CHAPITRE II
Compagnie seraient affranchis de l'enrôlement forcé et à l'abri de toute arrestation. Si l'un de ces privilégies était arrêté ou enrôlé de force, la Compagnie était autorisée à le faire remettre en liberté, en recourant à l'assistance du pouvoir civil et du pouvoir militaire. La Compagnie était autorisée à prendre possession des territoires inoccupés dans quelque partie de l'Asie, de l'Afrique ou de l'Amérique que ce fût, d'y fonder des colonies, d'y bâtir des villes et des forts, d'imposer des taxes, d'établir des magasins, de posséder des armes et des munitions, de lever des troupes, de déclarer la guerre, de conclure des traités, et l'on fit promettre au roi que si quelque nation étrangère offensait la Compagnie, il s'interposerait et obtiendrait réparation aux frais de l'Etat. En dernier lieu, il fut décidé que pour donner une plus forte sécurité et une plus grande solennité à cette concession exorbitante, l'entière substance de l'acte serait détaillée dans des lettres patentes auxquelles le Chancelier apposerait le grand sceau sans délai.
Les lettres furent rédigées et le grand sceau y fut apposé. Les livres de souscriptions s'ouvrirent. Les actions furent fixées à cent livres sterling chacune, et de la baie de Solway à la baie de Pentland, tout individu qui avait cent Uvres sterling se montra impatient d'inscrire son nom. Deux cent vingt mille livres sterling environ furent réalisées de cette manière. Cette somme peut à première vue ne pas paraître considérable à ceux qui se rappellent les spéculations grandioses de 1825 et de i<S45 ; elle n'aurait assurément pas suffi pour paver les frais d'une guerre de trois mois avec l'Espagne. Cependant il faut reconnaître que cet effort fut merveilleux.
250 REGNE DE GUII.LAUM E III.
quand on peut affn mer (|iie le peuple écossais consacra volontairement, pour la colonisation de Darien, une portion plus considérable de ses ressources que tout autre peuple dans le même espace de temps n'en consacra jamais volontairement à aucune entreprise commerciale. Une grande partie de l'Ecosse était alors aussi pauvre, aussi sauvage que l'Islande l'est aujourd'hui. On y comptait cintj ou six comtés cpii, dans leur ensemble, ne contenaient pas autant de guinées et de couronnes qu'en remuaient en un jour les pelles d'un seul bancjuier de Lombard-Slreet. Les nobles eux-mêmes avaient très peu d'argent comptant. Ils recevaient généralement la plus grosse partie de leurs fermages en nature, ce qui leur permettait de vivre dans l'abondance et d'exercer 1 hospitalité dans leurs domaines. Maisil y avait beaucoup de gentillàtres des comtés de Kent et de Somerset qui recevaient de leurs tenanciers plus d'or et d'argent qu'un (Uic de Gordon ou un marquis d'Atholl n'en retiraient de provinces entières. La rémunération du clergé était telle qu'elle eût excité la pitié du plus besoigneux des pasteurs qui considéraient comme un privilège de boire leur aie et de fumer leur pipe dans la cuisine d'un manoir anglais. Dans la fertile Morsey elle-même, il y avait des paroisses dont le pasteur recevait seulement de quatre à huit livres sterling eu argent C(>nq>tant. Le revenu ofliciel du Lord-Président de la Haute-Cour d'Edindjourg (la Cour des sessions) ne se montait qu'à cinq cents livres sterling par an, et celle du Lord Vice-Président (Lord Justice Clerk) (|u'à quatre cents. L'impôt foncier du royaume entier futlixé, quel(|ues années plus tard, par le traité d'union, à un peu plus de la moitié