‹ Histoire du règne de Guillaume IIIChapitre 11 sur 15 · Commons’ Journals, 12 décembre · texte numérisé non relu

Commons’ Journals, 12 décembre

tripotage scandaleux, élevé jusqu’à cinq cents livres sterling par an. Il aurait dû être réduit à cinquante. D'un autre côté, les services d’un bon secrétaire d'Etat n'auraient pas été trop payés avec cinq mille livres. Si la résolution des Communes avait été mise à exécution, le Salaire qui n’aurait pas dû excéder cinquante, comme celui qui aurait pu, avec toute raison, S'élever jusqu’à cinq mille, auraient.élé fixés tous les deux à cinq cents. Une telle absurdité avait de quoi choquer le moins intelligent et le plus obtus des chasseurs de renards de la chambre des Communes. Il se fit une réaction. Quelques semairies après, lorsqu'on proposa d'insérer dans un bill de subsides un article en rapport avec la résolution du 12 décembre, les non l’ernportèrent : telle était l'opinion du speaker et il n’y eut, parmi ceux qui dirent oui, personne qui, s'aventurât à contredire son opinion. Ce projet insensé, qui avait été adopté sans division, fut pareillement rejeté sans division : il n’en fut plus question par la suite. Ce fut ainsi que se perpétua, grâce à limbécile emportement de ceux qui l’attaquaient, un äbus qui était si scandaleux qué ceux-là même qui en profitaient n'osaient pas le défendre !. |

k * | hi +i4 Gr AMONT AE | Les. papistes sont exclus de toute fonction publique en Irlande.

…. Le traité de Limiérick fut, au commencement de la session, l'objet d’une discussion grave et sérieuse: Les Communes, en conséquence du pouvoir suprême que la législature angläis, possédait sur toutés les dépendances de l'Angleterre, envôyèrént aux Lords ün: bill portant..que: personne. .ne pouvait siégét danse Parlement d'Irlande, ni occuper en frlandé auêuñ :emploi civil} militaire ou ecclésiastique, ni suivre. le bärréau où pratiquer la médecine, avant d’avoir prêté Ie : sement. d’allégeance «et de suprématie et souscrit Ja déclarati n contre la transsubstantiation. Les : Lords n'étaient, pas plus disposés que Jés Comniunes à favoriser les Irlandais. Personne parmi eux ne voulait accorder aux, catholiques des droits politiques. Il parait même

qu'aucun pair ne:S'0pposà en principe À cette disposition

* Commons Journals, 15 février 1690-1 ; Baden to the States General, 26 janvier (5 février). |

+ De *

absurde et cruelle qui interdisait aux catholiques l'exercice des professions libérales. Cependant les Lords. pensaient que, bien que la loi fût inattaquable en principe, elle serait, si-elle était appliquée dans toute sa rigueur, un ‘obstacle perpétuel à un traité sérieux avec l’ Irlande. Leurs Seigneuries demandèrent le traité de Limerick et en ordénnèrent la lecture. On examina si les lois faites par la chambre des Communes étaient d'accord avec les engagements pris par le gouvernement. On signala une divergence. Il avait été stipulé, à l’article 2 du traité civil, qu’il serait permis à toute personne, résidant actuellement dans une forteresse occupée par une garnison irlandaise, de reprendre l'état qu’elle exerçait avant la Révolution, à la condition de prêter le serment d’allégeance. Il était évident que cet article était violé, du moment où un avocat ou un médecin qui s’était trouvé à Limerick pendant le siége, était obligé de prêter le serment de suprématie et de souscrire la déclaration contre la transsubstantiation, avant de pouvoir recevoir ses honoraires. Holt fut consulté ; on le chargea de préparer des articles en rapport avec les termes de la capitulation.

Le bill, ainsi amendé par Holt, fut renvoyé à la chambre des Communes. Cette chambre rejeta tout d’ abord l amendement et demanda une conférence. La conférence fut accordée. Rochester, dans la Chambre-Haute, remit aux commissaires de la Chambre-Basse une copie du traité de Limerick, et leur représenta sérieusement combicn il était impottant de conserver inviolée la foi publique. Cet appel était un de ceux auxquels tout honnête homme, quelles que fussent, du reste, ses passions nationales et religieuses, ne pouvait résister. Les Communes firent un nouyel examen de celle question. Après avoir entendu la lecture du traité de Limerick, elles adoptèrent le projet proposé par les Lords, en y faisant toutefois quelques légères modifications !. Le bill fut adopté. A cette époque on y fit peu d'attention; mais il souleya, quelques générations plus tard, une controverse des plus violentes. Beaucoup d’entre nous peuvent encore se rappeler combien les esprits furent agités sous Gecrges III

