Acte de Grâce
Une communication du roi vint compléter la déconfiture des Whigs. Caermarthen se présenta à la Chambre des. Lords, tenant à la main un parchemin signé par Guillaume. C'était un Acte de Grâce pour les délits politiques.
Entre un Acte de Grâce émané de l'initiative du souverain et un Acte d’Amnistie émané de l'initiative des Etats du royaume, il existe quelques notables différences. Un Acte d'Amnistie traverse par toutes les phases par lesquelles passent les autres lois, et peut être, dans son cours, amendé par l'une ou l’autre Chambre. Un Acte de Grâce est reçu avec des marques particulières de respect, n’est lu qu’une fois par les Lords et une fois par les Communes, et doit être rejeté ou adopté intégralement !. Guillaume ne s'était pas ha- Sardé à soumettre un tel Acte au précédent Parlement. Mais dans le nouveau Parlement il était sûr d’une majorité. La minorité ne donna aucun embarras. Cet esprit d’entêtement, qui, pendant deux sessions, avait entravé la marche du Bill d'Amnistie, avait été enfin brisé par les défaites et les humiliations. Les deux Chambres se tinrent debout et découvertes pendant qu'on lisait l’Acte de Grâce, et elles y donnèrent leur sanction sans une seule voix de dissentiment.
Il n'y aurait pas eu cette unanimité si quelques grands criminels n'avaient été exclus du bénéfice de l’amnistie, Au premier rang étaient les membres survivants de la Haute- Cour de justice, qui avaient jugé Charles Ier, A ces hommes d'une autre époque on adjoignit les deux bourreaux anonymes qui, le visage couvert d'un masque, avaient joué leur rôle terrible sur l’échafaud dressé devant la salle des Banquets de Whitchall. Personne ne les connaissait, personne ne savait à quelle classe de la société ils appartenaient. Il était probable qu'ils étaient morts depuis longtemps. Cependant on crut devoir déclarer que .si, même en ce moment, c'est-à-dire après le laps de quarante et un ans, on venait à les découvrir, ils seraient encore passibles du châtiment de
changements faits par le comité sur le Bill, qui se retrouve dans les Archives de la Chambre des Lords. | |
* On discuta beaucoup, à celle époque, sur ces distinctions. Van Citters, 20 (30) mai 1690.
Te
leur crime. Peut-être n’eût-on pas jugé nécessaire de faire mention de ces misérables, si les haines de la génération précédente n'avaient été réveillées par la récente apparition . de Ludlow en Angleterre. Une trentaine des agents de la tyrannie de Jacques IE furent abandonnés à la loi. Sauf ces exceptions, tous les crimes et délits politiques, antérieurs au jour où la signature royale avait été apposée à l’Acte, furent couverts par un oubli général !. Les coupables mêmes qui se trouvaient nominativement exclus avaient peu de chose à craindre. Beaucoup d'entre eux avaient passé à l'étranger, et ceux qui étaient restés en Angleterre reçurent l'assurance qu'à moins qu'ils ne commissent quelque nouvelle faute, ils ne seraient point inquiétés.
C'est à Guillaume seul que la nation fut redevable de l’Acte de Grâce, et c'est un de ses titres de gloire les plus beaux et les plus purs. Depuis le commencement des troubles civils du dix-septième siècle jusqu'à la Révolution, chaque victoire remportée par l'un ou l'autre parti avait été suivie d'une proscription sanguinaire. Quand les ‘Têtes- Rondes triomphèrent des Cavaliers, quand les Cavaliers triomphèrent des Têtes-Rondes, quand la fable du complot papiste donna l’ascendant aux Whigs, quand la découverte du complot de Rye-House fit passer l’ascendant aux Tories, on avait vu couler du sang, encore du sang ct toujours du sang. Chaque grande explosion et chaque réaction de l'opinion publique avaient été accompagnées de rigueurs auxquelles la faction qui dominait alors avait hautement applaudi, mais que l’histoire et la postérité, qui envisagent les événements d'un œil plus calme, ont condamnées, IE n'est pas un homme sage et humain, quelles que soient d’ailleurs ses opinions politiques, qui mentionne aujourd'hui sans blâme la mort de Laud ou de Vane, celle de Stafford ou de Russell. De ces boucheries alternatives, la dernière et-la plus scandaleuse est celle à laquelle sont inséparablement attachés les noms de Jacques IT et de Jeffreys. Mais elle n’eût certainement pas été la dernière, et peut-être n’eût-elle pas été la plus scandaleuse, si Guillaume n'avait eu assez de vertu et de fermeté pour résister aux obsessions
