‹ Histoire du règne de Guillaume IIIChapitre 8 sur 15 · CRE · texte numérisé non relu

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! Voir, dans les Leven and Melville Papers, des lettres qe Melville écrivit de Londres à celte époque à Crawlord, à Rule, à Williamson et à d’autres presbylériens violents. « Le clergé expulsé, » dit-il, © fait grand bruit; beaucoup de gens ici s’en réjouissent et les encouragent. [l.n’y.a pas autre chose à faire maintenant, que d’user de la plus grande réserve et de la plus grande modération imaginables, si l’on ne veut tout compr@ et prenez cela comme chose sérieuse, et non pas comme des vision: rées par la peur, »’: 1e

* Principal Acts of the general Assembly “ the church ofScotland held in and begun at Edinburg the sixleenth day of october 1690; Edimburgh, 1691, 4 u , ”

€ «; ss 204 REGNE DE GUILLAUME IF.

qu'un autre prince, plus puissant, et qui ne lui cédait ni en

talents ni en courage, s'était joint à læligue contre la France *. 3 Ed * Le duc de Savoie entre dans la coalition.

C'était Victor-Amédée, due de Sayoie. Jeune encore, il tait déjà versé dans cet art pour lequel les hommes d'Etat l'Italie étaient célèbres depuis le treizième siècie, dans cet art auquel Castruc js Castracani et François Sforce devaient

ur grandeur, et que Machiavel avait réduit en système. Aucun souverain, dans l'Europe mode e, n'a, avec une aussi petite p neipauté, exercé pendant auss temps

aussi grande ‘influence. L

temps, avec une appal avec une répugnance et un ressentiment secrets, à l’ascendant de la France. Quand la guërre éclata, il afecta de rester neutre, mais entama des négociations secrètes avec Ja mäison d'Autriche. Il aurait sé 5 continué à dissimuler jusqu'à ce qu’il eût trouvé quelque occasion de frapper un coup à l'improviste, si ses plans et ses intrigues + 'eussent été déjoués par la promptitude et la vigueur de | Louis. Uné armée française, sous les ordres de Catinat, général de beaucoup de talent et de courage, pénétra dans le Piémont. On fit savoirau duc que sa conduite ayait excité

des soupçons qu'il ne pouvait détruire.qu'en recevant des: garnison € be dans Turin et dans Verceil. Il reconnut alors qu’il fallait être ou l’esclave ou l'ennemi déclaré de son puissant et impérieux voisin. Son choix fut bientôt fait; et une guerre commença, qui, pendant sept ans, OCCUpa quelque des meilleurs généraux et quelques-unes des

: Monthly Mercurius : London à des 3 et 6 novembre.1690. |

nr

meilleures troupes de Louis Un envoyé extraordinaire de Savoie se rendit à La Haye, et delà à Londres,.présenta scs lettres de créance dans la salle des Bahquets, et adressa à Guillaume un discours qui fut bientôt traduit en toutes les langues et lu par toute l'Europe. L'orateur félicita le roi du succès de cette grande entreprise qui avait rendu à l’Angleterre son ancienne place parmi les nations et brisé les chaînes de l’Europe. « Mon maître, » ajouta-t-il, « est heureux de pouvoir enfin exprimer des sentimen{sdepuis longtemps cachés au fond de-son cœur: c’est une partie de sa dette envers Votre Majesté. C'est elle qui lui a inspiré l'espoir de la Hberté après tant d'années de servitude. »

Vote des subsides,

Il avait été résolu que, pendant l'hiver prochain, un congrès de toutes les puissances hostiles à la France se tiendrait à La Haye. Guillaume était impatient de s’y rendre. Mais il était nécessaire qu'il tint une session du Parlement. Dans les premiers jours d'octobre,. les Chambres se réunirent à Westminster. Les membres étaient généralement dans de bonnes dispositions. Les Tories qu'il était possible de se concilier l'avaient été par l'Acte de Grâce et par la large part qu'ils avaient eue dans les faveurs de la Couronne. Les Whigs, qui étaient capables d'apprendre, avaient appris beaucoup par la lecon que Guillaume leur avait donnée, et ils ne s’attendaient plus à ce.qu’il descendit du rôle de roi à celui de chef de parti. Whigs et Tories, à peu d’exceptions près, avaient été alarmés par la perspective d’une invasion française et s’é- {aient réjouis de la nouvelle de la victoire de la Bôyne. Le souverain qui avait versé son Sang pour leur nation et leur religion était maintenant plus haut dans l'estime publique qu'il n'avait été à aucune époque depuis son avénement. Son discours d'ouverture provoqua les bruyantes acclamamations des Lords et des Ccmmuncs !. Des rémerciments furent votés à l'unanimité, par.les deux Chambres, au roi pour ses.exploits en Irlande, à la reine pour la prudence avec laquelle elle avait gouverné l'Angleterre pendant son absence ?. Ainsi commença une session distinguée entre toutes

* Van Cilters aux Elats Généraux, 3 (13) octobre 1690. * Lords’ Journals, G octobre 1690; Commons’ Journals, 8 aoûl.

li. 18

206 REGNE DE GUILLAUME ItL.

les sessions de ce règne par l'harmonie et Ja tranquillité.

Aucun compte-rendu ‘des débats n’a été conservé, à moins qu'on ne veuille donner ce nom à un pamphlet depuis longtemps oublié, dans lequel quelques-uns des discours prononcés le premier jour sont travestis en vers burlesques ft. Le temps des Communes paraît avoir été principalement occupé à discuter des questions qui se rattachaient aux élections du printemps précédent. Les subsides nécessaires pour la guerre, quoique considérables, furent votés avec empressement. Le nombre des troupes régulières pour l’année suivante fut fixé à 70,000, dont 12,000 devaient se composer de cavalerie ou de dragons. L'entretien de cette armée, la plus grande que l” Angleterre eût jamais eue sur pied,

s'élevait à environ 2,300,000 livres sterling ; les dépenses de la marine à environ 1,800,000 livres. Ces sommes comprenaient les frais de l'artillerie, qu'on évaluait en gros au huiième des frais de la marine et au cinquième de ceux de l’armée ?. La totalité du secours extraordinaire accordé au roi excédait quatre millions.

Les Communes pensèrent avec raison que la libéralité extraordinaire avec laquelle elles avaient pourvu aux besoins du service public les autorisait à exiger des garanties extraordinaires contre le gaspillage et le péculat. Un bill fut introduit, qui donnait pouvoir à neuf commissaires d’examiner et d'arrêter les comptes publics. Les neuf commissaires étaient désignés dans le bill, et ils appartenaient tous à la Chambre-Basse. Les Lords adoptèrent le bill sans amendement, et le roi y donna son assentiment à. |

Budget des recettes.

Les débats sur les recettes occupèrent une partie considérable de la session. Il fut décidé que 1,650,000 livres seraient levées au moyen d'un impôt mensuel direct sur la terre. Les droits d’excise sur l’ale et la bière furent doublés ; et les droits

: Je ne sache pas que ce pamphlet ait jamais été imprimé. Je ne l'ai vu que dans deux manuscrits contemporains. Il es intitulé : « Ouverture de la Session, 1690. »

M Commons’ Journals, 9, 10, 13, 14 octobre 1690.

* Commons’ Journals décembre 1690, et particulièrement du 26 décembre; Stat, 2 W. et M. Sess,. 2,0, {1.

d'importation sur la soie brute, la toile, le bois de charpente, le verre et quelques autres articles, furent augmenñtés !. Jusque-là on était à peu près d'accord. Mais la bonne éntente faillit bientôt être troublée par une proposition qui était beaucoup plus populaire que juste ou humainé. Des taxes extrémement lourdes avaient été imposées, et cependant il était douteux que ces taxes fussent suflisantes. Pourquoi, démandait-on, les frais de la guerre d'Irlande ne seraiént-ils pas supportés paf les insurgés irlandais? Tout le monde savait comment ces insurgés avaient agi dafis leuf parodie de Parlement, et rien ne pouvait être plus raisonnable que de leur : appliquér leur propre mesure. Il fallait les traiter comme ils avaient traité la colonie saxonne. Chaque acre de terrain que. l’'Acte d’'Etablissement leur avait laissé devait étre saisi par l'Etat pouf couvrir les frais qu'avait occasionnés leur turbulence et leur perversité. Il n’est pas étonnant qu’un plan qui satisfaisait à 1a fois la haine nationale et promettait un soulagement pécuniairé ait été accueilli avec transport. Un bill fut présenté, qui ne ressémblait que trop à quelques-unes des lois passées par les législateurs jacobites de Dublin. Aux termes de ce bill, les propriétés de toute personne qui avait été en état de rébellion contre le roi et la reirie depuis le jour où ils avaient été proclamés, devaient être confisquées, et le produit appliqué aux besoins de la guerre. Une exception était faite en faveur des Protestants qui n’aväient fait que sé soumettre à une forcé majeure : quant aux Papistes, ils ne méfitaient aucune indulgence. La prérogative royale de grâce était limitée. Le roi pouvait bien, si tel était son plaisir, épargner la vie de ses ennemis vaincus ; mais il ne lui était permis de soustraire aucune partie de leurs propriétés à Parrêt commun. Il ne devait pas dépendre de lui d'accorder une capitulation qui ässurât aux Catholiques irlandais la jouissance de leurs propriétés héréditaires. Il y a plus : oh ne lui permettait pas de tenir sa parole envers les personnes qu'il avait déjà reçues à merci, qui avaient baisé sa main et reçu dé sa bouche là promesse de sa protection. On éssaya d'introduire une disposition en faveur de lord Dover. Dover qui, avec tous ses défauts, n'était pas sans quelques sentiments an-

1 Slat, 2, W, et M, Sess. 2, c, 1, 3, 4,

glais,-s’était rendu odieux aux Irlandais et aux Français en défendant à Dublin les intérêts de son pays natal. Après la bataille de la Boyne, sa situation devint déplorable. Il ne pouvait espérer d’être bien reçu ni à Limerick, ni à Saint- Germain. Dans son désespoir, il se jeta aux pieds de Guillanme, promit de vivre paisiblement, et reçut l'assurance gracieuse qu’il n'avait rien à craindre. Quoique la parole royale parût avoir été engagée à ce malheureux, les communes décidèrent, à une majorité de 119 voix contre 112, que ses biens ne seraient pas exemptés de la confiscation - générale.

-Le Bill fut envoyé à la Chambre des Pairs; mais les Pairs n'étaient pas disposés à l'adopter sans de grands amendements, et le temps manquait pour faire ces amendements. De nombreux héritiers universels, des personnes investies de droits de reversion, et des créanciers, supplièrent la Chambre-Haute d'introduire dans le Bill des dispositions qui eussent pour effet d'empêcher que les innocents fussent ‘impliqués dans le châtiment des coupables : quelques pétitionnaires demandèrent à être entendus par l'organe de leurs conseils. Le roi avait fait tous ses préparatifs pour un voyage à La Haye, et le jour au delà duquel il ne pouvait retarder son voyage approchait. Le Bill fut donc, heureusement pour l'honneur de la législation anglaise, déposé dans ces catacombes où les statuts avortés de tant de générations dorment d'un sommeil rarement troublé par l'historien ou par l’anti- quaire !.

Procédures conire Torrington.

Une autre question, qui interrompit légèrement, mais trèslégèrement, le calme de cette courte session, fut la conséquence de la désastreuse et honteuse bataille du cap Bcachy. Immédiatement après cette bataille, Torrington avait été envoyé à la Tour, où il était toujours resté depuis. Une diffieulté de forme s’éleva sur la manière dont il devait être mis en jugement. Il n’y avait pas de Lord-Grand-Amiral, et quel:

* Burnet, 11, 67. Voir les journaux des Deux Chambres, notamment celui des Communes du 19 décembre, et ceux des Lords des 30 décembre et fer janvier. On trouvera le Bill lui-même dans les Archives de la Chambre des Lords.

ques jurisconsultes ne paraissaient pas être parfaitement édifiés sur le point de savoir si les Commissaires de l’Amirauté avaient qualité pour exécuter la loi martiale. La majorité des juges se prononçait pour l'aflirmative. Afin de lever tous les doutes, un bill fut présenté à la Chambre- Haute, et plusieurs Lords firent à ce bill une opposition qui semble avoir été fort peu rationnelle. La loi qu’on nous propose, disaient-ils, est une loi pénale rétrospective, et, sous ce rapport, elle n’est pas admissible. S’ils employaient cet argument de bonne foi, ils ignoraient les premiers éléments de la science de la législation. Faire une loi pour punir un délit qui n’en était pas un à l’époque où il a été commis, est contraire à tous les principes. Mais une loi qui ne fait que changer la procédure criminelle, peut être rendue parfaitement applicable aux délits passés aussi bien qu'aux délits futurs. C'eût été une grossière injustice de donner un effet rétroactif à la loi qui déclarait la traite félonie; mais il n’y avait pas la moindre injustice à décréter que la cour criminelle centrale jugerait les félonies commises longtemps.avant que cette cour existât. Dans le cas de Torrington, la loi restait en substance ce qu'elle avait toujours été. On ne changeait rien à la définition du crime, à la mesure de la peine. Le seul changement était dans la forme de. la procédure ; et c'était un changement auquel la législature avait parfaitement le droit de donner un effet rétroactif, Il est même diflicile de croire que quelques-uns des opposants au bill aient été dupes du faux raisonnement dont ils condescendaient à faire usage. L'esprit de caste était puissant chez les Lords. Que l’un d'eux pût être jugé, sur une accusation Capitale, par une cour composée de plébéiens, leur semblait une dégradation de l’ordre tout entier. Si leur noble collègue avait failli, il fallait le mettre en accusation suivant les formes établies ; il fallait transformer la salle de Westminster en cour de justice ; il fallait que ses Pairs se réunissent en costume et réndissent leur verdict sur leur honneur; il fallait que le Grand-Sénéchal prononcçât la sentence et rompit sa baguette.