‘ Stat, 8, W.et M., c. 2; Lords’ Journals, 16 has sd Commons Journals, 161, 5, 9 décembre.

et sous Georges IV par la question relative à l'admission des catholiques dans le Parlement. Jamais, sans doute, aucune discussion politique ne fit antant dénaturer l’histoire. Dans l'intérêt du présent on falsifia le passé tout entier. Tous les grands événements des trois derniers siècles ne nous apparaissent plus, à travers le brouillard qui sortit de nos théories et de nos passions, que défigurés et sous de fausses couleurs. En s'appuyant sur les seuls principes de la raison, les partisans de la liberté religieuse avaient l'avantage : ils ne s'en contentèrent pas et affaiblirent leur cause en soutenant que la loi qui exeluait les Irlandais catholiques du Parlement était contraire ‘au traité civil de Limerick. Le premier article de ce traité, disait-on,

garantissait aux Irlandais catholiques, relativement à l'exercice de leur religion, les priviléges dont ils jouissaient sous le règne de Charles If. Or, à cette époque, aucun serment du test n’excluait les catholiques du Parlement irlandais. On en concluait qu'on ne pouvait imposer ce serment, sans une violation de la foi publique. Ce fut particulièrement en 1828 que cet argument fut mis en avant dans la chambre des Communes ; il était considéré comme décisif, mais, en réalité, on n'avait aucun intérêt à y recourir. Les partisans de l'influence protestante virent avec plaisir le débat se déplacer et abandonner le terrain politique, où ils avaient Lort, pour se placer sur le terrain historique où, ils étaient dans leur droit. Ils n’eurent aucune difficulté à prouver que, pour les parties contractantes, l’article 1° signifiait seulement que le culte catholique serait toléré comme par lé passé.

Cet article avait été rédigé par Ginkell, et Ginkell, au moment où il le rédigea, venait de déclarer qu’il préférait tenter de nouveau la voie des armes plutôt que de consentir à ce que les papistes füssent reconnus admissibles à tous les emplois civils et militaires, à ce qu ’illeur fût permis d'exercer des professions libérales et qu'ils pussent devenir membres d’une corporation municipale. Comment suppôser alors que Ginkell aurait pris sur lui d'ouvrir la chambre des Communes et celle des Lords à des hommes auxquels il voulait fermer jusqu'aux corporations de pelletiers et de cordonniers. En outre, lorsqu'on voitlespairs d'Angleterre professer un si grand respect pour la bonne foi publique, lorsqu'on les voit faire à

cet égard des représentations à la chambre des Communes et demander au jurisconsulte le plus distingué et le plus intègre de cette époque les moyens d'en assurer le maintien, comment croire qu’ils l’aient violée eux-mêmes d’une manière aussi flagrante? Comment croire que, dans ce cas, il ne se soit pas trouvé parmi eux un Lord assez honnête ou assez factieux pour protester contre un pareil acte de perfidie et d'hypocrisie ? Bien plus, admettrait-on toutes ces choses, cela ne suflirait pas encore; il faudrait croire, en outre, qu'en présence d’une telle violation de la foi jurée, il n’y aurait pas eu quelque part dans le monde une voix pour la dénoncer; que la cour de Versailles et de Saint-Germain auraient gardé. le silence ; qu'aucun homme ne se serait fait entendre, soit parmi les exilés irlandais soit parmi les mécontents anglais ; que, sur un sujet où il y aurait eu tant à dire, la littérature jacobite ne contiendrait ni une invective ni une raillérie, et qu'enfin il était réservé à des politiques du dix-neuvième siècle dé découvrir qu'un traité fait dans le dix-septième, avait, quelques semaines après sa signature, été violé de la manière la plus audacieuse à la face de l'Europe.

. Débats relatifs au commerce avec les Indes Orientales.