» Stat, 2, W, ct M., ess, 1, c. 10,
de ses partisans les plus zélés: Ceux-ci étaient résolus à exercer les plus terribles représailles pour tout ce qu’ils avaient souffert pendant sept années d'oppression. L'échafaud de Sidney, le gibet de Cornish, le poteau auquel Elisabeth Gaunt avait été attachée quand elle fut brûlée vive pour avoir donné asile -à un fugitif, les porches des églises de Somersetshire surmontés par les têtes et les quartiers des paysans assassinés, les calés de ces vaisseaux de la Jamaïque, d’où chaque jour on jetait aux requins le cadavre de quelque prisonnier mort de soif ou asphixié par un air corrompu, toutes ces choses étaient encore fraîches dans la mémoire du parti que la Révolution avit mis, pendant un temps, en possession du pouvoir. Quelques-uns des chefs de ce parti avaient racheté leurs têtes au poids de l'or. D’autres avaient langui longtemps entre les murs de Newgate; d’autres avaient, pendant plusieurs hivers, enduré la faim et le froid dañs les greniers d'Amisterdam. [l était naturel qu’au jeur de leur puissance et de leur prospérité ils voulussent rendre à leurs adversaires une partie de ce qu'ils avaient souffert. Pendant toute une année, ils poursuivirent leur plan de vengeance. Ils parvinrent à repousser Bill d'Amende après Bill d’'Amnistie. II n’y eut entre eux et leurs victimes d'autre barrière que l’immuable résolution de Gulliaume qui ne voulut pas que la grande œuyre d'affranchissement dont il était l’auteurfût pas souillée par la cruauté. Sa clémence eut d’ailleurs un caractère particulier. Ce ne fut pas la clémence d'un homme fastueux, ni celle d'un homme sentimental, ni celle d’un homme d'une nature facile ; elle fut froide, roide, inflexible; elle ne produisit pas de beaux effets de théâtre. Sans lui gagner la re. connaissance de ceux qui lui devaient leur fortune, leur liberté, leur vie, elle attira Sur lui les furieuses invectives de ceux ‘dont il refusait de satisfaire les passions haineuses. Tandis que, d'un-côté, les Whigs violents lui reprochaient sà douceur, les agents du gouvernement déchu, dès qu'ils se virent en sûreté, au lieu de reconnaître leurs obligations envers lui, lui reprochèrent en termes insultants cette même clémence qu'il avait étendue sur eux. Son Acte de Grâce, disaient-ils, avait complétement réfuté sa Déclaration. Etaitil croyable que, s’il y avait eu quelque fondement aux accusations qu'il avait portées contre le dernier gouvernement, il
eùt assuré l'impunité aux coupables? Il était maintenant reconnu par lui-même, par un document signé de sa propre main, que les fables à l’aide desquelles lui et ses amis avaient trompé la nation et chassé la famille royale, étaient de pures calomnies, forgées dans un but criminel. Ce but avait été atteint, et l’on abandonnaït sans façon les accusations qui avaient servi à enflammer l'esprit public, à l’exalter jusqu'à la démence !. Mais rien de tout cela n'émouvait Guillaume. Il avait bien agi. Il avait compromis sa popularité auprès de ceux qui avaient été ses plus chauds admirateurs, pour donner le repos et la sécurité à des gens qui ne prononçaient jamais son nom sans y accoler une malédiction. Il n'avait pas octroyé un moindre bienfait à ceux qu'il avait désappointés de leur vengeance qu'à ceux qu’il avait protégés. S'il avait préservé une faction de la proscription, il avait préservé l’autre de la réaction que cette pro- . scription n’eût pas manqué de produire. Si ses sujets n’appréciaient pas convenablement sa conduite, tant pis pour eux. Il avait-fait son devoir à leur égard. Il ne craignait pas les reproches, et il ne demandait pas de remerciments.