C'était fait des priviléges, si un comte pouvait ‘être condamné à mort par quelques vieux loups de mer assis autour d’une table dans la chambre d'un vaisseau. Ces idées. exercèrent une telle influence, que le biil ne passa à la Chambre-Haute

qu’à une Majorité de deux voix !. Dañs la Chambre-Basse, où les dignités et les immupités de là noblesse n'étaient pas vues d’un œil favorable, il y eut peu de différence d'opinion. Torrington demanda à être entendu à la barre, ét y parla fort longuement, mais d’une manière faible et diffuse. Il fit valoir ses services, ses sacrifices, ses blessures; il injuria les Hollandais, le Bureau de l'Amiraüté et le secrétaire d'Etat. Le bill, néanmoins, parcourut toutés sés phases sans qu'il y eût une seule division ?

Torrington jugé et acquitté.

Dans les premiers jours de décembre, Torrington, toujours gardé, fut envoyé par la rivière à Sheerness. Là, se réunit le conseil de guerrè, à bord d’une frégate appelée lé Kent. L'enquête durà trois jours, et pendant, ces trois jours la fermentation fut grande à Londres. À la Bourse, dans les cafés, aux portes mêmes des églises, on ne s’entretenait d'autre chose que de Torrington. Il se manifestait, de part et d'autre, une animation extrême; des paris étaient engagés pour des som-

mes énormes; des bruits arrivaient d'heure en heure, par terre et par eau, et chacun de ces bruits arrivait exagéré et dénaturé. Depuis le jour où était parvenue à la capitale la nouvelle de cetté ignominieuse bataille jusqu'à la veille même du jugement, l'opinion publique avait été très-défavorable aü prisonnier. Son nom, $’il faut en croire des pamphlétaires contemporains, n’était presque jamais mentionné sans qu'on n’y ajoutât quelque malédiction. Mais, lorsque la crise de son sort approcha, il y eut, comme cela arrive souvent en Angleterre, une réaction. On se rappela tous ses mérites, son ouvrage, son caractère bienveillant, son ferme attachement à la religion protestanté dans les mauvais temps. IT était im- . possible de nier qu'il fût indolent et voluptueux, qu’il négligeût les affaires les plus importäntes pour ses plaisirs, qu'il ne pût rien refuser à un compagnon de débauche ou à une

Lords’ Journals, 30 octobre 1696. Les nombres ne sont jamais donnés dans les journaux de la Chambre des Lords. C’est Ralph qui affirme que là majorité ne fut que de deux voix :. je suppose qu'il avait quelque autorité que je n'ai pas pu trouver.

? Van Cilters aux Etats Généraux, 14 (24) novembre 1690. « Discours du comte de Torring'on à la Chambre des Communes, 1710. »

CHAPITRE Il. 211 maîtresse ; mais On trouvait dés éxcüses à ces défauts, on avait recours à des euphémismes pour lés atténuer. Ses amis émployèrent sans scrupule fous les Moyens qui pouvaient soütenir un señtimént national en sa faveur, et ils furent puissammenñt aidés par la nouvelle que la haine que lui portaient les Hollandais s'était manifestée par dés insultes à quelques-uns de ses compätfiotes. On allait répétant qu’un brave et généreux Anglais, dont tout ce qu'on pouvait diré de pire était qu'il aimait le vin et les femmés, alläit être fusillé pour satisfaire là malveillance des Hollandais. Ce qui sè passa au jugement contribua à confirmer la populace däns cette idée. La plupart des témoins à charge étaient des officiers hollandais. Le contre-amiral hollandais, qui se chargea du rôle de plaignant, s’oublia jusqu'à accuser les juges de partialité. Lorsque enfin, le soir dü troisième jour, Torrigton fut décläré « non Coupaäblé, » beaucoup de gens qui, naguère, demandaient Son Sang à grands cfis, parurent satisfaits de son acquittément. Il retourna à Londrés, libre et l'épée au côté. A mesuré que Son yacht remontait là Tamise, chaque vaisseau devant lequel il passait le salüait. Il alla prendre sa place à la Chambre des Lords, et se hasärda même à se présentér à là éour. Mais là plupart des Pairs l'äécueillirent froidemént. Guillaume ne voulut pas le voir, et ordonna qu'il fût congédié du service !.

Animosité des Whigs contre Gaermarthen,

Il y avait un autre Sujet qui ne donna lieu à aucün vote de l’une ou l’autre des Chambres, mais sur leqüel on est fondé à croire que des paroles fort vives furent échangées dans l'une et dans l’autre. Les Whigs, quoique beaucoup moins violents que l’année précédente, né pouvaient voir patiem« ment Cacrmarthen aussi près d’être premier ministre qu’un

* Burnet, II, 67, 68; Van Cilters aux Etats Généraux, 20 novembre (ter décembre), 9 (19), 12 (22), 16 (26) décembre 1690; An impartial Account of sue remarkable passages in the Life Œ Arthur, Earl of Torrington, together awvith some modest remarks on the Trial and Acquitment, 1691; Reasons for the Trialof the Earl of Torrington by Impeachment, 1690 ; The Parable of the Bearbaiting, 1690; The Earl of Torringlon's speech to the Housé of Commons, 1710. Quant au froid accueil fait à Torrington par les pairs, j'ai trouvé ce fait dans un article des Noticias ordinarias du 6 février 1691, Madrid.

sujet pouvait l'être sous un prince du caractère de Guillaume. Personne n'avait pris une part plus marquante à la Révolution que le Lord Président, personne n'avait plus à craindre d’une contre-révolution ; mais ses anciens ennemis ne voulaient pas croire qu’il eût abjuré cordialement ces doctrines arbitraires dont il avait jadis été l’apôtre zélé, ni qu'il pût être fidèle à un gouvernement né de la résistance. Pendant les six derniers mois de 1690, il fut poursuivi par d’impitoyables libelles. Tantôt on l’appelait le roi Thomas, tantôt Tom le tyran. On suppliait Guillaume de ne pas partir pour le continent, en laissant son plus dangereux ennemi si près de l’oreille de la reine. Les Whigs, qui, l’année précédente, avaient persécuté Halifax avec autant d’ingratitude que de làcheté, n'en parlaient maintenant qu'avec respect et avec regret : car il était l'ennemi de leur ennemi. Les traits, la tournure, les infirmités physiques de Caermarthen, étaient tournés en ridicule ?. Les négociations avec la cour de France, dans lesquelles il avait été impliqué douze ans auparavant, pour son malheur plutôt que par-sa faute, furent rappelées et présentées sous les couleurs les plus odieuses. On lui reprocha sa mise en accusation et son emprisonnement. Une fois, disait-on, il aväit échappé ; mais le châtiment pourrait encore l’atteindre, et Londres pourrait jouir du plaisir si longtemps différé de voir le vieux traître lancé du haut de l'échelle, suspendu au ruban bleu qu’il déshonorait. Tous les membres de sa famille, femme, fils, filles, furent en butte à de sauvages invectives ou à des sarcasmes méprisants 5. Tous ceux qu'on supposait lui être étroitement attachés par des liens politiques eurent leur part de ces outrages, et aucun n’en eut une plus large part que Lowther. Les tendances que révélaient ces satires existaient à un haut degré parmi les Whigs du Parlement. Plusieurs d’entre eux délibérèrent sur un plan d'attaque, et ils se flattaient de pouvoir soulever une tempête qui rendrait impos-

‘ Un poëte whig compare les deux marquis, ainsi qu'on les appelait souvent, et donne à Georges la préférence sur Thomas.

* « Ce méchant spectre étiqué qui obsède le roi. » © * «Qu'il soit attaché haut et court à la potence avec son ruban bleu; » pour mylady une charrette; et je voudrais la faire trainer par Monsieur » son fils, le beau Danseur, » |

. CHAPTIPRE IT. 213

sible la continuation de Ja présence de Caermarthen à la tête des affaires. Il paraitrait qu’à cette époque son influence dans le cabinet du roi n’était pas tout à fait ce qu’elle avait été. Godolphin, qu'il n'aimait pas, et sur qui il n’exerçait aucun contrôle, mais dont les talents financiers avaient grandement fait faute pendant l'été, fut ramené à la Trésorerie, avec le titre de premier commissaire. Lowther, qui était l'homme du Lord Président, continua de si, ger au bureau.

mais cessa d'y présider. Il est vrai qu’il n’y “avait pas alors une si grande différence qu'aujourd'hui entre le premier Lord et ses collègues. Cependant le changement était important et significatif. Marlborough, que Caermarthen n'aimait pas davantage, obtint, dans les affaires militaires, la même confiance que Godolphin dans les affaires de finances. Les sceaux, que Shrewsbury avait rendus dans.le cours de l'été, étaient depuis lors toujours restés dans le tiroir secret du bureau de Guillaume. Le Lord Président s'attendait probablement à être consulté avant qu’on n’en disposât; mais il fut désappointé. On fit venir Sidney d'Irlande, et les sceaux lui furent remis. Le premier avis donné au Lord Président de cette importante nomination ne le fut pas dans une forme: propre à calmer sa mauvaise humeur. « Avez-vous rencontré, » lui dit Guillaume, « le nouveau secrétaire d'Etat, qui sort à l'instant? » — « Non, Sire, » répondit le Lord Président; « je n'ai rencontré que mylord Sidney. » — « C’est lui qui est le nouveau secrétaire, » reprit Guillaume. « Il fera l'affaire en attendant que j'aie trouvé quelqu'un qui convienne ; et, lorsque j'aurai trouvé, il sera tout prêt à donner sa démission. Tout autre que j'aurais pu choisir se serait cru sacrifié lorsque je l'aurais congédié. » Si Guillaume avait dit tout ce qu'il pensait, il aurait probablement ajouté que, sans être un grand orateur ou un grand homme d'Etat, Sidney était du petit nombre des politiques anglais en qui il pût avoir une aussi entière confiance qu'en Bentinck ou en Zulestein. Caermarthen écouta avec un sourire amer. C'était chose nouvelle, dit-il ensuite, de voir un noble personnage installé dans la charge de secrétaire d'Etat, comme on met au théâtre un laquais dans une loge, uniquement pour garder Ja place jusqu'à l’arrivée de ses supérieurs. Mais cette plaisanterie cachait une profonde mystification ct une

inquiétudé sérieuse. La position du premier ministre était désagréable et même périlleuse,:et la durée de son pouvoir eût sans doute été courte si, en te moment même, la fortune

né lui avait fourni le moyen de confondre ses DORE en rendant un grand service à l'Etat !.

Complot jacobite.

Les Jacobites semblaient être, au mois d'août, complétément écrasés. La victoire de la Boyne, et l'irrésistible explosion de patriotisme prodüite par l'apparition de la flotte de Tourvillé sur la côte du Devonshire, aväient imposé silence aux plüs hardis champions du droit héréditaire. La plupart des principaux conspirateurs passèrent quelques Semaines én prison ou cachés. Mais quelque étendues qu’eussent été les ramifications de la conspiration, un seul traître subit la peine de son crime : c'était un nommé Godefroi Cross, qui tenait une aüberge au bord de la mer, près de Rye, et qui, à l'époque où la flotte française était sur la côte de Sussex, avait donné des avis à Tourfville. Lorsqu'il parut que cet exemple solitaire avait été jugé suffisant, lorsque le danger “d’invasion fut passé et que l'enthousiisme populaire excité par ce danger se fut calmé, lorsque l’indulgence du gouvernement eut permis à quelques conspirateurs de sortir de prison et encouragé les’autres à s’aventurer hors de leurs cachettes, la faction qui avait été abattue et étourdie, commença à manifester des signes d'un retour de vie. Les anciens traîtres se réünirent dans leurs anciens lieux de rendez-vous, échangèrent des regards significatifs et des chuchotements mystérieux, et tirèrent de leurs poches des libelles contre la cour de Kensington, et des lettres de la cour de Saint-Germain, écrites avec du lait et du jus de citron. Preston, Dartmouth, Clarendon, Penn, étaient au nombre des plus remuañts. Avec eux éfait ligué l’évêque d’Ely, qui n'avait pas prêté serment, à qui le gouvernement permettait encore de résider dans le palais qui ne lui EME plus, et qui

1 Quant aux desseins des Whigs contre Caermar then, voir Burnet, IL, 68, 69, et une protestalion très-significative dansé les journaux des Lords, 80 octobre 1690. En ce qui touche les rapports entre Caermarthen et Godolphin, voir, dans Dalrymple, la lellre de Godolphin à Guillaume, du 20 mars 1691,

-CHAPITRE JL. nd 215

. Yenait, il n’y. avait pas longtemps encore, de prendre le ciel à témoin qu'il abhorrait l'idée d'inviter des étrangers à envahir l'Angleterre. On avait perdu une bonne occasion ; mais il s’en présentait une autre, et il ne fallait pas la laisser échapper, Busurpateur allait bientôt quitter une Seconde fois l'Angleterre. L'administration allait être une seconde fois confiée à une faible femme et à un conseil divisé. L'année qui finissait avait certainement été malhéureuse ; mais celle qui allait Je

commencer pouyait être plus favorable, : + | Les principaux conspirateurs se réunissent.

