‹ Histoire du règne de Guillaume IIIChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE EH. 101 Guillaume part pour l'Irlande · texte numérisé non relu

CHAPITRE EH. 101 Guillaume part pour l'Irlande

Le lendemain, 4 juin, le roi partit pour l'Irlande. Le prince Georges avait offert ses services, s'était équipé à grands frais, els ‘attendait, sans doute, à ee qu'on lui donnerait une place dans le carrosse- royal. Mais Guillaume, qui se promettait peu de plaisir ou de profit de la conversation de Son Altesse Royale, et qui ne se génait guère, prit Portland pour compagnon de voyage et ne parut pas une seule fois, pendant toute la durée de cette mémorable campagne, se douter de l’existence du prince’. Georges, s’il eût été abandonné à lui-même, aurait à peine remarqué ce qu'une pareille conduite avait d’offensant pour sa personne. Mais, ce qu’il était incapable de sentir, son épouse le sentit pour lui; et son ressentiment fut soigneusement entretenu par des intrigants d’une adresse peu commune. En celte occasion comme en beaucoup d’autres, les faiblesses du caractère de Guillaume nuisirent singulièrement aux grands intérêts placés sous sa tutelle. Son règne eût été beaucoup plus heureux si, à son courage personnel, à sa capacité, à son élévation d'esprit, il avait joint un peu des formes agréables, de l'abandon et de la politesse de son oncle Charles.

En quatre jours le roi arriva à Chester, où une flotte de bâtiments de transport attendait le signal pour mettre à la voile. Il s'embarqua le 11 juin et fut convoyé à travers le canal Saint-Georges par une escadre de vaisseaux de guerre sous le commandement de sir Cloudesley Shovel=?.

Procès de Crone.

Le mois qui suivit le départ de Guillaume de Londres fut un des mois les plus remplis d'événements et d’anxiétés de toute l'histoire d'Angleterre. Quelques heures après que le roi fut parti, Crone comparut à la barre d'Old Bailey. La Cour était nombreuse. Tuller se trouvait suffisamment rétabli: pour pouvoir donner son témoignage, et l’affaire suivit son cours. Les Jacobites avaient fait des efforts inouïs pour connaître les opinions politiques des personnes ee sur ja

* The Duchess of Marlborough’s Vindication.

* London Gaxettes, 5, 12, 16 juin 1690; Hop aux Etats Généraux ; Lelire datée de Chester, 9 (19) juin. Hop accompagnait cs en Irlande comme envoyé des Etats,

liste du jury. Les récusations furent si nombreuses, qu’on eut quelque peine à compléter le nombre de douze jurés ; et sur ces douze, il s’en trouvait un sur lequel les mécontents croyaient pouvoir compter. Ils ne s'étaient pas entièrement trompés; car cet homme tint bon contre ses onze collègues pendant toute la nuit et la moitié du .jour suivant : ilest probable qu'ils les aurait réduits par la faim, si mistress Clifford, qui était d'accord avec lui, n'avait été surprise lui jetant des confitures par la fenêtre. Privé de cette ressource, il dut se rendre, et un verdict de culpabilité, qui, dit-on, coûta la vie à deux des jurés, fut rendu. Les défenseurs de Crone demandèrent aussitôt qu’il fût sursis au prononcé de la sentence, sous prétexte qu'un mot latin, écrit au dos de l’Acte d’'Accusation, était mal orthographié. Cette objection était, sans aucun doute, frivole. Jeffreys l'aurait immédiatenient écartée, avec un torrent d’'injures, pour passer à la partie la plus agréable de son devoir, celle d'expliquer au prisonnier toutes les horreurs du supplice, la demi-pendaison, l'extraction des entrailles, la mutilation du corps et sa division en quartiers. Mais Holt et ses collègues se rappélèrent que, pour la première fois depuis la Révolution, ils présidaient au jugement d'un homme accusé de haute trahison. Il leur parut convenable de faire voir, de manière à ce qu'on ne pûts’y méprendre, que les tribunaux seraient plutôt portés à pencher du côté de l'humanité qu'à imiter la précipitation et la légèreté cruelles avec lesquelles des juges serviles avaient imposé silence à Cornish, plaidant pour sa vie. Il fut donc sursis au prononcé du jugement : un jour fut fixé pour examiner la question soulevée, et des avocats désignés pour faire valoir les arguments en faveur de l'accusé. « On n'aurait pas agi ainsi, M. Crone, sous l’un ou l’autre des deux derniers règnes, » dit le Lord Chef-Justice, d'une manière significative. À la suite d’une discussion complète, les juges furent unanimement d'opinion que l'erreur était sans aucune importance, et le prisonnier fut condamné à mort. Il reconnut qu’il avait été loyalement jugé, remercia les juges de leur patience et les pria d'intercéder pour lui auprès

de la reine t.

‘3 Clarendon, Diary, 7 el 12 juin 1690; Narcisius Luttrell, Diary; Baden,

On ne tarda pas à lui faire savoir que son sort étail en ses propres mains, Le gouvernement était disposé à l’épargner, s'il voulait gagnerson pardon par des aveux complets. La lutte qui eut lieu dans son esprit fut terrible et longtemps douteuse. Il y eut un moment où Mrs Clifford, qui avait accès dans son cachot, fit savoir aux chefs jacobites qu'il était dans de grandes angoisses, Il ne pouvait pas mourir, disaitil, il était trop jeune pour être un martyr !; Le lendemain matin, elle le trouvait gai et résolu ?. Il résista ainsi jusqu'à la veille du jour fixé pour son exécution. Il fit alors demander une entrevue avec le secrétaire d'Etat, Nottingham se transporta à Newgate; mais, dans l'intervalle, Crone avait changé d'idée et s'était décidé à ne rien dire. « En ce ças, » lui dit Nottingham, « je ne vous verrai plus; car demain sera certainement voire dernier jour, » Gependant, après le départ de Nottingham, Monmouth se rendit à la prison, et erut avoir ébranlé la résolution du prisonnier, A une heure très-avancée de la soirée arriva un sursis d’une semaine 5, Mais la semaine s’écoula sans aucune révélation. La potence et le billot étaient prêts à Tyburn, le traîneau et. la hache étaient à la porte de Newgate; une foule épaisse couvrait Holborn-Hill et s’élendait sur toute la longueur d'Oxford-Road, lorsqu'un messager apporta un nouvel ordre de sursis ; et Crone, au lieu d’être trainé à la place d'exécution, fut conduit à la Chambre du conseil à Whitehall, Sa fermeté avait fini par fléchir devant la perspective d'une mort prochaine, et, cette fois, il fit des révélations importantes #. He

Danger d’invasion et d’insurrection. — La flotte de Tourville dans la - Manche.

Les informations, quelles qu’elles fussent, qu’il était en son pouvoir de donner, ne pouvaient venir plus à propos. On s'attendait d'heure en heure à une insurrection d’une part, à

secrétaire de la Légation hollandaise, à Van Citters, 10 (20) juin; Fuller, Life of himself; Welwood, Mercurius Reformatus, 11 juin 1690. |

* Clarendon, Diary, 8 juin 1690.

? Clarendon, Diary, 10 juin.

* Baden à Van Cilters, 20 (30) juin 1690 ; Clarendon, Diary, 19 juin; Narcissus Luttrell, Diary.

# Giarcadon, Diary, 25 juin,

une invasion de l’autre ‘. A peine Guillaume avait-il quitté Londres, qu’une nombreuse flotte française, commandée par le comte de Tourville, sortit du port de Brest et parut dans la Manche. Tourville était le plus grand homme de mer que la France possédât alors. Il avait étudié‘toutes les branches de sa profession, et on disait de lui qu’il était en état de remplir toutes les fonctions à bord d’un vaisseau, depuis celles de charpentier jusqu’à celles d’amiral. On disait également qu’au courage intrépide du marin il joignait la douceur des formes et l’urbanité de l’homme du monde accompli ?. Il s'était dirigé vers la côte d'Angleterre, et s’en approcha si près qu’on put, des remparts de PIymouth, distinguer clairement ses vaisseaux. Après avoir reconnu Plymouth, il longea lentement la côte du Devonshire et du Dorsetshire. Il y avait tout lieu de craindre que ses mouvements n’eussent été concertés avec les mécontents d'Angleterre $. |

La reine et son Conseil se hâtèrent de prendre les mesures nécessaires pour la défense du pays contre ses ennemis extérieurs et intérieurs. Torrington prit le commandement : de la flotte anglaise mouillée aux Dunes, et fit voile pour Saint-Helen’s. Il y fut rallié par une escadre hollandaise sous les ordres d’Evertsen. Il semblait que les falaises de l'île de Wight dussent être témoins d'une des plus grandes batailles dont l’histoire eût fait mention. On pouvait, du haut de la tour d'observation de la pointe Sainte-Catherine, compter jusqu’à cent cinquante vaisseaux de ligne. A l’est de l'énorme précipice de Black-Gang-Chine, et en pleine vue des rochers boisés de Saint-Lawrence et de Ventnor, étaient réunies les forces navales de l'Angleterre et de la Hollande. A l’ouest, la flotie française s’étendait jusqu’à ce cap blanc où les vagues mugissent entre les Aiguilles.

Arrestation de personnes suspectes.

Ce fut le 26 juin, moins de quinze jours après que Guil- Jaume eut fait voile pour l'Irlande, que les flottes ennemies

‘ Narcissus Luttrell’s Diary.

* Saint-Simon, Mémoires.

* London Gazette, 26 juin 1690; Baden à Van Cilters, 24 juin (4 juillel),

prirent ces positions. Quelques heures auparavant une séance importante du Conseil Privé -avait eu lieu à Whitehall. Les mécontents ligués avec la France étaient sur le quivive et pleins d'espoir. Marie avait remarqué, dans ses promenades, qu'Hyde-Park en était rempli. Le Conseil fut d’avis unanime qu'il était nécessaire d’arrêter certaines personnes dont la culpabilité était établie par des preuves qui “étaient en la possession du gouvernement. Lorsque le nom de Clarendon fut mentionné, sir Henri Capel, son ami et son parent, dit quelques mots en sa faveur. Les autres membres du Conseil ouvrirent de grands yeux, mais gardèrent le silence. Ce n’était point une tâche agréable que d’accuser : l'oncle de la reine en présence de la reine elle-même. Marie : n’avait presque jamais ouvert la bouche devant le Conseil ; mais, ayant maintenant des preuves irrécusables de fa trahison de Clarendon, et comprenant que c'était par respect pour elle que ses conseillers n’osaient proposer une mesure nécessaire à la sûreté publique, elle rompit le silence. « Sir Henri, » dit-elle, « je sais, et tout le: monde ici sait aussi bien que moi, qu’il existe des charges trop graves contre mylord Clarendon pour ne pas le comprendre dans €ett sure. » Le mandat d'arrêt fut préparé, et Capelle” signa comme les autres. « J'en suis plus fâchée pour lord Clarendon qu’on ne le croira peut-être, » écrivit Marie à son époux. « Ce soir même, Clarendon et plusieurs autres Jacobites marquants furent logés à la Tour t. »

Torrington reçoit l’ordre de livrer bataille à Tourville.