Prorogation du Parlement
Le 20 mai, l’Acte de Grâce fut adopté. Le roi informa alors les Chambres que son voyage en Irlande ne pouvait plus être différé, qu'il avait en conséquence résolu de les proroger, et qu’à moins que quelque événement imprévu ne le mît dans la nécessité de recourir à leur avis et à leur assistance, il ne les réunirait pas de nouveau avant l'hiver. « Alors, » ajoutat-il, «j'espère que, par la grâce de Dieu, nous nous réunirons sous d’heureux auspices. »
Le Parlement avait passé un Acte portant que, toutes les fois que Guillaume sortirait d'Angleterre, Marie était autorisée à prendre en main les rênes du gouvernement en son nom et au sien propre. On ajouta qu’il conserverait néanmoins, pendant son absence, toute son autorité. Cet argument souleva quelques objections. Il en résulterait, dit-on, deux pouvoirs suprêmes dans un même Etat. Un fonction-
* Roger North était un des nombreux mécontents qui ne se lassaient pas de faire résonner çette corde.
naire public pourrait recevoir, du roi et de la reine, des ordres diamétralement opposés, et ne pas savoir auquel obéir. L'observation était juste, sans aucun doute, au point de vue théorique; mais la confiance et l'affection qui existaient entre les deux époux étaient telles, qu’il n’y avait à redouter aucun inconvénient dans la pratique !.
Préparatifs de la première guerre.
En ce qui concernait l'Irlande, les choses se présentaient, pour Guillaume, sous un aspect beaucoup plus encourageant qu'il ne l'était quelques mois auparavant. L'activité avec laquelle il avait lui-même pressé les préparatifs de la prochaine campagne, avait produit un effet extraordinaire. Les nerfs du gouvernement étaient retendus. On pouvait reconnaître dans toutes les branches de l'administration militaire l'influence d’un esprit vigoureux. Des approvisionnements de vivres, d’'habillements, de médicaments, bien différents en qualité de ceux qu'avait fournis Shales, furent envoyés en abondance au delà du canal Saint-Georges. Mille chariots de bagage avaient été réunis ou fabriqués en toute hâte; et, pendant plusieurs semaines, la route de Londres à Chester en fut couverte. De nombreuses recrues allèrent remplir les vides que l'épidémie avait faits dans les rangs anglais. De nouveaux régiments, arrivant d'Ecosse, du Cheshire, du-Lancashire, du Cumberland, avaient débarqué dans la baie de Belfast. Les uniformes et les armes des nouveaux venus indiquaient la puissante influence de l'œil du maître. Avec les bataillons anglais étaient entremélées plusieurs bandes de robustes mercenaires allemands et scandinaves. Avant la fin de mai, les forces anglaises dans l’Ulster s’élevaient à trente : mille combattants. Quelques autres troupes et un immense matériel de guerre étaient à bord d’une flotte mouillée dans l'estuaire de la Dee, et qui devait lever l'ancre aussitôt-que le roi serait à bord ?. | |
Administration de Jacques II à Dublin.
Jacques aurait dû utiliser également le temps que son
* Stat. 2, W. et M., sess. 1, c. 6; Grey, Debates, 29 avril, 1, 5, 6,7 mai * Story, Impartial History ; Narcissus Lulirell, Diary,
armée avait passé dans ses quartiers d'hiver. Une discipline sévère et des exercices réguliers auraient pu, dans l'intervalle du mois de novembre au mois de mai, transformer en bons soldats les paysans athlétiques et enthousiastes réunis sous son étendard. Mais on laissa échapper l’occasion. La cour de Dublin s'occupait, pendant cette saison d’inaction, de dés ct de vin de Bordeaux, de billets doux et de cartels. L'aspect de Ja-capitale n'était pas, il est vrai, très-brillant. Toutes les voitures qu'on pouvait y réunir, y compris celles du roi et de la légation française, ne s’élevaient pas au nombre de quarante’. Mais s’il y avait peu d'éclat, il y avait, en revanche, un grand relâchement de mœurs. De graves catholiques romains disaient, en secouant la tête, que le Château ne ressemblait guère au palais d’un roi qui se glorifiait d’être le champion de l'Eglise?. L'administration militaire était aussi déplorable que jamais. La cavalerie se trouvait, à la vérité, grâce aux efforts de quelques braves officiers, en trèsbon état. Mais un régiment d'infanterie ne différait que de nom d'une troupe nombreuse de bandits irlandais. On peut même dire qu'une troupe de ces bandits faisait moins de mal aux citoyens paisibles, et plus de mal à l'ennemi, qu'un régiment d'infanterie. D'Avaux représenta avec force, dans un mémoire qu’il remit à Jacques IT, les abus qui faisaient de cette infanterie irlandaise un fléau et un scandale pour l'Irlande. Des compagnies entières, disait l'ambassadeur, se débandent pendant les marches et se dispersent à droite ‘et à gauche, pillant et saccageant : le soldat ne prend aucun soin de ses armes; l'officier ne s'inquiète jamais de savoir si les armes sont en bon état : il en résulte qué, sur trois hommes, il s’en trouve un qui a perdu son mousquet, et un autre dont le mousquet ne veut pas faire feu. D’Avaux adjura le roi d’interdire la maraude, de donner des ordres pour que Îes troupes fissent régulièrement l'exercice, et de punir tout officier qui