Dans le courant de décembre eut lieu une réunion des meneurs du parti jacobite :, L'assemblée, composéé exclusivement de protestants, fut d'avis qu’il fallait tenter quelque chose, mais que les difficultés étaient grandes. Personne n'osa proposer de faire venir Jacques sans être accompagné de troupes régulières. Cependant tous, instruits par l’expérience de l'été précédent, redoutaient l'effet que pourrait produire la vue des uniformes et des drapeaux français sur le sol anglais. Un mémoire fut rédigé, qui avait pour objet de convaincre Jacques et Louis XIV qu'une restauration était impossible sans l'appui cordial de la nation. La France, étaitil dit en substance dans ce document remarquable, pourrait peut-être faire de l'Angleterre un monceau de ruines, mais jamais une province soumise. Ceux qui n’ayaient pas été à portée d'observer les dispositions de l'esprit public ne pouvaient guère se faire une idée de la résolution sauvage avec laquelle les gens de toute classe, de toute secte, de toute faction, étaient préparés à résister à tout potentat étranger qui voudrait conquérir le royaume par la force des armes. L'Angleterre ne pouvait non plus être gouvernée comme un pays catholique romain. On y comptait cinq millions de protestants : il n’y avait pas cent mille papistes. Qu’une pareille minorité tint en échec une pareille majorité était une chose physiquement impossible ; et toutes les au-

! Mon récit de la conspiration est tiré principalement des preuves orales . et écrites qui furent produites lors du procès des conspirateurs, Voir aussi Burnet, II, 69, 70, et Life of James, Il, 441. Narcissus Luttrell remarque qu'aucun Catholique romain ne parait avoir été admis aux conférences des conspirateurs,

tres considérations s’effaçaicnt devant l'impossibilité physique. Jacques ferait donc bi en de prendre sans plus tarder des mesures qui indiquassent sa résolution de protéger la religion établie. Malheureusement, chaque lettre qui arrivait de France contenait des nouvelles tendant à irriter des passions qu’il était si désirable de calmer. On parlait d’affronts qu’avaient reçus à Saint-Germain des protestants qui avaient donné la plus grande preuve de fidélité en suivant dans l'exil un maître plein dé zèle pour une religion qui-n’était pas la leur. Les édits rendus contre les huguenots auraient pu être justifiés par les opinions anarchiques et les menées de ces sectaires', mais c'était le comble de l'injustice et de l’inhospitalité de mettre ces édits en- force contre des gens qui n’à- Yaient été chassés de leur pays qu'à cause de leur attachement à un roi catholique romain: Pourquoi continuer d’interdire à des enfants de PEglise anglicane, qui, pour se conformer à ses enscignements, avaient ‘sacrifié à la cause royale tout ce qu’ils avaient de plus précieux sur la terre,

pourquoi, disait-on, leur interdire de s'assembler dans quel- - qne: édifice modeste pour y célébrer ses rites et y recevoir ses consolations ? La nouvelle que Louis avait, à la demande de Jacques, permis aux exilés anglais d’adorer Dieu suivant leurs formes nationales, serait le meilleur prélude à la grande entreprise. Cette entreprise devait être tentée au commencement du printemps. Il fallait sans doute qu’une force française accompagnât Sa Majesté : mais elle devait déclarer que n'amenant cette force que pour la défense de sa pérsonne et la protection de ses sujets affectionnés, et, qu’aussitôt que les oppresseurs étrangers auraient été chassés, les libérateurs étrangers seraient congédiés. Elle devait également promettre de gouverner conformément à la loi, et renvoyer à la décision d’un Parlement tous les points restés en litige entre lui et son peuple.

Les conspirateurs décident que Preston sera envoyé à Saint-Germain.

Il fut décidé que Preston porterait à Saint-Germain les résolutions et les suggestions des conspirateurs. John Ashton, qui avait été secrétaire du cabinet de Marie de Modène lors- . qu'elle était sur le trône et qui était entièrement dévoué aux intérêts de la famille exilée, se chargea de procurer les

moyens de transport ; et dans ce but, il s’assura la coopération d’un jeune jacobite un peu exalté, nommé Elliot, qui sut seulèément d’une manière générale qu'il s’agissait de rendre à la bonne cause un service assez hasardeux.

Il était facile de trouver dans le port de Londres un navire dont le patron ne se montrât pas trop scrupuleux sur l'usage qu’on voulait en faire. Ashton et Elliot furent mis en rapport avec le maître d’un bateau pêcheur nommé lé Jacques et Elisabeth. Les agents jacobites se firent passer pour contrebandiers, et parlèrent des milliers de livres sterling qu’on pourraït gagner au moyen d’une seule expédition heureuse en France. Le marché fut conclu; on rompit en deux une pièce de six pence, et toutes les dispositions furent faites je le voyage.

Papiers confiés à Preston.

Preston fut chargé par ses anis d’un paquet qui contenait des papiers importants. Il s’y trouvait, entre autres, un état de la flotte anglaise, fourni par Dartmouth, qui était en rapport avec quelques-uns de ses anciens compagnons d'armes, un procès-verbal des résolutions adoptées dans la réunion des conspirateurs et le canevas d’une déclaration qu’on croyait désirable que Jacques publiât au moment où il débarquerait. On y avait joint six à sept lettres des notabilités du parti : la plupart de ces lettres étaient des paraboles, mais des paraboles dont il n’était pas diflicile de saisir le vrai sens. Un des conspirateurs avait emprunté le langage de la jurisprudence. On espérait, disait-il, que M. Jackson ne‘tarderait pas à reprendre possession de sa propriété. Le nouveau propriétaire était un homme dur et qui s'était aliéné les tenanciers. Il faudrait : peu de chose pour racheter le tout. Les opinions des jurisconsultes étaient en faveur de M. Jackson. Tout ce qu'il fallait,

c'était qu'il se présentât en personne à Westminster Hall. La cause devait être définitivement plaidée avant la fin du terme de Pâques. D’autres correspondants affectaient le style de la bourse. Une cargaison de marchandises bien conditionnées était impatiemment attendue. On avait lieu d'espérer que l’ancienne maison de commerce établirait bientôt des relations avantageuses avec des maisons avec lesquelles elle n'avait rien fait jusqu'alors. C'était évidemment une allusion aux Whigs mécontents. MAS, àjoutait- -on, il ne fallait pas

différer les chargements. Rien dé dangereux comné de faire attendre, Si les marchandises n'étaient pas arrivées le 10 mars, tous les bénéfices de li campagne seraient perdus. Quant aux détails, on pouvait s’en rapporter entièrement à l'excellent commis que l’on enfoyaït. Clarendon prit lé rôle d’un courtier matrimonial. Il y avait, disait-il, tout lieu d’espérer que l'affaire qu’il négociait aboutirait et que la dot serait bien garantie. « Vos parents, » ajouta-t-il en faisanit allusion à son récent emprisonnement, ». ont été très-durs pour moi cet été; ce qui ne m'a pas empêché dé poursuivre l'affaire, aussitôt que j'ai pu m’aventurer dehors én sûreté. # Catherine Sedley confia à Preston une lettre dans laqüelle, sans allégorie ni circonlocution, elle se plaighait dé €ë qüé son amant lui avait laissé une fille sur les bras, et suppliait instamment qu'on lui envoyât de l'argent. Mais les deux dépêches les plus importantes étaient de l’évêque Turner. Elles étaient adressées à M. et à Mme Redding : mais le style en était tel qu'un gentleman eût rougi de le tehir, si ce n'est en s'adressant à des personnages couronnés. L'évéqué assurait Leurs Majestés qu’il était dévoué à leur cause, qu’il souhaitait ardemment une grande occasion de prouver son zèle et qu'il ne dévierait pas plus de son devoir envers elles qu’il ne renoncerait à ses espérances dans l’autré monde. Îl ajoutait, dans une phraséologie assez métaphorique, mais parfaitement intelligible, qu'il était l'organe de plusieurs des prélats non-jureurs, et notamment de Sancroft. « Monsieur, je parle au pluriel » — tels sont les termes de la lettre à Jacques = « parce que les sentiments que j'exprime sont ceux de mon frère aîné et du reste de notre famille. » La lettre à Marie de Modène est dans le même sens. « Je dis ceci au nom de mon frère aîné et de mes autres proches parents, aussi bien qu’en mon propre nom ft. »

Toutes les lettres dont Preston était chargé renvoyaient la cour de Saint-Germain à lui pour de plus amples informations. Il portait aus si des notes écrites de sa propre main sur les questions dont il devait entretenir son maitre et les minis-

: L'authenticité de ces lettres a été contestée sur les motifs les plus frivoles. Mais la lettre de Turner à Sancroft, qui se trouve à la bibliothèque Bodleïenne pari les Tanner Papers, et qu'on trouvera aussi dans la « Vie de Ken par un laïque, » doit convaincre les plus incrédules.

tres de Louis, Ces notes, quoique-succinctes et sans suite, peuvent être, po la plupart, interprétées sans dificulté, Il y est fait mention des points vulnérables de la côte, Gosport n’est défendu que par des palissades.. La garnison de Portsmouth est peu nombreuse, La flotte française deyrait prendre la mer en avril, et livrer bataille ayant que les Hollandais fussent dans la Manche. Il ya des mots décousus qui donnent clairement à entendre” que quelques-uns au moins des évêques qui n'avaient pas prêté serment dissimulaient alors qu’ils déclaraient devant Dieu que l'idée d'appeler les Fran- Çais leur faisait horreur !. TE

Avis du complot est donné à Caermarthen,

Tout était prêt pour le départ de Preston: Mais le patron du Jacques et Elisabeth soupconnait que l'expédition pour laquelle sa barque avait été engagée, avait un caractère plutôt politique que commercial. H'pensa qu'il aurait plus à gagner en dénonçant ses passagers qu'en les transportant à leur destination. Avis de Ce qui se passait fut transmis au Lord-Président. Rien ne pouvait arriver plus à propos pour celui-ci, qui fut charmé de trouver une aussi belle occasion de donner une preuve signalée de son attachement au gouvernement que ses ennemis l’accusaient de trahir. Ses mesures furent prises avec son énergie et son adresse habituelles. Son fils aîné, le comte de Danby, jeune homme hardi, léger, un peu original, aimait la mer; il vivait beaucoup ayec les marins et était propriétaire d’un petit yacht d’une vitesse merveilleuse. Ce bâtiment, pourvu d’un bon équipage, fut mis sous les ordres d’un officier de confiance nommé Billop, etenvoyé dans le bas de la rivière, comme pour recruter des marins par la voie de la presse. \

Preston et ses compagnons sont arrêtés,

Vers le milieu de la nuit, la dernière nuit de l’année 1698, Preston, Ashton et Elliot se rendirent à bord de leur barque, amarrée près de la Tour. Ils craignaient fort d’être arrêtés

les décourager, — mais salisfaire les amis. L' anen modeste élait la bro-

* Voici ces mots : l'Examen modeste. — Les évêques, — ne pas churg où il était question dé Devpitting, É

220 REGNE DE GUILLAUME Iil.

et visités, soit par une grande frégate mouillée en face de Woolwich, soit par la garde du blockhouse de Gravesend, Mais lorsqu'ils eurent passé frégate et blockhouse sans être hélés, ils prirent courage; l'appétit se fit sentir ; ils déballèrent une manne bien garnie de roastbeef, de pâtés de viande et de bouteilles de vin, et ils se mettaient en devoir de fêter Noël, lorsque l'alarme fut donnée : un bâtimént parti de Tilbury les pourchassait. À peine avaient- ils eu le temps de se cacher dans un coin obscur au milieu du gravier qui formait le lest de leur barque, que la chasse était terminée, et que Billop, à la tête d’une troupe d'hommes armés, montait à bord. Les écoutilles furent ouvertes, les conspirateurs arrêtés, et leurs vêtements examinés avec soin. Preston, dans son trouble, avait laissé tomber sur le gravier son cachet officiel et le paquet dont il était porteur. Le cachet fut découvert à l'endroit même où il était tombé. Ashton, qui .Conraissait l'importance des papiers, les remassa vivement et essaya de les cacher; mais on ne tarda pas à les découvrir sur sa poitrine.

Les prisonniers éssayèrent alors d'amadoüer ou de séduire Billop. Ils demandèrent du .vin, burent à sa santé, firent l'éloge dé ses manières courtoises et l’assurèrent que, s’il voulait les accompagner, s’il voulait seulement laisser glisser dans la Tamise ce petit rouleau de papier, sa fortune : serait faite. On était, lui dirent-ils, à la veille d’un grand changement; les choses ne pouvaient toujours aller comme elles avaient été depuis quelque temps, et il dépendait de lui d’être aussi grand et aussi riche qu'il pouvait le désirer. Billop fut poli, mais inflexible. Les conspirateurs comprirent que leurs têles étaient en grand danger. La gravité des circonstances mit en relief leurs véritables caractères, caractères qui, sans cela, eussent pu rester à tout jamais inconnus. Preston avait toujours été considéré comme un gentleman plein de cœur et de bravoure; mais la perspective rapprochée de la prison et de la potence le jeta dans un profond accablement. Elliot tempêta, blasphéma, jura de se venger si jamais il recouvrait sa liberté, et, avec d'horribles imprécations, exprima le vœu que la foudre frappât le yacht, que le pont de Londres s’écroulât dessus et l'engloutit, Ashton fut le seul qui se conduisit avec une mâle fermeté.

Dan }

La soirée était avancée, lorsque le yacht arriva au débarcadère de Whitehall; et les prisonniers furent conduits sous bonne escorte au bureau du secrétaire. Les papiers trouvés sur la poitrine d'Ashton, examinés cetté nuit même par Nottingham et Caermarthen, furent-mis le lendemain matin par Caermarthen sous les yeux du roi. |

On sut bientôt, dans tout Londres, qu’un complot avait été découvert, que les messagers envoyés en France par les partisans de Jacques pour solliciter le secours d’une armée d’invasion, avaient été arrêtés par les soins du vigilant et énergique Lord-Président, et que des preuves écrites, de nature à compromettre l'existence de quelques grands personnages, étaient entre les mains du gouvernement. Les Jacobites furent frappés de terreur; les clameurs des Whigs contre Caermarthen s’apaisèrent tout à coup, et‘la session se termina en parfaite harmonie. Le 5 janvier, le roi remercia les Chambres de leur appui, et les assura qu'ils ne disposerait d'aucune propriété confisquée en Irlande avant qu'elles se réunissent de nouveau. Il fit allusion au complot qui venait d’être découvert et exprima l'espoir que, dans un pareil moment, les amis de l’Angleterre ne se montreraient pas moins actifs ni moins fermement unis que ses ennemis. Il signifia ensuite "son plaisir que le Parlement s’ajournât. Le lendemain il partit, accompagné d'une suite brillante, pour le congrès de La Haye !.

* Procès-verbaux des 7 et des Comemanes, 5 janvier 1690-1 ; ; London | Gazette, 8 janvier.