Le jour même où la première lecture relative au bill qui soumettait l'Irlande à la domination absolue de la minorité protestante eut lieu dans la chambre des Communes, cette chambre prit en considération une matière de la plus haute importance. Dans tout le pays, mais surtout à Londres, dans les ports de mer et dans-les villes manufacturières, les esprits se trouvaient excités au plus haut degré relativement au commerce avec les Indes Orientales. Une polémique très-vive

Les catholiques irlandais se plaignirent plus tard, et avec trop de rai. son, que le traité de Limerick avait été violé : mais ces plaintes sont elles mêmes une preuve que le statut 3 W.et M. c. 2, n'élait pas une violation de ce traité. Ainsi, l'auteur de À Light to the Blind, parlant du premier article, dit : « Si cet article, sept ans après, fut violé par un Parlement convoqué en Irlande par le Prince d'Orange et dans lequel fut portée une loi qui bannissait les évêques, les dignitaires catholiques et lout le clergé régulier de cette religion. » L'auteur ne se serait pas exprimé de cette manière si l’article avait été véritablement violé par le Parlement anglais, deux mois après avoir élé signé. L’abbé Mac-Geoghegan se plaint aussi que l'article a été violé quelques années après avoir été rédigé. Mais il ne prétend pas que le Stat, 3, W.et M., c, 2, en est une violation.

avait eu lieu à ce sujet, et la législature pouvait seule décider : plusieurs’ graves quéstions constitutionnelles et commerplates qui ‘avaient été soulevées.

On ne doit pas oublier, et ‘du reste cela a été dit trèssouvent, que notre Constitution politiqué diffère essentiellement de toutes les constitutions qui, durant ces quatre-vingts dernières années, ont été formulées d’une manière méthodique, rédigées par articles et sanctionnées par des assemblées constituantes. Elle prit naïssance à une époque grossière. Aucun acte spécial ne la renferme tout entière. Tout le long de la ligne de démarcatiôn qui sépare les: fonctions du prince de celles du législateur, s’éténd un territoire qui, pendant longtemps, a été l’objet de nombreuses contestations. Continuellement des usurpations furent commises : on les tolérait le plus souvent lorsqu'elles n'étaient pas trop'violentes. Ordinairement, tant qu’il ne s'agissait que d’un simple empiétement, il n’y avait aucune résistance. Ce n'était que lorsque cet empiétement produisait un dommage positif, que la partie lésée faisait appel à son droit, et demandait que la ligne de démarcation fût nettement indiquée par des bornes, et qu'à l'avenir les bornes fussent scrupuleusement respectées. |

Plusieurs de ces points en litige, qui avaient octasionné les plus violentes querelles entre nos souvérains et leurs parlements, avaient enfin été décidés par le Bill des Droits. Cependant il existait une question qui n'avait pas été résolue, et qui n'avait peut-être pas moins d'importarfée que celles qui avaient été réglées d'uné manière définitive. Et semblerait même que cette question ne fut jamais mentionnée dans la Convention. Le Roi possédait, sans doute, ‘d’après ‘les anciennes lois du royaume, de grands pouvoirs pour la réglementation du commerce. fl aurait cependant été dificile de dire jusqu'où ces pouvoirs s’étendaient. On reconnaissait généralement que c'était au Roi qu'il appartenait de fixer les poids et les mesures, et de battre monnaie ; qu'aucune foire ou marché ne pouvait être téenu sañs son autorisation, et qu'enfin il était interdit à un vaisseau quelconque de mettre à terre son chargement ailleurs que dans les ports qu'il avait reconnus. Pendant longtemps nôs rois prétendirent en outre qu'ils avaignt le droit d'accorder les priviléges commerciaux

non pas seulement à des lieux particuliers, mais aussi à des sociétés ou à des individus. Sèlon: leur habitude, nos ancêtres ne pensèrent à contestér cette prétention de la royauté que lorsqu' elle entraina de graves itconvénients. Ce fut sous le règne d’Elisabeth que lé pouvoir de créer des monopoles commença à donner naissance à de nombreux àbus : dès ‘ce moment-le pouvoir fut mis en question. La Rèine cut la

sagesse de ne vouloir pas'entrér én'tutte avec son Parlement, soutenu par la nation tout eütière. Elle reconput franche. ment que lès plaintes étaient fondées ; elle annula les patentes qui avaient excité la clameur publique, et son peüple, satis= fait de cette concession, et de la manière gracieuse dont elle était faite, ne lui demanda pas unê renonciation formelle à la prérogative qu'il lui contestait. -

Les mécontentementsque sa sagesse avait fait cesser furent excités de nouveau par la politique cauteleuse et pusiHanime suivie par son successeur êt Qu'H appelait lui-même le métier de roi. Il accordait avec une grande facilité des patentes de monopole qui étaient la cause de vexations sans ombre. Lorsqu'il avait besoin de son Parlement, il les annulait avec une facilité non moins grande. Le Parlement n'avait pas plus tôt cessé ‘de siéger. qu'il se hâtait d'appliquer son grand sceau sur des patentes encore plus odieuses que éelles qu'il avait annuléès. Enfin cette excellente éhambre dés Communes qui siégea en 1623 le détermina à appliquer au mal ‘un remède énergique. Le roi fut forcé dé donner son consentement à une loi qui déclare nuls et de nul effet tous lés monopoles établis par l’autorité royale. On fit cependant quelques exceptions, et malheureusement ces exceptions ne furent pas clairement définies. Il fut spécialement déclaré que toute société de marchands, instituée'pour faire le commerce, retien-. drait tous ses priviléges légaux !. Mais la question de’savoir si un monopole garanti à une compagnie de cette nature était ou n’était pas un privilége légal n'avait pas été décidée, et ceite question continua pendant de longues années à exercer la sagacité des jurisconsultes?. Quant à la nation, débarrassée