1 D’Avaux, {5 (2) janvier 1690.
* Macariæ Excidium. Cet ouvrage très-curieux a élé récemment édité avec beaucoup de soin par M. O’Callaghan. J’ai tant d'obligations à ce savant éditeur, que j'excuse très-volontiers la partialilé nationaie qui, quelquefois, Ce me sembie, fausse son jugement. Quand je cite le Macariæ Excidium, c'est toujours le texte latin que je cite. La version anglaise n'est, j'en suis convaincu, qu’une traduction du latin, et une traduction fort négligée el fort imparfaile, :
souffrait que ses hommes négligeassent leurs armes et leurs effets militaires. Si l’on prenait ces mesures, Sa Majesté pouvait espérer d’avoir, au printemps prochain, une armée avec laquelle l'ennemi ne pourrait entrer en lutte. C’étaient là de bons conseils; mais Jacques II, loin de les accepter comme tels, put à peine les écouter avec patience. L’ambassadeur n'en avail pas lu dix lignes, qu’il se mit en colère et l’accusa d’exagération. « Ce document, » dit D’Avaux, « n’est pas destiné à la publicité. Il a été écrit uniquement pour l’information de Votre Majesté; et dans un document écrit uniquement pour l'information de Votre Majesté, la flattérie et le déguisement de la vérité seraient déplacés. Du reste, je n’insisterai pas pour continuer une lecture qui paraît être si désagréable. » — « Continuez, » reprit Jacques de fort mauvaise hu meuf ; « je veux entendre jusqu'au bout. » Il se calma cependant peu à peu, prit le mémoire et promit d'adopter quelquese unes des suggestions qu'il contenait, Mais cette promesse fut bientôt oubliée ‘.
* Son administration financière allait de pair avec son administration militaire. Son unique ressource fiscale -était le vol, direct ou indirect. Tout protestant qui était resté dans une partie quelconque des trois provinces du sud, était volé directement, et par un procédé fort simple : on prenait de l'argent dans son coffre-fort, de la boisson dans ses caves, du combustible à son tas de tourbe, et des habits dans sa garde-robe. Il était volé indirectement au moyen d'une nouvelle émission de jetons, d'un moindre diamètre et d’une matière plus grossière qu'aucun de ceux qui eussent encore porté l’efligie et la légende de Jacques II. Le cuivre même commençait à être rare à Dublin, et il fallut recourir à l’assistance de Louis XIV, qui accorda charitablement à son allié une vieille pièce de canon endommagée, pour en fabriquer des couronnes et des shillings ?. |
* D'Avaux, 14 (24) novembre 1689.
* Louvois écrit à D'Avaux, 26 décembre (6 janvier) 1689-90 : « Cemme le Roy a veu par vos lettres que le Roy d'Angleterre craignoit de manquer de cuivre pour faire de la monnoye, Sa Maesté a donné ordre que l’on mist sur le bastiment qui portera cette lettre une pièce de canon ducalibre de deux, qui est éventée, de laquelle ceux qui travaillent à la monnoye du Roy d'Angleterre pourront se servir pour continuer à faire de la monnoye. »
Force auxiliaire envoyée de France en Irlande.
Mais le monarque français avait résolu d’envoyer à Jacques II des secours d’une tout autre nature. Il proposa de prendre à son service et de former à la meilleure discipline qu'il y éût alors au monde, quatre régiments irlandais. Ils devaient être commandés par Maccarthy, qui avait été grièvement blessé et fait prisonnier à Newton Butler. Ses blessures s'étaient guéries, et il avait recouvré sa liberté en violant sa parole. Il avait encore aggravé la honte de ce manque de foi par de pitoyables artifices et des excuses sophistiques qui auraient mieux convenu à un jésuite qu’à un homme du monde et à un soldat. Louis XIV consentait à ce que les régiments irlandais lui fussent envoyés en haillons et sans armes : il exigeait seulement que les hommes fussent robustes, et que les officiers ne fussent pas des boutiquiers en banqueroute ou des laquais congédiés, mais, autant que possible, des gens de bonne famille, qui éussent vu du service. En échange de ces troupes, qui ne s’élevaient pas tout à fait à quatre mille hommes, il se chargeait d'envoyer en Irlande de sept à huit mille hommes d'excellente infanterie française, qui devaient, dans un. jour de bataille, rendre plus de services que tous les fantassins du Leinster, du Munster et du Connaught pris ensemble.
