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CHAPITRE Il 155 La formule de prière et d’humiliation des Jacobites

Des nombreuses compositions livrées à la publicité pâr de semblables expédients, aucune ne produisit üne plus grande sensation qu'un petit livre annoncé comme une formulé de prière et d'humiliation à l'usage de l'Eglise persécutée. On ne pouvait douter qu’on n’eût dépensé beaucoup d'argent pour cetouvrage. Dix mille exemplaires furent, par divers moyens, répandus ‘par tout le royaume. Jamais libellé plus tensonger, plus méchant, plus impie, n'avait été écrit. Quoique le gouvernement eût trailé jusqu'alors ses ennemis avec uné mañ: suétude sans exemple dans l’histoire de notre paÿs, quoiqu'il n’y eût pas eu, depuis la Révolution, une seule personne mise à mort pour causé Dolitique, tés auteurs dé cetté liturgie n'eurent pas honte de prier Dieu d’apaiser l’insätiäble soif de sang dont leur ennemi étaient dévoré, ou, si quélqués-uns d’entre eux dévaicnt encore traverser la mer Rouge pour arriver à la Terré promise, de les prépareï au passagé !. Ils se plaignaient que l’Église d'Angleterre, jadis la perfeêtion de Ja beauté, fût deventié uni ôbjet dé mépris ét de dérision, ün monceau dé ruines, utie vigne sauvage; sés offices ne méritaient plus le nom dé ctillé public; lé pain et le vitr qu’elle dispensait n'avaient plus aücuné veflu sacramentéllé; ses ministres, en prêtant sermeït de fidélité àl'üsurpatouf, avaient perdu le-caractèré sacré que Pofdinälion leur avait conféré. Jacques était désigné, par un profàné abus dé mots, éomme la pierre que des constructeurs irisensés avaient rejetée ; èt on adréssait une fervente prière à la Providence pour qu’elle le rétablit comimé la pierre angulaire. Les biénfaits qu’on invoquait pour notre pays étaient d’utie étrange fatüfe. Ïl y avait là quelque chose qui réssémblait foft à un vœu et faveur d’autres Assisés sanglanhtes : « Livre au Roi les têtes de ses ennemis; » quelque chose qui ressemblait fort à üh Yœu en :

* C'était là le latigage ordinaire des Jacobilés. Un écrivaifñ whig avait dit avec raison, l’année précédi te : «Ils affectent d'appeler notre David un homme de sang, quoiqu'il n’en ait pas encore fait verser une seule goutte.» Mephisboseth and Ziba, imprimé avec permission, 30 août 1689. |

* « Rends-nous de nouveau le culle public de ton nom, la sainte administration de tes sacrétiiénts, Fais teviYre l’ancien gouvernement de l'Eglisé et de l'Etat, afin que nous né soyons plus sans roi, sans prêtré, sans Dieu au monde. » |

faveur d'une invasion des Français : « Suscite lui des amis au dehors ; » quelque chose enfin de plus mystérieux, mais dont le meilleur commentaire fut ensuite donné par le complot d’assassinat : « Fais pour lui quelque grande chose, que nous ne savons trop comment indiquer {.» | | Cette liturgie fut composée, mise en circulation et lue, dit-on, dans quelques congrégations de schismatiques jacobites, avant le départ de Guillaume pour l'Irlande; mais ele n’attira l'attention générale que lorsque l'apparition d’une flotte étrangère sur nos côtes eut réveillé l’esprit national. Alors s’éleva un rugissement d'indignation contre ces Anglais qui, sous un prétexte hypocrite de dévotion, avaient osé proférer des imprécations contre l'Angleterre. Les prélats privés de leurs siéges furent soupçonnés, et non sans quelque apparence de raison; car les non-jureurs étaient, sans exception, des Episcopaux zélés. C'était leur doctrine que, dans les matières ecclésiastiques importantes, rien ne pouvait être bien fait sans la sanction de l’évêque. Or, était-il croyable qu'aucun individu professant cette doctrine eût composé un service, l'eût imprimé, l’eût mis en cireulation et en pratique sans l'approbation de Sancroft, que le parti tout entier révérait, non-seulement comme le vrai primat d'Angleterre, mais aussi comme un saint et un confesseur ? On savait que les Prélats qui avaient refusé de prêter serment avaient eu récemment plusieurs conférences à Lambeth. Le sujet de ces conférences, disait-on maintenant, était facile à deviner. Les saints pères avaient été occupés à formuler des prières pour la destruction de la colonie protestante en Irlande, pour la défaite de la flotte anglaise dans la Manche, pour la prompte arrivée d’une armée française dans le comté de Kent. L’extrême section du parti whig appuyait cette accusation avec une ardeur vindicative. Voilà donc, disaient ces hommes politiques implacables, voilà quel était le fruit de la politique tolérante du roi Guillaume! Jamais ce prince n’avait commis d'erreur plus grossière que lorsqu'il avait conçu l'espoir de gagner

? « Formule de Prière et d'Humiliation pour appeler la bénédiction de Dieu sur Sa Majesté et ses Elats, et pour détourner et éloigner les jugements de Dicu de cette Eglise et de cet Etat, » 1690. |

le cœur du clergé par la clémence et la modération. Il n'avait pas voulu en croire des hommes qui avaient appris, par une longue et dure expérience, qu'il n’est pas de bons procédés qui puissent désarmer Ja sombre hostilité d'unc caste sacerdotale. 11 avait flatté et caressé, lorsqu'il aurait dû essayer l'effet de la prison et de la faim. Il s'était exposé à s’aliéner le bon vouloir de ses meilleurs amis, en protégeant ses plus cruels ennemis. Ces évêques, qui avaient publiquement refusé de le reconnaître pour leur souverain, et qui, par ce refus, avaient encouru la confiscation de leurs dignités et de leurs revenus, continuaient à vivre tranquillement dans des palais qui devraient être occupés par des hommes meilleurs; et cette clémence, sans exemple dans l’histoire des révolutions, comment y avait-on répondu? Le voici : Ces mêmes hommes, auxquels il avait, avec tant de sollicitude,-épargné un châtiment mérité, avaient l’insolence de le représenter, dans leurs prières, comme un persécuteur souillé du sang des justes ; ils demandaient la grâce de supporter avec courage sa tyrannie sanguinaire ; ils suppliaicnt le ciel d'envoyer une. flotte et une armée étrangères, pour les délivrer de son joug; ils laissaient même deviner un væ: tellement odieux, qu’ils n’osaient pas. l'exprimer clairement, Un écrivain manifesta, dans une brochure qui fit grande sensation, son étonnement de ce que le peuple n’avait pas, au moment où Tourville parcourait la Manche en vainqueur, traité les prélats non-jureurs comme les Hollandais avaient traité les frères de Witt'. Il était à craindre, dans l’état d’effervescence où se trouvait l'esprit public, que cette suggestion n’amenât à Lambeth une foule furieuse. A Norwich, le peuple se souleva réellement, attaqua le palais que l'évêque continuait d'habiter, et il l'aurait démoli sans l’arrivée Opportune des compagnies de milice ?. Le Gouvernement dirigea, et il eut parfaitement raison, des poursuites criminelles contre l'éditeur de l'ouvrage qui avait provoqué ces désordres %, Cependant les prélats privés de leurs siéges crurent devoir se justifier. Ils déclarèrent, dans un docu-

! Dewittedihe non juring prelates. Dewifté les prélals non-jureurs.

” Lettre de Lloyd, évêque de Norwich,. à Sancrofl, dans les Tanner Manuscrits.

* Narcissus Lullrell, Diary. | D | | 14

ment solennel, et Comme én présence de Dieu, qu'ils étaient étrangers à la rédaction de la nouvelle liturgie, qu'ils n’en connaissaient pas l’auteur, qu'ils h’en avaient jamais fait usage, qu'ils n'avaient jamais entretenu de correspondance, directe ou indirecte, avec la cour dé France, qu’ils n'étaient engagés däns aucun complot contre le Gouvernement existant, ét qu’ils étaient prêts à verser leur sang plutôt que de voir l’Angletérre subjuguée par un prince étranger qui, dans ses propres Etats, ävait c'ueHement persécuté leurs frèrcs protestänts. Qüant à l'écrivain qui lés avait signalés à là veñgeance publiqüé par üuñ mot, ferriblé; mais trop bien compris, ils le fecommañdaient à la fiséricorde divine, et faisaient des vœux sincères pour que son péché lui fût remis. La plupart de ceux qui signèrent ce document lé firent sans doute avec une parfaité bonne foi, mais on découvtit bientôt qu'un des souscripléurs au moins avait - ajouté au critie de trahir soti pays le crime de prendre Dieu à témoin d'uf Mensonge! * Opérations militaires en Irlande. = Prise de Waterford.

Les événéments qui se passaient dans la Manche et sur lé Continent forcèrént Guilläumé à changer plusieurs fois ses plans. Pendant là sémidihe qui suivit son entrée triomphante À Dublin, des courriéts arrivés d'Angleterre avec de mauvaises nouvéllés se succédèréñt Fäpidement. Ce fut d’abord le récit de la défaite du prince de Waldeck à Fleurus. Le roi en fut fort affecté. C’en était fait, dit-il, de tout le plaisir que lui avait causé sa propre victoire. Toutefois, avéc cette géhérosité qui était Cachéé sous ses dehors austères, il s’occupa, au milieu même de son premief chagrin, d'écrire au malheureux général une leltre bienveillante et encourageante ?. Trois joufs ajjrès, arriva uné lettfe plus alarmanté encore. La flotté alliée avait été Ignominieusement battue. La mer, depuis lés Dunes jusqu’à Zand's End, était au pouvoir de

: À modest inquiry into the causes of the présent disasters in England, and who they are that brought the French into the English Channel described, 1690 ; Reflections upon a form af Prayer lately set out for the Jacobites, 1690; À midnight touch at an unlicensed pamphlet, 1690, La pièce signée par les évêques non-jureurs a élé souvent réimprimée.

* Guillaume à Heinsius, 4 (14) juillet 1690: ,

l'ennemi. Le courrier suivant apporterait peut-être la nouvelle d'une descente dans le comté de Kent. Une escadre française pouvait se présenter dans le canal Saint-Georges, et incendier tous les bâtiments de {transport mouillés dans la baie de Dublin. Guillaume résolut de retourner en Angjleterre; mais il voulait, avant de partir, êlre maître d'un bon port sur la côte orientale d'Irlande. Waterford était le point qui lui convenait le mieux, et il se porta immédiatement sur Waterford. Clonmel et Kilkenny furent abandonnés par les troupes irlandaises dès qu'on sut qu'il s’approchaït. A Kilkenny,il fut reçu, le 19 juillet, par le duc d'Ormond, dans l'ancien château des Butlers, qui avait été, peu de temps auparavant, oecupé par Lauzun, et qui, par celte raison, avait conservé, au milieu de la dévastation générale, des tables et des chaises, des tentures aux murailles, et du bordeaux dans les caves. Le 21, deux régiments qui formaient la garnison de Waterford consentirent à sortir de la place après une légère démonstration de résistance : quelques heures plus tard, le fort de Dunçcannon qui, élevé sur un promontoire de rochers, commandait l'entrée du port, se rendit; et Guillaume se trouva maître de tout ce bassin, vaste et sûr, formé par la réunion des eaux du Suir, de la Nore et du Barrow. Il annonça alors son intention de retourner sur-le-champ en Angleterre et, après avoir nommé le comte Solmes com- : mandant en chef de l’armée d'Irlande, il partit pour Dublin. Mais il rencontra en route de meilleures nouvelles. Tourville s'était montré sur la côte de Devonshire, avait mis quelques troupes à terre, et saccagé Teignmouth ; mais cette insulte n'avait eu d’autre effet que de soulever toute la population des comtés de l’ouest. L’ennemi avait dû se rembarquer, après avoir fait tout juste assez de mal pour rendre, pendant quelque temps du moins, la cause de Jacques aussi odieuse aux Tories qu'aux Whigs. Guillaume changea done encore une fois ses plans, ct se hâta de rejoindre son armée qui, pendant son absence, s'était dirigée vers l’ouest, et qu'il retrouva dans les environs de Cashel?. - -,

* Story ; London Gazette, 4 août 1690; Dumont Manuscrit. " on Guillaume à Heinsius, 31 juillet (10 août) 1690 ; London Gazette, . août, | ;

Vers cette époque, il reçut de Marie une lettre qui le priait de trancher une question sur laquelle le Conseil. des Neuf était divisé. Marlborough pensait que tout danger d’une invasion était passé pour cette année. La mer, disait-il, était libre, car les vaisseaux français étaient rentrés au port, où … ils se réparaient. C'était le: moment d'envoyer une flotte an-

glaise, avec cinq mille hommes à bord, à l'extrémité méridionale de l'Irlande. Cette force pourrait facilement réduire -Cork et Kinsale, deux des points les plus importants encore occupés par les troupes de Jacques. Marlborough fut vigoureusement appuyé par Nottingham, et aussi vigoureusement combattu par les autres membres du Conseil intérieur, ayant Caermarthen à leur tête. La reine en référa à son époux. Celui-ci approuva fortement le plan et donna l'ordre qu’il fût exécuté par le général qui l'avait conçu. Caermarthen se soumit, mais de mauvaise grâce, et non sans murmurer de là partialité extraordinaire de Sa Majesté pour Marlborough1,

FAITES irlandaise réunie à Limerick. — Leuzun déclare que la place ne peut être défendue.

Cependant Guillaume s’avançait sur Limerick. C'est dans celte ville que s'était réfugiée l'armée qu’il avait mise en déroute à la Boyne, battue, il est vrai, et déshonorée, mais très-peu affaiblie numériquement, Il n’aurait pas eu la peine d’assiéger la place, si l’on avait suivi l'avis de Lauzun et des compatriotes de Lauzun. Ceux-ct souriaient de l'idée de défendre de pareilles fortifications, et ils ne voulaient pas même admettre qu’on püût donner le nom de fortifications à des monceaux de boue, qui ne ressemblaient guère, il faut l’avouer, aux ouvrages de Valenciennes et de Philipsbourg. « Les Anglais, » disait Lauzun en jurant, «n’ont pas besoin d'amener de canon contre une place comme celle-ci. Ce que vous appelez vos remparts, on pourrait les abattre avec des pommes cuites. » Il se prononça donc pour l'évacuation de * Limerick, et déclara qu’en tous cas il était résolu à ne pas sacrifier dans une résistance inutile la vie des braves gens que son maître avait confiés à ses soins ?, La vérité est que

‘ Guillaume à Marie, 7 (17) août, 22 août (1er seplémbre), 26 août ( septembre) 1690. .