‘ Stat. 21, Jac. 1, ©. 3.

? Voir particulière ment Two Lctters by a B'rrister concerning the East- India Company (1676) et an Answer to the Two Letters rublished an the some gear. Voir aussi le Judgement of Lord J:ffreys concerning the Great Case of Mee

tout d’un coup d’une multitude d’imposturés et de vexations dont le poids se faisait sentir tous les jours, elle n’avait aucune disposition à contester la validité de Chartes qui autorisait quelques compagnies de Londres à faire le commerce dans des parties du monde très-éloignées. |

De toutes ces compagnies, la plus importante sans contredit était celle qui avait été constituée par Elisabeth, le dernier jour du xvr° siècle, sous ce titre : « Le Gouverneur de la Compagnie des Marchands de Londres commerçant avec les Indes orientales 1, » A l'époque où cette compagnie célèbre -prit naissance, la monârchie Mongole se trouvait à l'apogée de sa puissance et de sa gloire. Akbar, le plus capable et le meilleur des princes de la famille de Tamerlan, venait d’être porté, plein de jours et d'honneurs, à ün mausolée dépassant en magnificence tout ce que l'Europe pouvait montrer dans le même genre. Il avait légué à sa postérité un empire. dont la population et les revenus étaient vingt fois plus considérables que la population et les revenus de l'Angleterre, qui occupait Sous notre grande reine un des premiers rangs en Europe. IL est curieux de voir combien peu se connaissaient à cette époque ces deux contrées qui étaient destinées à être un jour si intimement unies. Les Anglais les plus instruits considéraient l’Inde avec une admiration pleine d’ignorance. Il en était de même pour les hommes les plus savants de l'Inde, qui connaissaient à peine l'existence de l'Angleterre. Nos ancêtres avaient une vague idée de bazars immenses, remplis d'acheteurs et de vendeurs, où étincelaient les étoffes d’or et de soie aux mille couleurs ; ils se figuraient des trésors où les diamants étaient accumulés en monceaux et les sequins en montagnes ; des palais auprès desquels Whitehall et Hampton- Court n'étaient que des chaumières; et enfin des armées dix fois plus nombreuses que celle qui avait été réunie à Tilbury

trorolis. L'éditeur de ce dernier ouvrage s'excuse dans la préface d’avoir imprimé un écrit portant dans son titre un nom aussi odieux. «Je n’essayerai pas, dit-il, derecommander ce livre en invoquantle nom de l’auteur. Cependant je dirai ce qui m'a été dit, c'est que cet écrit mérite d'etre lu, » Le Jangage de Jeffreys est le plus souvent agressif et insolent : il est parfois bassement adulatoire. Quant à son argumentalion, elle est, au point de vue légal, pleine de furce, sinon concluante. |