Il commit une grande faute. L'armée qu'il envoyait au secours de Jacques IT, bien que peu nombreuse, il est vrai, si on la compare à l’armée de Flandre ou à l’armée du Rhin, était - destinée à un sérvice dont pouvait dépendre le sort de l’Europe, et elle aurait dû, par conséquent, être commandée par un général d’un mérite supérieur. Il n’en manquait pas parmi | ceux qui étaient au service de la France. Mais Jacques IL et
Louvois à D’Avaux, 1 (11) novembre 1689. Il paraît, d’après les états qui sont au Dépôt de la Guerre, à Paris, que les forces envoyées en Irlande s’élevaient à 7,291 hommes de tous rangs. On trouve dans le même établissement une lettre du maréchal d’Estrées, qui vit les quatre régiments irlandais peu de temps après leur débarquement à Brest, Il les décrit comme « mal chaussés, mal vétus, et n'ayant point d'uniforme dans leurs habits, si ce n’est qu’ils sont tous fort mauvais. » On trouvera dans l'Histoire des Brigades irlandaises, de M. O’Callaghan, un récit très-exact
du manque de parole de Macarthy. Je regrette qu’un écrivain à qui je :
dois tant cherche à justifier une conduite qui, d’après son propre exposés était on ne peut plus déshonorable, :
ga reine insistèrent vivement pour avoir Lauzun, et en vinrent à leurs fins malgré les énergiques représentations de D’Avaux, malgré l'avis de Louvois, et contre l'opinion de Louis XIV lui-même.
Quand Lauzun alla dans le cabinet de Louvois pour recevoir ses instructions, le sage ministre lui tint un langage qui prouvait le peu de confiance qu'il avait dans ce vaniteux et excentrique aventurier. « Pour l'amour de Dieu, » lui dit-il, « ne vous laissez pas emporter par votre désir de combattre. Mettez toute votre gloire à lasser les Anglais ; et, par-dessus toute chose, maintenez une stricte discipline !. »
Non-seulement le choix de Lauzun était en lui-même un mauvais choix; mais, pour qu’un homme püt occuper une position qui ne lui convenait pas, il fallut éloigner deux hommes de positions qui leur convenaient éminemment. Malgré l’immoralité et la sécheresse de cœur qui caractérisaient Rosen et D’Avaux, Rosen n’en était pas moins un habile capitaine, et D’Avaux un habile diplomate. S'il n’est pas probable qu’ils eussent pu conjurer le sort de l'Irlande, il est probable du. moins qu'ils eussent pu prolonger la lutte; et il était. évidemment de l'intérêt de la France que la lutte se prolongeât. Mais c'eût été un affront pour le vieux général de le mettre sous les ordres de. Lauzun,; et il existait, entre l'ambassadeur et Lauzun, une telle inimitié, qu'on ne pouvait s'attendre à ce qu'ils agissent de concert. Rosen et D’Avaux furent donc rappelés l’un et l’autre, avec force assurances de l'approbation et de la faveur royales. Ils firent voile de Cork, dans les premiers jours du printemps, sur la flotte qui y avait transporté Lauzun ?, Ce dernier n’eut pas plutôt mis pied à terre, qu'il reconnut que, bien qu’il fût attendu depuis longtemps, rien n'avait été préparé pour le recevoir : pas de logement pour ses hommes, pas de magasins pour ses approvisionnements, pas de chevaux, pas de chariots s. Ses troupes eurent à supporter, avant d'arriver à Dublin, toutes les privations d’une longue marche à travers un dé-
* Lauzun à Louvois, 28 mai (7 juin) et 16 (26) in 1690, aux Archives e la Guerre, à Paris. .
? Voir les dernières leltres de D'Avaux.
? D’Avaux à Louvois, 14 (24) mars 1690; Lauzun à Louvois, 23 mars
(3 avril).