© * Macariæ Excidium; Mac Geoghegan; Life of James, H, 420; London

Gazette, 14 août 1690.

le jugement du brillant aventurier français était influencé par ses goûts personnels. Lui et ses compagnons étaient las de l'Irlande. Ils étaient prêts à affronter la mort avec courage, avec gaieté même, sur un champ de bataille. Mais la vie triste, misérable, barbare qu'ils menaient depuis plusieurs mois, était plus qu'ils ne pouvaient supporter. Ils se sentaient tout autant en dehors de la sphère du monde civilisé que s’ils eussent été bannis au Dahomey ou au Spitzherg, Le climat affectait leur santé et leur caractère. Dans ce malheureux pays, dévasté par des années d'une guerre de pillage, l'hospitalité ne pouvait guère offrir qu'un lit de paille, une tranche de viande à moitié crue et à moitié brûlée, et une tasse de lait aigre. Une croûte de pain, une pinte de vin étaient des raretés qu’on pouvait à peine se procurer pour de l'argent. Une année d’une pareille existence paraissait un siècle à des hommes habitués à porter dans les camps le luxe de Paris, des lits moelleux, de riches tapisseries, des buffets garnis de vaisselle, des paniers de champagne, des danseuses d'opéra, des cuisiniers et des musiciens. Mieux valait être prisonnier à la Bastille ou reclus à la Trappe, que d'être le- généralissime de ces sauvages à demi nus qui avaient leurs tanières dans les tristes marécages de Munster. On était prêt à saisir avec empressement tout prétexte qui pourrait servir d’excuse pour mêéttre un terme à ce misérable exil et retourner au pays de la vigne et des champs de blé, des carrosses dorés et des cravates de dentelle, des bals et des théâtres 1. |

Les Irlandais insistent pour défendre Limerick.

Bien différente était la manière de voir des enfants du pays. Cette île qui, aux yeux des courtisans français, était un affreux lieux d’exil, était la patrie de l’Irlandais. Là se

* L'impatience de Lauzun et-de ses compagnons de quitter l'Irlande est mentionnée dans une lettre du 21 octobre 1690, citée dans les Mémoires de Jacques, 11, 421. « Asimo » dit le colonel Kelly, l’auteur de Macariæ Excidium, « diuturnam absentiam tam ægrè molestèque ferebat ut bellum in Cypro protrahi continuarique ipso et auditu acerbissimum esset. Nec tncredibile est ducum in illius. exercitu nonnullos, potissimum qui patrii cœli dulcedinem impatientits suspirabant, sibi persuasisse desperatas Cypri res nulld humand ope defendi sustentarique posse. » Asimo est Lauzun, et Chypre est l'Irlande, |

trouvaient réunis tous les objets de son amour et de son ambition, et là il espérait que sa poussière se mêlerait un jour à la poussière de ses pères. Le eiel même assogmbri par les vapeurs de l'Océan, ces solitudes où l'on ne voyait que des jones noirs et des eaux stagnantes, ces huttes de boue où les paysans partageaient avec les pourçeaux leur repas de racines, avaient pour lui un charme qui manquait au ciel brillant, aux plaines cultivées et aux nobles châteaux des rives de la Seine. Il ne pouvait imaginer rien de plus beau que son pays, si son pays pouvait être affranchi de la tyrannie des Saxons ; et rendre Limerick, c'était renoncer à tout espoir de voir son pays affranchi de la tyrannie des Saxons,

leur réputation militaire. À l'exception de quelques braves régiments de cavalerie, ils avaient fui honteusement à la Boyne, et s'étaient ainsi exposés au mépris de léurs ennemis et de leurs alliés. Les Anglais qui étaient à Saint-Germain ne parlaient jamais des Irlandais que comme d’un peuple de lâches et de traitres ‘, Les Français étaient tellement exaspérés contre cette malheureuse nation, que des commerçants irlandais, depuis longtemps établis à Paris, n’osaient pas se montrer dans les rues de peur d’être insultés par la papulace?. Telle était la force du préjugé, qu'on inventait des contes absurdes pour expliquer l'intrépidité avee laquelle la cavalerie avait combattu. Ces cavaliers, disait-on, n'avaient pas de sang celtique dans les veines : c'élaient des descendants des anciens habitants anglais. On prétendait aussi qu’on Îles avait enivrés avec de l’eau-de-vie avant la bataille{. Cepen-

* Pauci illi ex Cilicibus aulicis, qui cum regind in Syrid commorante remanserant.….. non cessabant universam nationem fœdè traducere, et D éd insuper conviciis lacerare, pavidos et malefidos proditores ac mortalium consceleratissimos, publicè appellando. » Macariæ Excidium. Les Ciliciens sont les Anglais. La Syrie est la France. .:

* « Tanta infamia tam operoso artificio et sublili commento in vulgqus srarsa, läm constantibus de Cypriorum perfidid atque opprobrio rumoribus, totam, quà lata est, Syriam uà pervasit, ut mercalores Cyprü..…. propter inustum genti dedecus, intrà domorum sepla clausi nunquäm nrodire auderent; tanto eorum odio populus in universum exarserat. » Maariæ Exrcidium.

* J'ai trouvé celle asserlion dans une brochure contemporaine dont je ne puis me rappeler le tire. : |

“ Story; Dumont, Manuscrits.

dant il est certain qu'ils devaient être en général d’origine irlandaise ; et le courage solide qu'ils dépleyèrent dans cette lutte longue, inégale, presque désespérée, ne ressemblait en rien à la fureur d’un lâche chez qui des liqueurs alcooliques ont produit une excitation factice et momentanée. Dans l'infanterie même, toute indiseiplinée et désorganisée qu'elle était, il y avait beaucoup d’ardeur, quoique peu de fermeté. Les accès d'enthousiasme et les. accès de découragement-se succédaient tour à tour. Le même bataillon qui, saisi tout à coup d’une panique, jetait ses armes el Se sauvait en deman-. dant quartier, se battait vaillamment dans une autre occasion. Le jour de la Boyne, le courage de ces bandes mal dressées et mal commandées, était tombé au plus bas. Quand elles se rallièrent à Limerick, leur sang était en mouvement. Le patriotisme, le fanatisme, la honte, le désir de la vengeance, le désespoir, les avaient élevées au-dessus d'ellesmêmes. Officiers et soldats insistèrent, d’une voix unanime, pour qu’on défendit la ville jusqu’à la dernière extrémité. A la tête du parti de ja résistance était le brave Sarsfield ; et ses exhortations répandirent. dans tous les rangs une ardeur semblable à'la sienne. Sauver son pays était hors de son pouvoir. Tout ce qu'il put faire fut de prolonger.sa dernière agonie pendant une année désastreuse et qui coûta bien du sang !. ne | - | Tyrconnel ne veut pas qu’on défende Limerick.

.Tyreonnel était tout à fait incompétent pour déeider la question sur laquelle les Français et les Irlandais n'étaient pas d'accord. Les seules qualités militaires qu'il eût jamais possédées étaient sa bravoure personnelle et l'habileté à manier l'épée. Ces qualités lui avaient jadis permis d'écarter les rivaux de la porte de ses maîtresses, et de se poser en matamore aux combats de coqs et aux tables de jeu. Mais il faE . Jait quelque chose de plus pour se former une opinion sur la possibilité de défendre Limerick. IF est probable que, s’il

‘ Macariæ Excidium. Boisselot remarque ces fluctuations de courage chez les Irlandais. J'ai cité une deses feltres à sa femme. 1! n’est qué juste. d'en citer une autre : « Nos Frlandois n’avoient jamais vu le feu; ct cela les a surpris. Présentement, ils sont si fdchés de n'avoir pas fait leur devoir, que je suis bien persuadé qu’ils feront mieux pour l'avenir. »

avait eu le cœur aussi:chaud qu'à l’époque où il jouait aux dés avec Grammont -et menaçait le vieux duc d’'Ormond de lui couper la gorge, il aurait été d'avis de courir toutes les chances, quelles qu’elles fussent. Mais l'âge avait glacé ce cœur; la souffrance, les infirmités, n'avaient laissé que peu de chose du brillant, impérieux et batailleur Dick Talbot de la Restauration. Il était tombé dans un profond abattement. * H était incapable d'aucun effort vigoureux. Les officiers français le déclaraient complétement ignorant de l’art de laguerre. On avait remarqué qu'à la Boyne il paraissait avoir perdu la tête, ne sachant ni donner des ordres lui-même ni prendre aucun parti sur ceux qu'on lui suggérait : Les désastres qui, depuis lors, s'étaient rapidement succédé, n'étaient pas de nature à rendre du ton à un esprit si déplorablement énervé. Son épouse venait de passer en France avec les faibles débris d’une fortune jadis considérable. Il ne désirait qu’une chose, c'était d'aller la rejoindre : il vota donc pour l'abandon de la ville. | Limerick défendue par les seuls Irlandais.

On finit par une transaction. Lauzun et Tyrconñel, avec les troupes françaises, se retirèrent à Galway. La grande masse de l’armée indigène, forte d'environ. vingt mille hommes, resta à Limerick. Le principal commandement fut confié à Boisselot, qui comprenait mieux le caractère des Irlandais, et qui en avait par. conséquent une meilleure opinion qu’aucun de ses compatriotes. En général, les capitaines français parlaient de leurs malheureux alliés avec un mépris et un dégoût extrêmes, se rendant par là aussi odieux que les Anglais?. : |

Lauzun et Tyrconnel étaient à peine partis qu’on aperçut

‘ La Hoguette écrivant à Louvois, de Limerick, le 31 juillet (10 août) 1690, dit, en parlant de Tyrconnel : « Il a d’ailleurs trop peu de connoissance des choses de notre métier. Il a perdu absolument la confiance des officiers du pays, surtout depmus le jour-de notre déroute : et, en effet, Monseigneur, je me crois obligé de vous dire que dès le moment où les ennemis parurent sur le bord de la rivière le premier jour, et dans toute ia journée du lendemain, il parut à tout le monde dans une si grande léthargie, qu’il étoit incapable de prendre aucun parti, quelque chose qu’on lui proposdt. »

* Desgrigny dit, en parlant des Irlandais: « Ils sont toujours préls de nous égorger par l'anfipathie qu'ils ont pour nous. C'est la nation du monde la plus brutale, et qui a le moins d'humanité, » 12 (22) août 1690,

| en. En . —— RC EDS un. CE. y

l’avant-garde de l’armée de Guillaume. Bientôt le roi luimême, accompagné d’Auverquerque”et de Ginkel, et escorté par trois cents chevaux, s’avança pour examiner les fortifications. La ville, alors la seconde d'Irlande, quoique moins changée depuis cette époque que la plupart des-grandes cités des Iles Britanniques, a néanmoins subi de grandes modifications. La nouvelle ville n’existait pas alors. Le terrain, aujourd'hui couvert par ces larges trottoirs, par ces jolis parterres, par Ces beaux magasins en brique rouge, avec leurs riches étâlages de châles et de porcelaine, était une prairie ouverté en dehors des murs. La cité se composait de deux parties, connues depuis plusieurs siècles, sous la désignation de ville anglaise et de ville irlandaise. La ville anglaise est située sur une îlé entourée par le Shannon, et se compose d’un assemblage d’antiques maisons à pignon, agglomérées autour d’une vénérable cathédrale. L'aspect des rues est tel que le voyageur qui les parcourt pourrait facile- . ment se croire en Normandie ou en Flandre. Non loin de la cathédrale, un ancien château, tapissé d'herbes et de lierre, s'élève au bord du fleuve. Un cours d’eau étroit et rapide, sur lequel il n’y avait, en 1690, qu'un seul pont, sépare la ville anglaise du quartier anciennement occupé par les misérables huttes de la population indigène. Aujourd'hui, la vue s'étend, du haut de la cathédrale, sur de vastes et riches plaines, à travers lesquelles la plus grande des rivières de l'Irlande ‘serpente entre des rives artificielles. Mais, au dix-. septième siècle, ces levées n'étaient pas encore construites, et ces belles prairies, dont l'herbe, plus verdoyante que la verdure même du Munster, nourrit quelques-uns des plus beaux bestiaux de l'Europe, n'étaient guère alors qu’un marais, plus souvent un lac'!. k | Quand on sut que les troupes françaises avaient quitté Limerick et qu'il ne restait que les Irlandais, on s'attendait généralement dans le camp anglais à ce que la conquête de cette ville serait facile? ; et l’on n’avait pas tout à fait tort, car le découragement avait gagné Sarsfield lui-même. 11 n’y

‘ Story; Account of the cities of Ireland that are still possessed by the forces of King James, 1690. H exisle au Musée Britannique plusieurs vieilles cartes cur.euses de Limerick,

* Story; Dumont, Manuscrit.

avait plus qu’une chance, suivant lui. Guillaume n'avait amené que de l'artillerie de campagne. Plusieurs pièees de gros calibre, une grande quantité de vivres et de munitions et un pont de bateaux, souvent nécessaire dans la plaine marécageuse du Shannon, suivaient lentement sur la route de Cashel. Si l’on parvenait à intercepter et à détruire cette artillerie et ces munitions, on pourrait conserver quelque espérance ; : sinon, tout était perdu ; et ce qu'avait de mieux à faire un brave et fier gentilhomme irlandais, était d'oublier la patrie qu’il n'avait pu défendre et de chercher sur quelque terre étrangère un asile ou un tombeau,

Sarsfield surprend l'artillerie anglaise.