Quand la séance du Conseil Privé fut levée, la reine et Tv Conseil intime des Neuf eurent à examiner une question de la plus haute importance. Quelles instructions devait-on envoyer à Torrington ? Le salut de l'Etat pouvait dépendre de son jugement et de sa présence d'esprit, et quelques-uns des conseillers de Marie craignaient qu'il ne fût pas à la hauteur des circonstances. Leur inquiétude augmenta, lorsqu'on apprit qu’il avait abandonné aux Français la côte de l’île de Wight, et qu’il se retirait devant eux dans la direction du

* Marie à Guillaume, 26 juin 1690 ; Clarendon, Diary, même date; Narcissus Luttrell, Diary

Pas-de-Calais. Le sagace Caermartheh et l’entreprenant Monmouth s’accordèrent à blâmer cette tactique trop prudente, Torrington, à la vérité, n'avait pas autant de vaisseaux que Tourville; mais Caermarthen pensa qu’en l’état des choses on devait combattre, malgré la supériorité numérique de l'ennemi, et Monmouth avait été toute sa vie partisan de la bataille, en toute circonstance et à tous risques. Russell, qui était sans contredit un des meilleurs hommes de mer de l’époque, soutint que l'inégalité numérique n’était pas tellement grande qu'elle düt donner la moindre inquiétude à un officier qui commandait des marins anglais et hollandais, Il proposa donc d'adresser à l'amiral une réprimande conçue en termes tellement sévères que la reine montra quelque répugnance à la signer, La rédaction en fut fort adoucie ; mais, quant au fond, on suivit l’avis de Russell, On donvait à Torrington l'ordre positif de suspendre son mouvement de retraite, et de livrer bataille sur-le-champ. Devonshire, cependant, n'était pas encore satisfait. « C’est mon devoir, Madame, » dit-il, « de faire connaître à Votre Majesté toute ma pensée sur une affaire de cette importance : je ne pense pas que mylord Torrington soit un homme à qui l’on puisse confier le sort de trois royaumes. » Devonshire avait raison; mais ses collègues furent unanimement d’avis que le remplacement d'un commandant devant l'ennemi et à la veille d'une action générale était une mesure pleine de danger ; et l'on ne saurait dire qu'ils eussent tort. « De deux choses l’une, » dit Russell : «il faut le laisser où il est, ou le faire arrêter. » Plusieurs expédients furent suggérés. Caer arthen proposa d'envoyer Russell pour assister Tor- Monmouth sollicita vivement la permission de se ; la flotte, à quelque titre que ce füt, comme capitäine, «ou comme volontaire. « Que je mette seulement le pied àbord, » dit-il; « et je réponds sur ma tête qu’on se battra. » Après beaucoup de débats et d’hésitations, il fut résolu que Russell et Monmouth se rendraient sur la côte . Ils parlirent, mais trop tard. La dépêche qui portait à Torrington l'ordre de livrer bataille les avait devancés. Elle lui parvint à la hauteur du cap Beachy. IL la lut, et se trouva

* Marie à Guillaume, ?8 juin et 2 juillet 1690,

dans une grande perplexité. Ne pas livrer bataille, e’était se rendre coupable de désobéissance directe. Livrer bataille, c'était, dans son opinion, courir grand risque de se faire battre. Il soupconna probablement, car il était d’un caractère susceptible et jaloux, que les instructions qui le placaient dans une alternative aussi pénible avaient été préparées par des ennemis et des rivaux, dans un but hostile à sa fortune et à sa réputation. Il s'irritait de l’idée de se trouver placé sous les ordres et sous la direction de Russell, qui, bien que son inférieur en grade, exerçait, comme membre du Conseil des Neuf, un contrôle suprême sur toutes-les branches du service public. Il ne paraît pas qu'il y aït lieu d'accuser Torrington de mauvaises dispositions à l'égard du gouvernement, Encore moins est-il permis de supposer qu'un oflicier qui avait passé toute sa vie à braver le danger, manquât de ce courage personnel que possédaient des centaines de matelots à bord de chacun des vaisseaux qu’il commandait. Mais il est un courage d'un ordre plus élevé, dont Torrington était entièrement dépourvu. Il n’osa assumer aucune responsabilité, ni la responsabilité de combattre, ni celle de ne pas combattre, et il parvint à trouver un moyen terme qui réunissait tous les inconvénients qu'il désirait éviter. Il se conformerait à la lettre de ses instructions, et cependant il ne livrerait pas tout au hasard. Quelques-uns de ses vaisseaux escarmoucheraient avec l'ennemi, mais le gros de sa flotte ne serait pas engagé. Il était évident que les vaisseaux qui attaqueraient les Français dans ces conditions seraient fort compromis, et exposés à de grandes pertes ; 4 on à de bonnes raisons pour croire que Torrington n'eut honte de faire ses dispositions de telle manière que les} Jo. landais eussént à supporter presque exclusivement les $ d’une pareille opération et les pertes qui devaient en résul

I n’aimait pas les Hollandais, et ils étaient si peu Donfsbes sleerre, que la destruction de toute leur escadre devait

©: Combat du cap Beachy.

C'était le 29 juin que l'amiral avait reçu l’ordre de livrer bataille. Le lendemain, à quatre heures du matin, il fit

DU

gouverner sur la flotte française et forma ses bâtiments en ordre de bataille. Il n’avait pas soixante vaisseaux de ligne, tandis que les Français en avaient au moins quatre-vingts; mais les équipages de ses vaisseaux étaient plus forts que

” ceux de l'ennemi, Il plaça les Hollandais à l'avant-garde et

Ld

Se

leur donna le signal d'attaquer : cet ordre fut aussitôt exéeuté. Evertsen et ses compatriotes combattirent avec une brayoure à laquelle les Anglais, leurs alliés, et les Français, leurs ennemis, s’accordèrent, malgré les préjugés nationaux, à rendre pleine justice. Jamais, dans aucune des batailles de Van Tromp ou de Ruyter, l'honneur du pavillon batave n'’avait été mieux soutenu. Pendant plusieurs heures l’avantgarde soutint une lutte inégale, ne recevant que très-peu de secours du reste de la flotte. Enfin l’amiral hollandais abandonna le champ de bataille, laissant au pouvoir de l’ennemi une carcasse de vaisseau démâtée et fort maltraitée. Son second en commandement et plusieurs officiers d’un rang élevé avaient été tués. IL était impossible, après cet engagement désastreux et honteux pour l’Angleterre, de tenir la mer contre les Français. Les bâtiments hollandais qui s’étaient retirés du combat étaient dans un triste état. Torrington en fit détruire quelques-uns et prit les autres à la remorque : puis il s'enfuit, en longeant la côte de Kent, et chercha un retuge dans la Tamise. Dès qu’il fut entré dans le fleuve, il fit enlever toutes les balises, et rendit ainsi la navigation tellement dangereuse, que l'ennemi ne put s’aventurer à sa poursuite !,

* Rapport des commissaires de l’Amirauté à la reine, daté de Sheerness, 18 juillet 1690 ; Dépositions des capitaines Cornwall, Jones, Martin, Hubbart et du vice-amiral Delaval; Burnet, II, 52, et note du président Onslow ; Mémoires du maréchal de Tourville ; Memoirs of Transactions at sea, par Josiah Burchett, Esq., secrétaire de l’Amirauté, 1703; London Gazette, 8 juillet; Historical and Polilical Mercury, juillet 1690 ; Marie à Guillaume, ? juillet ; Torrington à Caermarthen, 1er juillet. On ne peut lire sans honte le compte-rendu de la bataille dans la Gazette de Paris du 15 juillet 1690 : On a sceu que les Hollandois s'estoient très-bien battus, et qu’ils s’estoient comportez en celte occasion en braves gens, maïs que les Anglois n’en avoient pas agi de méme. Dans la relation française officielle de la bataille livrée à la hauteur du cap Bevézier, — vieille corruption de Pevensey, — on trouve quelques passages dans le même sens : Les Hollandois combattirent avec beaucoup de courage et de fermeté ; mais ils ne furent pas bien secondez par les Anglois. — Les Anglois se distinguèrent des vaisseaux de Hollande par le peu de valeur qu'ils montrèrent dans le

combat.

CHAPITRE I. | 109 Beaucoup de personnes. cependant, et surtout les mmstres français, pensèrent que si Tourville avait été plus entreprenant, h flotte alliée aurait pu être détruite. Tourville semble avoir trop ressemblé, sous un rapport, à son adversaire vaincu. Quoique brave marin, il était un commandant timide. Il exposait sa vie avee une gaieté pleine d’insouciance ; mais il était, dit-on, d’une anxiété nerveuse et d’une circonspection pusillanime lorsque sa réputation militaire était en jeu. Il fut tellement sensible à ces critiques qu’il devint bientôt, malheureusement pour son pe , hardi jusqu'à la témérités.

Alarme à Londres, Bataille de Fleurus.

Il n'y eut peut-être pas de jour plus triste dans les annales de Londres, que celui où arriva la nouvelle de la bataille du cap Beachy. La honte était intolérable, le péril imminent. L'ennemi victorieux allait-il faire ce qu'avait déjà fait Ruy= ter? Les chantiers de Chatham allajent-ils être encore une fois détruits ? La Tour elle-même allait-elle être bombardée? Cette forêt de mâts et de vergues, qui couvre le fleuve audessous du pont de Londres, allait-elle être livrée aux flammes ? Ce n’était pas tout. De mauvaises nouvelles venaient d'arriver des Pays-Bas. Un engagement avait eu lieu, dans les environs de Fleurus, entre les forces alliées commandées par Waldeck, et les Français commandés par le duc de: Luxembourg. La bataille avait été longue et la victoire vivement disputée. Enfin l’habileté du général français et les charges impétueuses de la cavalerie française l'avaient emporté ?. Ainsi, au même instant, les armées de Louis XIV triomphaient dans les Pays-Bas et sa marine était maîtresse de la Manche. Le maréchal d'Humières, à la tête d’une force considérable, n’était pas éloigné du Pas-de-Calais. On avais fait courir le bruit qu'il allait se réunir au duc de Luxem. bourg. Mais. des informations transmises des Pays-Bas au gouvernement anglais par des militaires dignes de con fiance, et confirmées par les rapports d’espions mêlés aux.

* Life of James, IT, 409: Burnet, Il, 5. | | | no Gazette, 80 juin 1690 ; Historical and political Mercury, juillet

Jacobités, informations qu’un aussi grand homme de guerre que Mariborough considéra comme méritant une sérieuse at- ‘tention, représentaient l’armée d'Humières comme destinée à marcher sur Dunkerque, pour s’y embarquer à bord de là flotte de Tourville ‘. Entre la côte de l’Artois et le Nore, pas un vaisseau portant la croix rouge de Saint-Georges n'aurait osé se montrer. L'embarquement serait l'affaire de quelques heures, et quelques heures de plus suffiraient pour la traverser. À tout moment Londres pouvait apprendre àâvec terreur que trente mille vétérans français étaient dans le comté de Kent, et que les Jacobites de la moitié des comtés du royaume étaient en armes. Toutes les troupes régulières qu'il était possible de réunir pour la défense de l’île, ne s'élevaient pas à plus de dix mille hommes. Il est douteux que notre pays ait jamais passé par une crise plus alarmante que ceke de la EE semaine de juillet 1690.

Esprit de la nation.

Mais le mai apporta avec lui son propre remède. Ceux-à ne connaissaient guère l'Angleterre, qui s’imaginaient qu’elle pouvait être exposée à la fois au danger de la rébellion ‘et à celui de l'invasion : le danger de l'invasion était la meilteure garantie contre le danger de la rébellion. La cause de Jacques . était la cause de la France; et si l'alliance française parais-

sait, à des observateurs superficiels, son principal appui, elle était en réalité l'obstacle qui rendait sa restauration impossible. C'était dans le patriotisme, dans le patriotisme trop souvent inculte et insociable de nos aïeux, que résidaïit le seeret de la faiblesse et en même temps de la force de Guillaume. Ils étaient jaloux de son attachement à la Hollande ; mais is sympathisaient cordialement avee sa haine pour Louis XIV. C’est à leur énergique sentiment de nationalité qu'il faut attribuer la plupart de’ces petits ennuis qui rendirent le trône du libérateur, depuis-son avénement jusqu’à sa mort, un sidge si incommode: Mais si ce trône, sans cesse menacé et souvent ébranlé, ne fut jamais renversé, c’est au même sentiment qu'il faut l’attribuer. Si le peuple, en effet, détestait ses favoris étrangers, il détestait plus encore ses

‘ Nottingham à Guillaume, 15 juillet 1690.

adversaires étrangers. Les Hollandais étaient Protestants ; les Français étaient Papistes. Les Hollandais étaient considérés comme des alliés intéressés, avidés, trompers ; les Français étaient des ennemis mortels. Tout ce qu’on pouvait craindre des Hollandais, c'était qu'ils n "accaparassent une trop large part des charges de la guerre, qu’ils n’obtinssent des avantages commerciaux à nos dépens. Mais les Français voulaient faire la conquête de l'Angleterre, nous réduire en esctavage, infliger à notre pays dès calamités semblables à celles qui avaient transformé en un désert les riches campagnes et les vastes cités du. Palatinat. H en serait des houblonnières de Kent comme il en

avait été des vignobles du Neckar. La grande rue d'Oxford et

le Clos de la cathédrale de Salisbury n'offriraient que des mon-

ceaux de ruines semblables à celles qui couvraient les lieux

où s’élevaient jadis les palais et les églises d'Heidelberg et

de Manheim. Le presbytère ombragé par le vieux clocher, la. ferme qu'on entrevoyait à travers les ruches d’abeilles et les

pommiers en fleur, le manoir seigneurial caché au milieu des

bouquets d'ormes, seraient abandonnés à une soldatesque

qui ne savait ce que e’était que la pitié pour les vieillards,

pour les femmes, pour les enfants à la mamelle. Ces mots :

« les Français. arrivent, » opérant comme.un charme, apai-

sèrent tout à couples murmures contre les impôts et les abus, contre les formes désagréables de Guillaume et les places lu-

cratives de Portland, et réveillèrent cet indomptable esprit. national qui, cent ans auparavant, animait les troupes qu’Elisabeth passa en revue à Tilbury. Si l'armée du maréchal

d'Humières avait débarqué, il n’est peut-être pas un homme

en état de porter les armes qui n'eût marché contre elle.

