‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 95 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de celui du seul comté do Norfolk. Quatre cent mille livres sterling étaient probablement alors au capital de rÉcosse ce que seraient aujourd'hui quarante millions. La liste des mendjres de la Compagnie de Darien mérite d'être étudiée. Le nombre des actionnaires fut d'environ quatorze cents. La plus grande somme enregistrée sous un seul nom était de trois mille livres. Les chefs de trois nobles maisons prirent chacun trois mille livres, le duc d'Hamilton, le duc de Queensbury, et lordBelhaven, homme habile, énergique et patriote, qui avait accueilli le projet avec un enthousiasme égal à celui de Flechtor. Argylc souscrivit pour (juinze cents livres. John Dalrympl, trop bien connu sous le nom du Maître du Stair^, venait justement de succéder au titre et aux biens de son père et était maintenant vicomte de Stair. Il enregistra son nom pour mille livres. Le nombre des souscripteurs membres de la pairie écossaise fut de trente à quarante. La cité d'Edimbourg, comme corporation, souscrivit pour trois mille livres ; celle de Glascow, pour trois mille, et celle de Perth, pour deux mille. Mais la grande majorité des actionnaires contribua seulement pour cent ou deux cents chacun. Un très-petit nombre d'ecclésiastiques, établis dans la capitale ou dans quelque grande ville, fut en élat d'acheter des actions. Il est triste de voir sur cette lislelenom de plus d'un homme exerçant une profession, et à qui l'anxiété paternelle fit probablement risquer tout le produit de ses pénibles économies pour laisser

* Le titre Master ou Maître était le titre distincli!' du fils aîné de liliisieurs nobles d'Ecosse. a. p.

une action de cent livres sterling à chacun de ses enfants Si, en effet, les prédictions de Taterson s'étaient veiifiees, une pareille action aurait, d'après les idées de ce siècle et les mœurs de l'autre, constitué une belle dot pour la fille d'un écrivain du sceau ' ou d'un chirurgien.

Les Écossais sont un peuple éminemment intelligent, prudent, résolu et d'un caractère posé : c'est là un fait évident pour l'observateur le plus superficiel. Il n'est pas moins vrai, quoique ce soit moins généralement reconnu, qu'ils sont sujets, plus que d'aulrcs jteuples, à des illusions dangereuses, à des passions exaltées. Le royaume entier semblait atteint de folie. Paterson avait acquis une influence qui ressemblait plutôt à celle du fondateur d'une nouvelle religion, à celle d'un Mahgmet, d'un Joseph Smith, qu'à celle d'un spéculateur commercial. Une foi aveugle dans une religion, un zèle flniatique pour cette religion, sont choses trpp communes pour nous étonner. Mais une pareille foi et un pareil enthousiasme semblent étranges dans les transactions fhiancières. Il est vrai que nous jugeons après l'événement. Mais avant révénemcnt, tous ceux qui auraient voulu s'éclairer en avaient les moyens à leur portée. Il semble incroyable que des hommes de sens, qui n'avaient qu'une idée vague et générale du projet de Pater.son, aient tout risqué sur la chance du succès. 11 semble encore plus incroyable que des hommes, auxquels les détails de ce |)lan avaient été confiés, n'aient

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