? Governor and Company of Marchants of London trading to the East

Indies,

pour repousser l’Armada de Philippe IT. D'un autre côté, il est probable que dans le Durbar d'Agra il n’y avait aucun homme d'Etat qui sût que près du soleil couchant était une grände cité d’infidèles appelée Londres; qu'une femme y régnait et qu’elle y avait donné à une association de marchands francs le privilége exclusif de frêter dans ses Etats des vaisseaux pour les mers des Indes. Que cette association de marchands dût un jour régir l’Inde tout entière, depuis l'Océan jusqu'aux lieux où les neiges sont éternelles : qu'elle dût réduire à une obéissance complète de grandes provinces qui n'avaient jamais voulu se soumettre à l'autorité d’Akbar, qu'elle dût envoyer des vice-rois pour présider dans sa capitale, qu’elle dût faire l’aumône d’une pension mensuelle à son héritier, c’étaient là de ces choses dont ne pouvaient se douter les politiques de cette époque, même les plus sages, soit de l’Europe, soit de l'Orient! cela leur aurait semblé : aussi impossible que la fondation d'empires dans les planètes de Vénus ou de Jupiter, par les habitants de notre globe. Trois générations avaient passé, et rien n’indiquait que la . Compagnie des Indes deviendrait jamais un puissant poten- - tat asiatique. L'empire Mongol, bien ‘qu'il fût miné par la cause de ruine qu’il portait en lui-même, et bien qu'il penchât déjà vers sa chute, présentait toujours aux nations éloignées la même apparence de vigueur et de prospérité. Aureng-Zeb, qui prit le titre magnifique de Conquérant du monde le même mois où mourut Olivier Cromwell, régnait encore à l'époque de la reine Anne. Le territoire sur lequet il régnait était beaucoup plus vaste qu’il ne l'avait été sous aucun de ses prédécesseurs. Son nom était connu et respecté jusqu'aux contrées les plus éloignées de l'Occident. Dans notre pays, Dryden en avait fait le héros d’une tragédie, qui suffit à elle seule pour montrer combien peu les Anglais de cette époque connaissaient un pays que leurs petits-fils devaient conquérir et gouverner. Les princes musulmans. du poëte font l'amour dans le style d'Amadis ; ils dissertent sur la mort de Socrate, et ils ornent leurs discours d’allusions aux prodiges mythologiques d'Ovide. La Métempsycose de Brahma est représentée comme un article de foi de la croyance musulmane, et, comme des veuves indiennes, les sultanes mahométanes se brülent sur le bûcher de leurs époux.

Ce drame, qui, à cette époque, fut applaudi avec fureur par la foule qui remplissait la salle, et que savaient par cœur les belles ladies et les galants à la mode, est maintenant tombé dans l'oubli, sauf un passage remarquable par l’élévation des sentiments. Mais parmi les milliers de personnes qui répètent encore ce passage, il n’y en a pas une qui sache d’où il vient !. Li ARR |

La Compagnie des Indes Orientales, bien que rien n’indiquât ses hautes destinées politiques, jouissait cependant d’une grande influence dans la Cité de Londres. Sés bureaux, qui alors .n’occupaient qu'une très-petite: partie du terrain qu'ils recouvrent maintenant, avaient éthappé à l'incendie. La India-House de cette époque était une maison de bois et de plâtre, construite et sculptée dans lé goût qui dominait à l’époque d’Elisabeth. Au-dessus des fenêtres se ‘ trouvait une peinture qui réprésentait une flotté de navires marchands baHottée par les flots. L'édifice était surmonté . d'une énorme figure de bois représentant un matelot, ayant un dauphin de Chaque côté, et qui regardait avec dédain la foule qui circulait dans Leadenhall street?, Ce fut dans ce bâtiment étroit et sombre, si on le compare avec le vaste Jabyrinthe de passages et de chambres qui porte aujourd’hui le même nom, que la Compagnie, durant la plus grande partie du règne de Charles IT, jouit d’une prospérité dont l’histoire du commerce ne fournit pas d'autre exemple, prospérité qui excita l'étonnement, la cupidité ct l'envie de toute la capitale. La richesse et le luxe prirent à cette époque un immense développement. Le goût pour les épices, les tissus et les joyaux de l'Orient devint plus prononcé de: jour en jour. Le thé, que l’oû $e passait de main en' main à l'époque où Monk avait amené à Londres l’armée d'Ecosse, et que l'on goûtait du bout des lèvres comme une grañde rareté

* La Clarenda d’Addison, pendant la semaine dont elle tenait le Journal, n’a rien lu qü'Aureng-Zeb.: Elle a rêvé qué M‘ Froth ‘était à $es pieds et qu’il l'appelait Indamora. Son amie miss Kitty redit par cœur les huit meilleurs vers de la pièce; ceux sans doute qui commencent : « Ayez confiance, demain vous en serez récompensés. » 11 ne se trouve pas huit plus'beaux vers dans Lucrèce. : te

* On trouve dans le numéro de décembre 1789 du Gentieman’s Magazine une curieuse gravure représentant l’India-House telle qu’elle existait au xvue siècle, : - |

venant de Chine, était, huit ans après, deveïiu un article régulier d'importation, et il fut bientôt consommé en telle quantité que les financiers commencèrent à le considérer: comme un objet susceptible d'être taxé. Les progrès qui s'étaient faits dans l’art de la guerre avaient eu pour effet d'amener une demandé extraordiuaire, et qui ne s'était pas vue jusqu'alors, des ingrédients qui entrent dans la composition | de la poudre. On avait calculé que l’Europe pouvait à peine produire dans une année assez de salpètre pour faire le siége d'une ville fortifiée d’après les principes de Vauban !. On disait aussi que, sans les approvisionnements qu'il tirait des Indes, le gouvernement anglais aurait été forcé, pour pouvoir équiper une flotte, de faire ereuser dans toutes les cours de Lotidres; añh d'y recueillir le salpêtre qui s’y trouvait ?, Avant la Restauration, il y avait à peine dans toute la Tamise un seul vaisseau qui eût visité le Delta du Gange ; mais, pendant les trente-trois années qui suivirent la Restauration, la valeur des importations annuelles que l’ôn tira de cette contrée riche et bopuleuse, monta de 8,000 livres à à 300,000.