Non-seulement les mousquets et les piques, mais les faux et

les fourches auraient été insuffisants pour les centaines de

milliers de combattants qui,. oubliant toutes distinctions de

sectes ou de factions, se seraient levés comme un seul

homme pour défendre le sol de l’Angleterre.

Les désastres de la Manche et dé la Flandre eurent donc pour effet immédiat d’unir pour un moment la grande masse du peuple. L'antipathie nationale pour les Hollandais parut suspendue. La valeur qu'ils avaient déployée dans l’engagement du cap Beachy fut hautement applaudie, et l’inaction de Torrington non moins hautement blämée. Londres donna

l'exemple de l accord et des efférts. L'irritation ‘produite par les dernières élec a subitement. Toutes distinctions de partis s’ Ac Lord-Maire reçut l'ordre de se présenter devant Ma reiñe,tqui V'invita à s'assurer le plus tôt possible de ce quétrerait Y##kpitale, dans le cas où l'ennemi tenterait une d ‘énte. il \voqua les représentants des quartiers de la , et, aprè avoir conféré avec eux, il retourna à White #fennoncet ilils s'étaient engagés à l'unanimité à soutenirfééduvérnemtegt au prix de leur sang et de leurs biens; qu *oif État ire de verser cent mille livres sterling à l'Echiquier; ‘que dix mille habitants de Londres, bien armés et bien: équipés, sé ‘tenaient prêts à marchér au premier signal; et qu’uïie force 'supplémentaire, composée de. six régiments d'infanterie, d’un "fort régiment de cavalerie et d'un millier de dragons, serait levée sur-le-champ, sans qu'il en coutât un farthing à la Couronne. La Cité n’avait rien à demander à Sa Majesté, si ce n’est qu’elle voulût bien désiyner, pour commander ces troupes, des officiers qui eussent sa confiance. Le même esprit se manifesta sur tous les points. Dans les comtés du sud,'où l’on était à l’époque de la moisson, les paysans se rendirent avec un empressement inaccoutumé aux nones de la milice. Les gentilshommes campagnards du parti jacobite, qui, depuis plusieurs mois, faisaient des préparatifs pour l’ insurrection générale qui devait avoir lieu aussitôt que Guillaumé”"serait parti et que des secours seraient arrivés de France, maintenant que Guillaume était parti, et qu'on s’attendait d'heure en heure à une invasion des Français, brülèrent leurs brevets signés par Jacques, et cachèrent leurs armes derrière des lambris ou dans des meules de foin. Les Jacobites des villes étaient insultés partout où ils se montraient, et forcés de s’enfermer dans leurs maisons pour se soustraire aux violences d’une populace exaspérée !, | | |

| Conduite de Shrewsbury.

Rien de plus intéressant pour ceux qui aiment à étudier les bizarreries du cœur humain que l'effet produit sur Shrewsbury |

. Burnet, LI, 53, 54: Narcissus Lultrell, Diary. 7, 11 juillet 1690; London Gakelte, 14 ‘juillet 1690. |

navigue [. 113

par le danger public. Il redevint pour un moment lé Shrewsbury de 1688. Son caractère, déplorablement irrésolu, n'était pas ignoble; il crut qu’en se mettant au premier rang des défenseurs de son pays dans une crise aussi périlleuse, il pourrait réparer sa faute et reconquérir sa propre estime; cetle idée lui rendit toute son énergie physique et morale. It s'était retiré à Epsom, dans l’espoir que le repos et la pureté de l'air exerceraient une heureuse influence sur sa santé délabrée et sur son amour-propre blessé. Mais quelques heures après qu’il eut reçu la nouvelle de la bataille du cap Beachy, il était à Whitehall et avait mis sa fortune et son épée à la disposition ‘ de la reine. On avait songé à confier le commandement de la flotte à quelque seigneur de haute naissance, qui aurait eu deux officiers de marine egpérimenñtés pour le conseiller. Shrewsbury demanda à étreÆsignéstians le ças, où .cet ärrangement aurait lieu. Il ét{N@e@de l'intérêt et de l'honneur de tous les Anglais deflipas faisser l'ennemi parader en triomphe dans la Manche, il risquerait volontiers sa vie pour relever la réputation du pavillon national.

Son offre ne fut pas accéptée. On renonça même, très-sagement, à l’idée qu’on avait eue de partager le eommandement de la flotte entre un grand seigneur qui ne connaîtrait pas l'usage de la boussole, et deux vieux marins usés, parvenus du rang de mousses à celui d’amiraux. De grands efforts furent faits pour mettre les escadres alliées en état de service. On né négligea rien de ce qui pouvait calmer le ressentiment bien naturel des Hollandais. La reine envoya un membre du Conseil Privé en mission spéciale auprès des Etats Généraux. Il était porteur d'une lettre dans laquelle elle faisait un grand éloge du courage dépioyé par la vaillante escadre d’Evertsen, Elle leur donnait l'assurance que leurs vaisseaux seraient réparés dans les arsenaux d'Angleterre, et que les Hollandais blessés seraient traités avec les mêmes soins que les blessés anglais. On annonça qu'il serait fait une enquête sévère sur les causes du désastre récent; et Togrington, qui n'aurait pu, en ce moment, se montrer en public sans s’exposer à être mis en pièces, fut envoyé à la Tour ? us 5e

Pare à Guillaume, 3 et 10 juillet 1690 " Skrèwysbury à Caermarthen, Ju! e . ç S ? Maric aux Etats Généraux, 12 juillet; Burchi, Memoirs; An impor-

Pendant les trois jours qui suivirent l'arrivée des facheuses nouvelles du cap Beachy, la physionomie de Londres fut sombre et agitée. Mais le quatrième jour tout était changé. Les cloches carillonnaient ; des drapeaux flottaient de toutes parts ; des chandelles étaient disposées aux fenêtres des maisons pour uñe illuminätion; les gens qui se rencontraient dans les rues se donnaient de cordiales poignées de main. Un courrier arrivé à Whitehall dans la matinée avait ee de grandes nouvelles d'Irlande. |

. Guillaume débarque à Carrickfergus et se porte sur Belfast.

er Guillaume était, depuis les premiers jours du printemps, impätiemment attendu dañs l’Ulster. Plus d’une fois, pendant le courant du mois de mai, les établissements protestants du littoral dé cêtte province avaient été agités par la fausse nouvelle de son arrivée. Ce fut seulement dans l’aprèsmidi du 14 juin qu'il débarqua à Carfickfergus. Les habitants de la ville, $e pressant en foule dans la rue principale, l'accueilliréent par de bruyantes acclamations ; mais ils ne firent que l’entrevoir. Il n'eut pas plutôt mis pied à terre, . qu’il monta à cheval et partit pour Belfast. Schomberg était venu äu-devant de lui : ils se rencontrèrent près d’une maison blanche, la seule habitation humaine qui fût alors visible, dans un rayon dé plusieurs milles, sur la plage déserte de l'estuaire du Laggan. Un village et une filature s'élèvent maintenant sur l'emplacement de cette maison blanche; tout le rivage offre à l'œil une riante succession de maisons de campagne, de verdure et de fleurs. Belfast est devenu

tant Account of. some remarkablé passages in à the Life. of Arthur, Eari of Torringtèn, 1691.

l’un des” centres les plus considérables et les plus florissants de l’industrie des îles britanniques. Elle renferme une active population de quatre-vingt mille habitants. Les recettes annuelles de sa douane excèdent les recettes annuelles de la douane de Londres pendant les années les plus prospères du règne de Charles II. D’autres villes d'Irlande peuvent présenter des édifices plus pittoresques, maïs Belfast est la seule grande ville d'Irlande où le voyageut ne soit pas dégoûté par l'aspect hideux et les émanations fétides de fuës entières formées de tanières habitées par des êtres humains, et qui * sont loin d'offrir le bien-être et la propreté des constructions . affectées aux bestiaux dans des pays plus heureux. Il n’y a pas d’autres grande ville en Irlande qui soit si proprement tenue, si bien pavée, si brillamment éclairée. Au lieu dé dômes et d’élégantes aiguilles, on y voit des édifices qui plaisent peut-être moins au goût de l'artiste, mais qui n’en Sont pas des signes moins certains de prospérité : immenses manufactures qui dominent de leurs nombreux étages les toits des maisons, et qui retentissent du bruit incessant des machines. Le Belfast dans lequel Guillaume fit son entrée était une petite colonie anglaise, d'envifon trois cents maisons, commandée paf un magnifique château qui a depuis longtemps disparu, èt qui était la résidence de la noble famille de Chichester. C’est dans cette habitation, qui offrait, dit-on, quelque ressemblance avec le palais de Whitehall, et dont les terrasses et les vergers s’étendaient jusqu’au bord de la rivière, que des préparatifs avaient été faits pour recevoir le roi. Les bourgeois et les magistrats, revêtus de leur costume officiel, l’attendaient à la Porte dn Nord; la multitude se pressait autour de sa voiture, en criant : « Dieu protége le roi protestant ! » La ville était, en effet, un des boulevards de la foi réformée, et lorsque, deux générations plus tard, on fit le recensement des habitants, il se trouva que les catholiques romains ne formaient pas plus du quinzième de la population !. | * London Gaxette, 19 juin 1690; History of the toars in Iréland, par'un officier de l’armée royale, 1690; Villare Hibernicum, 1680; Story, Impartial History, 1691; Historial Collections relating to the town of Belfast, 1817. Ce recueil contient de curieux extraits dé Manuscrits du dix-seplième

siècle. [1 existe au British Museum un plan de Belfast fait en 1685, et si détaillé qu’on peut y compter les maisons, | :

æ pi = ame

La nuit vint; mais les comtés protestants étaient éveiltés et sur pied. Un:salut royal avait. été tiré du château de Belfast. Ce salut avait été successivement répété par les canons que £chomberg avait fait placer, de loin en loin, pour transmettre des signaux de poste en poste. Partout où leurs détonations furent entendues, on sut que le roi Guillaume était arrivé. Avant minuit, des feux de joie étaient allumés sur toutes les hauteurs d’Antrim et de Down. Cette illumination, aperçue de l’autre côté des baies de Carlingford et de Dundalk, avertit les avant-postes de l'ennemi que le, moment décisif approchait. Il n’y avait pas quarante-huit heures . que Guillaume était débarqué, lorsque Jacques partit de Dublin pour le camp irlandais, établi près de la frontière septentrionale du Leinster 1.

Etat de Dublin.