Voyage de Guillaume à La Haye,

Le 18 janvier 1691, ke roi, dont la départ avait été retardé plusieurs jours par les vents contraires, s'embarqua à Gravesend. Quatre yachits avaient été disposés pour lui et pour sa suite. Parmi les personnes qui l'accompagnaient, on remarquait Norfolk, Ormond, Devonshire, Dorset, Portland, Monmouth, Zulestein, et l'évêque de Londres. Deux amiraux distingués, Cloudesley Shovel et Georges Rooke, commandaient les vaisseaux de guerre qui composaient l'esçorte, La traversée fut lente et difficile, Pendant plusieurs heures la flotte fut arrêtée par le calme en vue de Godwin Sands, et ce fut seulement le cinquième jour que l'on reconnut, en jetant la sonde, que l'on était près des côtes de Hollande, Le brouillard était si épais qu’on ne pouvait apercevoir la terre, et l’on aurait exposé la flottille à un véritable danger si l’on eût tenté d'aller plus avant au milieu d’une telle obscurité, Fatigué de la traversée et impatient de se retrouver sur la terre natale, Guillaume se détermina à aborder dans une chaloupe. Les personnages de sa suite voulurent d’abord le dissuader d'exposer ainsi une vie si précieuse, mais quand ils virent que sa résolution était inébranlable, ils insistèrent pour partager ses périls qui se trouvèrent plus grands qu'on ne se l'était imaginé. On avait supposé qu’une heure suffisait pour atteindre la plage : mais des masses flottantes de glace retardèrent la marche de l’embarcation : la nuit arriva; le brouillard devint plus épais et les vagues recouvraient à tout moment le roi et les courtisans. Il y eut un instant où la quille de la chaloupe donna sur un banc de sable, et ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté que l'on parvint à la dégager. Les plus

. CHAPITRE cIIL. 223

hardis. parmi les matelots laissèrent voir des signes d’inquiétude. Quant à Guillaume, il fut aussi calme, pendant toute celle nuit, que s’il eût été dans son salon de Kensington : fi donc ! dit-il à un des. matelots découragés, avez-vous peur de mourir en ma compagnie? Un marin hoHandais se jeta bra. vement à la mer et réussit, non sans peine, à gagner la terre ferme à travers les brisants, les glaces et la vase. Il déchargea un mousquet et alluma du feu pour avertir qu'il était hors de danger : mais personne ne jugea prudent de suiyre son exemple, La chaloupe ballottée par la mer resta en vue du feu qu'il avait allumé jusqu'au moment où la première lueur d'un pâle soleil de janvier fit voir que l’on était près de l'île de Gorée. Le roi et les Lords qui l’accompagnaient, saisis par le froid et couverts de glaçons, descendirent joyeusement à terre pour s’y réchaufler et s’y reposer !. |

Entrée de Guillaume à La Haye.

Après s'être reposé quelques heures dans Ja cabane d’un ayec impatience; car si on ne pouvait du rivage apercevoir la flotte, le brouillard n'avait cependant pu empêcher d’entendre le salut royal qui avait appris à toute la côte l’arrivée du roi. Des milliers de personnes s'étaient réunies à Honslaerdyk afin de le saluer de leurs applaudissements : ces applaudissements partaient des cœurs et trouvaient un écho dans le cœur du roi, Ce fut un de ces jours de bonheur commeilen rencontra rarement dans une vie féconde en bienfaits et riche de gloire, mais loin d’être heureuse, Après plus de deux années passées sur üpe terre étrangère, l'exilé remettait enfin le pied sur sa terre chérie ; il entendait de nouveau la langue ayec laquelle il avait été bercé; il reyoyait les scènes qui, dans son âme, étaient associées aux souvenirs de son enfance et à l'amour sacré du foyer domestique : rivages désolés où les flots de l'océan germanique venaient se briser sur des digues formée de sables, de coquillages et d'herbes marines ; prairies sans fin, coupées par d'innombrables fossés ;

‘ Relation du voyage de Sa Ma jesté Britannique en Hollande, enrichie de planches très-curieuses, 1692, Wagenaar; London Gagelle, 29 janvier 1690:1;. Burnet, Il, 7ie

canaux creusés en ligne droite ; maisons de plaisance aux Couleurs éclatantes, décorées d'images ét d'inscriptions originales. Pendant de longs mois le roi avait vécu au milieu d’un peuple qui ne l’aimait pas, qui ne le comprenait pas et qui ne pouvait oublier qu'il était étranger. Ces Anglais, qui le servaient le plus fidèlement, le servaient sans amour, sans enthousiasme et seulement pas devoir politique; dans le secret de leurs cœurs ils s’indignaient d’avoir été obligés de choisir entre un tyran de leur race et un libérateur hollandais. Maintenant tout était changé : Guillaume se retrouvait au milieu d’une population dontil était adoré, aussi adoré que l'avait été Elisabeth lorsqu'elle passait-la revue de son armée à Tilbury, aussi adoré que le fut Charles II lorsqu'il aborda à Douvres. Sans doute les vieux ennemis de la maison d'Orange n’avaient pas été inactifs pendant l'absence du stathouder; on avait murmuré contre Guillaume, sans aller toutefois jusqu'aux clameurs. 11 avait, disait-on, négligé sa terre natale pour son nouveau royaume; chaque fois qu’il s'agissait de l'honneur du pavillon anglais et de la prospérité du commerce de l'Angleterre, il oubliait qu'il était Hollandais: Mais dès qu’il parut, dès qu’on put revoir des traits qui n'étaient effacés d'aucune mémoire, toute jalousie, toute froideur cessa. Il n’y avait pas dans toute la foule qui s’étendait sur la route, depuis Honslaerdyk jusqu’à La Haye, un paysan, un pêcheur,

un artisan dont le cœur ne bondit d'orgueil à la pensée que le premier ministre de la Hollande était devenu un grand roi, le sauveur de la liberté en Angleterre et le conquérant de l'Irlande. Il y aurait eu de la folie de la part de Guillaumesur d'aller sans gardes de Hampton-Court à Westminster ; mais sa terre natale, iln’avait besion pour le protéger ni de sabres ni de mousquets. « N'écartez pas le peuple, » s’écriait-il, « laissez-le s'approcher de moi; ils sont tous mes amis. » Il apprit bientôt quels magnifiques préparatifs l’on faisait pour sa réception à La Haye. Guillaume voulut d’abord s’y opposer ; il fit des objections : il détestait, disait-il, le bruit et la pompe; les dépenses que la guerre rendait nécessaires étaient déjà une charge assez lourde. Il avait espéré que ses bons amis, les habitants de la ville, n’auraient vu en lui qu’un voisin né et élevé parmi eux, et il ne s’était pas attendu à ce qu’on lui fit le mauvais compliment de le traiter avec tant de cérémo-

nies. Toutes ses remontrances furent inutiles. Simples et même parcimonieux d'habitude, les Hollandais s'étaient fait, dans cette occasion, un point d'honneur de recevoir leur illustre compatriote d’une manière digne de son mérite et de sa haute position. Guillaume dut céder. Au jour de son triomphe la foule fut immense; tous les chevaux et toutes les voitures de la province n'avaient pu suflire pour transporter tous ceux qui avaient voulu assister à son entrée. Des milliers de personnes vinrent d'Amsterdam, de Rotterdam, de Leyde, de Harlem, de Delft, en patinant sur la glace le long des canaux. Le 26 janvier, à dix heures du matin, la grande cloche de l’hôtel de ville donna le signal. Seize cents bourgeois aisés, vêtus de leurs plus beaux habits de fête et bien armés, maintenaient l’ordre parmi la multitude qui remplissait les rues. De tous côtés, les fenêtres disparaissaient derrière les balcons.et les échafaudages tendus de tapisseries et recouverts de ces afbustes dont la verdure se conserve toute l’année. La voiture royale, entourée de coureurs à pied et escortée d’une foule de hallebardiers, s’avança, suivie d’une longue file d’équipages splendides, sous de nombreux arcs de triomphe ornés de pêinture et de scuplture : partout. elle était saluée du cri incessamment répété de Vive le roi, notre stathouder ! Des drapeaux aux couleurs éclatantes décoraient la façade de l'hôtel de ville et toute la place du marché. On voyait partout des couronnes civiques et des trophées où étaient réunis les emblèmes des arts; des sciences, du commerce et de l’agriculture. On avait aussi représenté les gloricuses actions des ancêtres de Guillaume : c'était d’abord le Taciturne, ce fondateur de la république batave, qui traversait la Meuse avec ses soldats. Venait ensuite l’impétueux Maurice, conduisant la charge à Nieuport. Un peu plus loin, le héros de la fête pouvait voir les événements de sa propre vie. Enfant, il était assis sur les genoux de sa mère. On l'avait ensuite représenté à l’autel recevant la main de Marie. Ici, il abordait à Torbay ; là, il traversait la Boyne à la nage. Enfin, on apercevait un canot au milieu des glaces et des brisants; dans une légende placée au-dessus se trouvaient reproduites, dans la majestueuse simplicité de la langue latine, les paroles du grand Romain : Que crains-tu ? tu portes César ! Le soin de composer les inscriptions avait

été confié à deux hommes qui, jusqu'au moment où Bentley parut, restèrent les premiers parmi les érudits de cette époque. Spanheim, qui se connaissait en médailles romaines autant qu'homme de son temps, avait su reproduire la noble coneision des légendes antiques qui avaient été l’objet principal de ses études. Il avait été aidé par Griérius qui occupait alors une chaire à Utrecht, et dont la science attirait dans cetie université une foule d'étudiants venus de tous les pays protestants de l'Europe. Lorsque Ja nuit fut venue, on tira un feu d'artifice qui avait été placé sur le- grand bassin dont les eaux baignent les murs du palais de la Fédération. La gelée avait rendu les eaux de ce bassin aussi dures que du marbre, et les Hollandais disaient que nulle part, même sur la terrasse de Versailles, on n'avait rien vu de plus beau que l'effet produit par les innombrables cascades de flammes dont l'éclat venait se refléter sur la surface polie de la glace ?. Les Lords anglais félicitèrent leur maître de son immense popularité. « Sans doute, » leur dit-il, «. mais je ne suis pas le favori; vous auriez entendu bien d’autres acelamations si Marie avait été avec moi. » Quelques heures après son entrée triomphale, le roi assista à une séance des Etats-Généraux. Il ne s'était pas trouvé au milieu d'eux depuis le jour où il s'était embarqué pour l'Angleterre. Là, au milieu des sanglots et des paroles entre-coupées de ces grayes sénateurs, il les- avait remerciés d'avoir veillé avec tendresse sur son enfance, d’avoir dirigé. son jeune esprit, et, lorsqu'il était arrivé à un âge plus mür, d'ayoir soutenu son autorité, Il leur avait ensuite solennement recommandé sa femme. Maintenant il revenait parmi eux roi de trois royaumes et chef de la plus grande coalition que l’Europe eût vue depuis près de

* Dans une lettre intéressante que Bentley adresse à Grierius, le 29 avril 1698, il associe les noms de ces deux savants éminents ;: Si Dieu me prête vie, tous ceux qui viendront après nous sauront, comme le savent mäintenant ceux qui me connuissent, que vous êtes, toiet l’illustre Spanheim, les Dioscures de notre âge, les astres brillants des belles<ettires, et que toujours je vous ai loués et vénérés tous les deux. |

* Relation du voyage de Sa Majesté Britannique en Hollande, 1692; London Gazette, 2? février 1690:1; le Triomphe Royal, où l’on voit décrits les arcs de triomphe, pyramides, tableaux et devises au nombre de soixantecinq, érigés à La Haye, à l’honheur de Guillaume IL, 1692 ; le Carnaval de É aye, 1691. Ce dernier ouvrage eslune grossière pasquinade contre Guil-

ume.

deux cents ans. On n’entendit dans là sallé que le bruit dés applaudissements et des félicitations *.

Congrès de La Haye.

Cependant les équipages et-les gens qui composaient la suite des princes et des ambassadeurs qui-se rendaient au. Congrès commeénçaient à affluér dans les rues de La Haye. Le premier qui arriva fut l’ambitieux et fastueux Frédérié, électeur de Brandebourg; qui prit quelques années plus tard le titré de roi de Prusse : puis arrivèrent successivément lé jéune Électeur de Bavière, le régent de Wurtemberg, les landgraves de Hesse-Cassel et de Hesse-Darmstad et une lorigue suité dé princes souverains issus des illustrés mai sons de Brunswick, de Saxe, de Holstein et de Nassau. Lé marquis de Gartanaga, gouverneur dés Pays-Bas, se rendit. de Bruxellés, où se tenait la Cour du vice-roi.-A cé Congrès, des ambassadeurs éxtraordinaires avaient été envoyés par l'empereur, par lés rois d'Espagne, de Pologne, de Dänemark et de Suède, et par le duc de Savoie. Les lords «et gentilshommes anglais, les comtes et les barons allemands que le devuir ou la curiosité amenait‘à La Haye, pouvaient à peine sé loger däns la ville ou dans le voisinage: La grave capitale du peuplé hollandais, de tous les peuples lé plus économe et le plus préoccupé de ses affdires, était devenue plus gaie que Venise pendant le Carnaval: Les élé: gants de Londres, de Berlin, de Vienne, avec leurs plumes, leurs décorations, leurs énormes perruques, leurs vêtements recouverls dé broderies et leurs épées aux poignées étincelantes, prêtaient une añimation inusitée aux majestüenses et: tranquilles allées d’ormes et de tilleuls qui entouraiént la maiz son de plaisance des princes d'Orange, Des flous, noti moins somptueusement vêtus que les nobles, s'étaient glissés parmi eux. Dès que la nuit venait on se portait en foule aux tables de jeu. Le théâtre se remplissait jusqu'aux combles, Les banquets donnés par les princes se suecédaient avec une rapidité prodigieuse, Les mets étaient servis dañs dela vais-

* London Gazette, 5 fevrier 1690-1 : Discours de Sa Majesté à l’assemblée des Elals Généraux dés Provinces-Unies, à La Haye, aveë la Féponisé de leurs hautes et puissantes séigneuries, tels qu’ils ont été extraits des registrés des Etats Généraux, 1691.

selle d’or, et, selon l’ancienne coutume germanique, que Shakspeare du reste avait rendue familière à ses compatriotes, les toasts portés par les princes étaient accompagnés du bruit des tambours et des trompettes. Quelques Lords anglais et particulièrement Devonshire donnèrent des banquets qui rivalisèrent ayec ceux des souverains. On remarqua que les princes allemands, d'ordinaire si scrupuleux observateurs de l'étiquette, s'étaient, pour cette fois, relâchés de leurs prétentions : ils semblaient avoir oublié leur amour des discussions généalogiques et héraldiques, . mais ils n’avaient pas renoncé à leur goût pour le vin, goût qui était alors un des traits distinctifs de la nation allemande. On se réjouissait beaucoup à la table de l’Electeur de Brandebourg de la gravité des hommes d'Etat hollandais, qui, sobres et toujours maîtres d'eux-mêmes, réfutaient de par Grotius et Püffendorf les inepties que débitaient à moitié ivres les nobles de l'empire. Un de ces derniers but tant de rasades qu'il tomba dans le foyer, où brülait un feu de tourbe ; il n’en fut retiré qu'avec son riche vêtement de velours tout consumé !.