-Quelques heures donc après que les tentes anglaises eurent été dressées devant Limerick, Sarsfield se mit en marché, à la faveur de la nuit, avec un gros détachement de cavalerie et de dragons. Il prit la route de Killaloe et traversa le Shannon sur ce point, Pendant la journée suivante, il se tint en observation avec sa troupe dans celtte région sauvage et montagneuse qui a emprunté son nom aux mines d'argent qu’elle contient. Ces mines avaient été, longtemps auparavant, exploitées par des propriétaires anglais, à l’aide d'ingénieurs et d'ouvriers qu’on avait fait venir du continent. Mais lors de la rébellion de 1641, la population indigène avait détruit les travaux et massacré les ouvriers ; la dévastation commise à cette époque n'avait pas été réparée depuis. Dans cette région désolée, Sarsfeld ne manqua ni de guides, ni d’espions, car tous les paysans du Munster étaient pleins de zèle pour sa cause. Il apprit dans la soirée que le détachement qui escortait l'artillerie anglaise avait fait halle pour la nuit à sept milles environ du camp de Guillaume, sur une pelouse de gazon près des ruines d’un vieux château ; qu'oficiers et soldats paraissaient se croire en parfaite sûreté ; que les chevaux paissaient en liberté, et que les senti= nelles elles-mêmes sommeillaient. Quand la nuit fut venue, les cavaliers irlandais quittèrent leur embuscade, et furent conduits par les gens du pays à l'endroit où l’escorte était endormie autour des canons. La surprise fut complète. Quelques Anglais se précipitèrent sur leurs armes et es-

, Sayèrent de résister, mais ce fut en vain. Une soixantaine

CHAPITRE IL 4167 furent tués, un Seul fut pris vivant. Lé resté s'enfuit. Les Irlandais vainqueurs firent un grand monceau dé chariots et dé canôns. Chaque canon fut boutré dé poudre, puis planté la gueule én terre, et on fit säutér le tout. L’ünique prisonnier, un liéutenant, fut traité par Sarsfeld avéc beaucoup d'égards. « Si j'avais manqué mon Coup, » lui dit le brave Irlandais, « je serais parti pour la Frañce #. 5

Où avait apptis, au quaftier général dé Güllläaumé, que Sarsfield était sorti nuitamiment de Limeétick, êt battait la campägiié. Lé roi dévinà son inténtion, êt éfivoÿa Cinq cents chévaüx pour protéger lés canons. Malheureusément il y eut quelqué retard, que les Angläis, toujours disposés à avoif mauvaise opinion des courtisans hollandais, attribuèrent à la négligénce ou à l’éntêtément dé Portland. It était une héuré du matin lorsque le détachement partit, et à peine était-il softi du camp qu'une lüeur soüdäine, semblable à celle d'ün éclair, et uné éxplosion sembläble au bruit du tonnerre, ahnoncèrent à là plaine du- Shannon que tout était fini ?. |

Sarsfeld était dépuis longtemps le favori de ses compatriotôs : Ce Coùp de Main opportun, combiné avec intelligénce et vigoureusement exécüté, l'éleva encore plus haut dans leur éstime. Leur ardéur S'en accrut, tandis que les assiégeants commêncaient à perdie courage. Guillaume fit de soh mieux pour réparer sa perte. Deux dés pièces qu’oh avait fait sautér se trouvèrent n'être pas encore hors de service. On eñ fit véñir deux autres de Waterford. On construisit des batteriés dé pétites pièces dé campagne, qui eusseñt été inutiles contre une des forteresses du Hainault où du Brabañt, mais qui p'oduisirent quelque effèt sur lés faibles défenses de Limerick. Plusieurs ouvrages éxtérieurs furent enlevés d’assaut, ét on Comiinença à faire brèche dans le rémpart de là ville. À

Arrivée de Baldéarg O’Donnel à Limerick;: :

Pendant cés opérations, l'armée anglaise fut étonnée et

amusée par ün incident qui n'eut pas, il ést vrai, de Suites

! Slory ; James, 11, 416; Burnet, Il, 58; Dumont. Manuscrit. * Slory ; Dumont, Manuscrit.

bien importantes, mais qui peut donner une idée frappante de la nature véritable du jacobitisme irlandais, Au premier rang de ces grandes maisons celtiques qui, jusqu’à la fin du règne d’Elisabeth, exerçaient leur domination dans l'Ulster, étaient les O’Donnels. Le chef de cette maison, cédant à l'adresse et à l'énergie de Montjoy, avait baisé la main de Jacques Ier, et consenti à échanger la grossière indépendance de petit prince contre une place éminemment honorable parmi les sujets britanniques. Pendant quelque temps le chef vaincu eut le rang de comte, et resta seigneur d'un immense domaine dont il avait jadis été le souverain. Mais bientôt il commença à soupçonner le gouvernement de comploter contre lui, et, par esprit de vengeanee ou pour sa propre défense, il complota contre le gouvernement. Ses projets échouèrent; il s’enfuit sur le Continent; il fut déclaré déchu de son titre, ses propriétés furent confisquées, et une colonie anglo-saxonne fut installée sur le territoire qu'il avait gouverné. Cependant, il avait cherché un refuge à la cour d’Espagne. Des rapports intimes avaient existé, pendant la longue lutte de Philippe avec Elisabeth, entre cette cour et les Ir'andäais aborigènes. Le chef exilé fut accueilli à Madrid comme un bon catholique qui avait été obligé de fuir devant des persécuteurs hérétiques. Son illustre descendance et sa dignité princière, qui étaient pour les Anglais des sujets de ridicule, lui assurèrent le respect des Grands de Castille. Ses “honneurs passèrent comme héritage à une succession de bannis qui vécurent et moururent loin du pays où la mémoire de leur famille, restée chère à de grossiers paysans, était entretenue par les chants des ménestrels et les contes des moines mendiants. Enfin, dans la quatre-vingt-troisième année de l’exil de cette ancienne dynastie, on sut par toute l'Europe que les [rlandais avaient encore une fois pris les armes pour leur indépendance. Baldearg O’Donnel, qui s’appelait l’'O'Donnel, titre bien supérieur, dans l'estime de sa race, à aucun marquisat ou duché, avait été élevé en Espagnè et était au service du gouvernement espagnol. Il demanda à ce gouvernement la permission de se rendre en Irlande. Mais la Maison d'Autriche était alors. étroitement liguée avec l'Angleterre, et cette permission fut refusée. L'O'’Donnel s’échappa, et, prenant une route détournée, daps

le cours de laquelle il visita la Turquie, il arriva à Kinsale quelques jours après le départ de Jacques pour la France. L'effet produit sur Ja population indigène par l’arrivée de ce voyageur solitaire, fut prodigieux. Depuis que l'Ulster avait été. reconquis par les Anglais, de grandes masses des habitants irlandais de cette province avaient émigré vers le sud, et menaient alors une vie errante dans le Connaught et le Munster. Ces hommes, habitués depuis leur enfance à entendre parler du bon vieux temps ou l’'O’Donnel, solennellement inauguré sur le rocher de Kilmacrenan par le successeur de saint Colomb, gouvernait les montagnes de Donegal, au mépris de l'étranger, accoururent en foule sous l’étendard de l'exilé restauré. Il se vit bientôt à la tête de sept à huit mille bandits ou Creaghts, pour me servir du terme particulier à l'UIster, et le dévouement que lui témoignaient ses partisans était bien différent de ce sentiment tiède qu'avait pu inspirer le Saxon Jacques. Des prètres et jusqu'à des évêques vinrent grossir la suite de cet aventurier. Cet accueil lui inspira une telle confiance, qu’il envoya en France des agents qui assurèrent les ministres de Louis que l'O’Donnel se faisait fort, si on lui fournissait des armes et des munitions, de mettre en campagne trente mille Celtes de l’Ulster, et qu'on trouverait que les Celtes de l'Ulster étaient bien supérieurs, pour toutes les qualités militaires, à ceux du Leinster, du Munster et du Connaught. Aucune expression employée par Baldearg n’indiquait qu'il se considérât comme un sujet. Son idée était évidemment que la Maison d'O’Donnel était aussi véritablement et aussi imprescriptiblement royale que la Maison de Stuart, et beaucoup de ses compatriotes étaient du même avis. Il fit une pompeuse entrée dans Limerick, et son apparition dans cette ville exalta étrangement les espérances de la garnison. On se rappela ou on inventa de nombreuses prophéties. Un O’Donnel avec une marque rouge devait être le libérateur de son pays,*et Baldearg signifiait une marque rouge. Un O’Donnel devait remporter une grande victoire sur les Anglais, près de Limerick, et l'O'Donnel se trouvait maintenant à Limerick, face à face avec les Anglais 1.

* Voir l'histoire des O’Donnels dans sir William Belham, ‘Antiquarien Researches. A est étrange que cet écrivain ne fasse ahcune mêntion de Bal-

li, - 15

170 RÈGNE DE GUILLAUME il.

Les assiégeants souffrent des pluies.

Tandis que ces prédictions étaient répétées avec empressement par les défenseurs de la ville, dé fächeux présages, fondés, non pas sur des oracles barbares, mais sur de graves raisons militaires, commencèrent à inquiéter Guilläume et ses officiers les plus expérimentés. Les conséquénces dù coup porté par Sarsfield s'étaient fait sentir : l’artilléfie avait été longtemps à faire sa besogne, et le résultat obtenu n’était rien moins que satisfaisant ; l’approvisionnement de poudre commençait à baisser; les pluies d'automne commençaient à tomber. Les soldats de service dans les tranchées ‘étaient dans la boue jusqu'aux genoux. Aucune précaution ne fut négligée : mais, encore bien qu'on eût creusé des conduits pour l'écoulement des eaux, encore bien que des bassins d'étain rémplis de scubac et d’eau-de-vie flambassent toute la nuit dans les tentes, des cas de fièvre s’étaient déjà présentés ; il était donc à craindre qué si l’armée restait seulement quelques jours de plus sur ce terrain humide et marécageux, elle serait frappéé de quelque maladie pestilentielle plus terrible que celle qui avait, uh af auparavant, exercé ses ravages sous les murs de Dundalk ‘. On tint un conseil de guerre. Il fut décidé qu’on ferait un grand effort, et que, si cet

effort échouait, on lèverait le siége.

Assaut manqué. — Levée du siége.

"Le 27 août, à trois heures de l'après-midi, lé sigtial fut donné. Cinq cents grenadiers s’élancèrent des tranchées sur la contrescarpe, déchargèrent leurs füsils et lancèrent leurs grenadés. Les Irlandais s’enfuirent dans la ville, pourstivis par les assiégeants, qui, dans l’ardeüf de la victoire, n’atten-

dearg, dont l’apparition en Irlande est l’évétiement le plus extraordinaire dans toute l’histoire de la race. Voir ausfi Story, Impartial History ; Macariæ Excidium, et la note de M. O'Callaghan; Life of James, II, 434; la lette d'O'Donnel à D’Avaux, et le document intitulé : Mémoire donné par un homme du comte O'Donnell à M. D'Avaut.

* Le lecteur se rappellera l'explication donnée par le caporal Trim de la chaleur radicale ct de l’humide radical. Slerne est une autorité qui n’est pas à dédaigner en pareille matière. Il avait passé son enfance dans les casernes; il écoutait sans cesse les récits des vieux soldats qui avaient servi sous le roi Guillaume, et il en a tiré le parti qu’en pouvait tirer un esprit aussi original.

dirent pas les ordres de leurs chefs. Alors commença un terrible combat de rués, Les Irlandais, revenus de leur surprise, se défendirent vaillamment; et les grenadiers anglais, accablés par le nombre, furent repoussés ayee grande perte jusqu’à la contrescarpe. C’est là que.la lutte fut longue et acharnée. Quand, .en effet, le Celte catholique romain aurait-il combattu, s’il n'avait combattu ce jour-là ? Les femmes mêmes de Limerick prirent part au combat, et soutinrent bravement le feu le plus vif, lançant à l'ennemi des pierres et des tessons de bouteilles. Au moment où la lufte était la plus.animée, une mine fit explosion, et un beau bataillon allemand sauta en l'air. Le carnage et le tumulte de cette mêlée se prolongèrent pendant quatre heures. Le nuage épais qui s'élevait de la brèche, chassé au loin par le vent, s’étendait jusqu'aux montagnes de Clare. La soirée était déjà avancée, lorsque les assiégeants se retirèrent lentement et de très-mauvaise humeur. Ils espéraient qu'on donnerait le lendemain un second assaut, êt les soldats étaient décidés à se rendre maîtres de la ville ou à se faire tuer. Mais leur poudre était presque épuisée ; la pluie tombait par torrénts ; les masses de sombres nuages qui arrivaient du sud-ouest menaçaient d’occasionner des désastres plus terribles encore que ceux du glaive; et il y avait lieu de craindre que les routes, déjà très-mauvaises, ne devinssent bientôt tout à fait impraticables pour les chariots. Le roi résolut de lever le siége, et de transporter ses troupes dans quelque région plus saine, Il avait, à vrai dire, prolongé son séjour assez longtemps ; ear ce fut à grand’peine que ses canons et ses chariots purent être arrachés de ces fondrières par de longs attelages de bœufs t, |

LU

* Story ; Guillaume à Waldeck, 22 septembre 1690; London Gazette, 4 septembre. Berwick affirme qu'au moment où le siége fut levé, il n’était pes tombé une goutte de pluie depuis un mois, qu’il n’en tomba pas penant les trois semaines qui suivifent, et que l'humidité du temps ne fut que prétexte dont Guillaume se servit pour dissimuler la honte de sa éfaite. Slory, qui élait sur les lieux, dit : « Le ciel était chargé de nuages et il pleuvait trés-fort, de sorte que tout lé monde commença à en appréhender ies conséquences. » Et ailleurs : « La pluie qui était déjà tombée avait défoncé les chémins..…. Ce fut une des principales raisons pour lever le siége ; car si on ne l’eût pas fait, et que le temps ne se fût pasremis, il n y aurait pas eu d'autre alternative que de prendre la ville ou de .perdre notre arlillerie. » Dumont, autre témoin oculaire, dit, qu'avant la levée du siége, les pluies avaient élé très-violentes ; que le Shannon avait débordé,

que la terre élait détrempée, et que les chevaux ne pouvaient tenir pied,

L'histoire du premier siégé de Limerick présente, à certains égards, une remarquable analogie avec l'histoire du siége de Londonderry. Ces deux villes, l’une au midi, l’autre au nord, étaient l’une et l’autre le dernier asile d’une église et d’une nation. Toutes deux étaient remplies de fugitifs accourus de. tous les points de l'Irlande, Toutes deux paraïissaient, aux yeux des hommes qui avaient fait une étude régulière de l’art de la guerre, incapables de résister à un ennemi. Toutes deux furent, au moment du plus grand danger, abandonnées par les chefs qui auraient dû les défendre. Lauzun et Tyrconnel déscrièrent Limerick, comme Cunningham et Lundy avaient déserté Londonderry. Dans l’un et l’autre cas, l'enthousiasme religieux et” patriotique eut à lutter seul contre de grandes chances : et dans l’un et l’autre cas, l'enthousiasme religieux et patriotique fit ce que de vieux guerriers avaient déclaré absurde de tenter.

Tyrconnel et Lauzun vont en France.

Ce ne fut pas sans un vif dépit que Lauzun et Tyrconnel apprirent à Galway l’heureuse issue de la lutte à laquelle ils avaient refusé de prendre part. Ils étaient las de l'Irlande ; il craignaient que leur conduite ne fût représentée en France sous des couleurs peu favorables: ils résolurent de prendre les devants sur Jeurs accusateurs et s'embarquèrent ensemble pour le continent.

Tyrconnel, avant de partir, délégua son autorité civile à un conseil, et son autorité militaire à un autre. Le jeune duc de Berwick fut déclaré commandant en chef; mais cette dignité n'était que nominale. Sarsfield, sans contredit le premier des soldats irlandais, fut platé au dernier rang sur la liste des conseillérs à qui était contée la conduite de la guerre ; et quelques personnes pensèrent qu'il n'aurait pas figuré du tout sur cette liste, si le vice-roi n’avait craint que l'omission d'un nom aussi populaire n’occasionnât un soulèvement.