À Dublin, l'agitation était effrayante. Personne ne pouvait douter de l'imminence de la crise; et les angoisses de l’incertitude excitaient au plus haut degré les passions des deux castes rivales. La majorité découvrait facilement, dans l’attitude et le langage de la minorité opprimée, des signes qui indiquaient l'espoir d’une prompte délivrance et d'une vengeance terrible. Simon Luttrell, à qui était confié le soin de la capitale, se hâta de prendre des précautions dictées à la fois par la crainte et par la haine. Une proclamation parut, qui enjoignait à tous les protestants de rester chez eux depuis la tombée de la nuit jusqu'à l'aube du jour, et qui leur défendait, sous peine de mort, de se réunir en aucun lieu et sous aucun prétexte, au nombre de plus de cinq. Aucune exception ne fut faite en faveur de ceux des ministres de : l'Eglise établie qui n'avaient jamais cessé de prêcher la doctrine de non-résistance. Le docteur William King qui, après avoir longtemps défendu la légitimité, commençait depuis quelque temps à chanceler dans sa toi politique, fut mis en état d'arrestation. Il n’y avait pas de geôle assez vaste pour

# Lauzun à Louvois, 16 (26) juin. Le messager qui apporta la nouvelle à Lauzun avait entendu le canon et vu les feux de joie. History of the wars in. Ireland, par un officier de l’armée royale, 1690 ; Life of James, IN, 392; Orig. Mem.; Burnet, 11, 47. Ce dernier se trompe étrangement, lorsqu'il dit que Guillaume était depuis six jours en Irlande avant que Jacques fût instruit de son arrivée, |

contenir la moitié de ceux que le gouverneur soupçonnait de mauvaises intentions. Le collége de l’Université et plusieurs églises paroissiales furent converties en prisons ; et des gens qui n'étaient accusés d'autre crime que de leur religion y furent entassés en telle quantité qu’ils pouvaient à peine respirer !. | | Dispositions militaires de Guillaume.

Cependant les deux princes rivaux étaient occupés à réunir leurs forces. Loughbrickland fut le lieu de ralliement indiqué par Guillaume aux divisions éparses de son armée. Tandis que ses troupes se rassemblaient, il s'appliqua sans relâche à rendre leur discipline plus parfaite et à pourvoir à leur subsistance. Il avait apporté d'Angleterre 200 mille livres sterling en espèces, avec une grande quantité de vivres et de munitions. Le pillage fut interdit sous des peines sévères. En même temps l'argent fut largement distribué, et tous les payeurs des régiments eurent ordre d'envoyer leurs comptes sans retard, afin qu’il n’y eût pas d'arriéré ?. Thomas Coningsby, membre du Parlement pour Leominster, whig remuant et peu scrupuleux, accompagnait le roi et faisait les fonctions de payeur général. On doit. mentionner que Guillaume, à cette époque, autorisa le receveur des douanes de Belfast à verser tous les ans douze cents livres sterling entre les mains de quelques-uns des principaux ministres dissidents de Down et d’Antrim, qui devaient en disposer dans l'intérêt de leurs frères. Le roi déclara qu'il accordait cette somme aux ecclésiastiques non-conformistes, en partie comme récompense de la loyauté dont ils avaient fait preuve à son égard, en partie comme indemnité de leurs pertes récentes. Telle fut l'origine de la donation que le gouvernement fait encore tous les ans au clergé presbytérien de l'Ulster 5.

Guillaume se retrouvait tout entier. Son ardeur naturelle, comprimée par dix-huit mois passés dans les ennuis de la représentation, au milieu de factions et d’intrigues qu’il ne

! À true and perfect Journal of the affairs of Ireland, par une personne de qualité, 1690 ; King, HI, 18. On trouvera la proclamation ée Luttrell dans l’Appendix de King.

? Vullare Hibernicum, 1690.

* On trouvera ‘ordre adressé au receveur des douanes dans docteur Reid, History of the rresbyterian Church in Ireland

comprenait qu'à demi, reprit toute sa vivacité dès qu'il sé . vit entouré de tentes et d’étendards !. Il était étrange de voir âvec quelle rapidité cêt homme, si impopulaire à Westminster, s'emparait complétement dés cœurs de ses compagnons d'armes. Ils remarquaient avec plaisir que, tout infirme qu'il était, il prenait sa part de toutes leurs fatigues et de toutes leurs privations ; se préoccupant plus de leur bien-être que du sien propre; réprimandant vertement quelques officiers qui, dans leur zèle pour le service de sa table, oubliaient les besoins ‘des simples soldats ; n'ayant jamais logé dans une maison, depuis le jour où il était entré en campagne, couchant toujours, même dans le voisinage des villes.et dés palais, dans sa petite cabane mobile en bois ; aucune instance ne pouvait le décider, par une journée chaude ét un grand vent, à sortir du nuage de poussière étouffanté au milieu duquel cheminaït la colonne de marche, et qui mettait à une rude épreuve des poumons moins délicats que les siens. Ses traits et sa voix devinrent familiers à chacun de sés soldats, car il n’y eut pas un régiment qu'il n’inspéctât-avec une minutieuse attention. On garda longue souvenañce de son air agréable et de ses paroles. Un brave militaire 4 consigné dans son journal la manière couftoise et bienveillante avec laquelle le roi avait accepté de sa main un panier des premières cerises de l’année, et la gaieté avec laquelle Sa Majesté s'entretint à souper avec les personnes qui entouraient sa table ?. Fu |

Guillaume marche vers le Sud.

Le 24 juin, dix jours après son débarquement, Guillaume quitta Loughbrickland pour se porter vers le sud avec toutes ses forces. Il était bien résolu à saisir la première occasion de livrer bataille. Schomberg et quelques autres officiers recommandaient d'agir avec circonspection et de temporiser. Mais le roi répondit qu’il n’était pas venu en Irlande pour laisser pousser l'herbe sous ses piéds. L'événement semble avoir prouvé qu’il jugeait sainement comme général, Il n’est

‘ La gayeté peinte sur son visage, dit Dumont, qui le vit à Belfast, nous fit tout espérer pour les heureux succès de la campagne.

* Story, Impartial Account ; Journal Manuscrit du colonel Bellingham; The royal Diary.

- ranimer l’enthousias

pas douteux qu'il jugeait sainement comme homme d'Etat. Il savait que la nation anglaise était mécontente de la manière dont la guerre avai 6 conduite jusqu'alors ; qu'il ne fallait rien moins ee suceès rapides et llants pour

de ses amis et calmer W’ardeur de ses ennemis; et qu'une défaite ne pourrait guère faire plus de tort à sa réputation et à ses intérêts qu'une campagne mollement conduite et sans résultats décisifs.

Le pays à travers lequel il s’avançait avait été, pendant dix-huit mois, affreusement ravagé par les soldats et par ces maraudeurs ou bandits irlandais appelés les Rapparees. Les bestiaux avaient été abattus, les plantations rasées ; les elôtures et les maisons étaient-en ruines. On ne rencontrait pas une créature humaine dans le voisinage de la route, à l’exception de quelques malheureux nus, et affamés, qui n'avaient d'autre nourriture que de la balle d’ayoine, et qu’on voyait, comme de la volaille, chercher cette balle au milieu de la poussière et se ncires 1, Cependant, et malgré ces désavantages, ilité naturelle du pays, la riche verdure dont la terre était revêtue, ces baies et ses rivières si admirablement dis s pour le Commerce, ne pouvaient manquer de frapper l'œil observateur Men Peut-être pensa-t-il à l’as- , pect différent qu’aurait nté ce malheureux pays s’il avait eu l'avantage du gouvernement et de la. religion qui avaient fait de sa Hollande la merveille du monde; à la longue suite de maisons de campagne, de parterres de tulipes et de laiteries qui aurait bordé la route de Lisburn à Belfast ; aux centaines-de barques qui auraient sans cesse remonté et descendu le eours du Laggan ; à la forêt de mâts qui aurait peuplé le port désert de Newry ; aux vastes magasins et aux somptueuses habitations qui auraient couvert ace OCCupé par les ruelles infectes de Dundalk. On l’entendit dire que le pays valait la peine qu’on se battit pour le posséder.

L'armée irlandaise se retire.

L'intention primitive de Jacques paraît avoir été de tenter les chances d’une bataille rangée sur les frontières du Leinster et de l’Ulster. Mais ce projet fut abandonné par suite, à

! Story, Imparlial Account.

ce qu'il paraîtrait, des représentations dé Lauzun, qui, bien que très-peu disposé lui-même et très-peu propre à faire une campagne à la Fabius, avait encore dans les oreilles les recommandations de Louvois ‘. Jacques, quoique résolu à ne pas céder Dublin sans livrer une bataille, consentit à reculer jusqu’à ce qu'il trouvât quelque position où il eût l'avantage du terrain. Lors donc que l'avant-garde de Guillaume eut atteint Dundalk, elle n’aperçut de l’armée irlandaise qu’un gros nuage de poussière qui se retirait lentement vers le sud, dans la direction d’Ardee. Les Anglais firent halte pendant une nuit près de l'endroit oùSchomberg avait campé l’année précédente ; et la vue de ce triste marais, tombeau de tant de braves gens, réveilla bien des souvenirs pénibles ?.

‘ Guillaume continua de se porter en avant, les Irlandais reculant toujours devant lui, jusqu’à ce que, le trente juin, son armée, marchant en trois colonnes, atteignit le sommet d’une éminence voisine de Ja frontière méridionale du comté de Louth. Au-dessous s’étendait une vallée, aujourd’hui si riche et si riante que l'Anglais qui la contemple peut se croire dans une des parties les plus favorisées de son île si favorisée. Des champs de blé, des bois, des prairies émaillées de trèfle et de marguerites, s'étendent en pente douce jusqu'aux bords de la Boyne. Cette rivière, aux caux calmes ct brillantes, qui sépare les comtés de Louth et de Meath, après avoir coulé longtemps entre des rives verdoyantes, couronnées de palais modernes et des donjons en ruine des vieux barons normands, est là sur le point de se confondre avec la mer. À cinq milles à l’ouest du point d’où Guillaume examina la rivière qui coulait à ses picds, s'élève aujourd’hui, sur un tertre verdoyant, au milieu de bois majestueux, le château de Slane, résidence du marquis de. Conyngham. A deux milles à l'est, un nuage de fumée, vomiepar des manufactures et des stcamers, s'étend au-dessus de la ville et du port de Drogheda. Sur la rive qui appartient aû comté de Meath, le terrain, également tout couvert deprairies et de céréales, de leurs et de feuillages, s'élève en pente douce jusqu’à une

de Lauzun à Louvois, 23 juin (3 juillet) 1690; Life of James, 11, 393 ; Orig. em.

* Story, Impartial Account ; Manuscrits Dumont,

hauteur surmontée d’un remarquable bouquet de frênes qui ombrage les ruines de l’église et du cimetière de Donore !. Ce même paysage présentait, au dix-septième siècle, un aspect bien différent. Les traces de l’art et de l’industrie humaine y étaient rares. C’est à peine si l’on voyait une embarcation sur la rivière, à l'exception de ces grossières barques en osier, recouvertes de peau de cheval, dans lesquelles les paysans celtes pêchaient la truite et le saumon. Drogheda, qui renferme aujourd'hui une population industrieuse de vingt mille habitants, n’était qu’une petite agglomération de ruelles étroites, sales et tortueuses, entourée d’un fossé et d’un rempart en terre. Les maisons, à pignons élevés, avec les étages supérieurs en Saillie, étaient construites en bois. À peine éxistait-il une habitation en dehors de l'enceinte de la ville, excepté à un endroit appelé Oldbridge. A Oldbridge la rivière était guéable; et, au midi du gué, se trouvaient quelques huttes de boue, avec une seule maison construite en matériaux plus solides. | |

Les Irlandais prennent position à la Boyne.