Les plaisirs ne faisaient cependant pas négliger les affaires. Le Congrès se réunit sous la présidence de Guillaume. Dans un discours concis et digne, qui fut répandu immédiatement dans toute l’Europe, ce prince fit ressortir la nécessité où l'on était de rester uni et de ne reculer devant aucun sacrifice. La profonde déférence avec laquelle l’illustre assemblée accueillit ses paroles causa un vif déplaisir à ses ennemis de France et d'Angleterre. On reprocha amèrement aux potentats allemands de céder la préséance à un parvenu : les plus illustres d’entre eux lui donnaient en effet des marques de déférence qu’ils auraient à peine accordées à la Majesté impériale. Dans ses antichambresils étaient mélés à la foule, et à sa table ils se comportaient comme s'ils n’eussent été que de simples Lords anglais de sa suite. Dans une caricature, on représentait les princes alliés sous la forme d'ours muselés : quelques-uns avaient la couronne sur la tête, d’autres portaient des bonnets d’apparat. Guillaume les tenait tous là à une chaîne et leur apprenait à danser. Dans une autre cari-

‘ Relation (de la) du voyage de Sa Majesté Britannique en Hollande, Burnèt, I1,72; London Gañette, 12, 19, 23 février 1690-1; Mémoires du comte de Dohna: William Fuller's Memoirs.

cature,-ôn voyait l@roi se prélassant dans un fauteuil, les pieds appuyés sur un coussin et le chapeau sur la tête : à droite et à gauche, les Électeurs de Bavière et de Brandebourg étaient assis sur de simples tabourets la tête découverte : à une distance respectueuse se tenait la foule des landgraves et des ducs souverains : enfin Gartanaga, l’indigne successeur du due d’Albe, attendait, un genou en terre, les ordres du tyran hérétique r

On annonça. bientôt ofiiciellement que 220,000 hommes entreraient en campagne Contre la France avant le commencement de l'été !; on fit connaître aussi quel était le contingent-que chaque puissance devait fournir. Quant aux questions auxquelles il aurait été dangereux de donner de la publicité, le roi d'Angleterre les discutait en son particulier avec ses alliés. sa

Guillaume son propre ministre des Affaires Etrangères.

Ici, comme dans beaucoup d’autres circonstances importantes de son règne, Guillaume fut son propre ministre des affaires étrangères. Pour sauvegarder les formes constitutionnelles, il devait être assisté d’un secrétaire d'Etat, et c’était à ce titre que Nottingham l'avait accompagné en Hol lande. Mais Nottingham, qui avait une large part dans Îa confiance de son maître lorsqu'il s'agissait du gouvernement intérieur de l'Angleterre, ne connaissait à peu près des affaires qui se traitaient au Congrès que ce qu'il en apprenait par les gazettes.

Cette manière de traiter les affaires serait considérée aujourd’hui comme tout à fait inconstitutionnelle : aussi plu: sieurs écrivains, jugeant d'après les idéés de’notre temps ces actes qui appartiennent à une époque antérieure, ont blâmé sévèrement Guillaume d’avoir agi sans le concours dé ses ministres, et ont reproché à ces derniers d’avoir souffert que le roi les tint dans l'ignorance de négociations qui intéressaient au plus haut degré l'honneur de ia Couronne et les intérêts de la nation. Il est cependant à présumer que ce qui

* Wagénäar, LXIT: le Carnaval de La Haye, mars 1691 ; le Tabouret des Electeurs, avril 1691; Cérémonial de ce qui s’est passé à La Haye entre le roi Guillaume et les Étecteurs de Büvièré et de Brandebourg. Ce dernier ou-

vrage est un manuscrit donné au British Muséum par George. IV. + London Gazctte, 23 février 1690:1.

ll, | 20

+ morte L us me —— ns — pi

a été nôn-séulement fait, mais éhcôre avoué par les hommes les plus considérables et les plus honnêtes des deux partis, par Nottingham, par exemple, parmi les Tories, et par So+ mers parmi les Whigs, ne pouvait élre entièrement sans excuse : l’excüse est faeilé à donner.

Le principe d'après lequél le souveraiñ n’est pas responsable est un principe aussi ancien qu'aucun de ceux sur les: quels repose notre constitution : le principe d'après lequel les ministres sont résponsables éxiste aussi éhez nous depuis uñe antiquité immémoriale; enfin, il ést un dernier point que peu de personnes, à notre époque et dans notre paÿs, seraient disposées à révoquer en doute : c’est que là où il n’y a pas de

responsabilité, il n'existe aucurié garantie sérieuse contre une ntvatés administration. Il résulte évidemment de ces trois propositions que le meilleur gouvernement est celui où le souverain ne fait aucun acle public sans le concours et l’assistance de ses ministres. Cette thèse est, en théorie, d’une justesse parfaite; mais il ne faüt pas oubliet- qué théorie et

gouvernement ne procèdent pas de la méme manière. Eft logique, il n’y a que les gens dépourvus d'intelligence qui, après avoir admis les prémisses, niént les conséquences dans la pratique. Au contraire, on voit souvént les peuples puissants et éclairés persister de génération en génération à proclamer certains principes, et sé retuser cependant à agir d’ après ces mêmes principés. fl ést même permis de douter qu'aucun gouvernement ait jamais réalisé d'une manière complète l’idée pure qu'il représente. D' après la théorie du gouvernement Constitutionnel, le prince règne et né gouverne pas; et la royauté, telle qu elle existé maintenant én Angleterre, est celle qui se rapproche le plus de l'idéal d'un tel gouvernement. Cependant ce serait une érreur de péniser que chez nous les princes se contentent de régner, ét qu'ils ne gouvernent jamais. Dans le dix-septième siècle, Whigs et Tories s’accordaiént sur ce point que le premier magistrat devait

gouverner, que non-Seulement c'était son droit, mais éncére que c'était son devoir. Tous Îes partis $ étaient rétniis pour blâmer Charles II de n'avoir pas été lui-même son premier ministre ; tous ils avaient loué Jacques d’avoir été son grandamiral; (ous enfin trouvaient juste que Guillaume fût son secrétaire des affaires étrangères,

On peut remarquer que les plus. compétents et les mieux intormés parmi ceux qui ont blâmé la manière dont les affaires de cette époque furent conduites, ne sont pas d'accord ayee eux-mêmes. En effet, tandis qu’ils blâment Guillaume d’avoir été son propre ambassadeur à La Haye, ils le louent d'avoir été son propre général en chef en Irlande. Cependant quelle différence au point de vue des principes existe-t-il entre ces deux cas? Evidemment tous.les arguments que l’on peut invoquer pour établir qu'il viola la constitution lorsque, de sa propre autorité, il traita avec l'Empereur et l'Électeur de Brandebourg, prouvent également qu'il viola la constitution lorsque, à Oldbridge, il commanda à une colonne de se précipiter dans les eaux, et qu'il ordonna à une autre de franchir le pont de Slane, Si la Constitution lui donnait le commandement des forces de l'Etat, elle lui donnait égalément la direction des affaires étrangères, Quel motif, d’ailleurs, pourrait-on invoquer pour soutenir quê, dans le premier cas, il pouvait seul exercer le commandement, et que, dans le second il devait prendre l'avis de ses ministres? Dira-t-on qu'une erreur en diplomatie est bien plus préjudiciable au pays qu'une erreur stratégique? Evidemment non : il. est impossible de comprendre qu'une faute commise à La Haye par Guillaume eût été plus préjudiciable qu'une défaite sur Ja Boyne? : Dira-t-on qu’on devait avoir plus de confiance dans ses talents militaires que dans son habileté diplomatique ? Cela ne peut être soutenu, Dans: la guerre Guillaume montra certainement de grandes qualités; mais, comme tacticien, il ne s'éleva pas au premier rang, et n’obtint des succès décisifs que dans deux de ses campagnes : comme négociateur, au contraire, il ne fut jamais surpassé. Il en savait plus à lui seul sur les cours du continent et sur leurs intérêts, que tout son Conseil-Privé. Quelques-uns de ses ministres furent sans contredit des hommes d’une grande habileté; ils ayaient une connaissance exacte des affaires de notre politique, et faisaient d'excellents orateurs dans la Chambre des Lords. Mais dans les délibérations du Congrès, Guillaume était aussi supérieur à Cagrmarthen et à Nottingham, qu’il leur aurait été inférieur dans un débat parlementaire sur une question purement anglaise, La coalition contre la France fut son ouvrage. Seul, il avait su réunir les éléments épars de cette

2392 + REGNE DE GUILLAUME IIl.

machine vaste et compliquée; il pouvait seul les faire tenir ensemble : elle se serait immédiatement brisée, s’il l'avait laissée aux mains de l’un de ses sujets.

D'ailleurs il y avait de ces chosés que jamais aucun sujet anglais n'aurait osé faire, et qui cependant devaient être faites. Le Pape Alexandre était un des alliés, mais il ne l'était pas d’une manière ostensible. Il était de la plus haute importance de l'avoir avec soi. Ceperidant, tel était à cette époque l'esprit de la nation anglaise, qu'aucun ministre n'aurait osé entrer, soit directement, soit mdirectement en relation avec le Vatican. Les secrétaires d'Etat abandonnaient ainsi volontiers à leur maître la négociation d’une affaire aussi délicate et aussi pleine de périls; ils voyaient avec plaisir que de cette manière ils auraient toujours le droit de souteñir que jamais il n’était sorti de leurs bureaux une seule ligne à laquelle pût trouver à redire le plus intolérant de tous les protestants. ,

Guillaume-obtient une tolérance pour les Vaudois.

Cependant on ne doit pas supposer que Guillaume ait jamais oublié que sa mission principale et héréditaire était de protéger la foi réformée. Il sut toujours faire tourner

l'influence qu'il avait sur les princes catholiques à l’avantage des sujets protestants de ces mêmes princes. Au printemps de l’année 1691, de bonnes nouvelles se répandirent parmi les bergers vaudois, qui depuis longtemps étaient si cruellement persécutés, qu'ils en étaient venus à être las de la vie elle-même. Ceux qui avaient été mis en prison pour hérésie purent retourner chez eux. Les enfants que l’on avait arrachés à leurs parents, pour'les remettre à des prêtres chargés de les élever, furent rendus à leurs familles. Les | congrégations, qui jusqu’à cette époque n'avaient pu s’assembler qu’en secret, et en s’exposant aux plus grands périls, purent adorer Dieu publiquement et sans crainte d’être inquiétées. Ces simples montagnards ne surent jamais, sans doute, quêé leur sort avait-été l'objet de délibérations du Congrès de La Haye, et que ce fut à l’ascendant que Guillaume exerçait sur le duc de Savoie, qu'ils durent la liberté de leurs foyers et la sécurité de leurs modestes temples t.

# L'article secret, par lequel le duc de Savoie s'engagea à accorder une :

Vices inhérents de toute coälition.

De toutes les coalitions dont l’histoire fasse mention, aucune n’eut à sa tête un chef plus capable que Guillaume. Cependant il arriva souvent à Guillaume lui-même de lutter inutilement eontre les vices qui. sont inhérents à toute coalition. Une entreprise qui a besoin de la coopération sincère et prolongée de plusieurs Etats, indépendants, réussit diffici lement. La jalousie finit par s introduire parmi les alliés. Les disputes engendrent les disputes. Chacun cherche à faire retomber sur son confédéré la part du fardeau qu’il doit supporter lui-même. Un seul à peine fournit le contingent qu'il a promis; un seul à peine est prêt au jour indiqué. Aucune coalition ne renferma peut-être plus d'éléments de dissolution que celle que Guillaume eut tant de mal à former. Sans doute la longue liste des potentats qui se réunirent à La Haye, soit en personnes, soit par ambassadeurs, faisait bon effet dans les gazettes. La foule des équipages princiers, suivis de laquais et de gardes de toute couleur, qui circulaient sous les tilleuls du Voorhout, devait présenter un magnifique coup d'œil. Mais les causes qui faisaient du Congrès de La Haye le plus brillant de tous les congrès, rendaient en même tèmps plus faible qu'aucune autre la ligue qu'avaient faite entre eux tous les princes qui le composaient. Plus les alliés étaient nombreux, plus étaient nombreux aussi les dangers qui menaçaient le maintien de cette ligue. Il était impossible que vingt gouvernements, divisés sur des questions de préséance, de territoire, de commerce et de religion, pussent marcher longtemps ensemble dans une harmonie parfaite. Si, pendant plusieurs années, ils purent jusqu’à un certain point agir en commun, c’est à la sagesse, à la patience et à la fermeté de Guillaume que celà doit être attribué. :

La situation de son puissant énnemïÿ était bien différente. Les ressources dont pouvait disposer la monarchie française, bien qu'elles ne fussent pas égales aux ressources réunies de l’Angleterre, de la Hollande, de la maïson d'Autriche et de l'empire germanique, étaient cependant formidables. Elles

grande tolérance aux Vaudois, se trouve dans la Collection de Dumont : il fut signé le 8 février 1691.

se trouvaient réunies dans une position centrale, et elles étaient soumises à la direction unique et absolue d’un seul. Louis faisait avec une parole ce qui aurait coûté à Guillaume deux mois de pénibles négociations à Berlin, à Munich, à Bruxelles, à Turin et à Vienne. En réalité, la force effective de la France était égale aux forces comhinées des puissanees alliées ; car, en politique comme dans le monde physique, deux corps inégaux peuvent à un moment donné avoir une. force égale, lorsque éelui dont le poids est moindre se meut avec une rapidité plus grande.