: Guillaume retourne en Angleterre.

| Sur ces entrefaites, Guillaume s'était rendu à Waterford, d'où il avait fait voile pour l'Angleterre. Avant de s’embarquer, il confia le gouvernement de l'Irlande à trois lords-

juges. Henri Sidney, alors vicomte Sidney, était le premier sur la liste: on lui avait adjoint Conyngsby et sir Charles Porter. Porter avait tenu autrefois le grand sceau du royaume; mais Jacques le lui avait retiré par cette seule raison qu'il était protestant, et Guillaume le lui rendit.

Accueil qu'on lui fait,

Le 6 septembre, le roi, après une traversée de vingtquatre heures, débarqua à Bristol, De là, il se dirigea vers Londres, s'arrêtant sur sa route aux châteaux de quelques grands seigneurs; et l’on remarqua que tous ceux auxquels il fit cet honneur étaient des Tories. Il passa un jour à Badminton, chez le duc de Beaufort, qu’on supposait ne s'être décidé qu'avec beaucoup de peine à prêter serment, et un autre jour dans une grande maison près de Marlborough qui, de notre temps et avant la grande révolution produite par les chemins de fer, était renommée comme une des meilleures bôtelleries d'Angleterre, mais qui, au dix-septième siècle, était un château du duc de Somerset. Guillaume fut reçu partout avec des marques de respect et d’allégresse. Sa campagne, il est vrai, ne s'était pas terminée tout à fait aussi heureusement qu’elle avait commencé; mais en somme son succès avait dépassé toute attente et justifié pleinement la sagesse de la résolution qu’il avait prise de commander son armée en personne. Le sac de Teignmouth, dont l'impression était encore fraîche dans l'esprit des Anglais, avait pour quelque temps réconcilié entre eux et rapproché du trône tous les sujets, à l'exception de quelques Jacobites fanatiques. La magistrature et le clergé de la capitale se rendirent à Kensington pour offrir au roi leurs félicitations et leurs actions de grâces. Le peuple sonna les cloches et fit des feux de joic. Au pape, que les bons protestants étaient accoutumés à immoler, on substitua en cette occasion le roi de France, sans doute par représailles des insultes que la populace de Paris avait prodiguées à l'effigie de Guillaume. Une figure de cire, hideuse carricature du plus gracieux et du plus majestueux des princes, fut promenée par tout Westminster dans un chariot. Au-dessus était écrit en grosses lettres : « Louis, le plus grand tyran de quatorze! » Après la procession, l’image

fut livrée aux flammes, au milieu de bruyantes acclamalions, au centre de Covent Garden !. | |

Expédilion dans le sud de l’frlande.

Lorsque Guillaume arriva à Londres, l'expédition destinée pour Cork était prête à faire voile de Portsmouth, et Marlborough était depuis quelque temps à-bord, attendant un . vent favorable. Grafton était au nombre de ceux qui l’accompagnaient. Ce jeune homme avait été, immédiatement après le départ de Jacques, et lorsque le trône était encore vacant, nommé par Guillaume colonel du 1° régiment des gardes à pied. La Révolution était à peine accomplie, que des symptômes de mécontentement avaient commencé à se manifester dans ce régiment, le plus important de toute l’arniée, tant en raison de sa destination particulière pour la garde du souverain, qu’à cause de sa force numérique. On : trouva que le colonel n'avait pas réprimé avec assez de fermeté ce mauvais esprit. On savait qu’il n’était pas parfaitement satisfait du nouvel arrangement : il avait voté pour une régence, et l’on faisait courir le bruit, peut-être mal fondé, qu’il avait des intelligences avec Saint-Germain. On lui retira le commandement honorable et lucratif qui venait de lui être confié ?. Quoique vivement blessé, il se conduisit en homme de sens et de cœur. Résolu à prouver qu'il avait été soupçonné à tort, et animé d’une louable ambition de se distinguer dans sa profession, il obtint la permission de servir comme volontaire, sous Marlborough, en Irlande. Enfin, le 18 septembre, le vent changea, La flotte prit

la mer et parut le 21 devant Cork. Les troupes furent débarquées et bientôt ralliées par le duc de Wirtembherg, avec plusieurs régiments hollandais, danois et français, détachés de l’armée qui venait d’assiéger Limerick. Le duc mit aussitôt en avant une prétention qui, si le général anglais n’eût été un homme d’excellent jugement et de beaucoup de mesure, aurait pu être fatale à l'expédition. Son Altesse prétendit qu’en sa qualité de prince d'une maison

* London Gazette, 11 septembre 1690; Narcissus Luttrell, Diary. J'ai vu une gravure contemporaine de Covent Garden, te} qu'il qu’il parut ce soir-là. |

* Van Citers aux Elals Généruux, 19 (29) mars 1689.

ds

souyeraine, elle avait droit au commandement en chef, Marlborough lui démontra, avec calme et politesse, que cette prétention n'était pas raisonnable. Une altercation s’ensuivit, dans laquelle l'Allemand se conduisit, dit-on, avec grossièrelé, et l'Anglais, avec ce mélange de fermeté et de douceur auquel, plus peut-être encore qu'à ses grands talents, il fut redevable de ses succès dans la vie. Enfin un oflicier huguenot suggéra une transaction. Marlborough consentis à se désisier d’une partie de ses droits, et à laisser, de deux jours l’un, la M On au duc. Le premier matin où ce fut le tour de Marlborough d'avoir le commandement, il donna le mot d'ordre : « Wirtemberg, » Le duc fut touché de cette Courtoisie, et, le lendemain, donna à son tour pour mot d'ordre : « Marlborough. » hé

Marlborough prend Cork.

Mais, quel que fût celui qui donnait le mot d'ordre, le

génie revendiquait son imprescriptible supériorité. Marlborough était chaque jour le véritable général, Cork fut vigoureusément attaqué. Les ouvrages ayancés furent rapidement enlevés l’un après l’autre, En quarante-huit heures tout fut fini, Les traces de cette courte lutte sont encore visibles. Le vieux fort, où les Irlandais firent la plus vive résistance, est en ruines. La cathédrale, d'ordre dorique, si étrangement raccordée à l’ancienne tour, occupe l'emplacement d’un édilice gothique détruit par le canon anglais. On montre encore, dans le cimetière voisin, l'endroit où s’éleva, pendant bien des siècles, une de ces tours rondes d'Irlande qui ont embarrassé les antiquaires. Ce vénérable monument partagea le sort de l'église voisine. Sur un autre point,’ qu'on appelle aujourd'hui le Mail, et qui est bordé par les nobles hôtels des compagnies de banque, des compagnies de chemins de fer, des compagnies d'assurances, mais qui n'était alors qu’un marécage, connu sous le nom de Rape Marsh, quatre régiments anglais, dans l'eau jusqu'aux épaules, s'ayancèrent bravement à l'assaut. Grafton, toujours le premier au danger, fut atteint, tandis qu'il se dégageait de cette vase, par un Coup de feu tiré des remparts, et emporté mourant. L'endroit où il tomba, qui était alors à une- centaine de toises en déhors de la ville, mais qui se trouve aujourd'hui

Fe

au centre même des affaires et de la population, s'appelle encore Grafton street. Les assaillants avaient traversé le marais, et on allait en venir aux mains lorsque le tambour des assiégés annonça qu'on demandait-à parlementer. Les articles de la capitulation furent bientôt arrêtés. La garnison, composée de quatre à cinq mille combattants, fut faite prisonnière. Marlborough promit d’intercéder auprès du roi, tant pour les soldats que pour les habitants, et d'empêcher les excès et le pillage. Il parvint à contenir ses troupes; mais des bandes de matelots et de gens à la suite du camp pénétrèrent dans la ville par la brèche, et beaucoup de maisons de catholiques romains furent saccagées avant que l'ordre pût être rétabli.

Marlborough prend Kinsale.

Jamais général ne sut mieux que Marlborough profiter d'une victoire. Quelques heures après la reddition de Cork, sa cavalerie était sur la route de Kinsale. Un trompette fut envoyé pour sommer la place. Les Irlandais menacèrent de le pendre pour avoir apporté un pareil message, mirent le feu à la ville, et se retirèrent dans deux fort appelés le Vieux- Fort et le Fort-Neuf. La cavalerie anglaise arriva juste à temps pour éteindre l'incendie. Marlborough la suivait de près avec son infanterie. Le Vieux-Fort fut escaladé, et quatre cent cinquante hommes qui le défendaient furent tous tués ou pris. Quant au Fort-Neuf, il fallut l’attaquer d'une manière plus méthodique. Des tranchées furent ouvertes et des batteries mises en position ; on fit jouer des mines ; les assségeants étaient, au bout de quelques jours, maîtres de la contrescarpe, et tout était prêt pour donner l'assaut, lorsque le gouverneur offrit de capituler. On permit à la garnison, forte de douze cents hommes, de se retirer à Limerick; mais les vainqueurs s’emparèrent des magasins, qui étaient d’une grande valeur. De tous les ports d'Irlande, Kinsale était le mieux situé pour les communications avec la France. Aussi, y régnait-il une abondance inconnue dans aucune autre partie du Munster. À Limerick, le pain et le vin étaient des objets de luxe, que les généraux et les conscillers privés ne pouvaient pas toujours se procurer. Mais dans le Fort-Neuf de Kinsale, Marlborough trouva mille

CHAPITRE IL ° 177 barils de farine et quatre vingts pièces de bordeaux. Son succès avait été complet et rapide; — à vrai dire, s'il n'avait pas été rapide, il n'aurait pas été complet. La campagne, toute courte qu’elle avait été, s'était assez prolongée pour laisser se développer ces cruels ravages que l'humidité du sol et de l’air d'Irlande pendant la saison d’automne manquait rarement, à cette époque, de produire parmi les troupes anglaises. La maladie qui avait éclairci les rangs de l'armée de Schomberg à Dundalk et forcé Guillaume à faire une retraite précipitéc de l'estuaire du Shannon, avait commencé à se montrer à Kinsale. Quelque promptes et vigoureuses que fussent les opérations de Marlborough, il perdit beaucoup plus de monde par la maladie que par le feu de l'ennemi. Il se présenta à Kensington cinq semaines seu- | lement après son départ de Portsmouth, et y reçut l'accueil le plus gracieux. « Il n’y a pas d’officier vivant, » dit Guillaume, « qui, ayant aussi peu servi que mylord Marlborough, soit aussi propre aux grands commandements 1. »

Affaires d’Ecosse.

En Ecosse comme en Irlande, la face des choses s'était singulièrement améliorée pendant cet été mémorable. Ce Club de Whigs mécontents qui, l’année précédente, dominait le Parlement écossais, intimidait les ministres, refusait les subsides et suspendait l'apposition du sceau, était tombé sous le mépris général, -et avait enfin cessé d'exister. L'accord régnait entre le souverain et les Etats, et la longue lutte entre les deux formes de gouvernement ecclésiastique s’était terminée de la seule manière qui fût compatible avec la paix et la prospérité du pays. |

Intrigues de Montgomery avec les Jacobites.

C'est surtout aux fautes du perfide, turbulent et vindicatif Montgomery que doit être attribuée cette heureuse tournure des choses qu'avaient prise les affaires. Quelques semaines

* Pour l'expédition de Marlborough, voir Story, Impartial History; the Life of James, 11, 419, 420; London Gazette, 6, 13, 16, 37, 30 octobre 1690; Monthly Mercury, novembre 1690; History of King William, 1702; Burnet, II, 60; The Life of Joseph Pike, a quaker of Cork,

après la clôture de la session pendant laquelle il avait exercé une autorité illimitée sur le Parlement écossais, il se rendit à Londres avec ses deux principaux associés, le ‘comte d'Annandale et le lord Ross. Ils eurent une audience de Guil- Jaume, à qui ils présentèrent un manifeste dans lequel était exposé ce qu'ils demandaient pour le public. Ils auraient bien vite changé de ton s’il leur avait accordé ce qu'ils demandaient pour eux-mêmes. Mais 1l était fort mécontent de leur conduite, et résolu à ne pas les payer pour les ennuis qu'ils lui avaient causés. L'accueil qu'il leur fit les laissa con-

vaincus qu’ils n'avaient aucune faveur à attendre. Montgomery avait les passions violentes et des besoins pressants : il était dans de grands embarras pécuniaires, et s’il ne pouvait obtenir promptement un emploi lucratif, il courait risque de pourrir dans une prison. Puisque Guillaume ne paraissait pas disposé à acheter ses services, il fallait les offrir à Jacques. Il fut facile de trouver un entremetteur. Montgomery était une vieille connaissance de Ferguson. Les deux traîtres s’entendirent bientôt. C’étaient deux esprits de même nature, différant grandement en intelligence, mais également vains, inquiets, faux et malveillants. Montgomery fut présenté à Neville Payne, l’un des agents les plus adroits et les plus résolus de la famille exilée. Payne était connu depuis longtemps dans la ville comme se mêlant de poésie et de politique. Il avait été intimement lié avee Findiseret et l'infortuné Coleman, et emprisonné à Newgate comme complice de la conspiration papiste. Sa moralité n'avait pas été jusque-là très-recommandable ; mais il eut bientôt l’occasion de prouver qu’il possédait un courage et une fidélité dignes d'une meilleure cause que celle de Jacques et d'un “meilleur associé que Montgomery.