Quand Guillaume aperçut 1a vallée de la Boyne, il laissa échapper une exclamation accompagnée d'un geste de satisfaction. Il avait craint que l'ennemi n’évitât une action décisive et ne cherchât à trainer la guerre en longueur jusqu'au moment où les pluies d'automne ramèneraient avec elles les maladies pestilentielles. 11 était maintenant rassuré. Evidemment que la lutte serait vive ef courte. Le pavillon de Jacques était dressé sur la hauteur de Donore. Les drapeaux de la Maison de Stuart et de la Maison de Bourbon flottaient ensemble sur les murs de Drogheda. Toute la rive méridiohale de la rivière était bordée par le camp et les batteries de l'armée ennemie. Des milliers d'hommes armés circulaient au milieu des tentes, et chacun d’eux, cavalier ou fantassin, Français ou Irlandais, portait à son chapeau un signe de ralliement ; la couleur blanche avait été choisie comme compliment à la Maison de Bourbon. « Je suis charmé de vous

* On trouvera beaucoup de détails intéressants sur le ch«mp de bataille et sur ses environs dans le charmant volume de M. Wilde, intitulé : The Beauties of the Boyne and Biackwater. |

voir, Messieurs, » dit Guillaume en parcourant de son regard perçant les lignes irlandaises ; « si vous m'échappez maintenant, ce sera ma faute. .

L'armée de Jacques.

Chacun des deux princes rivaux avait quelques avantages

sur son adversaire. Jacques, placé sur la défensive, derrière des retranchements, avec une rivière devant lui, avait la position la plus forte ? : Mais ses troupes étaient numériquement et moralement inférieures, par le nombre, à celles qui lui étaient opposées. Il pouvait ayoir trente. mille hommes sous ses ordres. Un tiers environ de cette force se composait d'excellente infanterie française et d’excellente cavalerie irlandaise, Maïs le reste de son armée était la risée de toute l'Europe. Les dragons irlandais étaient mauvais, l'infanterie irlandaise pire encore. On disait que leur manière ordinaire de se battre consistait à faire une décharge de leurs mousquets, puis à se sauver en criant « quartier! » et « au meurtre! » Cette conduite était alors communément attribuée, par leurs ennemis et par leurs alliés, à une poltronnerie naturelle. De nombreux et héroïques faits d'armes, accomplis dans toutes les parties du monde, ont prouvé depuis combien une pareille imputation était peu fondée. Les hommes de sens auraient dû comprendre, même au dix-septième siècle, qu’une race qui fournissait quelques-uns des meilleurs cavaliers du monde devait certainement, ayec une bonne discipline, fournir aussi de solides fantassins. Or, non-seulement les fantassins irlandais n'avaient pas été bien dressés, mais encore ils avaient été systématiquement mal dressés. Le

‘ Memorandum de la maîn d'Alexandre, comte de Marchmont. Il tenait ces détails de lord Selkirk, qui faisait partie de l’armée de Guillaume. * Jacques dit (Life, H, 393. Orig. Mem.) qu'il n’y avait pas de meilleure osition dans le pays. King, dans un sermon d’actions de grâces qu’il précha à Dublin à la suite de la campagne, dit à ses auditeurs que « l'avantage de -la position occupée par les Irlandais était considérée par {ous les hommes intelligents comme équivalant à plus de trois contre un. » Voir le Sermon d’Actions de Grâces de King, prêché,. le 16 novembre 1690, en présence des Lords-Juges. C'est là, sans aucun doute, une absurde exagéralion. Mais M. de La Hoguette, l’un des principaux officiers français présents à la bataille de la Boyne, informa Louvois que l’armée irlandaise occupait une bonne position défensive. Lettre de La Hoguette, datée de Limerick, 81 juillet (1er août) 1690. |

plus grand de nos génératix a déclaré solennellement et à plusieurs reprises, que, même l’admirable armée qui, sous son commandement, s'ouvrit un chemin de Torres-Vedras à Toulouse, sefait devenue, en quelques semaines, s’il lui avait laissé contracter des habitudes de pillage, impropre à toute opération militaire. Quel pouvait être le caractère de troupes qui, du moment où elles s'engageaient, recevaienf non-seulement la permission, mais l'invitation de suppléer par la maraude à l'insuffisance de leur solde? @e n’était, comme on devait s’y attendre, qu'une tourbefurieuse et bruyante dans son zèle pour là cause qu'elle avaitembras= sée, mais incapable d’opposer une longue résistance à une force bien organisée. En un mot, tout ce qu'avait fait la discipline, si on peut l'appeler ainsi, de l’armée de Jacques pour le fantassin irlandais, avait été de l'abrutir et de l'énerver, Après dix-huit mois de service militairé nominal, il était positivément plus éloigné d’être un soldat que le jour où il avait quitté sa hutte pour le camp:

L'armée de Guillaume.

Guillaume avait sous ses ordres près de trente-six mille hommes, venus de bien des pays divers et parlant bien des langues différentes. Il y avait à peine une église protestante ou une nation protestante qui ne fût représentée dans cette armée, qu’une étrange suite d'événements avait amenée dans l'île la plus reculée de l'Occident, pour y combattre dans l’intérêt de la religion protestante. La moitié environ était originaire d'Angleterre. Ormond se trouvait là avec les gardes du corps, life guards, et Oxford aÿec les bleus. Sir John Lanier, officier qui avait acquis son expérience sur le continent, et dont on estimait beaucoup la prudence, était à la tête du régiment de cavalerie de la Reine, aujourd’hui le premier des dragons de la garde. On y voyait l'infanterie dé Beaumont, qui avait refusé, malgré les ordres de Jacques, d'admettre des papistes irlandais dans ses rangs, et l'infanterie de Hastings, qui avait, dans la journée désastreuse de Killiecrankie, soutenu la réputation militaire dé la race saxonne. On y voyait les deux bataillons de Tanger, connus jusqu'alors seulement par des actes de violeñce et de rapine, mais qui devaient commencer le lendemain matin une longue carrière de gloire. Les gardes

écossais marchaient sous le commandement de Icur compatriote John Douglas. Deux beaux régiments britanniques, qui avaient été au service des Etats-Généraux, . et qui, sous les ordres de Guillaume, avaient souvent vu la mort en face, le suivaient dans cette campagne, non-sculement comme leur général, mais comme leur roi. Ils forment aujourd’hui les cinquième et sixième régiments de ligne. Le premier était conduit par un officier peu versé dans les hautes branches de l’art militaire, mais reconnu par toute l’armée comme le plus brave de tous les braves, John Cutts. On remarquait parmi les troupes hollandaises la cavalerie de Portland et celle de Ginkell, ainsi que le régiment bléu de Solmes,. composé de deux mille : hommes de la plus belle infanterie qu’il y eût en Europe. L'Allemagne avait mis en campagne quelques guerriers, appartenant à ses plus nobles familles. Le prince Georges de Hesse-Darmstadt, brave jeune homme qui débutait dans le métier des armes, était à cheval'auprès du roi. Une forte brigade de mercenaires danois était commandée par le duc Charles-Frédéric de Wirtemberg, proche parent du chef de cette illustre famille. On prétendait que, de tous les soldats de . Guillaume, ceux-là étaient les plus redoutés des Irlandais. En effet, des siècles de domination saxonne n'avaient pas effacé le souvenir des violences et des cruautés des rois scandinaves de la mer; et l’on répétait encore, avec-une horreur superstitieuse, une ancienne prophétie d'après laquelle les Danois devaient détruire un jour les enfants de l'Irlande !, Parmi les auxiliaires étrangers se trouvaient un régiment de Brandebourg etun régiment de Finlande. Mais au milieu de ee grand rassemblement d'hommes, si diversement composé, deux corps surtout étaient animés d’un zèle particulièrement ardent et implacable : c'étaient lés huguenots de France, altérés du sang des Français, et les colons anglais d'Irlande, impatients de fouler aux pieds les Irlandais. Les rangs des réfugiés ayant-été purgés avec soin des espions êt des traîtres, se composaient d'hommes semblables à ceux qui avaient lutté dans le siècle précédent contre la puissance de la maison de Valois et contre le génie de la maison de Lorraine. Tous les esprits les plus hardis de l’indomptable co-

» Narcissus Luttrell, Diary, mars 1690.

CHAPIIRE EL 125

lonie s'étaient rendus au camp de Guillaume. Mitchciburne y était, avec les opiniâtres défenseurs de Londonderry, et Wolseley avec les soldats qui, dans la journée de Newton Butler, avaient poussé le cri unanime «en avant!» Sir Albert Conyngham, ancêtre de la noble famille dont le chàteau s'élève aujourd’hui sur les bords de la Boyne, avait amené des environs du lac Erne un brave régiment de dragons, qui porte encore avec orgueil le nom d'Enniskillen et qui a prouvé sur les rives de l’Euxin qu'il n'avait pas dégénéré depuis le jour de la Boyne t, . |

Walker, alors évêque de Derry, ‘accompagne l’armée.

Walker, malgré son grand âge et sa profession pacifique, accompagnait les volontaires de Londonderry, s’efforçant d’échauffer leur zèle par ses exhortations et par son exemple. Il était devenu un grand prélat. Ezéchiel Hopkins, qui avait cherché à Londres un refuge contre les persécuteurs papistes et les rebelles presbytériens, s'était décidé à prêter serment de fidélité au nouveau gouvernement, en avait obtenu une cure, et était mort dans Fexercice des humbles fonctions de prêlre de paroisse ?. Guillaume apprit, en traversant le comté de Louth, que le riche évêché de Derry était à sa disposition. Il le conféra immédiatement à Walker. Le brave vieillard, pendant le peu d'heures de vie qui lui restaient, fut accablé de saluts et de félicitations. Malheureusement il avait contracté, pendant le siége où il s'était si fort distingué, le goût de la guerre, et il se persuada facilement, qu’en se laissant aller à cette passion il remplissait un devoir envers son pays et sa religion. Il aurait dû se rappeler que les circonstances particulières qui l’avaient autorisé à se faire homme de guerre avaient cessé d’exister et que, dans une armée disciplinée, commandée par des généraux d'une haute expérience et d’une grande renommée, la pré-, sence d’un ecclésiastique combattant devait être un sujet de scandale plutôt qu'un secours. Le nouvel évêque était résolu

* Voir les Annales historiques des régiments de l’armée britannique, et l'énuméralion, donnée par Story, de l’armée de Guillaume, telle qu’elle fut passée en revue à Finglass, huit jours après la bataille.

? Voir son Sermon funéraire, prêché dans l'église de Sainte-Marie, Aldermary, le 24 juin 1690,

à sé trouver partout où il y avait du danger, et la manière dont il se mettait en évidence excita l'extrême dégoût de son royal protecteur, qui haïssait presque autant qu'un poliron un homme qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Un soldat qui s’enfuyait du champ de bataille et un homme de robe qui faisait l’homme de guerre étaient les deux choses qui excitaient au plus haut degré la mauvaise humeur de Guillaume. : | | Guillaume fait la reconnaissance de la position de l’ennemi,

Il étaitencore de très-benneheure, lorsque le roi, montant à cheval, parcourut lentement là rive septentrionale de la Boyne, ékaminant avec soin là position des Irlandais, dont il n'était quelquefois séparé que par uné distañce d’un peu plus dé deux cents pieds. Il était äccompagné de Schomberg, d'Ormond, de Sidney, de Solmes, du prince Georges de Hesse, et d'autres. « Leur armée est peu nombreuse, » fit observer un des oficiers hollandais. Elle ne paraissait pas, én effet, secomposer de plus de seize mille hommes. Mais on savait, par les: rapports des déserteurs, que beaucoup de régiments étaient cachés par des plis de terrain. « Ils sont seut-être plus forts qu’il h’en ont l'air, » répondit Guilläume ; « mais forts ou faibles, je saurai bientôt ce qu'il en est !. » :

Enfin il mit pied à terre presque en face d’Oldbridge, s’assit sur le gazon pour se reposer, et démanda à déjeuner. Les chevaux de bât furent déchargés, les caisses de provisions ouvértes, et la nappe éténdüe sur l'herbe. L'endroit est marqué par un obélisque érigé à l'époque où vivaient encore beaucoup de vétérans qui se rappelaient parfaitement les événements de cette journée.

Guillaume est blessé, .