Les gains.de la Compagnie en possession du droit exclusif de faire ce commerce qui prenait de si rapides développements, étaient réellement incroyables. Le capital réel .ne dépassait pas 370,000 livres sterling, mais la Compagnie trouvait très-facilement à emprunter à 6 D. 100, et l'argent emprunté à ce taux et mis dans les opérations de la société produisait, du moins on le disait, 30 p. 100: Les bénéfices étaient tels qu'en 1676 chaque sociétaire bénéficia d’une somme égale à sa part dans la société. Pendant einq ans le capital social, qui se trouvait ainsi avoir été doublé, paÿa des dividendes montant, l’un dans l’autre, à 30 p. 100, Il avait cependant été un temps où 100 livres dans la société avaient été acquises pour 60 livres. Même en 1664 .Jes actions de 100 livres étaient cotées à 70 livres; mais en 1677 elles étaient montées à 245 livres; en 1681 elles étaient à 300 livres ; elles s’élevèrent ensuite à 360 ; on dit même qu'il y eut des ventes qui furent faites au taux de 500 livres.

. Voir Davenhngs: Letter to Mulgrart.

* Answer to Two Letters concerntne the-East dia Company, 1676. * Anderson’s Dictionary; G. White's Account of the trade to the East

Les gains énormes du commerce des Indes auraient excité sans doute peu de murmures s'ils avaient été. distribués entre un grand nombre de sociétaires; mais tandis que la valeur des actions s’augmentait, le nombre de ceux qui les possédaient allait en diminuant. A l’époque où la prospérité de la Compagnie atteignait son apogée, la direction de ses affaires était dans les mains d'un petit nombre de marchands possédant d'énormes riclicsses. Chaque sociétaire-avait alors un vote pour chaque cinq cents livres qu’il possédait dans le capital sociai. Il est dit dans les pampbhlets de cette époque, que cinq personnes avaient le sixième des votes, et que quatorze personnes en avaient un tiers {. Ce monopole, disaiton, procurait à plus d’un heureux spéculateur un revenu annuel de dix mille livres, et on montrait à Royal Exchange un grand homme qui avait su, au moyen de spéculations fructueuses et heureuses sur les actions, arriver en peu de temps à une fortune de vingt mille livres sterling de revenus, Cette notoriété commerciale, qui, par sa richesse et par l’influence que la richesse donne, pouvait marcher de pair avec les plus grands personnages de son époque, était sir Josiah Child. Il y avait encore beaucoup de personnes qui se rappelaient l'avoir vu apprenti et balayant un des bureaux de la Cité. I avait su, par sa capacité, s'élever rapidement de cette humble position à la fortune, au pouvoir et à la renommée. A l’époque de la Restauration il jouissait d’une haute considération dans le monde commercial. Quelque temps après cet événement il publia ses Pensées sur la philosophie du commerce. Les idées qu’il émet ne sont pas. toujours exactes, mais elles dénotent un esprit ingénieux et réfléchi. Quelles que soient les erreurs dans lesquelles il a pu tomber comme théoricien, il est certain que comme homme pratique il a eu peu d’égaux. Du moment où il devint membre du comité qui dirigeait les affaires de la Compagnie, son ascendant ne tarda pas à se faire sentir. Bientôt les postes les plus importants, ‘soit à Leadenhall street, soit dans les factoreriès de Bombay et du Bengale, furent occupés par ses parents ou par ses

Indies, 1691 ; Treatise on the Earl India Trade, by Philopatrix, 1691.