La négociation aboutit bientôt à un traité d'alliance, Payne promit avec confiance à Montgomery, non-seulement son pardon, mais la richesse, le pouvoir, les dignités. Montgomery se chargea ayec la même confiance d'amener le Parlement d'Ecosse à rappeler le roi légitime. Ross et Annandale s’empressèrént d'adhérer à toutes les mesures que proposa leur collègue actif et capable. Un aventurier, qu’on appelait tantôt Simpson, tantôt John, qui était tout disposé à servir moyennant salaire ou à trahir n Lu Le quel gou-

vérnement, et qui recevait de l’afgent à la fois de Portland ét de Nevillé Payne, sé chargea üle porter à Jacqués les offres du Club. Monigomerÿ et ses deux nobles complices. retournèrent à Edimbourg et se ntirent ën devoir d'y formér une coälition avec leurs anciens énnéinis, les défenseurs de l'épiscopat et du pouvoir arbitraire *. | . Guerre dans les Highlands; | L'opposition écossaise, éträngément Composée de déux factions, l'üne 2élée pouf les évêques, l’autre. pour les sÿnodés, l’une éntiémie dé toute liberté, l’autre impätiénté de tout gouvérnehient, se flattä pendant quelque temps de l’és: pois dé voit l4 gueffe Civiké sé rallumef das lès Highlands avec un redoüblernent de fureur. Mais cet espoir fut déçu. Dans lé cours du printemps dé 1690 un üficier, nommé Büclian, arriva d'Irlande dans le Lochaber. Il était porteur d’un brevet qui lüi Conférait le titré de général en chef de toutes les forces qüi élaiént en armes pour le roi Jacques dans toute l'étendue dü royaume d’'Ecosse. Cannon, qui, depuis la moït dé Dündée, aväit conservé lé comandemenñt suprême et s’en étäit montré incapable, fut rejeté au second rang. Mais on gagna peu de éhose à ce changement. Cë n’était pas chose facile qué d'engager les princes gaëliques à récommencér là éuërre. On peut même dire qué, saïis l'influence et l'éloquënce de Lochiel, pas ütie épéé n'aurait été tirée du fourreau pour la mäison dé Stuart. Ce fut Lochiel qui persuadä, avéc quelque difficulté, aux chefs qui avaient cotnbattu, l’'añnée précédente, à Killiecrankie; de prendré la résolutiofi de réunñir tout leur monde ävant la fit de l'été, ét dé faire une déscetite dans les Bassés-Terres. Cepéndañt, douze cents montagnards de différentes tribus furerit mis sous les ordres de Buchan, qui se chargea, avec celte force, dé ténif les garnisons anglaises continuellement en alerte par des feintes et des incursions jusqu'à ce que la saison fût arrivée d'entreprendre des opérations plus importantes. Il Marcha donc dais le Strathispéy. Mais tous ses plahs ne tardèrent pas

1 Balcatrasi Anriandale’s Confésstôn, dans les Lever and- Melville Pa: pers; Burnet, Il, 35. Quant à Payne, voir la Second modest inquiry into the cause of the present disasters, 1690. . |

à être déjoués par la hardiesse et l'habileté de sir Thomas Livingstone, qui tenait Inverness pour le roi Guillaume. Guidé et aidé par les Grants, qui étaient fermement attachés au nouveau gouvernement, Livingstone, avec un corps de cavaierie et de dragons, se porta à marches forcées et par des défilés escarpés, à l’endroit où les Jacobites étaient établis. Il atteignit leur camp au milieu de la nuit. La première alarme fut donnée par le galop des chevaux qui se précipitaient, en renversant les sentinelles surprises, au milieu des Celtes endormis dans leurs plaids. Buchan s’échappa nu-tête et sans épée. Cannon se sauva en chemise. Les vainqueurs ne perdirent pas un seul homme. Quatre cents montagnards furent tués ou faits prisonniers. Le reste, dispersé, regagna ses montagnes et ses brouillards f,

* Cet événement mit fin à toute idée de guerre civile, Le rassemblement projeté pour l'été n'eut point lieu. Lochiel, lors même qu’il en aurait eu la volonté, ne pouvait plus soutenir une cause qui tombait. Il avait été obligé de prendre le lit par suite d’un accident qui prouvait le peu qu'on pouvait faire au moyen d’une confédération de ces petits rois des montagnes. Dans une conférence des chefs Jacobites, un gentilhomme des Basses-Terres parla en termes assez durs de ces sycophantes qui avaient changé de religion pour se mettre dans les bonnes grâces du roi Jacques. Glengary était un de ces gens qui croient de leur dignité de supposer toujours que tout le monde les insulte. Il se mit en tête qu’on voulait faire quelque allusion à lui. « Je suis aussi bon protestant que vous, » s’écria-t-il, et il ajouta un mot qu’un homme de cœur ne pouvait endurer patiemment. En un moment les épées furent tirées. Lochiel s’interposa entre les combattants et reçut, en les séparant, une blessure qu'on crut d'abord , mortelle ?. 0 | Construction du fort Guillaume.

L'ardeur belliqueuse des clans mécontents avait été tellement refroidie par le coup de main de Livingstone, que Mac-

‘ Balcarras ; Mackay, Memoirs; History of the late Revolution in Scotland, 1690 ; Rapport de Livingstone, en date du 1er mai; London Gasetle, |

19 mai 1690. . | History of the late Revolution in Scotland, 1690.

kay marcha, sans rencontrer de résistance, de Perth dans le Lochaber, établitson quartier général à Inverlochy;et semiten devoir d'exécuter son projet favori, de bâtir sur ce point un fort qui pût tenir en respect les Camérons et les Macdonalds toujours prêts à se révolter. En peu de jours les murailles furent . élevées, les fossés creusés, les palissades fixées en terre; des demi-couleuvrines tirées d’un vaisseau.de guerre furent rangées sur les parapets; et le général se retira, laissant un oficier, nommé Hill, à la tête d’une garnison suffisante. L'établissément était bien approvisionné de farine d'avoine, de barengs saurs’et de bœuf : il y avait même surabondance d’eau-de-vie. Ce nouveau fort qui, bien que construit à la hâte et grossièrement, parut sans doute. aux habitants du voisinage l'ouvrage le plus prodigieux qu'eussent jamais enfanté la puissance réunie à la science, fut appelé fort Guillaume, en l'honneur du roi !. . |

Le Parlement écossais se réunit.

Sur ces-entrefaites, le Parlement écossais s'était assemblé de nouveau à Edimbourg. Giullaume avait eu dc la peine à se décider sur la marche à suivre à l'égard de ce corps capricieux ct intraitable. Les Communes d'Angleterre l'avaient quelquefois mis de mauvaise humeur. Cependant elles lui avaient accordé des. millions, et ne lui avaient jamais demandé les concessions impérieusement exigées par la législature écossaise, qui ne pouvait lui donner que peu de chose, etne lui avait rien donné du tout. Les homnies d'Etat anglais auxquels il avait eu affaire n'occupaient pas, en général, et ne méritaient pas d'occuper une place bien haute dans son estime. Cependant il y en avait peu paymi eux qui fussent aussi complétement faux et dénués de toute pudeur que les meneurs politiques de l'Ecosse. Hamilton était, au point de vue de la moralité et de l'honneur, plutôt au-dessus qu'audessous de ses collègues; -et pourtant Hamillon lui-même était inconstant, faux et avide. « Plût au ciel, » s’écria-une

* Mackay, Memoirs et lettres à Hamilton des 20 et 24 juin 1690 ; Colonel : Hill à Melville, 10 et 26 juillet; London Guaszeite, 17 et %1 juiilet. Quant à Inverlochy, voir, dans les Culloden Papers, un plan pour maintenir la Ha des Highlands, rédigé, à celte époque, par le père du prési-

ent Forbes.

Te | 16

182 RÈGNE DE GUILLAUME Ill.

fois Guillaume dans un moment d'humeur, «que l'Ecosse fût à quatre cents lieues de l'Angleterre ét que le due d'Hamilton en füt roi. Je serais débarrassé de l’une et de l'autre. »

Melville Lord- Haut-Commissaire.

Après y avoir longtemps r réfléchi, Guillaume se décida à envoyer Melville Édimbourg, en qualité de Lord Haut-Commissaire. Melville n’était pas un grand homme d'Etat ; il n'é-

tait pas un grand erateur; il n’avait ni l'air ni les manières d'un représentant de la royauté; sa moralité n'était pas audessus de la moyenne ordinaire, et eette moyenne, chez les sénateurs écossais, n’était pas très-relevée : mais il ne manquait ni de prudence ni de mesure, et il réussit, en-samme, mieux que n'aurait peut-être fait un, hommg de sise beaucoup plus éminentes.

Le gouvernement obtient une méjorité

Pendant les premiers jours de la session, les amis du gouvernement étaient découragés, et les chefs de l'opposition pleins de confiance. Montgomery, qui n’était cependant pas un homme ordinaire, avait eu la tête tournée par les triomphes . de l’année précédente. Il croyait que-ses intrigues et sa rhétorique avaient complétement subjugué les Etats. Il lui semblait impossible qu'après avoir exercé un empire absolu dans la salle du Parlement, alors que les Jaoobites étaient absents, il fût battu lorsqu'ils étaient présents, et prêts à appuyer toutes les mesures qu’il proposerait. Il avait eu, à la vérité, de la peine à leur persuader d'assister aux séances; car ils ne pouvaient siéger sans prêter serment. Quelques-uns d’eux se faisaient un léger scrupule de eonscience de se parjurer; et beaucoup, qui ne savaient pas ce que c'était qu’un scrupule de conscience, craignaient d’offenser le roi légitime en jurant fidélité au roi de fait. Quelques lords, cependant, qu'on supposait être dans la confidence de Jaéques, assuraient savoir que ce monarque désirait que ses amis se parjurassent; ef cetie assurance engagea la plupart des Jacobites, avec Balcârras à leur tête, à se rendre coupables d'une perfidie ag= gravée par F impiété d'un parjure !. 1

s Ho

. Cependant il devint bientôt évidént qüe la faction dé Montgomery, même dvec cé rétifürt, né formait plus la majorité de la légistaturé. Pour châque voix qu'il AVait gagnée, il én avait pérdu deux. Il avait Commis une faute qui, plus d'uné fois dans l’histoire Britännique, 4 été fatale aux grands chéfs parlementaires: IH s'était figuré que, dù moment où il lui conviendrait de se coaliser avec céux qui avaient été naguère s6s adversaires, tous ses partisans suivraient son exefple. Il reconnut bientôt qu’il était. beaucoup plus facile d’enflammer des haines que de les calmer. La grande masse des Whigs et des presbytériens recula devant une alliance âvec les Jacobites. Quelques membres indécis furent achetés par lé gouvernement, el cètle acquisition ne fut pas très-dispendiéüse, car une somme insignifianté pour lé trésor angläis était immense aux yeux des barons besogneux de l’Ecosse ‘. Ainsi pencha là balancé, et, dans les parlements écossais dé cette époque, c'éldit tout : la tendance dés majorités était toujours de s’accroître, cellé des minorités de diminuer, Ps

La première question qüi fut l’objet d’un vote était relative à une éléction dé bourg. Les ministres l'empoñtèrent de six voix ?, En un instant, tout füt changé : le charme était foi pu : le Club, d'épouvantail qu'il était, devint un objet dé risée ; ceüx qui avälént peur el éeux qui étaient à vendre passèrént en foule du côté lé plus fâible au côté le plus fort, Ce futéh vain qüé l'opposilion essäya de faire revivre lès querellés de l’année précédente. Lé roi avait sagement autorisé Meltille® abandonner le Comité des Articles. Les Etats, d’un autre côté, ne montrèrent aucune dispôsition À passer ün second Acté d'Incapacité?, à blâmer le gouvernement d’avoir ouvert lés cours de Justice, ou à mettré en question le dfoit du souvefain de nommer les Juges, Un subsidè extraoïdinaire fut voté, peu important d'après les idées dés financiers anglais, mais considérable éu égard aux ressources dé l'Écosse. La somme accordée était dé 162,000 livres stérling, ét devait être levée eh quatre ans ?. | coupe ed Sens

Les Jaäcobites, trouvant qu'ils s'étaient pañjurés inutile-

* Voit, dans les Leven and Melville Papers, les instructions donnéés au

Lord-Haut-Commissaire.

? Balcarras. | Act, Parl., 7 juin 1690, .

ment, étaient sur leurs bancs, aécablés de honte et de dépit, tandis que Montgomery, qui les avait trompés en se trompant. lui-même, et qui, dans sa rage, avait complétement perdu, non pas, il est vrai, son tatent et sa faconde, mais tout empire sur lui-même avec tout sentiment des convenances, s’emportait comme un batelier de la Tamise, ct que sir. John Dalrymple lui répondait avec autant de véhémence et plus de talent encore d

Légistation RP

Les actes les plus importants de cette session furent ceux qui fixèrent la constitution ecclésiastique de l'Ecosse. Il avait été déclaré, dans la Revendication du Droit? que l'autorité des évêques était un grief intolérable; et Guillaume, en acceptant la couronne, s'était engagé à ne pas soutenir une institution condamnée par l'acte même sur lequel reposait son titré à la couronne. Mais la Revendication du Droit n'avait pas indiqué la forme de gouvernement ecclésiastique qui devait être substituée à l'épiscopat : et pendant la session orageuse tenue dans l'été de 1689, la violence du Club avait rendu toute lé-. gislation impossible. Tout-avait donc été en confusion pendant une longue suite de mois. On avait démoli un système, et on n’en avait pas rétabli d'autre. Dans les Basses-Terres de l’ouest, les bénéficiers ecclésiastiques avaient été si rudement traités par la populace, que c’est à peine si'un seul ministre du culte était resté à son poste. Dans le Berwickshire, dans les trois Lothians et le Stirlingshire, la plupart des desservants de paroisses avaient été déplacés par le Conseil Privé, pour ne s'être pas conformés au vote de la Convention, qui avait ordonné à tous les ministres, sous peine de renvoi, de proclamer Guillaume et Marie roi et reine d'Ecosse. ‘Ainsi, dans une grande partie du royaume, il n’y avait pas d'autre culte public que celui qui se célébrait par des ecclésiastiques presbytériens, qui tantôt’ ofliciaient sous des tentes, tantôt s'emparaient des églises, sans aucun droit légal. Mais il y avait de vastes districts, surtout au nord du Tay, où le peuple n’était pas très-hostile à l’épiscopat, et il se trouvait beaucoup de prêtres qui n'étaient pas disposés à perdre

* Balcarras. |

* Claim of Right.

leurs presbytères et leur salaire pour l'amour du roi Jacques, Aussi des centaines de vieux prêtres qui n'avaient été ni assaillis par la populace, ni déposés par le Conseil, continuaieñt à exercer leurs fonctions. spirituelles. Chaque ministre était, pendant cette époque de transition, libre de diriger le service divin ét d’administrer les sacrements comme il le jugeait convenable. Il n’y avait aucune autorité qui exerçàt à cet égard aucun contrôle. La législature avait supprimé la juridiction-des évêques, mais elle n'avait.pas établi celle des synodes !.

Un des premiers devoirs du Parlement était de mettre un terme à cette anarchie. Melville, avec la puissante assistance de Carstairs, avait obtenu, malgré lesremontrances des Tories anglais, l'autorisation de consentir aux arrangements ecclésiastiques qui pourraient satisfaire la nation écossaise. Une des premières lois que le Lord-Commissaire toucha avec le sceptre, rapportait l’acte de suprématie. Il donna ensuite la sanction royale à une loi qui-déclarait que les ecclésiastiques presbytériens qui avaient été pasteurs de paroisses du temps du Convenantet qui, après la Restauration, avaient été chassés pour avoir refusé de reconnaitre l'autorité épiscopale, seraient réintégrés. Le nombre de ces pasteurs avait été, dans le principe, d’environ.trois cent cinquante; mais il n’y en avait pas plus de soixante qui fussent encore vivants ?.

