce plan magniliquc ne lut d'abord révélé qu'en partie au public. Une colonie devait être fondée ; un vaste commerce allait s'ouvrir entre les Indes et l'Ecosse ; mais le nom de Darien n'était encore prononcé que tout bas par Paterson et par ses plus intimes amis. Il en avait cependant dit assez pour faire naître des espérances et des désirs sans bornes. L'acte mémorable auquel le Lord Grand-Commissaire donna la sanction royale le 26 juin 1605, prouve suffisamment combien il réussit à inspirer aux autres ses propres sentiments. Par cet acte, quelques personnes qui étaient nommées et quelques autres qui devaient sejoindreaux premières formeraient une société qui serait désignée sous le nom de Compagnie d'Ecosse, faisant le commerce avec l'Afrique elles Indes. Le chiffre du capital affecté à celte entreprise n'était pas (ixé par la loi; mais il fut décidé comme mesure de précaution que la moitié de ce capital serait entre les mains d'Ecossais résidant en Ecosse, et qu'aucune action qui dans l'origine aurait été entre les mains d'un Ecossais résidant en Ecosse, ne serait liansférée qu'à un Ecossais également résidant en Ecosse. L'entier monopole du commerce avec l'Asie, l'Afrique cl l'Ainéricpie fut accordé à la Compagnie pour un espace de trente et un ans. Toutes les marchandises importées par la Compagnie seraient pondant vingt et un ans exemptes de tout droit, à l'exception du tabac et du sucre étrangers. Le café et le sucre provenant des plantations de la Compagnie seraient également exempts de toute taxe. Les actionnaires et les employés de la