Tandis que Guillaume prenait Son repas, un groupe de cavaliers s'avança, sur la rive oppôsée, jusqu'au bord de l'eau. Parmi ces cavaliérs, les gens de la suite du roi purent reconnaître plusieurs personnages qui s'étaient jadis fait remarquer aux revués d'Hyde-Park et aux bals de la galerie de

1 Story, Impartial History; History of thé wars in freland, par un offis, cier de l’armée royale; Hop aux Etats Généraux, 30 juin (10 juillet) 1690,

LA

Whitehall, — le jeune Berwick, Lanzun, de petite taille et aux cheveux blonds, Tyrconnel, autrefois admiré par les filles d'honneur comme un modèle de vigueur et de mâle beauté, maintenant courbé par l’âge, en proie aux tortures de la goutte; enfin Sarsfield, dont la têle dominait toutes les autres. | | .

Les chefs de l’ärmée irlandaise ne tardèrent pas À reconnaître, de leur côté, que la pèrsonne qui déjeunait, sur 1x rive opposéé, entourée d’un cercle brillant, était le prince d'Orange. Ils envoyèrent chercher de l'artillerie. Deux pièces de campagne, masquées par une compagnie de cavalerie, furent amenées jusqu’au bord de la rivière et braquées dérrière une haie. Toutes deux furent pointées sur Guillaume, qui venait d'achever son repas et s'était remis en selle. Le premier coup toucha une des fontes du prince Georges de Hesse, et renversa son cheval, « Ah! » s’écria le roi, « le pauvre prince est tué! » A peine ces paroles étaient-elles sorties de ses lèvres, qu’il fut touché lui-même par un second boulet, de six livres. Le coup ne fit que déchirer son habit et eflleurer son épaule. Le roi perdit deux ou trois onces de sang. Les deux armées virent que leur boulet avait porté ; car Guillaume s’äffaissa un moment sur le coù dé son cheväl. Un hurlement de joie s’éleva du camp irlandais. Les Anglais . et leurs alliés étaient dans la Consternation. Solmes se jeta par terre, et fondit en larmes. Mais l'attitude de Guillaumé rassura bientôt ses amis. « Il n’y a pas de mal, » dit-il; « mais le boulet est venu assez près. » Coningsbÿ mit son mou- . choir sur la blessure; on envoya chercher un chirurgien, qui fit le pansement immédiatement. Le roi parcourut, au milieu de bruyantes acclamations, tous les postes de son armée. Telle était son énergie morale, que, malgré sa faible santé, malgré sa blessure récente, il resta, ce jour-là, dix-neuf heures en selle !. ..

On se canonna de part et d'autre jusqu’à la nuit. Guillaumé observa avec une attention toute particulière l’effet produit par les boulets irlandais sur les régiments anglais qui n’a-

* London Gazette, 7 juillet 1690; Story, Impañtial History ; History of the vvars in Freland, par un officier de l’armée royale; Narcissus Luttref, Diary; Lord Marchmont, Memorandum; Burnet, 1, 50, et Thanksgiving sermon; Dumont Manuscrits,

vaient pas encore été au feu, et se déclara satisfait du résultat. « Tout va bien, » dit-il; « ils soutiennent bien le feu. » Longtemps après le coucher du soleil, il fit une dernière inspection de ses forces à la lueur des torches, et donna l’ordre que tout fût prêt pour forcer le lendemain le passage de la rivière. Chaque soldat devait porter une branche de verdure à son chapeau. Les bagages et les surtouts devaient être laissés en arrière, et gardés. Le mot d'ordre fut Westminster.

La résolution prise parle roi d'attaquer les Irlandais, ne fut pas approuvée de tous ses lieutenants. Schomberg, en particulier, déclara que la tentative était trop hasardeuse, et, n'ayant pu faire prévaloir son opinion, il se retira sous sa tente d'assez mauvaise humeur. Quand l’ordre de bataille lui fut remis, il murmura qu’il avait été plus habitué à donner de pareils ordres qu’à les recevoir. Cette petite boutade était bien pardonnable à un général qui avait remporté de grandes victoires alors que son maître n'était encore qu'un enfant, et le vieux guerrier devait d’ailleurs racheter RFA sa faute le lendemain matin. |

Bataille de la Boyne.

L'aurore du premier juillet parut enfin, jour dont l'anniversaire ne s’est jamais reproduit sans exciter des émotions également vives, mais bien différentes, chez les deux populations qui divisent l'Irlande. Le soleil se leva radieux et sans nuages. Peu après quatre heures, les deux armées étaient en mouvement. Guillaume ordonna à son aile droite, sous le commandement de Meinhart Schomberg, l’un des fils du duc, de se porter vers le pont de Slané, en remontant la rivière de quelques milles, de la franchir sur ce point, et de tourner la gauche de l’armée irlandaise. Meinhart Schomberg était soutenu par Portland et Douglas. Jacques, prévoyant quelque mouvement de ce genre, avait déjà dirigé sur ce pont un ‘régiment de dragons commandé par sir Neil O'Neil. Celui-ci se conduisit bravement; mais il reçut bientôt une blessure mortelle; sa troupe prit la fuite, et l’aile droite des Anglais passa la rivière.

Cette manœuvre inquiéta Lauzun. Qu'arriverait-il si cette aile droite des Anglais se portait sur les derrières de l’armée de Jacques? À quatre milles environ au sud de la Boyne,

était un endroit appelé Duleek, où la route qui menait à Dublin était si étroite que deux chariots n’y pouvaient passer de front; de chaque côté de la route s’étendait un marécage où il était impossible de tenir pied. Si Meinhart Schomberg venait à s ‘emparer de cette position, la retraite des Irlandais se trouvait coupée. Il leur faudrait vaincre ou se faire tuer jusqu’au dernier homme. Préoccupé de cette idée, le général français se porta avec ses compatriotes et la cav aleric de Sarsfield, dans la direction du pont de Slane. La défense des gués voisins d’Oldbridge fut ainsi laissée aux seuls Irlandais.

Il était près de dix heures. Guillaume se mit à la tête de son aile gauche, exclusivement composée de cavalerie, et se disposa à passer la rivière un peu au-dessus de Drogheda. Le centre de son armée, composé presque entièrement d’infanterie, était sous les,ordres de Schomberg, et rangé en bataille vis-à-vis d’Oldbridge. L’ennemi avait réuni à Oldbridge toute l'infanterie irlandaise. La rive du comté de Meath était hérissée de piques et de baïonnettes. Les ingénieufs. français avaient construit un retranchement à l’aide des haies et des bâtiments. Un parapet en terre avait été élevé tout au bord de l’eau !. Tyrconnel était là, ayant sous lui Richard Hamilton et Antrim.

Schomberg donna le signal. Les bleus de Solmes se mirent ‘les premiers en mouvement. Ils s’avancèrent bravement, tambours battants, jusqu’au bord de la Boyne. Les tambours cessèrent alors de battre, et les hommes, rangés sur dix de front, descendirent dans l'eau. Londonderry et Enniskillen s’y plongèrent à leur tour. Un peu à gauche de Londonderry et d'Enniskillen passa Caillemot, à la tête d’une longue colonne de réfugiés français. Un peu à gauche de Caillemot et de ses réfugiés, le gros de l'infanterie anglaise s’avança dans la rivière, ayant de l’eau jusqu'aux aisselles. Plus loin encore en aval, les Danois trouvèrent un autre gué. En quelques minutes la Boyne, sur l'étendue d’un quart de mille, n’offrit aux yeux qu'une masse mouvante de nes et de branches de feuillage.

Ce fut seulement lorsqu'ils furent parvenus au milieu du

À La Hoguetle à Louvois, 8t juillet (10 août) 1690,

courant que les assaillants comprirent toute la dificultéet tout le danger du passage de la Boyne. Ils n'avaient guère vu jusqu'alors que la moitié de l’armée ennemie : maintenant des régiments entiers d'infanterie et de cavalerie semblaient sortir dé terre. Un cri sauvage de défi s’éleva de toute la rive, et l'événement parut un instant douteux; mais les protestants s'élancèrent hardiment en avant, et-bientôt toute la ligne irlandaise lâcha pied. Tyrconnel était consterné. Il ne manquait pas de courage personnel mais il avait si peu de connaissancés militaires, qu'il ne passait presque jamais-une revue de son régiment dans Phœnix-Park sans commettre quelque bévue; rallier les rangs qui se rompaient tout autour de lui était une tâche au-dessus des ‘forces d’un général qui, ayant survécu à son énefgie physique et morale, ignorait encore les premiérs éléments de son métier. Plusieurs de ses meilleurs officiers furent tués en s’efforcant vainement de décider leurs soldats à regarder en face les bleus hollandais. Richard Hamäton donna ordre à un corps d'infanterie de tomber sur les réfugiés français, qui étaient encore au milieu de l'eau. Il se porta lui-même en avant, et, accompagné de plusieurs vaillants gentilshommes, s’avança, l’épée à la main, dans la rivière. Mais ni ses ordres ni son exemple ne purent donner du courage à cette tourbe de voleurs de bestiaux : laissé presque seul, il dut se retirer, le désespoir dans l'âme, Plus en aval de la rivière, la division d’Antrim s’enfuit comme un troupeau de moutons à l'approche de la colonne anglaise. Des régiments entiers, jetant armes, drapeaux et manteaux, prirent leur course vers les hauteurs sans avoir même déchargé leurs mousquets t.

* Les lettres que les officiers français présents à là Boyne adressèrent à leur gouvernement età leurs familles prouveront que je n’ai pas calomnié l’infanterie irlandaise. La Hoguette, écrivant à la hâte à rs le 4 (14) juillet, s'éxprime ainsi : Je vous diray seulement, Monsieur, que nous n'atons pas élé battus, mais que les ennemys ont chassé devant eux Les trouppes irlandoises comme des moutons,-sans avoir essuyé un seul coup de mousquet,

Ecrivant de Limerick, quelques sémaines plus tard, et plus en détail, il dit : J'en meurs de honte. 1\ admet qu’il n’aurait pas été facile de gagner la bataille : Mais il est vray aussi, ajoute-t-il, que les Irlandois ne firent pas la moindre résistance, et phièrent sans tirer un seul coup. Zurlauben, colonel d’un des plus beaux régiments au service de France, écrivit dans lo même sens, mais en rendant justice au courage de la cavalerie irlandaise, dont La Hoguelle ne parle point.