Les Etats procédèrent ensuite à fixer la croyance nationale. La Confession de Foi rédigée par l'assemblée des théologiens à Westminster, le Grand et.le Petit Cathéchisme, et le Directoire, étaient considérés par tous les bons presbytériens comme la règle de l'orthodoxie, et l’on espérait que la législature les reconnaïlrait comme Lels 3, Cet espoir, cependant, fut en partie déçu. La Confession fut lue d’un bout à l’autre, au milieu des bâillements de l'assemblée, et adoptée sans modification. Mais quand on proposa de prendre en considération les catéchismes et le Directoire, l'impatience de

® Faithful contendings displayed ; Case of the present RUE ssl clergy in Scotland, 1690.

* Act. Parl., 25 avril 1690.

3 Voir «l Humble adresse des ministres presbylériens et profesteuts de l'Eglise d’'Ecosse à Sa Grâte le Haut-Commissaire de Sa Majesté el aux très-honorables Etats du Parlement, »

l'auditoire éclata én murmufés. Cet ämour dés lütigs sérmons qui caractérisait lé peuplé d'Écosse n’était point partagé par l’aristocratie écossaise. Le parlement qui écottait depuis trois heures dé là théologié fort aride, n’était pas dis: posé à entendre parler de péché originel et de vases d'éléction. Le duc d'Hamilton dit que les États avaierit déjä fait tout ce qui était essentiel. Ils avaieït donné leu sanctiüb à un digeste dés grands priticipes du christianisme. Lé résté pouvait être abandonné à l'Eglise. LA majorité fatiguée s’en: pressa d'accueillir cette proposition, malgré les müfmures de quélqués ministres pr'esbytériens zélés qui avdierit été admis à assister àu débat et qui, duelquéfois, ävdiehb péine à s'éempôchér d'y prendre parti. - -: 0 Là 16i mémorable qui fxä là constitution ecclésidstique de l'Ecossé fut présentée ff lé Cotite dé Sutheflatid. Cette loi rélablit la juridiction des Syhotes. Lé gouvernement de l'Eglise fut confié lux Soixañté Ministré évincés, qui venaient d'être réintégrés et à telles autres pérsohnes, Ministres où Anciens, qu'ils jügeraient coïvenäble d’admiéttré à la participation du pouvoir. Les Soixänte et leurs collègues furent auto risés à visiter toutes les paroisses du royaume et à expulsés tous les mihistrés incapables, dé mauvaises mœurs, ou doñt les principes he séraieñt point orthodoxes. Les paroisses qüi avaient été, pendant l'intérrègné, abandonnées par letrs pas= teürs, ou, en termes plus cläirs, les paroisses dünt les pasteurs avaient été chässés par la populacé, futént déclarées vacantes ?. | . n Aucuñe opposition sérieuse ne paraît avoir été faite à la clause qui rétablissalt lé gouvernement des synodés. Mais trois jours furent emplüyés à discuter là question de savoir Si le souverain pourfait convoquer et dissoudre les ässeth= blées ecclésiastiques, et 6n finit par laisser ce point dans une ambiguïté dangereuse. Quélqués autres articles donnèrent lieu à de longues ét vives discussions. On prétendit que l’immense pouvoir accordé aux Soixante était incompatible avec le principe fondamental du système que les Etats allaient

* Voir Account of the late establishment of Presbyterian government by

* the Parliament of Scotland, anno 1690. Cette relation est écrite au poiné

de vue de l’épiscopat; Act. Pañrl., 26 mai 1690, | » Act. Parl., 7 juin 1690. :

CHAPITRE ÏL. 187 établir. Ce principe était que tous Îles pruters étaient égaux, et qu'il ne devait pas y àvoir de ministres de la réliz gion d'un ordre Süpéfieur. Qu'imipôfté qu’ n äppelat lés Soixante des prélats où non, S'ils déevaiehit exéréér sur l'héritage du Stignéur uñe autorité plus grändé que éclle des prélats? A cet afgument que l’ärrangement Proposé était, dans les circonstances particulières où $e trouvait l'Eglise, le plus convenable qui püût être fäit, on répondait qu'uf paril raisonnement pouvait être bien placé dans la bouélie d'un Erastien, mais que tous les Presbytériens orthodoxes régarz daient l'égalité des ministres du cullé cofime établie pat Jésus-Christ, et qué, là où le Christ avait parlé, les éhréz tiens n'avaient point à examiner ce qui pouvait tré éoñvéz nablé où non t. 22 27

Ce fut avec beautôtüp plis dé chaléur et avec beaucoup plus de räison que la minorité attaqua l'aftiéle qui Sañction: nait 18S eXcèS des fanaliques de l'Ouest. AsSurément, disait: elle, 6f pouvait bien abändonnèr ces ministres expulsés par la populate à l'éxamièn rigouréux dés Sbixänté iquisiteurs. Si l’un d'eux mänqüäit d'intelligence où dé Savoir, &i 84 con= duite était rélâchée, Si 84 dôctriné était hétérodote, ces lise sévères né iänqueraiént pas dé s’en apercevoir et dé Îës dés poser. Il est probable qu'ils cofsidéréraient ute partié dé boulés, üine prière émprüntéé à la liturgie anglaise, tn sérmiof dans léquél of pourrait découvrir là plüs légère teinte d'arianisthé, comtné üh motif Suflisant pour déclarer là va: cance de son bénélité. N'était:cé pas ünie chôsé monsirieusé, après avoir constitué un tribüñal dont il botivait à péihé es-

érér la Simple justicé, dé 18 Condamner sans lui permettre de paraître Même devant Cé tribal, de le Cofdamñer dns jugement, de le condamnèr sañis accusation ? Jämäis, depuis le Comineñcement du monde, ün lavé sénat avait-il traité üf homme Comme ün érifninél, uñiquerhent parce qu'il avait été volé, maltraité, trainé dans la neige ét la fângé, ét menacé dé mort s’il reñltait dans la maison qui lui appartenait en vertu de la 161? Le düc d'Haïilton, SaisiSSant avec em-

* An historical Relation of the late Presbyterian general Assembly, lettre d'une peoune d'Édimbourg à son ami de Londres, avec permission du 20 avri ‘ |

pressement une aussi bonne occasion d'attaquer le nouveau Lord-Commissaire, parla avec beaucoup de véhémence contre cette clause odieuse. On n’essaya pas, dit-on, de lui répondre; et bien que ceux qui nous lé disent soient des épiscopaux zélés, nous le croyons facilement. Quelle réponse, en effet, était-il possible de faire? Melville, sur qui pesait la principale responsabilité, resta, pendant tout ce débat orageux, assis sur le trône, gardant un profond silence. IL est * probable que sa conduite fut déterminée par des considérations que la prudence et la pudeur ne lui permettaient pas d'expliquer. L'état des comtés du sud-ouest était tel. qu'il aurait été impossible de remettre les ministres expulsés en possession de leurs habitations et de leurs églises, sans employer une force militaire, sans mettre garnison dans chaque presbytère, sans placer des gardes autour de chaque chaire, et sans livrer au prévôt-maréchal quelques féroces enthousiastes; et ce n’eût pas été une tâche facile pour le gouvernement que de contenir en même temps par la force des armes les Jacobites des Highlands et les Covenantaires des Lowlands. La majorité s'étant décidée par des raisons. qu'on ne pouvait guère avouer, se montra impatiente d'aller aux voix. « Plus de débats, » s’écria-t-on; « nous en avons entendu assez : aux voix! aux voix ! » La question fut posée suivant la forme écossaise : « L'article est-il approuvé, ou von? » Hamilton insista pour qu’elle fût posée en ces termes: « Approuve-t-on, ou n’approuve-t-on pas les violences commises à l'égard des ecclésiästiques? » Après beaucoup d’altercation, cette motion fut écartée, et l’article passa. Il n'y eut que quinze ou seize membres qui votèrent avec Hamilton. Il s’écria à haute voix et avec beaucoup de véhémence, au milieu des interruptions passionnées de ses adversaires, qu'il était fâché de voir un Parlement écossais se déshonorer par une pareille iniquité; puis il sortit, suivi de plusieurs de ses amis. Il est impossible de ne pas sympathiser avec l’indignation à laquelle Hamilton donnait ainsi cours. Cependant il faut se rappeler qu’ilest de la nature de l'injustice d'engendrer l'injustice. Il y a des torts qu’il est presque impossible de réparer sans commettre d’autres torts ; et tel était celui qu’on avait fait au peuple écossais dans ka génération précédente. C'était parce que le Parlement de la Restauration avait fait

mm ee

CHAPLTRE IL | 189

des lois qui n'étaient qu’un insolent défi porté à l'opinion publique, que le Parlement deta Révolution devait s'abaisser devant la populace.

Quand Hamilton et ses amis se furent retirés, un des prédicateurs qui avaient été admis dans la salle, s'adressant aux membres qui étaient près de lui, leur cria: « Allons! allons! ne perdez pas de temps, dépêchez-vous, ét que tout soit fini avant qu'il ne revienne. » On suivit cet avis. Quatre à cinq intrépides épiscopaux restèrent pour donner un dernier vote contre les Presbytériens. Quatre à cinq Covenantaires, également. intrépides, restèrent pour témoigner leur désapprobation de ce qui leur paraissait être une transaction entre le Seigneur et Baal. Maïs la loi passa à une énorme majorité ?.

Deux actes supplémentaires suivirent bientôt. L'un d'eux, aujourd'hui heureusement rapporté, exigeait que tout fonctionnaire de toute université d'Ecosse souscrivit la Confession de Foi, et donnât son adhésion à la nouvelle forme de gouvernement de l'Eglise ?. L'autre réglait l’importante et délicate question du patronage. Knox avait, dans le «Premier livre de la Discipline, » maintenu le droit de toute congrégation chrétienne, de choisir son propre pasteur. Melville, dans le « Second livre de cette même Discipline, » n'avait pas été tout à fait aussi loin; mais il avait déclaré qu un pasteur ne pouvait être légalement imposé de force à une congrégation qui ne voulait pas de lui. Le patronage avait été aboli, en 1649, par un Parlement des Covenantaires, et rétabli par un Parlement royaliste en 1661. Que devait-on faire en 1690? Ce-n'était pas chose facile. à décider, et il est peu de questions qui aient causé autant d’anxiété à Guillaume. Il avait, dans ses instructions particulières, autorisé le Lord- Commissaire à consentir à l'abolition du patronage, si les Etats l'exigeaient absolument. Mais cette autorisation, il ne l'avait donnée au’à contre-cœur, et dans l'espoir qu'il n’en serait pas fait usage, « C’est, » disait- il, « prendre le bien des gens. » Melville parvint à opérer une transaction. Le patronage fut aboli;

Account of the late establishment of the Presbyterian government by the Parliament of Scotland, 1690.

# Act. Parl., 4 juillet 1690, Le

mais il fut dit que chaque patron récevrait 600 marés d'Ecossé, équivalant à énviron 35 livres Sterling, comme indeminité de ses droits. La somme paraît ridiculemént mesquine. Cependant, si l'on considèré la-nature de la propriété et la pauvreté dd pays, on pétt douter qu’un pâtron âit tiré béaue coup meilleur parti de là vénté de cés mêmes dfoits. La plus forte somme qu'un membre sé soit hasardé à proposer, était neuf cénts marcs, un peu plus de cinquante livres sterling. Le droit de présenter un ministre füt conféré à un Conseil päroissial, composé des propriétaires protestants et dés ancieris. La congrégation pouvait objecter au choix de la persotine proposée, ét là presbytérié, ou Conseil presbÿtérien, dévait être juge du mérite dés objections. Cet arrangement ne donnait pas au peuple tout le pouvoir auquel le second livre mêmé de la Discipline avait réconnu qu'il avait droit. Mais le nom odieux de patronage était supprimé : on pensa probablement qué tes anciens et les propriétaires d’uné paroisse pérsisteraiént rarémient à vouloir nommer une personne contre le vœu motivé de la majorité de la congrégation; ét l’on ne voit ‘pas que, tant que la loi de 1690 fut en vigueur, la paix dé l'Eglise ait jarnais été troublée par des quérelles semblables à célles qui produisirent les schismès dé 1732, de 1756 et de 18431.

. La coalition entre le Club et les Jacobites est dissoute.

Montgomery avait fait tout ce qui dépendait dé lüi pour émpêcher les Etats dé fixer le gouvériement ecclésiastique dü royaume. Il avait poussé les Covenantaires 2élés à démandér ce qu’il savait que le gouverneïnent n’accorderait jarhais. Il avait protesté contre tout Erastiänisme, contre toute transaction. Le Presbytérianismé hollandais, disait-il, ñé conviendrait pas à l’Ecosse. Il fallait en revenir du système de 1649. Ce système était tiré de la parolé de Dieu. C'était le freiñ le plus puissant qui eût jamais été imaginé contre la tyrannie des méchants rois; et il devait être rétabli sans addition ni diminution. Ses alliés jacobites né purent dissimuler leur dégoût et leur mortification en l’entendant tenir un pareil langage, et ne furent rien moins que satisfaits des explica-

» Act, Parl., 19 juillet 1690 ; Lockhart à Melville 29 &vrit 1690, | EX

GHABITRE NM, :. -- : 191

lions qu'il leur donna en partieulier. Tandis qu'ils se querellaient avec lui à ce sujet, arriva à Edimbourg un messager porteur d'importantes dépêches de Jacques et de Marie de Modèné. Ces dépêches avaient été écrites dans l'espoir confiant que les grandes promesses de Montgomery se.réaliseraient, et que, grâce à son habile direction, les Etats d'Ecosse se prononceraient pour le souverain légitime et contre lu: Surpateur. Jacques était si reconnaissant de l'appui inattendu de ses anciens ennemis, qu’il oubliait entièrement les services et ne craignait pas de blesser les susceptibilités .de ses anciens amis. Les trois chefs du Club, tout rebelles et Puritains qu'ils étaient, étaient devenus ses favoris. Annandale devait être marquis, gouverneur du château d'Edimbourg et Lord-Haut-Commissaire. Montgomery devait être comte d’Ayr et secrétaire d'Etat. Ross devait être fait comte et commander les gardes. Un avocat sans principes, nommé Jacques Siewart, qui, après avoir été profondément impliqué dans l'insurrection d’Argyle, avait tourné casaque et soutenu le pouvoir de dispense, qui avait ensuite tourné casaque une seconde fois et pris parti pour la Révolution, et qui venait de tourner casaque une troisième.fois, et conspirait dans l'intérêt d’une Restauration, devait être Lord-avocat. Le Conseil Privé, la Cour de Session, l’armée, devaient être remplis de Whigs. Un- Conseil de Cinq fut nommé, auquel tous les. sujets fidèles devaient obéir, et, dans ce Conseil, Annandale, Ross et Montgomery formaient la majorité, Marie de Modène informait Montgomery que cing mille livres sterling avaient été mises à sa disposition, et que cinq mille aures ne tarderaient pas à suivre, Il était impossible que Balcarras et ceux qui avaient agi de concert avec lui ne ressentissent pas vivement la manière dont on les traitait. Leurs noms n'étaient même pas mentionnés. Tout ce qu’ils aVaient fait et souffert paraissait s'être effacé de l'esprit de leur mattre. Ils étaient maintenant bien avertis que s'ils paryenaient, au risque de leurs propriétés et de leur vie, à le rétablir sur son trône, tout ce qu'il aurait à donner serait donné à eeux qui l'avaient déposé. Ils apprirent aussi, en lisant ses. lettres, Ce qu'il ne savait pas en les écrivant, c’est qu'il avait été la dupe des, vanteries et des promesses trop confiantés des Whigs apostats. Il se figurait que le Club était tout-puis-

sant à Edimbourg, et la vérité estique 16 lub n'était plus qu'üne sorte de sobriquet, de terme de mépris. Les Jacobites

tories trouvèrent facilement des prétextes-pour refuser d'o-

béir aux Jacobites presbytériens à qui le roi bant légué | on autorité. Ils se plaignirent de ce ue M go

ne leur avait pas montré toutes les dépêches qu'il avait 1 reçues. Ils afectèrent de M que les € chets n avaient pas été respectés. Il prit Dieu à prime à ce SOUpÇon n'était pas fondé. Mais il êta ès-naturel q ue des serme fuss nsidérés comme des- garanties insuffisantes par venaient de jurer fidélité à un ro hs uiil conspiraient: De vives colères éclatèrent de D | d'autre la coalition fut dissoute, les papiers jetés au feu; e a bout de quelques jours, les infâmes triumvirs qui, dans le cout espace d'une année, avaient été de violents Guil aumistes puis de violents Jacobites, redevinrent des Guillaumistes e cherchèrent à faire leur prix avec le gouvernement en s'ac-

cusant les uns les autres !. | Les chefs du Club se dénoncent mutuellement.