C’est ce qui devint bientôt de la dernière évidence. Les princes et les ambassadeurs qui se trouvaient réunis à La Haye se séparèrent dans le courant du mois de mars. Ils venaient à peine de quitter cette ville, qu’un mouvement de l'ennemi, aussi hardi qu’habile, vint déjouer tous leurs plans.

Siége et prise de Mons.

Louis pressentit l'effet que la réunion du Congrès devait produire sur l'esprit public de l'Europe. Il voulut aller audevant et il se résolut à frapper-un coup aussi soudain que terrible. Tandis que les ennemis étaient occupés à régler le contingent que chacun devait fournir, il fit partir de différents points éloignés les uns des autres de nombreuses divisions de son armée et les dirigea toutes vers Mons. Cette place était, sinon la plus importante, au moins une des plus importantes des forteresses qui protégeaient les Pays-Bas espagnols. On ne connut son dessein qu’au moment où il allait s’accomplir. Guillaume, qui était allé passer quelques jours à Loo, fut très-désagréablement surpris d'apprendre que l'armée française, cavalerie, infanterie, artillerie, équipages de ponts, arrivait sur Mons par différentes routes et qu'elle était déjà près de la ville. Une centaine de mille hommes avait été ainsi rassemblée. Louvois, le premier parmi les administrateurs de l'époque, avait largement pourvu à tout ce qui était nécessaire ; le commandement en chef avait été donné à Luxembourg, le meilleur général d'alors, et la conduite des opérations du siége avait été confiée à Vauban, le premier ingénieur de son temps. Afin d’exciter l’enthousiasme de cette armée dévouée et chevaleresque, le magnifique monarque lui-même avait quitlé Versailles et s'était rendu au

camp, Cependant Guillaume avait encore quelque espoir de faire lever le siége. Il courut à La Haye, mit en mouvement les troupes dont pouvaient disposer les Etats-Généraux et pressa les princes allemands en leur envoyant message sur message. Trois semaines après avair reçu le.premier avis du. danger qui le mepaçail, il se trouvait dans le voisinage de la ville assiégée à la tête d’une armée -de 50,000 hommes de troupes de diverses nations. C'était une entreprise presque désespérée que d'attaquer un ennemi supérieurcen forces, : commandé par Luxembourg. Cependant Guillaume était tellement convaincu que la chute de Mons serait un malheur presque irréparable, qu'il se décida à courir les risques de celte attaque. Il était convaincu aussi que la détermination: que prendraient les cours de Stockholm et: de Copenhague dépendait de l'issue du siége. Ces cours semblaient d’abord avoir ineliné vers la éoalition : mais il était cerlain que si Mons tombait, elles resteraient neutres et peut-être deviendraient hostiles, « Le danger est grand, éerivait-il à Heinsius, cepéndant je n’ai pas perdu tout éspoir. Je ferai ce: qui me sera possible ; l'événement est dans les mains de Dieu. » Le jour même où cette lettre fut écrite, Mons se rendit, Le siége avait: élé vigoureusement conduit. Louis, quoique souffrant de la goutte, avait lui-même donné l'exemple. Les troupes de sa maison, les meilleurs soldats du monde, se surpassèrent elles-mêmes en combattant sous ses yeux. Les jeunes gentilshommes de sa cour, dans l'espoir d'attirer son attention, s’exposaient au feu terrible de l'ennemi avec autant d'ardeur que s'il se fût agi pour eux de figurer dans un des ballets.de Versailles, La bienveillance pleine de courtoisie que le roi témoigna aux soldats blessés les enchantait : il les visitait dans leurs lits, assistait au pansement de leurs blessures et goûtait au bouillon de l'hôpital dont il-se faisait servir une tasse à son déjeuner. Tandis que la discipline et l'enthousiasme régnaient ehez les assiégeants, il n’y avait chez les assiégés que terreur et désunion. Les lignes des Français étaient si bien gardées qu'aucun des messages envoyés par Guillaume ne put les franchir : la garnison ne sut jamais que le secours était à sa portée. Les habitants de la ville étaient saisis d'effroi en pensant aux malheurs qui sont la conséquence inévitable d'une prise d'assäut ; une pluie de bombes

et de boulets rouges tombait incessamment dans les rues : le’ feu avait pris sur dix points à la fois. L’excès de la crainte

inspira un courage inaccoutumé aux pacifiques bourgeois qui

se jetèrent. sur les soldats. Toute résistance étant devenue. impossible, la ville capitula. Les armées rentrèrent dans leurs

quartiers d'hiver, et les opérations militaires furent suspen-

dues pour quelques semaines. Louis revint triomphant à Ver-

sailles, et Guillaume se rendit en Angleterre où sa présence

était devenue nécessaire !. |

Retour de Guillaume en Angleterre. — Jugements de Preston et d’Ashton.

Il trouva ses ministres encore occupés du complot qui avait été découvert au moment de son départ. Ils en recherchaient les ramifications. Au commencement de janvier, Preston, Ashton.et Elliot avaient été traduits devant la Cour de Old-Baïley. Ils avaient réclamé la disjonction, et on fut obligé de les juger séparément. Un public nombreux et brillant assista à leur jugement. Un certain nombre de Pairs étaient présents. Le Lord-President et les deux secrétaires d'Etat devaient déposer que les papiers produits devant la Cour étaient les mêmes que ceux que Billop avait apportés à Whitehall. Le tribunal était composé d’un nombre considérable dè juges. Holt présidait. Une relation exacte et détaillée du procès et de la manière dont les débats furent conduits est parvenue jusqu'à nous. Cette relation mérite d’être étudiée avec soin, et surtout d’être comparée avec les relations des autres procès, qui, il n’y avait pas encore bien longtemps, avaient été jugés dans cette même salle. Dans l'espace de quelques mois, l’aspect entier du tribunal avait subi un changement aussi complet que si.cé changement avait été l'effet du temps. Douze ans auparavant, de malhéureux catholiques romains, accusés de crimes qui n’étaient jamais entrés dans leur esprit, avaient comparu devant cette même juridiction. Les témoins de la Couronne

* London Gazette, du 26 mars au 13 avril 1691; Monthly Mercurius de mars et d'avril; Lettres de Guillaume à Heinsius, des 18 et 29 mars, 7, 9 avril; Mémoires de Dangeau; Le Siége de Mons, une tragi-comédie, 1691. Dans cette pièce, le clergé, qui est devoué aux intérêts de la France, persuade aux bourgeois de délivrer la ville. Cette trahison arrache à l'auteur indigné cette exclamation : O supercherie des prêtres, Ô esprit de boutiques, comme vous rendez lâche l'esprit des hommes.

y avaient répété leurs hideuses inventions au milieu des murmures d'approbation de l’auditoire. Les juges partageaient alors ou semblaient partager la crédulité stupide et les passions sauvages de la populace. Ils accueillaient avec des sourires et des félicitations les fauèses accusations de ces dénonciateurs parjures ; ils étouffäient sous leurs cris la voix des accusés qui osaient à peine se défendre, et ils n’a- “vaient pas honte, en opinant pour la mort, de faire d’ignobles plaisanteries sur la messe et sur le purgatoire. Après la boucherie des papistes, celle des Whigs avait commencé. Dans leur nouvelle mission, les juges avaient montré une cruauté encore plus grande. La Révolution avait mis fin à tous ces scandales. On est saisi d’étonnement, tant le contraste est frappant, lorsque après avoir pareouru les procès d'Ireland et de Pickering, de Groveet de Berry, de Sidney; de Cornish et d'Alice Lisle, on arrive aux procès de Preston et d’'Ashton. Le Solliciteur-Général Somers soutint l'accusation avec une modération et une humanité dont, ses prédécesseurs ne lui avaient pas donné l'exemple. « Je n'ai jamais cru, » dit-il, « que dans des causes de cette nature, l'avocat du roi eût pour mission d’aggraver le crime des accusés, ou de dénaturer les faits en les présentant sous defausses couleurs ! ». Holt ne mérita aucun reproche. Plus âgé que Somers et que Holt, Pollexen avait retenu quelque chose des habitudes de la déplorable école où il il s'était formé. Ce quelque chose était encore trop. Cependant, bien qu’il eût oublié une fois ou deux la dignité dont un juge ne doit jamais se départir, on ne peut l’aceuser d’avoir violé une des formes essentielles de la justice. Les prisonniers semblent avoir été surpris eux-mêmes des égards que l’on eut pour eux. « Je ne voudrais pas, je vous l’assure, » dit Holt à Preston, «donner le change au jury, ni faire tort en quoi que ce

* Jugement de Preston dans la Collection des Jugements d'Etat. Une personne qui assista au procès rend compte ainsi du discours d'ouverture de Somers. Somers s’appuya sur des preuves : il n’y avait dans son discours ni feinte exagération des faits ni étalage d’une éloquence corrompue, choses qui, dans les procès qui avaient eu lieu antérieurement, arrivaient l’une après l’autre comme le gloussement d'oies qui sont rangées sur une même file. Il se tint sur le terrain des faits, et ne fit de réflexions que celles que les faits lui suggéraient. Le pamphlet d’où j'extrais cetle citation a pour titre : Compte Rendu de la dernière et horrible Comparition, par une nersonne qui assista aux débats, 1691, à

238 RÈGNE DE GUILLAUME Ill.

soit à Votre Seigneurie. » « Cela est vrai, Mylord, » répondit Preston; «je vois bien que Votre Seigneurie ne le voudrait pas: » « Quel que soit le sort qui m'attend,» dit Ashton, « je suis forcé de reconnaître que le ju ju gement qui décidera de ma vie aura été rendu d’une manière équitable. »

La modération du Soliciteur-Général ne pouvait du reste, pas plus que l'impartialité de la Cour, avoir de l'influence sur le sort des accusés : l'évidence était contre eux, Les papierssaisis sur Billop étaient d'une nature telle que leur signification ne pouvait échapper au juré le moins intelligent. I était constant qu'une partie de ces papiers était écrite de là main de Preston. L'autre partie était de la main d'Ashton ; mais l'accusation ne pouvait-en fournir la preuve. Elle s’appuya, relativement à ce dernier, sur les faits qui ne pouvaient être déniés; que les papiers relatifs à Ja trahison avaient éLé saisis sur lui, et que s'ils n’ayait pas eu une connaissance criminelle de leur contenu, le langage dont il s'était Bert deviendrait inexphcable ?. ,

Exécution d’Ashton.

Preston et'Ashton furent tous deux déclarés coupables et condamnés à mort. Ashton ne tarda pas à être exécuté. Il aurait pu sauver sa vie en faisant des révélations. Mais, bien 4 il déclarât qu ae si on lui faisait grâce, il serait toujours un

dèle sujet de Sa Majesté, il ne voulut jamais faire connaître le nom de ses complices. Il fut soutenu dans sa résolution par Ë théologiens non assermentés qui le visitaient dans son cachot. Ce fut sans doute d'après leurs conseils que, sur l'échafaud, il remit aux shériffs une déclaration éerite et signée de sa main. Il est probable, on doit l’espérer du moins, qu'il n'avait ni composé lui-même ni examiné avee attention cette déclaration. Il s'y plaignait de la manière injuste dont le procès avait été conduit : il avait cependant reconnu le contraire en pleine audience. Il aflirmait aussi, en. dongant la parole d’un homme qui est sur le point de mourir, qu'il n'avait eu aucune connaissance du contenu des papiers qui avaient été trouvés sur lui. Malheureusement sa déclaration

! Slate Trials.

“CHAPITRE IL. 539 et les plus imipôrtants parmi les pâpiérs saisis étaient de ta même écriture. Îl mourut vec un mâle Courage !,

- Irrésolution de Preston. = Ses aveux: |

Elliot ne fut pas mis én jugemént. Les préuves qui existaient contré lui n'avaient pas le méme degré d'évidence que celles qui avaient fait condamner $és Complices : il n’était pas digne, d’ailleurs, de la colère du gouvernement. Le soft de Preston résta + Ver en suspens. Les Jacobités soutenaient avec affectation qu'ils avaiént la cértitdé qué le gou= vérnément n'osefait pas le mettre à mort. Il était, disaientils, un favori de Versailles, ét sa mort serait suivie de terribles représailles. Ils répandaient dans lésrués de Londrés dés écrits dans lesquels on aflirmait qué s’il lui arrivait quelque malheur, Montjoy et tous les atitres Anglais: de qualité qui se trouvaient prisonniers en France seraient fompus sur là roue. Ces äb$ürdés menacés n’aurdiént pas retardé d'un jour l'exécution; mais ceux qui teñdient Preston en leur pouvoir fe deiandaient Fa mieux que de l’épargnér, à certaine condition, toutefois. Il avait pris part à toutes les ménées des mécontents, ét il pouvait donner des renseignements de la plus haute importancé. On l'infôrma que som soft était entré ses mains. Il fut dès lors én proie à un combat [ühg et cruel. D'un éôté, l'ôfgueil, là Consciencé, l'esprit de parti: de Pautre, Virfésistible désir de vivre. Pendant quelque temps, son ésprit flotta irrésolt. Lorsqu'il écoutait Ses frères jacobites, son courage S'éxaltait , mais lé cœur lui manquait lorsqu'il prêtait l'oreille aux agents dü gouvérnéments Lé soir, lorsqu'il avait bu son bordeaux, il ne craigniait rien. T1 aimait mieux mourir homme de cœur que sauver sa tête par un acte de lâchété. Mais èn s’éveillant dé lendemain matin, lorsque le conrage que lui avaient dofiné le vin et là société de ceux qui lé visitaient habituéllémént s'était dissipé, lorsqu'il se rétrouvait seul en facé dés portes de fer et dés murs

* Ecrit remis à sir Francis Child, shériff de Londres, p r M. Ashton, au

moment de son exécution ; Réponse à l'Ecrit remis par M. Ashton. La Ré-

ponse fut écrite par le docteur Edouard Powler, qui devint plus tardévêque

de Gloucester, Burnet, Il, 70; Lettre de l'évêque Lloyd à Dodwélf, dans le

2e volume de Collectanea curiosa de Gutch. + à * Narcissus Luttrell's Diary.