1 existe au dépôt de la Guerre, à Paris, une lettre que Boisseléau, le

Il fallut bien des années et bien des exploits héroiques pour effacer la tache que cette honteuse déroute laissa sur le nom irlandais. Cependant on put voir, avant la fin de cette. même journée, que le reproche de lâcheté ne s’appliquait pas à tous. Richard Hamilton se mit à la tête de la cavalerie, qui, sous ses ordres, fit, quoique sans succès, un noble effort pour ressaisir la victoire. Elle soutint, dans le lit même de la rivière, une: lutte acharnée avee les bleus de Solmes. Elle repoussa la brigade danoise dans la Boyne. Elle chargea avec impétuosité les régiments huguenots, qui, n'étant pas munis de piques, l'arme que l'infanterie opposait ordinairement à la eavalerie, commencèrent à céder du terrain. Caillemot, en encourageant ses compagnons d’exil, fut blessé mortellement à la cuisse. Quatre de ses hommes le transportèrent dans sa tente, à travers le gué. Caiïllemot, en passant, continua de faire ayancer la queue de sa colonne, qui était encore dans l’eau jusqu’à la poitrine. « En avant, mes enfants ! en avant! » eriait-il à ses hommes : « A la gloire! à Ja gloire! » Schomberg, qui était resté sur la rive gauche, d’où il surveillait, avee le coup d'œil du général, le progrès de ses troupes, jugea que les circonstances exigeaient de lui les efforts personnels du soldat. Ceux qui l’entouraient le pressèrent vainement de revêtir.sa cuirasse, Sans armure défensive, il traverse la rivière à cheval, et rallie les réfugiés que la chute. de Caillemot avait ébranlés. « Aïlons, » s’écrie-t-il en français, indiquant de la main les escadrons papistes, « allons, Messieurs, voilà vos persécuteurs! » Ce furent ses dernières paroles, Comme il parlait encore, un gros de cayaliers irlandais fondit sur lui et l'enveloppa pendant un instant,

lieutenant de Lauzun, griffonna à la hâte à sa femme après la bataille. On ;u : de me porte bien, ma chere feme. Ne finquieste gas de moy. Nos Ir-

ndois n'ont rien fait qui vaille. Ils ont tous ldché le pié. :

Desgrigny, écrivant le 10 (20) jujlet, donne plusieurs raisons de la défaite : La première et la plus forte est la fuite des Iriandois, qui sont en vérité des gens sur lesquels il ne faut pas compter du tout. Il dit dans la même lettre : Al n'est pas naturel de croire qu'une armée de vingt-cinq mille hommes, qui paroissoit de la meilleure volanté du monde, et qui à veue des ennemis faisoit des cris de joye, dût être entièrement défaite sans avoir tiré l'épée el un seul coup de mousquet. Il y g eu tel régiment tout entier qui 4 laissé ses habits, ses armes et ses drapeaux sur le champ de Lataille, et a gagné les montagnes avec ses officiers. |

J'ai cherché vainement la dépêche dans laquelle Lauzun a ‘dû rendre à Louvois yn compte détaillé de la bataille,

un. À

Quand ils se retirèrent, il était par terre. Ses amis s’empr'éssèrent de le relever : ce n’était plus qu'un cadavre; il était atteint de deux coups de sabre à la tête, et une balle de carabine lui était entrée dans la gorge. Presque au même moment, Walker, qui exhortait les colons de l’Ulster à se montrer des hommes, fut tué raide. Pendant près d’une demi-heure, la bataille continua sur la rive droite. Tout était fumée, poussière et confusion. On entendit de vieux soldats dire qu'ils avaient rarement vu, dans les Pays-Bas, une pareille mêlée. Tel était l’état des choses lorsque Guillaume arriva avec l’aile gauche. I} avait eu beaucoup de mal à franchir la rivière : la marée montait, son cheval avait été obligé de nager, et avait failli se perdre dans la vase. Le roi ne fut pas plus tôt sur la terre ferme, qu’il prit son épée de la main gauche, — car sa blessure et ses bandages ne lui permettaient pas de se servir de son bras droit, — etil se jeta avec son monde au plus fort de la mêlée. Son arrivée décida du sort de la journée. Cependant la cavalerie irlandaise ne se retira qu’en combattant opiniâtrement. On se souvint longtemps, parmi les protestants de l’Ulster, qu’au milieu du tumulte, Guillaume s'était porté à la tête des Enniskilleners, et leur avait crié : « Que ferez-vous pour moi? » Il ne fut pas immédiatement reconnu, et un soldat, le prenant pour un ennemi, allait faire feu sur lui. Guillaume, écartant doucement la carabine : « Eh quoil » lui dit-il, « ne connaissez-vous pas vos amis? » — e C'est Sa Majesté! » s’écria le colonel. Un cri de joie partit des rangs de ces braves yeomen protestants. « Messieurs, » leur dit

‘Guillaume, « c’est vous qui serez aujourd’hui mes gardes.

J'ai beaucoup entendu parler de vous, et je veux vous voir à l'ouvrage. » Une des singularités les plus remarquables de ce prince, ordinairement si froid et si réservé, c’est que le danger, agissant sur lui comme l’eût fait l'ivresse, ouvrait son cœur, déliait sa langue et enlevait à ses manières toute espèce de contrainte. On le vit, dans cette mémorable journée, partout

où le péril était le plus grand. Une balle frappa le chien de

sou pistolet, une autre emporta le talon de sa botte; mais ce fut en vain que ses lieutenants le supplièrent de se retirer dans quelque position d’où il pût donner des ordres sans exposer une vie si précieuse à l'Europe. Ses troupes, excitées par son exemple, gagnèrent rapidement du terrain, La Cava-

icrie irlandaise prit une dernière fois position à une maison appelée Plottin Castle, à un mille et demi environ au sud d’Oldbridge. Là, les Enniskilleners furent repoussés, avec perte d’une cinquantaine d'hommes, et vivement poursuivis jusqu'à ce que Guillaume les eût ralliés et ramenés à la charge. Dans ce dernier engagement, Richard Hamilton, qui avait fait tout ce que pouvait faire la valeur pour racheter une réputation compromise par la perfidie !, fut grièvement blessé, fait prisonnier et amené aussitôt, à travers la fumée du champ de bataille, devant le prince qu'il avait si odieusement trahi. Jamais le caractère de Guillaume ne se montra d’une manière plus frappante. « Est-ce fini, » dit-il, « ou votre cavalerie tiendra-t-elle encore? » — « Sur mon honneur, Sire, » répondit Hamilton, « je crois qu’elle tiendra encore. » — « Votre honneur! votre honneur! » murmura Guillaume, et cette exclamation, à moitié réprimée, fut la seule vengeance qu'il daigna tirer d'une offense pour laquelle bien des souverains, beaucoup plus affables et plus gracieux dans leurs manières ordinaires, auraient usé de terribles représailles; puis, reprenant tout son empire sur lui-même, il ordonna à son propre chirurgien d'examiner les blessures du prisonnier?.

La bataille était finie. Hamilton se trompait lorsqu'il croyait que sa cavalerie prolongerait la lutte. Des compagnies entières avaient été taillées en pièces. Un beau régi-

‘ Lauzun écrivit à Seignelay, 16 (26) juin 1690 : Richard Amillon a été fait prisonnier, faisant fort bien son devoir.

- Mes principales autorités pour les détails de cette bataille sont : Story, Impartial Account, et Suite; History of the war in Ireland, par un officier de l’armée royale; les Dépêches du Dépôt de la Guerre, à Paris; Life of James, Orig: Mem.; Burnet, IT, 50, 60; Narcissus Luttrell, Diary ; London Gazette du 10 juillet 1690 ; les dépêches de Hop et de Baden; une relation rédigée probablement par Portland, que Guillaume adressa aux Elals Généraux ; une lettre particulière de Porttand à Melville ; captain Richardson, Narrative of the battle, avec plan ; Dumont, Manuscrit, et Bellingham, Manuscrit. J'ai vu aussi un récit de la bataille dans un journal écrit en mauvais latin et d’une écriture presque indéchiffrable, par un des vaincus, qui paraît avoir été quelque maitre d'école de village, transformé en capitaine. Ce journal m'a été prêté par M. Walker, à qui il appartient. L'auteur raconte les malheurs de son pays dans un style dont un court échantillon suffira : 1er juillet 1690. O diem illum infandum, cüm inimics potiti sunt pass apud Oldbridge et nos circumdederunt et fregerunt nronè Flottin. Hinc “omnes fugimus Dublin versus. Ego mecum tuli cap Moore et Georgium Ogle, et venimus hdc nocte Dub.

Hi 12

134 REGNE DE GUILLAUME Ill.

ment ne.comptait plus que trente hommes qui ne fussent pas blessés, C'était assez pour ces braves soldats d’avoir disputé la victoire jusqu’à ce qu'ils fussent laissés sans appui, sans espoir, sans direction, jusqu’à ce que le plus brave de leurs chefs fût prisonnier et leur roi en fuite,

Fuite de Jacques.

On peut élever des doutes sur la question de savoir si Jacques devait à quelque heureux hasard et à la flatterie la réputation de bravoure qu'il eut dans sa jeunesse, ou si, en avançant en âge, son caractère changea. Il est certain du moins que, dans sa jeunesse, il passait généralement pour posséder, non-seulement cette dose moyenne de courage qui permet à un soldat de faire une campagne sans déshonneur, mais celte haute et calme intrépidité qui est la vertu des grands capitaines !, Il est également certain que, dans ses dernières années, il montra en mainte occasion, dans des circonstances qui eussent inspiré un courage héroïque à des femmes timides et délicates, une anxiété pusillanime pour sa sûreté personnelle. Des motifs les plus puissants qui soient de nature à engager un homme à braver le péril, il ne lui en manqua aucun à la journée de la Boyne. Les yeux de ses contemporains et de Ja postérité, d'amis dévoués à sa cause et d’ennemis impatients de voir son humiliation, étaient fixés sur lui, 1l avait, à son propre paint de vue, des devoirs sacrés à soutenir et de cruelles injures à venger. C'était un roi qui venait combattre pour trois royaumes; c'était un père qui venait combattre pour l'héritage de son enfant; c'était un zélé catholique romain qui venait combattre dans la plus sainte des croisades. Si tout cela n’était pas suffisant, il avait, de la position sûre qu’il occupait sur la hauteur de Donore, un spectacle capable, — on l'aurait eru du moins, — d'inspirer de l’émulation au plus apathique des hommes. II voyait son rival, faible, mal portant, blessé, traverser la rivière à la

‘ Voir Pepys, Diary, 4 juin 1664, « Il me dit notamment, en parlant du duc d'York. qu’il est plus lui-même, et qu’il montre plus de jugement et de "présence d’esprit dans les circonstances très-difliciles qu’en d’autres occasions. » Clarendon dit, à plusieurs reprises, la même chose. Swift a écrit en marge de son exemplaire de Clarendon, dans un endroit : « Quel âge avaitil (Jacques) quand il est devenu papiste et poltron ? » et ailleurs : « Il s’est montré un lâche roi papiste, »

nage, se dégager de la vase, mener la charge, arrêter ses soldats en déroute, tenant son épée de la main gauche, et maniant sa bride avec un bras entoüré de bandages. Mais rien de tout cela ne put émouvoir cette nature inerte, rien ne put lui rendre la noblesse d’un roi. Il observa de loin le commencement de la bataille d’où dépendaient son sort et le sort de sa race. Lorsqu'il devint évident que lés choses prenaient une mauvaise tournure, il fut saisi de,la peur d’être coupé dans sa fuite, et partit au galop dans la direction de Dublin. Ilétait éscorté par une garde attachée à sa personne; coômmandée par Sarsfield qui n’eut aucune occasion ce jour-là de déployer le talent et le courage quelui reconnaissaient ses-ennemis , Lés auxiliaires français, qui aÿaient été employés toute la matigée à contenir l'aile droite de Guillaume, couvrirent la

faite de l'arméé battue; ils coururent même quelque risque d'être rompus et entraînés par le torrent des fuyards, qui se précipitaient pour arriver les premiers au défilé de Duleek, et ils se virent plusieurs fois obligés de faire feu sur ces méprisables alliés ?, La retraite, néanmoins, s’opéra avec moins de perte qu'on aurait pu s'y attendre; car les admirateurs même de Guillaumé avouèrent qu'il n'avait pas montré dans la poursuite l'énergie que ses détracteurs même avouaient qu'il avait fmontréé dans la bataille. Peut-être ses infirmités physiques, sa blessure, la fatigue qu'il avait éprouvée, l'avalent-ellés rendu incapable de tout effort de corps ou d'esprit. Des quarante dernières heures, il en avait passé trente-cinq à cheval. Schomberg, qui aurait pu le remplacer, n’était plus. On disait dans le camp que le roi ne pouvait tout faire, et que ce qui n'était pas fait par lui, n’était pas fait du tout, |

‘ Le Père d'Orléans dit que Sarsfield accompagna Jacques. A peine la bataille de la Boyne avait-elle été livrée, qu’on en fit le sujet d’un drame intitulé « la Fuite royale, ou la Conquête de l’rlande. » On n’a jamais rien écrit de plus exécrable. Mais il est à remarquer que, dans celte pitoyable rapsodie, où les Irlandais en général sont représentés comme des poltrons, une exception est faite en faveur de Sarsfield, «Ge gaillard-là, dit Jacques dans un aparté, « me donnera, je crois, du cœur malgré moi. » — « Maudite étoile! » dit Sarsfiéld après la bataille. « Faut-il que je sois détaché! j'aurais arraché la victoire des mains de la fortune hérétique. » -

* La Hoguette et Zurlauben informèrent tous deux leur gouvernement qu’il avait fallu tirer sur les fuyards irlandais; qui, sans cela, auraient mis

le désordre dans les rangs des Français, de

Perte des deux armées.