Ross fut le premier qui se fit dénonciateur. D'aprél principes de l’école dans laquelle il avait été élevé, il commit cette honteuse action avec toutes les formes de la-sainteté. Il feiguit d’avoir l'esprit fort-tourmenté, envoya chercher un célèbre ministre presbytérien, nommé Dunlop, et lui dit d’un ton lamentable : « J'ai un poids sur la cience : il y a un secret que je devrais révéler, je le sais ; maïs je ne ri m'y résoudre. « Dunlop pria longtemps et avec ferveur; R gémit et pleura. Enfin, il sembla que le ciel s'était ouvertde vant Ja véhémence des supplications :- la vérité se fit jour | ne de force’ Aa ve L' home e d'églis €

terre, “afin de faire sa pait avec la cour, et fit le voya66 san accident, bien que quelques-uns de ses complices, qui avaient entendu parler de Son repentir, mais qui en avaient été peu édifiés, eussent formé le dessein de lui couper la

1, Balcarras; Confession of Añnandale, dans les Leven and Melrilie Papers.

gorge en route. À Londres, il protesta, sur son honneur et sur sa parole de gentilhomme, qu'il avait été entraîné malgré lui dans un complot qui lui avait toujours répugné, et que Montgomery et Ferguson étaient les vrais coupables ",

Sur cés entrefaites, Dunlop exaltait, partout où iballait, la bonté divine qui s'était servie d’un instrument aussi humble que lui pour ramener un noble seigneur dans la bonne voie. Montgomery n'eut pas plutôt entendwparler de ce merveilleux effet de la grâce, que, lui aussi, il commença à éprouver de la componction. Il alla trouver Melville, lui fit une Confession qui ne coïncidait pas exactement avee”celle de Ross, et obtint un sauf-conduit pour l’Angleterré, Guillaume était alors en Irlande, et Marie gouvernait à sa place. Montgomery se jeta aux pieds de cette princesse. Il essaya d’exciter sa compassion en parlant de sa détresse, et de s'insinuer dans ses bonnes grâces en faisant l'éloge de ses manières douces et affables. Il lui livra les noms de ses coniplices: Il fit vœu de consacrer sa vie entière à son service, si elle voulait lui obtenir quelque place qui lui permit de subsister décemment. Marie fut tellement touchée de ses supplications et de ses flatteries, qu'elle le recommanda à Ja faveur de son époux ; mais il était impossibie de surmonter la juste méfiance et l’horreur que Montgomery inspirait à Guillaume ?. : | "

Avant d’avoir été admis en présence de Marie, le traître avait obtenu la promesse qu'il-lui serait permis de se retirer en sûreté. Cette promesse fut tenue. Il resta pendant plusieurs mois caché à Londres, et trouva le moyen d'entretenir une-négociation avec le gouvérnement. Il offrit de servir de témoin contre ses complices, toujours à la condition d’avoir une bonne place. Guillaume ne voulut pas promettre autre chose qu'un pardon. Enfin, les communications furentrompues. Montgomery se retira pendant quelque temps en France. Il revint bientôt après à Londres, et passa le reste de sa malheureuse existence à tramer des complots qui n’aboutissaient à rien, et à écrire des libelles qui se distinguent par

* Balcarras; Notes sur la Confession de Ross dans les Leven and Melville Papers.

* Balcarras; Relation par Marie de son entrevue avec Montgomery, imprimée dans les Leven and Melville Papers.

la grâce et la vigueur de leur style de la plupart des productions de la presse jacobite !. |

Annandale, dès qu'il eut appris que ses deux complices s'étaient fait dénonciateurs, se retira à Bath, où it fit semblant de prendre les eaux. Il fut bientôt amené à Londres en vertu d'un mandat d'arrêt. Il reconnut qu'il s'était laissé entrainer à des actes de trahison; mais il déclara qu'il n'avait fait que dire amen aux plans conçus par d’autres, et que sa simplicité d'enfant avait été le jouet de Montgomery, le plus remuant, le plus perfide, le plus dangereux des êtres humains. Le noble repentant chercha ensuite à expier son propre crime en accusant d’autres individus, Anglais et Ecossais, Whigs et Tories, coupables et innocents. Il en aceusa quelques-uns parce qu'il lès connaissait bien, d’autres sur de simples ouï-dire, Parmi les premiers, était Neville Payne, dont lenom n'avait été mentionné, à ce qu’il paraît, ni par Ross, ni par Montgomery ?. | |

Payne, poursuivi par des messagers d'Etat et des mandats d'arrêt, fut assez mal conseillé pour se réfugier en Ecosse. S'il était resté en Angleterre, il aurait été en sûreté; car, bien que les preuves morales de sa culpabilité fussent complètes, on manquait de preuves légales suflisantes pour convaincre un jury qu'il s'était réellement rendu coupable de haute trahison. On ne pouvait le soumettre à la torture pour le contraindre à fournir des preuves contre lui-même, et il ne pouvait être tenu longtemps en prison sans étre mis en jugement. Mais du moment où il passait la frontière, il était à la merci du gouvernement dont il était l'ennemi mortel. La Revendication des droits avait reconnu la torture comme un moyen légitime d'obtenir des informations, dans les cas semblables au sien; et il n’y avait pas d'acte d’Habeas Corpus qui le garantit contre une longue détention. Le malheureux fut arrêté, transporté à Edimbourg et amené devant le Conseil Privé. On le regardait généralement comme « ua lâche et un misérable, à qui laseule vue des bottines, des serre-pouces et des autres instruments de torture arracherait

‘ Comparez Balcarras avec Burnet, II, 62. Le pamphlet intitulé Great Bresil comp ht de "à bon échantillon de la manière de Mont-

gomer { * 53 : FD * Balcarras; Annandals confession.

CHAPITRE IL - 195 tôus les coupables secrèts qui lui äväient été confiés. Mais Päÿne avait bien plus de courage que éésiobles cofispirateurs avec qui, pour son malheur, il s'était trouvé en rapport. Deux fois on lüi lit subir d’atrocés tourments ; ais On ne püt lui arrachef un mot qui l'inculpât lui-même où inculpât aucune autre personne. Quelques-uns des Conseillers ne purent süpporter un pareil spectacle, et se rélirèrent. Mais c'était le pieux Crawford qui présidait. Il était peu accessible äüx faiblesses de la compassion lorsqu'il s'agissait d’un Amalécite, et il força le bourreau à enfoncer les coins de fer entre les genoux dü prisonnier, jusqu’à ce que la douleur fût aussi inténsé que la näture Humaine pouvait la supporter säns que mort s’ensuivit. Paÿne fut ensüité transporté au châtéaü d'Edimbourg, où il resta lotigtenips, entièrement abandonné, ainsi qu'il s’en plaignait d'une ianière touchante, par Ceux pour qui il avait enduré plus qüe l’amertuine de lâ mort. Cependant, l'ingratitude des autres né put éteindré l’ardeur de sôn dévouement fanatique, et il Continda, d'année en d'année, À faire dans son cachot, dés plans d'insurréctions et d’invasions 1.

Adhésion générale au nouveau gouvernement ecclésiastique.

Avañt l'arrestation de Päyne les Etats avaient été ajournés, à là suite d’uné session aussi importante qu'äucüne de celles qui eussent jaMais été ténués en Ecosse. Là nation acquiesçà, généralement à la nouvelle constitution ecclésias: tique. Les indifférents, qui soht en grahd nombre dans toutes les sociétés, virent avec plaisir un tériie mis à l'añar: chie, et se conformèrent à l'Eglise presbytérienne, comme il s'étaient conformés à l’Eglise épiscopale. Pouf les Presbytériens modérés, l’arrangement qui venait d'avoir lieu était en somme satisfaisant, La plupart des Présbytériens rigides se décidèréñt à l'accépter sous protéstätion, comme un fort à-Cotpte sur cé qu'on leur dévait, Il leur manquait, il est vrai, ce qu'ils considéraient comme la béauté et la sy métrie de cette Eglise qui avait été, quarante ans aupañavant, là Sloife de l'Ecosse. Mais si le second temple n’était

.! Burnet, I, 62 ; Lockhart à Melville; 30 août 1690, et Crawford à Mel: ville, 11 décembre 1690, dans. les -Leven and Melville Papers; lettre de Neville Payne, du 3 décembre 1699, impriméé en 1693. j

pas égal au premier, le peuple élu était bien fondé à se réjouir de pouvoir, après une longuc captivité de Babylone, reconstruire, quoique imparfaitement, ta maison de Dieu sur ses anciens fondements ; et il n’était pas extraordinaire qu’ils éprouvassent pour le latitudinaire Guillaume des sentiments de reconnaissance et d'affection semblables à ceux que les Juifs rendus à leur pe avaient éprouvés jadis pour le paien Cyrus.

Plaintes des Episcopaux.

Toutefois, il y avait deux partis à qui les actes politiques de 1690 inspiraient une implacable haine. Les Ecossais qui étaient épiscopaux par conviction ct avec ferveur paraissent avoir été en petit nombre; mais parmi eux se trouvaient quelques personnes supérieures, non pas peut-être en intelligence naturelle, mais en savoir, en goût et dans l’art de la composition, aux théologiens de la secte qui venait de devenir dominante. Il n'aurait peut-être pas été prudent aux ecclésiastiques et aux professeurs dépossédés de donner cours dans leur propre pays à la colère qu'ils ressentaient. Mais la presse anglaise était à leur disposition, et ils étaient certains de l'approbation d'une grande partie du peuple anglais. Pendant plusieurs années ils continuèrent à harceler leurs ennemis et à amuser le public par une suite de pamphlets vifs et ingénieux. Dans quelques-uns de ces ouvrages, les excès commis par la mul-. titude à l'égard des ministres des comtés de l’ouest sont exposés aveë un talent qui excite à la fois la pitié et l’indignation. Dans d’autres, la cruauté avec laquelle avaient été traités les Covenantaires pendant les règnes des deux derniers rois de la maison de Stuart, est atténuée par tous les artifices d’une logique sophistique. On s'y moque beaucoup du mauvais latin dont quelques-uns des professeurs presbytériens avaient fait usage, tandis qu'ils siégeaient dans les chaires académiques naguère occupées par d'illustressavants. On y parlait beaucoup du mépris ignorant que professaient les barbares victorieux pour la science et la littérature. On les accusait de. frapper d’anathème les systèmes modernes de physique comme des hérésies diaboliques, de condamner la géométrie comme une science qui desséchait l'âme, de réprouver jusqu'à l'étude dès langues dans lesquelles étaient écrits les

Livres saints. Le savoir, disait-on, serait bientôt éleint en Ecosse. Les universités, sous leurs nouveaux chefs, languissaient et ne tarderaient pas à périr. Les libraires étaient presque ruinés : leurs bénéfices ne suflisaient pas à payer le loyer de leurs boutiques, et ils se disposaient à émigrer dans quelque pays où les lettres fussent tenues en estime par ceux qui étaient chargés d’instruire le public. Parmi les ministres de la religion il ne restait pas un acquéreur de livres. L'ecclésiastique épiscopal était heureux de vendre pour un morceau de pain les débris de sa bibliothèque qui avaient échappé à la rage aveugle d’une populace ameutée ; et quant aux ecclésiastiques protestants, leur seule bibliothèque se composait d’une explication de PApocalypse et d'un commentaire sur le Cantique des Cantiques ‘. L’éloquence de la chaire du parti triomphant était un sujet inépuisable de plaisanteries. Un petit volume, intitulé « modèles d'éloquence presbytérienne écossaise » eut un immense succès dans le midi, tant parmi les partisans de la haute Eglise que parmi les profanes, et n’est pas encore tout à fait oublié. C'était en effet un livre bien propre à figurer sur la table de salon d'un Squire dont la religion consistait à détester les prières improvisées et la psalmodie nasillardé. Par un jour de pluie, lorsqu'il était impossible de chasser, ni les cartes, ni le trictrac n’eussent offert, dans les intervalles des plaisirs de la table une ressource ausssi agréable. Nulle part ailleurs, peut-être, on ne trouverait, sous un si petit volume, une telle collection de citations et d’anecdotes bouffonnes. Quelques hommes graves, cependant, qui n’aimaient ni la doctrine, ni la discipline calviniste, secouaient la tête à la vue de ce recueil de facéties, et donnaient à entendre que l’auteur, en livrant à la risée publique l'absurde rhétorique à l’aide de laquelle des hommes grossiers et ignorants prétendaient éclaircir de sombres | questions de théologie et exciter un sentiment de dévotion parmi la populace, avait quelquefois oublié le respect dû aux choses sacrées. L'effet que produisaient sur l'esprit public en Angleterre des productions de ce genre, ne put être bien ap-