de pierre de la prison, et que son esprit lui représentait le bloc, la hache et la sciure de bois, il n’était plus le même homme. Pendant quelque temps, il écrivit régulièrement sa confession tous les matins, pendant qu'il était à jeun ; mais il la brûlait toutes les nuits, dès qu'il était en gaieté !.. Ses amis les non-assermentés formèrent le projet d'amener Sancroft à visiter la Tour, dans l'espérance, sans doute, que les exhortations de ce grand et saint prélat aurait pour effet de raffermir le courage vacillant du prisonnier ?. Il est permis de douter de la réussite de ce plan. Du reste, il ne fut pas mis à exécution. Cependant l'heure fatale s ’approchait® Preston céda. Il avoua son crime et nomma comme ses complices Clarendon, Dartmouth, l’évêque d’Ely et Guillaume Penn. Il donna aussi le nom d'un grand nombre de personnes contre lesquelles, à la vérité, il n'avait rien à dire qui fût à sa connaissance personnelle; mais qui, s’il devait s’en rapporter aux assurances de Penn, étaient dévouées au roi Jacques. Devonshire et Dorset étaient au nombre des personnes nommées 5. Il n'existe rien qui puisse faire croire que ces hauts personnages aient eu avéc Saint-Germain des rapports quelconques directs ou indirects. D'un autre côté, il n’est pas nécessaire d’accuser Penn d’avoir menti de propos délibéré. Le Lord-Trésorier et le Lord-Chambellan avaient ressenti, comme tout le parti auquel ils appartenaient, un extrême déplaisir de voir Guillaume pencher vers les Tories, et ils ayaien probablement exprimé leur mécontentement d'une manière inconsidérée. Les invectives que le fier et irritable Devonshire n’était que trop disposé à proférer, de même que lesrailleries mordantes qui, dans ses moments d’humeur, s’échappaient-si facilement des lèvrés du spirituel Dorset, .ont dû faire prendre le change à Penn, dont l'esprit était léger et qui, désirant trouver partout des Jacobites, était très-disposé à faire à cet égard toutes sortes de suppositions incendiaires. Caermarthen, qui était Tory et, de plus, un des Tories que les Whigs avaient poursuivis à outrance, aurait été assez disposé à donner de l'importance à ces oui-dire qui ne reposaient sur aucun fondement. Mais il ne reçut aucun encouragement * Narcissus Luttrel’s Diary, Burnet, II, 71.

? Lettres de Collieret Cook à Sancroft dans les Manuscrits de Somers. * Caermarthen à Guillaume, 3 février 1690 :1 ; Vie de Jacques, IL, 443.

de son souverain qui, de tous les grands politiques dont l’histoire fait mention, fut celui qui était le moins porté au soupcon. Lorsque Guillaume revint en Angleterre, Preston fut amené devant lui, et il lui fut ordonné de répéter tout ce qu'il avait déjà dit aux ministres. Le roi se tenait derrière le fauteuil du Lord-Président, et il prêta la plus grande attention tant qu'il fut question de Clarendon, de Dartmouth, de Turner et de Penn. Mais aussitôt que le prisonnier eut cessé de parler de ce qu’il savait par lui-même, et qu'il commença à raconter les histoires que Penn lui avait faites, Guillaume toucha l'épaule de Caermarthen et lui dit : « Mylord, nous en avons déjà trop entendu !. » Cette magnanimité, pleine de sens, eut sa récompense. Devonshire et Dorset devinrent, à partir de ce jour, plus zélés que jamais pour la cause d’un maitre qui, malgré les calomnies auxquelles leur imprudence ayait pu donner naissance, n’en avait pas moins continué à se fier à leur loyauté ?.

Indulgence pour les conspirateurs, — Clarendon.

On eut même, en général, une grande indulgence pour les personnes don£la culpabilité était évidente. Clarendon resta à la Tour pendant six mois environ. Son crime était parfaitement établi, et il y en avait parmi les Whigs qui voulaient absolument sa tête et la réclamaient à grands cris. Il dut son salut aux instantes prières de son frère Rochester, à l'intervention du bon et généreux Burnet et au respect de Marie pour la mémoire de sa mère. Le prisonnier n'était pas tenu dans une très-étroite réclusion : il pouvait donner à diner à ses amis. Lorsque sa santé commença à souffrir de sa détention, on lui permit d'aller à la campagne sous la surveillance d’un gardien. On ne tarda pas à rappeler le gardien lui-même, et

. - * La Vie de Jacques, IL, 443, fournit la preuve de l'exactitude dé cette

relation, du moins dans ce qu’elle a d’essentiel. Dalrymple m’a fourni une ou deux circonstances peu importantes du texte. Ce dernier les avait tirées, je crois, des manuscrits qu’il avait vus à Paris au Collége écossais, et qui sont mainténant irrévocablement perdus.

* Le succès de «l’apparente clémencë » de Guillaume est reconnu par le rédacteur de la Vie de Jacques. La conduite du Prince d'Orange, c’est un fait reconnu, « lui réussit si bien que, quels que fussent, à cette époque, les sentiments que pouvaient avoir les Lords que M. Penn avait nommés, ils n’en devinrent pas moins par la suite les ennemis 'acharnés de la cause de Sa Majesté, » IE, 443. : ,

ll, 21

ses =

949 REGNE DE GUILEAUME it.

Clärendon fut informé que tant qu'il se tiendrait tranquille sur ses terres, il ne serait pas inquiété !. 1

Sn Dartmouth. |

La trähison de Dartouth n’aväit pas un caractère ofdinaire. Il était marin et Anglais : il avait formé le dessein de livrer Portsmouth aux Français et s'était offert pour prendre le cominandement d’une escadre qui serait dirigée Contre sa patrié ?, Il fut arrêté et amené à la Chambré du Cofséil, Ba relation de cé qui $’y passa, écrite par lui-même, nous à été consérvéé, Dans cette frélation il reconnaît qu'il fut traité avec lés plus grands égards. Il protesta avec force de som itinocencé, il soutint qu'il n'avait jamais cofrespondu 4ve Saint-Gérmain, qu'il n’y jouissait d'aucun crédit et que notamment Marie de Modène avait pour lui uné haine invé-. térée. « Mylords, dit-il, je suis Anglais. Lorsque la maison de Bourbon était toute-puissante ici, j'ai toujours “évité les Français, hommes et femmes. Je verserai jusqu’à la dernière goutte de mon sang plutôt que de voir Portsmouth au pouvoir des étrangers. Je ne suis pas assez fou pour croiré que lé roi Louis nous vaincrait simplement dans Pintérêt du roi Jacques. J'ai la conviction que l'on ne peut rien me reprocher sinon peut-être quelques propos inconsidérés après boire. » Ses protestations paraissent avoir produit quelque éffet, car d’abord on lui pérmit dé rester sous la surveillance peu rigoureuse de l'huissier dé la Verge foire. Cependant après une enquête ultérieure on l'envoya à la Tour. fl ÿ mourut d'une ättaque d’apoplexie au bout d’un emprisonnement de quelques sefaines, mais il vécut assez pour mêéttre lé Com: ble à sa honte en offraht Son épée au nouveau gouvernement. Cette offre était accompagnée de fervénités protestations de dévouement. Il espérait, disait-il, que Dieu et Leurs Majestés lui donnéraiént l'occasion de montrer combien il haïssäit les Français $. | |

‘ Voir son Journal; Evelyn’s Diarÿ, 25 mars, 92 avril, {1 juillét 1691: Burnet, II, 71 : Lettres dé Rochester. à Bürnet, 21 mars et 2? avril 1691. .

* Une circonslaticé qui äggtravait singulièrement son crime, c'est qu était un de cetix qui, les premiers, avaient prêté serment à Guilläame et

Marie. É * Vi de Jaëques, 1, 443, 450. Léggé Papers dans la Colléction Mackin-

{os

Turner. — Penn, -

Turner ne courut pas de danger sérieux ; le gouverne- -ment n'était nullement disposé à envoyer à l'échafaud un des sept qui avaient signé la fameuse pétition. Un mandat d'arrêt avait cependant été décerné contre lui: ses amis n'espéraient pas qu'il püt échapper, car son nez était tel qu'il était impossible de l'oublier une fois qu'on l'avait vu, et ce fut pour lui une précaution inutile de mettre une grande perruque et de laisser croître sa barbe, Il est probable qu'on ne le rechercha pas avec beaucoup d’ardeur : en effet, après s'être caché quelques semaines en Angleterre, il réussit à traverser la Manche. Il demeura en France quelque temps #

Un mandat fut aussi décerné contre Penn ; celui-ci n'eut que le temps d'échapper aux agents qui étaient chargés de son arrestation. 11 se trouva qu'au moment où l'on venait pour le chercher il assistait à une cérémonie remarquable qui avait lieu à quelque distance de sa résidence habituelle. IT venait d'arriver, en effet, un événement que ne doit pas laisser passer inaperçu l'historien qui à pour but de raconter la vie réelle d’un peuple. Pendant que Londres était en proie à l’agitation produite par la nouvelle qu'un complot venait d'être découvert, mourait Georges Fox, le fondateur de la secte des Quakers. pre |

Mort de Georges Fox, = Son caractère,

Plus de quarante années s’étaient écoulées depuis le moment où Fox avait commencé à avoir des visions, et s'était mis à exorciser les diables ?, C'était alors un jeune homme, de mœurs pures et d'une conduite austère, avec un jugement faux, l'instruction d'un artisan et une tête dans le pire

* Burnet, Il, 72; Evelyn's Diary, 8 et 18 janvier 1690-1; Lettre de Turner à Sancroft, 19 janvier 1690-1 ; Lettre de Sancroft à Lloyd de Norwick, 2 avril 1692. Ces deux lettres se trouvent dans la bibliothèque Bodleïenne parmi les Manuscrits de Tanner, et ont été imprimées dans la Vie de Ken, par un laïque. La fuite de Turner en France est mentionnée dans le Journal de Narcissus Luttrell; février 1690. Il faut voir aussi un Dialogue entre l'évêque d'Ely et sa conscience, 16 février 1690-1. Le dia logue est interrompu par le son des trompettes. L'évêque s'entend proclamer traître, et s'écrie * Viens, frère Penn, ilest temps que nous partions.

* Pour ses Visions, voir son Journal, p. 13; pour la Mise en fuite des Diables, p. 26. J6 cite l'édition in-folio de 176»,

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de tous les états, c’est-à-dire trop dérangée pour qu'on püt le laisser libre, ét pas assez pour qu’on le mit à Bcdlam. Les circonstances au milieu desquelles il se trouva placés étaient telles, qu’elles devaient exaspérer encore les symptômes de cet esprit malade. À cette époque, les Episcopaux, les Presbytériens, les Indépendants, les Baptistes se dispu- * taient la suprématie; partout ils étaient aux prises, partout on les voyait se quereller et s'injurier. Georges Fox allait de congrégation en congrégation ; il entendait les prêtres haranguer contre les puritains; il entendait les puritains haranguer contre les prêtres, et demandait en vain une direction et des consolations spirituelles aux docteurs des deux partis. Un vieux et joyeux membre de la communion anglicane Jui donna le conseil de fumer du tabac et de chanter dés psaumes ; un autre lui conseilla d'aller se faire tirer un peu de sang. De dégoût, le jeune chercheur de religion se tourna vers les dissidents, et trouva qu’ils étaient des génies non moins aveugles ?. Au bout de quelque temps, il en arriva à cette conclusion, qu'aucune créature humaine n'avait qualité pour l’instruire sur les choses divines, et que la vérité lui avait été révélée par une inspiration venant directement du Ciel, Il prétendit que, par cela même que la division des langues avait commencé à Babel, et que les persécuteurs du Christ avaient placé sur la croix une inscription en latin, en grec et en hébreu, on en devait conclure que la connaissance des langues, et spécialement la connaissance du latin, du grec et de l’hébreu ne pouvait avoir aucune espèce d'utilité pour un ministre chrétien $. Ce qu’il y a de certain, c'est que, loin de savoir plusieurs langues, il n’en connaissait aucune ; son anglais est souvent aussi inintelligible pour le lecteur le plus attentif et d’un esprit exercé, que peut l'être pour un ignorant un passage de l’hébreu le plus corrompu 4. Une des précieuses vérités divinement révélées à ce nouvel apôtre,

* Journal, p. 4.

3 Journal, p. 7. LL. .

* À Message from the Lord to the Parliament of England, by G. Fox, 1654; Journals, L 64.

‘ Le Journal de Fox a été révisé, par quelques-uns de ses disciples plus letirés et plus sensés, avant d’être publié, et ne peut donner aucune idée de son style. Pour savoir de quelle manière il écrivait, il faut lire : À Warning to the World that are Groping in the Dark, 67 by G. Fox, 1655,

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était que l'emploi de la seconde personne du pluriel pour la seconde personne du singulier, n’était que mensonge et flattérie. Il lui avait aussi été révélé que parler.du mois de mars, c'était adorer le dieu Mars, altéré de sang, et que l’on rendait un hommage idolâtre à la lune, quand on parlait du lundi; que dire bonjour et bonsoir était-une chose tout à fait répréhensible, car on pouvait faire croire par là que Dieu avait fait des jours mauvais et des nuits mauvaises !, Il'enseignait aussi qu'un Chrétien devait plutôt affronter la mort que de porter la main à son chapeau pour saluer un homme, cet homme serait-il le plus grand de tous. RÉ:

Lorsque Fox fut sommé de citer en faveur de cette doctrine une autorité tirée de l'Ecriture, il indiqua le passage dans lequel il est dit que Shadrach, Meshech et Abednego furent jetés dans la fournaise avec leurs chapeaux sur la tête. Si l’on peut s’en rapporter à ce qu'il a raconté à ce sujet, le Chief-Justice d'Angleterre n'eut rien à répondre à cet argument, et ne put que s’écrier : « Geôlier, emmenez-le ?, » Fox insistait beaucoup sur cet autre argument, qui est de la même force, que les Turcs ne se présentent jamais la tête nue devant leurs supérieurs, et il demandait avec une grande animation, si ceux qui portaient le noble nom de Chrétiens ne devaient pas surpasser les Turcs en courageÿ. Il prohibait d’une manière absolue toute espèce de révérences, et semblait les considérer comme un effet de l'influence de Satan. Il faisait observer à cet égard que la femme dont parle l'Evangile, tant qu’elle avait dans le corps un esprit de faiblesse, était pliée en deux, mais qu’elle cessa”de l'être aussitôt qu’elle fut délivrée de l'Esprit du mal,

Fox avait une singulière manière d'interpréter les Saintes Ecritures. Il prenait au sens littéral les passages qui, pen- * dant seize siècles, avaient été considérés comme allégoriques par tous les interprètes : il donnait au contraire le sens figuré aux passages que l’on avait toujours interprétés à Ja

* Voir l'écrit ayant pour titre : Concerning good morrow and good even, the World’s Customs, but by the Light which into the World is come by it made manifest to all who be in the Darkness, by G. Fox, 1657.

