‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 97 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

souffrir qu'aucune rivale fût pour elle ce qu'elle avait été pour Venise. Restait l'Angleterre, et Paterson était assez téméraire pour se flatter qu'on pourrait l'amener à prêter son puissant appui à la Compagnie. Il retourna donc à Londres avec lord Belhaven; ils établirent un bureau dans Clemenl's Lane, formèrent un conseil de directeurs , auxiliaire du conseil central d'Edimbourg, et invitèrent les capitalistes de la Bourse à souscrire pour la somme qui n'avait pas été réservée aux Ecossais résidant en Ecosse. Quelques capitalistes se laissèrent prendre à l'hameçon, mais la Cité fit entendre de menaçantes clameurs, et de la Cité l'indignation se répandit dans tout le pays. Ce sentiment ne saurait être . à l'abri de reproche: l'animosité nationale réagissait sur quelques esprits et l'animosité religieuse sur d'autres ; mais il est] impossible de nier que le mécontentement que Paterson excita dans la partie méridionale de notre Ile était dans le fond juste et raisonnable. Bien qu'on ne sut pas encore généralement sur quel point sa colonie serait fondée, on ne pouvait guère douter qu'il ne se proposât d'occuper quelque partie de l'Amérique, cl l'on pouvait encore moins douter qu'une pareille occupation ne rencontrât de la résistance. Une guerre maritime s'ensuivrait, et l'Ecosse n'était pas en mesure de la soutenir. L'état de ses finances était tel, qu'il devait lui être impossible d'armer même une escadre moyenne. Avant que le conflit eût duré trois mois, il ne lui resterait plus ni argent ni crédit. Ces choses-là sautaient aux yeux de tout politique de café; il était impossible de croire qu'elles eussent échappé à des hommes aussi capables et aussi bien renseignés que

quelques-uns de ceux qui siégeaient au Conseil privé et au Parlement d'Edimbourg, Il n'y avait qu'une manière d'expliquer la conduite de ces faiseurs de projets : ils avaient l'intention de faire une dupe de l'Angleterre, Les deux royaumes britanniques étaient si étroitement unis, pbysiquement et politiquement, qu'il n'était guère possible pour l'un des deux d'être en paix avec un État contre lequel l'autre était en guerre. Si les Ecossais attiraient le roi Guillaume dans une querelle, l'Angleterre devait le soutenir par égard pour sa propre dignité, qui était intimement liée à celle de son roi. Elle serait donc entraînée dans une lutte sanglante et coûteuse, au succès de laquelle elle n'avait aucun intérêt; bien plus, dans une lutte où la victoire serait pour elle une calamité plus grande que la défaite. Elle devrait sacrifier ses trésors et la vie de ses matelots afin (pi'une bande d'étrangers rusés pût jouir d'un monopole dont elle aurait plus à se plaindre qu'aucune autre nation. Elle serait tenue de conquérir et de défendre des provinces pour cette Compagnie écossaise, et qu'y gagnerait-elle? l'obligation })onr ses marchands de baisser leurs prix, la perte de sa clientèle, l'épuisement de son échiquier. Les disputes entre l'ancienne et la nouvelle Compagnie des Indes cesseraient , car elles seraient toutes deux également ruinées. Les deux grandes sources du revenu public seraient taries à la fois. Quelles seraient les receltes des douanes et de l'Excise, lorscjue de vastes entrepôts de sucre, de rhum, de café, de tabac, de chocolat, de thé, d'épices, de soieries, de mousselines, tous exempts de droits, seraient établis aux abords du Forth et delà Clyde et le long de

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