Le carnage avait été moindre que dans aucune bataille égale en importance et en célébrité à celle de la Boyne. Les Irlandais n’avaient perdu qu'environ quinze cents hommes ; mais c'étaient presque tous des cavaliers, la fleur de l’armée, soldats braves et disciplinés, qu’il était difficile de remplacer.

. Guillaume donna des ordres formels pour qu'il n’y eût pas

d'effusion de sang inutile, et il appuya ces ordres par un acte de louable sévérité. Un de ses-soldats, après la bataille, massacra trois Irlandais sans défense, qui demandaient quartier, Le roi le fit pendre sur le lieu même.

* La perte des vainqueurs n’excéda pas cinq cents hommes ; mais parmi eux était le premier capitaine de l’Eurgpe. On

rendit à sa dépouille mortelle tous les honneurs qui luiétaient

dus. Le seul cimetière où il fût convenable de déposer le corps de cet illustre guerrier, tué en combattant pour les libertés et la religion de l'Angleterre, était cette vénérable abbaye qui renferme la poussière de tant de générations de princes, de héros et de poêtes. On annonça que des funérailles publiques seraient célébrées à Westminster en l’honneur du brave vétéran. En attendant, son corps fut embaumé aussi bien que le

permettaient les ressources du camp, et renfermé dans un

cereueil de plomb ?.

Walker fut traité avec moins de respect. Guillaume le regardait comme un officieux- justement puni pour s'être exposé au danger sans que son devoir l'y obligeât en rien, et il exprima cette opinion, sur le champ même de bataille, avec une brusquerie toute caractéristique. « Sire, » dit quelqu'un de sa suite, « l'évêque de Derry a été tué au gué d’un coup de feu. » — « Qu’avait-il à faire là? » grommela le roi.

Reddition de Drogheda.

L'armée victorieuse s’avança le même jour jusqu’à Duleek, et y passa en plein.air une belle nuit d'été. Les tentes et les chariots de bagage étaient encore de l’autre côté de la rivière. On avait améné la voiture de Guillaume, et ik coucha

Baden à Van Cillers, 8 (18) juillet 1690.

* New and perfect Journal, 1690; Narcissus Luttrell, Diary.

.dedans, au milieu de ses soldats. Le lendemain Drogheda se rendit sans coup férir, et la garnison, forte de treize cents hommes, sortit après avoir mis bas les armes !.

Jacques s'enfuit en France.

Pendant tout ce temps, Düblin avait été dans un | état d’agitation violente. Le 30 juin, on y sut que les armées étaient en présence, séparées seulement par la Boyne, et qu’une bataille était presque inévitable. La nouvelle que Guillaume avait été blessé arriva le même soir. On disait la blessure mortelle. On crut, et l'on répétait avec confiance, que l’usurpateur n’était plus : dés courriers, portant l’heureuse nouvelle de sa mort, furent expédiés aux vaisseaux français qui étaient dans les ports du Munster. Le premier juillet, les rues de Dublin se trouvèrent remplies, dès la pointe du jour, de gens avides de savoir des nouvelles ou empressés de communiquer celles qu'ils avaient apprises. Mille vagucs rumeurs cireulaient dans cette foule. Une flotte de vaisseaux de guerre portant pavillon blanc, avait été aperçue du haut de la montagne de Howth. Une armée commandée par un maréchal de France avait débarqué dans le comté de Kent. II y avait eu un rude engagement à la Boyne; mais les Irlandais avaient été vainqueurs ; l’aile droite des Anglais avait été mise: en déroute; le prince d'Orange était prisonnier. Tandis que les catholiques romains écoutaient et répétaient ces contes dans tous les lieux publics, le peu de protestants qui n'étaient pas encore en liberté, craignant d’être mis en pièces, se tcenaient renfermés dans l'intérieur de leurs maisons. Mais dès cinq heures de l'après-midi, on vit arriver successivement, sur des chevaux fatigués d’une longue course, quelques fuyards, porteurs de mauvaises nouvelles. A six heures, on savait que tout était perdu. Peu après le coucher du soleil, Jacques, escorté par deux cents cavaliers, arriva au Château, Il fut reçu au seuil de ce palais par l'épouse de Tyrconnel, jadis la belle et brillante Fanny Jenning, dont les grâces et la coquetterie avaient fait le charme du Whitehall de la Restau-

ration. Ce fut à elle que le roi vaincu dut annoncer la ruine de leurs communes espérances. A partir de ce moment, le flot

* Story, London Gaxetle, 10 juillet 1690,

tee ne ES et ul

des fuyards se succéda sans ifterruption. Jusqu'à minuit toutes les routes vénant du nord furent encombrées de convois de chariots et de bandes de dragons épuisés par'une longue course et tout souillés de poussière. Les uns avaient perdu leurs armes à feu, d'autres leurs sabres : plusieurs étaient défigurés par des blessures récentes. A deux heures du matin, Dublin était tranquille; mais avant l'aube matinale de cette saison, les dormeurs furent réveillés par le son des trompettes ; et la cavalerie qui, la veille, avait si bien soutenu l'honneur de son pays, remplit de nouveau lés rues : lés rangs étaient cruellement éclaircis, mais elle conservait encore, même dans cette extrémité, quelque apparence d'ordre mili. taire. Deux heures plus tard, on entendit les tambours de Lauzun ; et les régiments français firent leur entrée dans là ville en bon ordre !, Béaucoup de gens pensaient qu’avéc une pareille force il eùt encore été possible d'arrêter l'ennemi. Mais, avant six heures, le Lord-Maire ét quelques-uns des principaux habitants catholiques romains furent convoqués en hâte au Château. Jacques prit congé d'eux dans un discours qui lui fit peu d'honneur. On l'avait souvent averti, leur dit-il, que les Irlandais, malgré leur bonne mine, ne feraient pas leur devoir sur lé champ de bataille, et il venait de reconnaître que cet avis n’était que trop vrai. Il avait eu le malheur de se voir, dans l’espace de deux années, abandonné par deux armées. Les troupes anglaises n'avaient pas manqué de courage, mais elles avaient manqué de fidélité. Quant à ses troupes irlandaises, elles étaient, sans doute, attachées à sa cause, qui était aussi la leur; mais elles n'avaient pas été plus tôt én présence de l'ennemi, qu’elles avaient pris la fuite. La perte, il est vrai, n’avait pas été considérablé, La honte n’en était que plus grande pour ceux qui avaient fui sans avoir éprouvé dés pertes qui pussent justifier cêtte fuite. « Je ne commanderai plus jamais une armée irlanddise, » ajoutatil; «il faut que je me tire d’affairé comme je pourrai; faitesén autant de votre côté. » Après Avoir ainsi injurié ses soldats pour s'être conduits comimé üné vile canaille lorsqu'il n'aurait dû s’en prendre qu’à sa propré ineptie de ne pas leur

: True and perfect Journal; Valare Hibernicum; Story, Impartial History. |

avoir appris à sé conduire autrement, ét pour avoir suivi l'exemple de lâcheté qu’il leur 4vait lui-même donné, il prononça quelques paroles plus dignés d’un roi. Il savait, dit-il, que quelques-uns de sés partisans avaient déclaré qu ‘ils brûleraient Dublin plutôt que de le laisser tomber aux mainsdes Anglais. Un pareil acte de vandalisme le déshonoferait aux yeux du monde entier; car personne ne croirait que ses amis eussent osé aller aussi loin sans son approbation. Un as: acte ne manquérait pas non plus d'attirer sur ses auteurs-di rigueurs qu'ils n'avaient, du reste, aucun motif d’app

der ; car l’inhumanité envers des ennemis vaincus n fn di au nombre des défauts du prince d'Orange. Par-ces raisons, Jacques somma ses auditeurs, au nom dè la fidélité qu'ils lui devaient, de ne pas laisser détruire ni saccager la ville *, Après cette allocution, il partit, traversa en toute hâte les monts de Wicklow, et ne s'arrêta que lorsqu'il fut à cinquante milles de Dublin. A péine avait-il mis pied à terre pour prendre quelque nourriture, qu'on fit courir le bruit absurde qu ‘il était poursuivi. Il reparti précipitamment, courut toute la nuit, et ordonna qu'on rompit les ponts derrière lui. Le trois juillet, au lever du soleil, il: atteignit le havre de Waterford. De là il se rendit pai mér à Kinsale, où il s’émbarqua à bord d’une frégale française, qui fit voilé pour Brest ?.

Evacuation de Dublin par les troupes françaises et irlandaises,

Après son départ, la confusion augmenta dans Dublin d'heure en heure. Pendant toute la journée qui suivit la bataille, des fantassins en fuite, harassés et couverts de poussière, ne cessèrent d'entrer en ville. En même temps, des habitants catholiques romains, avec leurs familles et leurs bagages, ne cessaient d'en sortir. Quelques points de la capitale présentaient encore une apparence d'ordre martial et de préparatifs de défense. Des postes étaient établis aux portes; le château était occupé par un gros détachement; et l’on croyait généralement qu'on ne laisserait pas l'ennemi prendre possession de la Ville sans résistance. Quelqués fanfarons, qui, peu d'heurés auparavant, avaient aban-

‘ Story: Frue and perfect Dareit- London Gaxelte, 10 juillet 1690; Buinet, Il, 51; Leslie, Ansiver to King.

* Life of Jaines; 1,404, Orig, Mem.; Monthly Mercury, août 1690,

donné le retranchement d’Oldbridge sans tirer un coup de mousquet, juraient maintenant qu'ils mettraient Dublin en cendres plutôt que de le laisser au prince d'Orange. Mais vers le soir, Tyrconnel et Lauzun réunirent toutes leurs forces et sortirent de la ville par la route conduisant à ces vastes pacages qui s'étendent sur le plateau de Kildare. Aussitôt Dublin changea d'aspect. De toutes parts, les protestants sortirent de leurs cachettes. Quelques-uns pénétrèrent même dans les maisons de leurs persécuteurs pour demander des armes. Les portes des prisons furent ouvertes. Les évêques de Meath et de Limerick, le docteur King et d'autres, qui, après avoir longtemps professé la doctrine de l'obéissance passive, avaient été emin transformés par l'oppression en whigs modérés, se formèrent en gouvernement provisoire, ct envoyèrent au camp de Guillaume un messager chargé de lui annoncer que Dublin était prêt à le recevoir. Le soir même, à huit heures, arriva une compagnie de dragons anglais. Toute la population s'était portée à leur rencontre sur la pelouse du Collége, où s'élève aujourd’hui la statue du libé- . rateur. Des centaines d'individus embrassaient les soldats, caressaient leurs chevaux, couraient sans but de côté et d'autre, échangeant des poignées de main. Le lendemain, on vil arriver un gros corps de cavalerie ; et on reçut de tous les côtés des nouvelles de l'effet produit par la victoire de la Boyne. Jacques avait quitté l’île, Wexford s'était déclarée pour le roi Guillaume. Il n’y avait pas, dans un rayon de vingt-cinq milles de la capitale, un papiste en armes. Presque tous les bagages et les approvisionnements de l’armée vainue étaient tombés au pouvoir des vainqueurs. Les Enniskillener$ n'avaient pas pris moins de trois cents voitures, et avaient trouvé parmi le butin dix mille livres sterling en espèces, une grande quantité d’argenterie, beaucoup de bijoux de prix, et tout le riche équipage de campagne de Tyrconnel et de Lauzun !.

‘ True and perfect Journal ; London Gazette, 10 et 14 juillet 1690 ; Narcissus Luttrell, Diary. Où trouve, dans la Vie de James Bonnell, agent comptable général d'Irlande (1703), une remarquable médilation religieuse dont je citerai un court passage : « Ne vimes-nous pas les Protestanis, le grand jour de notre révolution, le jeudi, 3 juillet, jour dont nous devons conserver toujours le souvenir le plus reconnaissant, se féliciter et s’embrasser les uns les autres en se rencontrant, commé des gens échappés au

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