* Reason for constituting a New Æast India Company in London, 1681 ; pat Remarcks upon the Present State of the East India Company's Afairs, 1690. ;

créatures. Bien que ses richesses fussent dépensées avec une profusion pleine d'ostentation, elles eontinuaient cependant , à augmenter. Il obtint un titre de baronnet; il acheta un domaine magnifique à Wanstead; il y dépensa des sommes énormes en y faisant creuser des étangs ct planter de noyers d'immenses étendues de terrains arides. I} maria sa fille à l'ainé des fils du duc de Beaufort, et lui donna une dot de 50,000 livres sterling, qui fut versée argent comptant le jour du mariage. a

Cependant cette merveilleuse prospérité ne fut pas sans être interrompue. Vers la fin du règne de Charles IT, la Compagnie commença à être vigoureusement attaquée et à être en même temps en proie à des dissensions intérieures. Les profits du commerce de l'Inde étaient si tentants que souvent des aventuriers, malgré la défense de la Charte Royale, avaient équipé des vaisseaux pour les mers orientales. Mais la concurrence que ces marchands interlopes faisaient à la Compagnie ne fut pas redoutable jusqu’en 1680. A cette époque la nation était violemment agitée au sujet du Bill d'Exclusion. Il y avait même des esprits timides qui prédisaient une seconde guerre civile. Les deux grands partis que l’on venait de désigner sous les noms de Whigs et de Tories soutenaient, l'un contre l’autre, sur tous les points de l'Angleterre, dans les comtés comme dans les villes, une lutte acharnée: la discorde n'avait pas tardé à exister sur tous les points du monde civilisé où des Anglais étaient établis. |

La Compagnie passait généralement dans le publie pour être whig. Il se trouvait parmi les membres de son comité directeur quelques-uns des plus violents exclusionistes de la Cité: Deux d’entre eux, sir Samuel Barnardistone et Thomas Papillon, s'étaient attiré de grandes persécutions par suite du zèle qu'ils avaient déployé contre les Papistes et le pouvoir . arbitraire ?. Child avait été introduit dans la direction par ces deux collègues. Pendant longtemps il agit de concert avec eux, et on supposait qu'il partageait leurs opinions politiques. Il avait, pendant plusieurs années, été en grande estime près des chefs de l'opposition parlementaire, et il était surtout

* Evetyn, 16 mars 1682-3.

* Voir les State Trials.

li. . 30

350 REGNE DE GUILLAUME It.

odieux au duc d’York !. C’est ce qui engagea les interlopes à se poser en francs royalistes et en hommes déteritiinés à soutenir la Couronne contre les insolents tribuns de la Cité. Ils r'épandirent dans toutes les factoreries de l'Orient le bruit qu’en Angleterre tout était en confusion, que l'épée avait été tirée ou allait l'être, et que la Compagnie était à la tête de la rébellion contre la Couronne. Ces bruits qui, en réalité, n'étaient pas improbables, trouvèrent facilement créance près d'une population qui était à une distance de Londres telle qu’à cette époque il fallait douze mois pour la franchir. Quelques agents de la Compagnie, les uns parce qu'ils étaient hostiles à ceux qui les employaient, les autres parce qu’ils étaient de zélés royalistes, se joignirent à ces traficatits privés. À Bombay la garnison et le plus grand nombre des résidents anglais . dirent qu’ils n’obéiraient pas plus longtémps à une Compagnie qui était rebelle au Roi; ils erprisonnèrent le vice-gouverneur, et ils déclarèrent qu is tenaient l'île pour la Couronne. A Sainte-Hélène il y eut un soulèvement : les insurgés prirent le nom d'hommes du. Roi et déployèrent l’étendard royal. Ce soulèvement ne fut comprimé qu'avec peine. Plusieurs insurgés, auxquels on fit l'application de la loi martiale, furent exécutés ?.

Si la Compagnie eût été whig au moment où les nouvelles de.ces séditions parvinrent en Angleterre, il est probable que le gouvernement aurait approuvé la conduite des révoltés, et que la charte sur laquelle reposait le monopole de la Compagnie aurait subi le sort qui, à cette époque, en atteignit beaucoup d’autres. Mais tandisquelesinterlopes faisaient, à une distance de plusieurs milliers de milles, la guerre à la Compagnie au nom du Roi, le Roi et la Compagnie s étaient réconciliés. Lorsque le Parlement d'Oxford fut dissous, lorsque des signes certains annoncèrent la forte réaction qui allait se faire en faveur de la prérogative, lorsque toutes les corporations qui avaient encouru le déplaisir roÿal commencèrent à trembler, une rapide et complète révolution s'opéra dans India-House. Child, qui était alors gouverneur ou, comme l’on dit maintenant, président, se sépara de ses

: Pepy’s Diary, 2 avril et 10 mai 1669. | » Tench's modest and just Apology for the East India Company, 1690,

anciens amis, les exclut de la ion, et négocia avec la cour un traité de paix et d'alliance secrète t.