‘ Historical Relation of the late Preshyterian general Assembly, 1691 ; The l'resbyterian inquisition as rt was lately practised against the professors of the college of Edimburgh, 1691.

précié tant que l'Angleterre. et l'Ecosse fureni indépendañtes l'une de l'autre; mais il se manifesta, peu de témps après 14 réunion des deux royaumes, d'une manière que nous avons encore lieu, et que notre postérité aura probablement longlemps lieu, de regretter. |

Lés non-jureurs presbytériens:

Les extrêmes Presbytériens étaient tout aussi mécoûtents que les extrêmes Prélatistes, et tout aussi péu disposés à prêter serment de fidélité à Guillaume et Marie. Si le nonjureur jacobite et le non-jureur € caméronien étaient d’opinions diamétralement opposées, s'ils se regardaient mutuéllement avec une aversion mortelle, et si aucun des deux fie se fût fait. scrupule de persécuter l’autre, ils avaient beaucoùp de points eh commun. C'étaient peut-être les deux spécimens les plus remarquables d'extravagante absurdité qu'on cût pu trouver au monde. Chacun d’ eux considérait sa forme chérie de gouvernement ecclésiastique, non pas comme üñ moÿén, mais comme une fin, comme la seule chose nécessairé, comme la quintessence de la religion chrétienne. Chacun d'eux avait la puérilité de se figurer qu'il avait trouvé däis sa Bible une théorie de gouvernement civil. Ni l’un hi l’autre ne reculait devant les affreuses conséquences auxquelles menait sa théorie. A toutes les objections, tous déux avaiént la même réponse : — Ainsi dit le Seigneur. Tous deux s'accordaient à se vanter que des argümenis qui, aux yeux dé politiques athées, paraissaient irréfulabies, ne présentaient au Saint aucune difliculté. Il pouvait être parfaitement vrai qu'en se relâchant de la rigueur de sès principés, il pût sauver son pays de l'esclavage, de l’anärchie, de là ruiné

universelle. Mais il n’était point chargé de sauver son pays : le seul salut dont il eût à s’occuper était célui de son âme. il obéissait aux ordres de Dieu, et laissait l’événément à Dieu. Une de ces deux sectes fanatiques prétendait que là nation serait tenue, jusqu’à la fin des temps, d’obéir à l'héritier des Stuarts ; l’autre, qu'elle serait liée, jusqu’à la fin des ternps, par la Ligue et le Covenant solennel : ainsi, toutes deux s’accordaient à considérer les nouveaux souverains éomme des usürpaleurs.

C'est à peine si l’on à entendu parler, hors d'Écosse, des

CHAPITRE IL. | 199 non-jureurs presbylériens ; ei l’on fé sait pêut-être pas généralement aujourd'hui, même eh Ecosse, pendant combien. de temps ils continuèrent de former uné clâsse distincte. Îls maintenaient que leur pays, étant sous le coüp d'un contrat antérieur envefs le Tfès-Haut, ne pouvait jamais, tant qué durerait le monde, prendre aueun engagement incompatible avec ce contrat. antérieur. Un Erastien, un lâtitudinaire, uñ homme qui s'agenouillait pour recevoir de là nain dés évéques le pain et le vin, ef qui pouvait entendre, quoique avéé assez peu de patience, des antiennes chantées jiar des énfants de chœur en robes blanches; né pouvait gouverner un royaume placé sous le lien du Covenant. Guillaume avait d'ailleurs perdu tout droit à la Couronne én commettant ce péché pour lequel une dynastie, sürnaturéllemént établié, avait été jadis surnaturellement déposée. Ïl avait prêté les mains à l'évasion de son beau-père, cet idolâtre, cet assassin, cet

Parmi les nombreux documents curieux Jaissés par les Covenantairés dé cette génération, l’un des plus curieux est celui qui a pour titré : « Na: thañiel, or the Dying Testimony of Jolin Matthieson in Closéburn. » Matthiësünh né mourut qu'en 1709; mais son témoignage, où téstäment religieux, fut écrit quelques années auparavañl; à une époque où il 8’attens dait à mourir, « Et maintenant, dil:l, étant sur le point de mourir, je voüdrais vous dire en peu de mots, à vous qui devez rester après moi, ce que je pense des temps. Quand je vis, ou plutôt quand j’entendis dire que le prince et la princesse d'Orange étaient élablis comme ils lé sont, qu’i pardonnait à tous ceux qui avaient assassiné les saints, et qu’il recevait toutes les bêtes .sanguinaires, soldats et autres, tous ces officiers de leur gouvernement et de leur armée, tous les conseillers sanguinaires; civils et ecclésiastiques, el qu'il laissait échapper ce fils de Bélial, son beau-père, qui, d’après toutes les lois divines et humaines; aurait dû être mis à mort, je compris qu'il ne ferait auçun bien à la cause et à l’œuvre de Dieu, »

Fr

avait persécuté les saints, le vieux Dalrymple, qui avait jugé les saints, étaient grands et puissants. Il n’y avait, disait-on, d'autre alternative que Guillaume ou Jacques, et, de deux maux, c'était sagesse de choisir le moindre. Telle était, en effet, la sagesse de ce monde. Mais la sagesse qui vénait d'en haut nous enseignait que de deux choses, toutes deux mauvaises aux yeux de Dieu, il ne fallait choisir ni l’une ni l’autre. Dès que Jacques serait rétabli sur le trône, ce serait un dcvoir de le désavouer et de lui résister. Le devoir actuel était de désavouer son gendre et de lui résister. Il ne fallait rien dire, il ne fallait rien faire qui pût être interprété comme une reconnaissance de l'autorité du Hollandais. Les hommes picux ne devaient lui témoigner aucune déférence, exercer sous lui aucun emploi, recevoir de lui aucun salaire, signer aucun . acte dans lequel on lui donnait le titre de roi. Anne succéda à Guillaume, et Anne fut désignée par ceux qui s’appelaient le reste de la vraie Eglise, comme la prétendue reine, la méchante femme, la Jésabel. Georges Ie" succéda à Anne, et Georges I°° fut le prétendu roi, la bête d'Allemagne :. Georges IE succéda à Georges I®r, et Georges IT aussi fut un prétendu roi, qu'on accusait d’avoir surpassé la méchanceté de ses méchants prédécesseurs, en faisant passer une loi contraire à cette loi divine qui ordonne de ne laisser vivre aucune sorcière ?. Georges III suçcéda à Georges IL, et ces hommes continuèrent avec la même persévérance, quoique dans un langage moins féroce qu'auparavant, à répudier toute fidélité à un souverain qui n'avait rien de commun avec un pays engagé par le Covenant 3, En 1806 même, ils rendaient

* Voir le « Dying testimony de M. Robert Smith, étudiant en théologie, demeurant à Douglas Town dans le comté de Clydesdale, qui mourut vers deux heures, le dimanche matin 13 décembre 1724, à l’âge de 58 ans, » et le « Dying testimony de William Wilson, autrefois maître d'école à Park, dans le comté de Douglas, mort le 7 mai 1757, âgé de 68 ans. » | * Voir le Dying Testimong de William Wilson, mentionné dans la note précédente. On doit faire observer qu’en ce qui touchait les sorcières, les membres de la Presbytérie Associée étaient aussi absurdes que ce paüvre maître d'école au cerveau fêlé. Voir leur « Acte, Déclaration et Témoignage, » publié en 1773 par Adam Gib.

.. ? En 1791, Thomas Henderson de Paisley écrivit une défense de quel-

ques Séparatistes qui s'appelaient la Presbytérie Réformée, contre un écrivain qui les avait accusés de « désavouer-notre excellent souverain actuel comme roi légitime de la Grande-Brelagne, » « La Presbytérie Réformée

encoré leur témoignage public contre le péché de reconnaître son gouvernement en payant les impôts, en prenant des licences d’excise, en se joignant aux volontaires ou en travaillant aux travaux publics ‘. Le nombre de ces fanatiques alla en diminuant, jusqu’à ce qu'enfin ils se trouvèrent tellement dispersés sur la surface de l’Ecosse, qu'ils n'étaient nulle part assez nombreux pour avoir une maison de réunion, ct qu'on les appela les « non écouteurs » (non hearers.) IS continuaient, cependant, à s'assembler et à prier dans des maisons particulières, et persistaient à se regarder comme la population élue, comme la nation sainte, comme le troupeau qui, au milieu de la décadence commune, conservait seul la foi d’un meilleur âge. Il n’est nullement improbable que cette superstition, la plus irrationnelle et la plus absurde dans laquelle le christianisme protestant ait jamais été perverti par les préjugés et les passions humaines, végète encore dans quelques fermes obscures.

et ceux qui sont en rapport avec elle: dit M. Henderson, « ne sont guère dans l’usage de donner des titres flatteurs aux princes... Cependant ils n’éprouvent aucun ressentiment à l'égard de la personne de celui qui occupe actuellement le trône, ni d'aucune des bonnes qualités qu'il péssbde

Ils souhaitent sincèrement qu'il soit plus eæcellent que ne peuvent le faire

les dehors-de la royaulé, qu'il soit orné de l’image du @hris!, elc., etc. Mais ils ne peuvent nullement le reconnaître, non plus qu'aucun autre membre de la doctrine épiscopale, comme roi légitime de ce pays soumis au Covenant.

‘ Un enthousiaste, nommé Georges Calderwood, dans sa Préface à un recueil de Dying Testimonies, publié en 1806, accuse même la Presbytérie Réformée de complaisances scandaleuses. « Quant à la Presbyiérie Réformée, » dit-il, « quoiqu'’elle professe reconnaitre de lout point le témoignage du martyr, cependant elle a maintenant adopté tant de distinctions nouvelles et abandonné les anciennes, qu'il est évident que ce n'est ni le témoignage du martyr, ni celui qui avait été d’abord adopté par cette Presbytérie qu’elle soutient aujourd'hui. Quand la Presbytérie Réformée était dans son enfance et qu’il y avait quelque apparence d'honnèlelé et de fidélité entre ses membres, lout le monde la blämait parce qu’elle établissait des distinctions que personne ne pouvait justifier ; c'est-à-dire qu’élle ne voulait pas admettre dans sa communion ceux qui payaient l'impôt foncier ou qui souscrivaient des obligations à cet eftet ; mais aujourd’hui elle admet dans cette même communion chefs et membres qui paient volontairement tous les impôts et souscrivent des obligations... » « On n’a qu’à se reporter

. aux livres du gouvernement depuis le commencement de la guerre avec la

France, et l’on verra combien de ses membres ont accepté des émplois de confiance qui les meltaient aux ordres du gouvernement, tels que ceux de porteurs d'armes, de conducteurs de besliaux, etc:, et qu'est-ce que leur permission pour commercer par mer ou par terre, si ce n’est être au service du gouvernement ?

Güillauté ëst mécontent des arrangements ecclésiastiques faits : en Ecosse. EE

Le roi né fut qu'à demi sâtisfait de la manièré dont la constitution ecclésiastique de l'Etosse avait été réglée. El trouva que les Episcopaux avaient été maltraités, et il craignit qu'ils ne le fussent encore plus mal lorsque le nouveau système sérait complétement orgañisé. Il avait désiré vive= ment que l'acte qui établissait l'Eglise presbytériénne fût accompagné d'un autre acle qui permettrait aux personnes qui n'appartenaient point à cette Eglise de tenir librement leurs assemblées, ét il avait appelé particulièrement l'attention de Melville sur ce point?. Mais quelques prédicäteurs populaires déclamèrent avec tant dé violénce à Edimbourg contre la li= berté de conscience, qu'ils appelaient le mystère d’iniquité, que Melville n’osa pas se conformer aux instructions de son * maître. Un projet d’acte de tolérance fut présenté aü Parlement par un simple membre; mais on l'accueillit froidement et il n’y fut donné aucune suite ?.

Réunion de l'assemblée générale de l'Eglise d'Ecosse

Guiltiumé, cependant, était fermement résolu à empêcher la secte dominante de se livéer au bonheur de la persécution, et il profita de la première occasion pour faire connäîtré sa résolution. La première Assemblée Générale de l'Eglise nou vellement établie se réunit peu dé temps après son rétour d'Irlande. Il était nécessaire qu’il nommât un commissaire et qu'il écrivit une lettre. Quelques Presbytéfiens zélés espéraient que ce commissaire serait Crawford, et les ministres d'Edimbourg rédigèrent üun docüment dans lequel ils donnaient très-clairement à entendre que tel était leur désit. Mais Güillaumeé fit choix de lord Carmichael, noble écossais distingué par son bon sens, son humanité et sa modération 5. La léttre adressée à l'Assemblée renfermait des conseils trèssages, exprimés dans un langage élévé. « Nous espérons, »

‘ Le roi à Melville, 22 mai 1690, dans les Leren and Melville Papers.

*. Account oj the establishment of l'resbyterian government.

* Les bonnes qualités de Carmichael sont pleinement reconnues par les Episcopaux. Voir Historical Relation of the late Presbylerian Assembly and the Presbyterian Inquisition.

disait le roi, « que.yos actes seront tels que nous n’ayons point à nous repentir de ce que nous ayons fait. Nous n’avons jamais pu penser que la violence contribuât aux progrès de la yraie religion, et nous n’entendons pas que notre autorité soit. jamais un.instrument au service des passions désordonnées d’aueun parti, La modération, voilà ce que prescrit la religion, ce qu’attendent de ous les Églises voisines, el ce que je vous recommande. » LéS Soixante et leurs associés n'auraient peut-être pas été fàchés de répondre dans un langage semblable à celui qui avait été tenu, ainsi que quelques-uns d'eux pouvaient se le rappeler, à Charles IT pendant son séjour en Ecosse. Mais ils venaient d'apprendre qu’en Angleterre l'opinion se prononçait fortement en faveur des ecclésiastiques expulsés par là populace et que, dans une pareille situation, ee serait folie au corps qui représentait l'Eglise Presbytérienne d'engager: une lutte avec le roi, L'Assemblée fit done à la lettre royale une réponse respeetueuse.et reconnaissante, déclarant à Sa Majesté que les membres avaient trop souffert de l'oppression pour vouloir jamais opprimer les autres 2. |

Etat des affaires sur le Continent.

Cependant les troupes, sur tout le Continent, prenaient leurs quartiers d'hiver. La campagne n'avait eu nulle part de

résultats déeisifs. La victoire remportée par Luxembourg à Fleurus n'avait pas praduil de résultat important. Sur le

Æ sr:

Haut-Rhin, de grandes armées avaient été en présence, des :

mois entiers, sans échanger un seul coup. En Catalogne, on avait pris quelques petits forts. A l’est de l'Europe, les Turcs avaient eu des avantages sur Certains points, les Chrétiens sur d'autres ; et l'issue de la lutte paraissait être aussi éloi-

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