Les étroites relations qu’il venait de nouer avec la grande maison torÿ de Beaufort durent nécessairement avoir de l'influence sur le changement qui s’opéra dans sa conduite politique. Papillon, Barnardistone et leurs adhérents vendirent leurs-actions: Leurs places dans le comité furent remplies par des personnes dévouées à Child, et ce dernier devint le maître absolu, l’autocrate. Les trésors de Ja Compagnie se trouvèrent absolument à sa disposition. Les plus importants des papiers qui la concernaient furent conservés, non pas dans les archives de la maison de Leadenhall street, mais dans son secrétaire de Wanstead. Le pouvoir sans limite qu'il exerçait à India-House en fit un favori de Whitehall, et la faveur dont il jouissait à Whitehall fortifia sa position dans la Compagnie. Charles reçut fort gracieusement un présent de 10,000 guinées que Child lui offrit. Dix mille autres furent acceptées par Jacques, qui consentit aisément à devenir actionnaire. En outre, Child sut, par des présents de châles ét d’étoffes de soie, de nids d'oiseaux, d’essences de rose, de diamants et de bourses remplies’ de guinées ?, qu'il distribuait aux ministres, aux maîtresses ef aux prêtres, se concilier tous ceux qui, à la cour, pouvaient lui nuire ou lui être utiles. Les collègues du dictateur ne demandaient aucun compte de ce qu'il “dépensait, et il semble réellement avoir mérité la confiance qu'ils lui témoignaient. Ses présents, distribués avec une prodigalité judicieuse, produisirent immédiatement d'excellents résultats. Juste au moment où la cour devint toute-puissante dans l'Etat, Child devinttout-puissantàla cour. Jeffreys prononça une décision en faveur du monopole et de tout ce qui avait été fait pour sa défense. Jacques ordonna np son seau füt platé sur une nouvelle charte qui confirmait

t'étendait tous les priviléges que ses prédécesseurs avaient accordés à la Compagnie. Tous les capitaines de navires indiens do des commissions de la Couronne et furent

* Some Remarks on the Present State of the East India Company's Af. fairs, 1690 ; Hamilton’s New Account of the East India. ui | ? While’s Account of the East fes Trade, 1691; Pierie Builer's Tale,

autorisés à arborer le pavillon royal’. John Child, frère de sir Josiah et gouverneur de Bombay, fut créé baronnet sous le titre de sir John Child de Surat ; il fut nommé général de toutes les forces anglaises dans l'Orient, et autorisé à prendre Je titre d'Excellence. La Compagnie, de son côté, trouva le moyen, au milieu de la servilité de la plupart des corporations, de se faire remarquer par sa profonde soumission au trône ; elle donna à tous les marchands du royaume l’exemple de payer exactement ét même avec empressement les taxes que Jacques, au commencement de son règne, avait l'habitude d'exiger sans l'autorisation du Parlement ?.

La ruine du commerce privé semblait imminente, et le monopole, qui soutenait la toute-puissance de la prérogative royale, paraissait devoir donner desbénéfices plus grands que . jamais. Malheureusement, il s’éleva à cette époque une querelle entre les agents de la Compagnie et le gouvernement mongol. Ilest impossible aujourd’hui de décider à qui la faute doit être imputée: cette question donna lieu, à cette époque, à une controverse extrêmement vive. Les interlopes rejetèrent toute la fraude sur la Compagnie. Le gouverneur de Bombay, disaient-ils, avait toujours été rapace et violent. Mais son titre de baronnet et sa Commission lui avaient entièrement tourné la tête. Les indigènes qui étaient employés à la factorerie avaient eux-mêmes remarqué le changement qui était survenu et disaient, dans leur mauvais anglais, qu'il devait y avoir quelque malédiction attachée au mot d'Excellence, car, depuis que le chef des Etrangers était appelé Excellence, tout allait de mal à pis. Cependant, ajoutait-on, tous les actes injustes et impolitiques qu’il avait commis dans l'Indé, avaient été sanctionnés par son frère d'Angleterre, et les choses en étaient venues à ce point, que la juste colère des autorités du pays avait été excitée par des actes d'insolence et de rapine qui déshonoraient la nation anglaise et la religion chrétienne. La Compagnie se défendit vigoureusement. Elle disait que la querelle était entièrement l’œuvre des interlopes qu'elle signalait comme des traîtres. Ils avaient, disait-elle, par des

‘ Whites Account of the Trade to the East Indies, 1691; Hamilton’s New Account of the East Indie: ; Sir John Wyborne to Pepys from Bombay, 7 janvier 1687-8. j

? London Ga.ette, 16 (26) fivricer 1684-59,

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