? Journal, p. 166.

* Epistle from Harlingen, 11th oj 6th month 1677.

+ Of Bowings by G Fox, 1657.

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lettre. Ainsi, il concluait des expressions figurées qui font un devoir de souffrir les injures, qu'il était défendu de se dés fendre contre des pirates et des assassins, Au contraire on devait, selon lui, prendre au sens allégorique les com- , mandements parfaitement clairs d’après lesquels on doit baptiser avec de l’eau et se partager le pain et le vin en signe de la Rédemption du genre humain, Il erra longtemps de lieu en lieu enseignant partout son étrange théologie : : lorsque son exaltation fanatique atteignait son paroxisme, il se mettait à trembler et devenait aussi agité que la feuille du tremble. El entrait de force dans les églises, que par dérision il appelait des maisons à clocher, et par ses cris el ses grossières insultes ! il interrompait les sermons et les prières. Il accablait les pasteurs et les juges de paix de ses épitres qui ressemblent à des parodies burlesques de ces odes magnitiques par lesquelles les prophètes hébreux annonçaient les calamités de Tyr et de Babylone ?, Il s’acquit ainsi une grande célébrité : sa physionomie étrange, sa psalmodie extraordinaire et ses culottes de cuir étaient connues partout. Il diten se vantant, qu'aussitôt que l’on entendait crier : « Voici l’hom e aux culottes de cuir, » la terreur s'emparait de tous les Ee. dicateurs et que les prêtres mercenaires se hâtaient de s’enfuir afin de ne pas se trouver sur sa route . Il fut souvent em prisonné et mis au Ceps où au pilori, quelquefois avec raison pour avoir troublé des congrégations dans leurs exercices religieux ; mais quelquefois aussi injustement pour des paroles vides de sens. Il ne-tarda pas à réunir autour de lui un certain nombre de disciples, dont quelques-uns le surpassèrent en absurdité. Il raconte qu'un de ses amis marchait nu dans les rues de Skipton et annonçait ainsi la vérité : qu'un autre fut pendant plusieurs années poussé par l'Esprit divin à aller nu sur les places publiques, chez les laïques et les membres du clergé 5. Fox se plaint amèrement que les

4 Voir, par exemple, son Journal, p. 24, 26, 51.

* Voir, par exemple, dans son Journal, p. 86, l’Epître à Sawkey, juge de paix, p. 80; l'Épître à Guillaume Lampett, membre du Clergé: ape commence ainsi : La parole du Seigneur à toi, Ô Lampett, el, p 92, 'Epi re a un autre membre du Clergé, qu'il appelle prêtre Tatham. "7." 7

* Journal, p. 55.

4 Journal, p. 300,

+ Journal, p. 323.

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actes pieux et inspirés par l'Esprit-Saint n'aient été acçcueillis par une génération têtue et pervertie qu'avec des huées et des coups de fouet, Cependant bien qu'il applaudit au zèle de ces martyrs, il ne s'éleva jamais jusqu'à leur hauteur, Il fut, à la vérité, poussé quelquefois à se dépouiller d'une partie de ses vêtements. On le yit ainsi ôter ses souliers et marcher pieds nüs à travers les rues de Lichfeld, en criant : « Malheur à la cité sanguinaire!! » Il ne parait pas cepéndant qu'il ait considéré comme étant de son devoir de se montrer en public sans cette partie indispensable du yêtement d'où le peuple avait tiré le sobriquet qu'il lui donnait,

Si nous voulons former notre jugement sur Georges Fox en le considérant seulement d’après ses actions et ses écrits, il n’existe aucun motif pour le placer moralement ou intellectuellement au-dessus de Ludowik Muggleton ou de JoannæSouthcote, Il serait injuste cependant de mettre au même rang que les Muggletoniens ou les Southcotiens la secte qui le regarde comme son fondateur, Parmi le grand nombre de personnes qui se laissèrent prendre à son enthousiasme, il y en eut quelques-unes qui sous le rapport de l'intelligence et de la culture de l'esprit ne lui ressemblaient en ancune manière. Robert Barclay était un homme d'un esprit remarquable et d'un savoir étendu. Guillaume Penn, quoique inférieur à Barelay, sous le rapport de l'intelligence et du savoir, était un liomme du monde et un esprit cultivé. Que de tels hommes soient devenus les disciples de Georges Fox; cela n’a rien d'étonnant pour celui qui veut bien se rappeler que, même à notre époque, des hommes d’une intelligence remarquable, des esprits vigoureux et cultivés, ont été les dupes de vulgaires prophètes. La vérité est que les dons de l'esprit sont insuffisants pour nous défendre contre les erreurs de cette nature. Pour tout ce qui concerne Dieu et ses rapports avec l'homme, les plus hautes facultés n'en savent pas beaucoup plus que les facultés les plus faibles. En théologie, il existe un bien petit intervalle entre Aristote et un enfant, entre Archimède et un sauvage. C'est pour cela qu'il n'y a rien d’extraordinaire que des ‘hommes sages fatigués de chercher, tour mentés par le doute, aspirent à croire quelque chose, et voyant cependant

‘ Journal, p. 48.

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que l’on peut faire à tout des objections, se soumetient à l'enseignement de ceux qui, ayant une foi ferme et exempte d'hésitation, se donnent comme ayant reçu une MISSION divine. Aussi voyons-nous souvent des esprits inquiets et curieux chercher un refuge contre le scepticisme dans le sein d'une Eglise qui prétend être infaillible et qui finissent, après avoir douté de l'existence de Dieu, par adorer un pain à cacheter. Voilà comment Fox attira à lui des hommes qui de toules ” manières lui étaient infiniment supérieurs, excepté sous le rapport des convictions. Ce sont eux qui ont poli Sa grossière doctrine et l'ont rendue Moins choquante pourle bon sens et le bon goût. On ne rétractæ aucune des propositions qu’il avait avancées, on ne condamna aucun des actes ridicules où indécents qu'il avait faits où approuvés, mais On adoucit ou on cacha entièrement au public ce qui dans ses doctrines ou dans ses actions était trop grossièrement absurde. On fit ressortir, en le méttant sous le jour le plus con venable, ce qui pouvait paraître spécieux : On traduisit son jargon en anglais : on prêla à ses phrases un sens qu'il aurait été parfaitement incapable de comprendre, et lorsque son système fut modifié à un point tel qu’il n'aurait pu le reconnaître, on se mit à le défendre par de nombreuses @itations tirées de philosophes paiens et de Pères de l'Eglise dont il ne connaissait pas même les noms ‘. Cependant ceux © qui avaient ainsi refait sa théologie n'en continuèrent pas moins à lui donner des témoignages publics de vénération, vénération qui sans doute était sincère, ef ses absurdes épitres | 4 « Dans ces derniers temps, surtout, dit Leslie, le plus acharné des ennemis de cette secte, quelques-uns d’entre eux se sont rapprochés du Christianisme plus qu’ils ne l'avaient fait auparavant, M. Penn est un de ceux qui donnèrent un sens et formulèrent en anglais quelques-unes de leurs grossières idées: choses que Georges Fox aurail élé parfaitement incapable de faire. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour faire croire que leur doctrine est la même depuis le commencement, et qu’elle n'a subi aucune altération. C’est pourquoi ils dérendent tous les écrits de G. Fox et des premiers Quakers, et s’eforcent de montrer (ce qui est impossible) que la doctrine primitive élait la même que celle qu’ils enseignent aujourd’hui. » (The Snake in the Grass, 3° édition, 1698. Introduction.) Leslie est beaucoup plus poli pour son frère jacobite Penn que pour les autres Quakers. Penn dit luimême de son maître : « Que les maximes qui lui échappent relativement aux choses divinesysont quelquetois si abruples, et ont si peu de suite que l'on voit bien que cé né sont que des textes qui ont besoin de développement. » En d’autres termes, Georges Fox disait des choses ui n'avaient

pas de sens, et ses disciples, en paraphrasant ses idées, leur onnaient le sens qui leur manquait

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furent jusqu'à la dernière reçues et. lues avec un profond respect dans toutes les assemblées dé Quakers. La sensation produite par sa mort dépassa.le cercle de ses disciples. Le jour de ses funérailles, un grand concours de peuple.s’assembla dès le matin dans Grace-Church street, autour de la maison où se réunissait la Congrégation. De là son corps fut porté dans le lieu où l’on enterrait les membres de la secte et qui était situé danssle voisinage de Bunhill-Fieélds. Plusieurs orateurs haranguèrent la foule qui remplissait le cimetière. Penn se faisait remarquer parmi ceux des disciples qui confièrent à la terre le corps vénéré. La cérémonie était à peine terminée qu’il apprit qu'un mandat d'arrêt avait été lancé contre lui. Il prit immédiatement la fuite. et resta caché pendant quelques mois t. ea

Entrevue de Penn et de Sidney.

Quelque temps après qu’il eut disparu, Sidney reçut de lui une étrange communication. Penn lui demandait une entrevue; mais il exigeait la promesse formelle qu’on le laisserait retourner dans l'endroit où il se cachait, sans l’inquiéter. Sidney obtint du voi la permission de faire cette promesse. Penn vint au rendez-vous et parla longuement én vue de sa propre justification. Il déclara qu’il était un fidèle sujet du roi Guillaume et de la reine Marie, et que s’il savait que l'on machinât quelque chôse contre eux, il le ferait connaître. Ne se contentant plus de dire oui et non, il sembla prendre Dieu à témoin, et il aflirma qu'il n’avait connaissance d’aucun complot, qu'il né pensait pas qu'il en existât, à moins que l’on ne voulût considérer comme des complots les projets ambitieux du gouvernement français. En entendant une personne qui avait une telle horreur du mensonge qu’elle ne

* Dans la Vie de Penn, quiest mise én lêle de ses œuvres, on nous dit que le mandat d'arrêt fut décerné le 16 janvier 1690-{, par suite d’une dénonciation faite sous la foi du serment par Guillaume Fuller qui est représenté comme un misérable, un fourbe et un imposteur. Ce récit est répété par M. Clarkson. Il est cependant évidemment faux. Caermarthen, écrivant à Guillaume, le 3 février, dit qu’il n’y a qu’un témoin contre Penn, et que ce témoin est Forton. Il est donc évident que ce n’est pas sur les délations de Fuller que le mandat d’arrêt a été lancé contre Penn. 1! semble même que Fuller se trouvait à cette époque à La Haye; c'est du moins ce qui résulte de l'histoire qu’il nous a donnée de sa vie. Lorsque Nottingham écrivit, le 26 juin, à Guillaume, il y avait un autre témoin,

tolérait même pas les formes ordinaires de la politesse, et qui avait une telle répugnance pour les serments qu’elle ne voulut même pas devant les Cours de justice baiser le livre saint, Sidney fut sans doute surpris-de voir cette même personne lui dire des choses qui ressemblaient singulièrement ‘à des mensonges, et de les lui voir confirmer par quelque chose comme un serment. Il lui demanda comment alors, s’il n'y avait pas eu de complot, on pouvait expliquer les léttres et les papiers saisis sur Ashton. Penn éluda la question « Si je pouvais seulement voir le roi, » dit-il, « je lui dirais tout avec la plus entière franchise. C’est seulement de cette manière que je puis le servir. Je ne puis être témoin de la Couronne, Car ma consciencé m'interdit le serment. » Il assura Sidney que les ennemis les plus dangereux du gouvernement étaient. les Whigs mécontents. « Les Jacobites ne sont pas dangereux, » continua=t-il, « Il n’y en a pas un qui aitle sens commun, Certaines personnes qui sont venues de Hollande avec le roi sont beaucoup plus à craindre. » Il ne semble pas que Penn ait nommé quelqu'un. Il put se retirer sans être inquiété, et on ne le rechercha pas activement, IL resta quelques mois caché dans Londres, puis gagna secrètement les côtes de Sussex et se réfagia en France. Pendant près de trois ans, Penn fut errant et dut se cacher. Enfin, par l'intermédiaire de quelques hommes éminents qui voulaient bien, en considération de ses bonnes qualités, ne pas s’apercevoir de ses défauts, il obtint de faire sa paix avec le gouvernement, et se hasarda à reprendre son ministère. La manière dont il reconnut l'indulgence avec laquelle il fut traité ne donne pas une haute idée de son caractère. Il venait à peine de recommencer ses harangues publiques contre l'illégalité de la guerre, qu’il envoya un message pressant à Jacques pour l’exhorter à faire immédiatement une descente en Angleterre à la tête de 30,000 hommes t.

! Sidney à Guillaume, 27 février 1690-1. La lettre se trouve dans Datrymple’s Appendix, part. 11, book vr. Narcisse Luttrell, dans son Journal de séplembre 1691, mentionne la fuite de Penn, qui, de Shoncham, gagna la France, Narcisse dit, le 5 décembre 1698 : Guillaume Penn, le Quaker, qui s’élait tenu caché pendant quelque temps, a arrangé son affaire, et vient de reparaître en public. Vendredi dernier, il a prononcé un discours à la taverne de la Bouche et du Taureau, dans Saint-Martin. Dans une note, en date du 18 (28) décembre 1693, écrile à Saint-Germain, se trouve un pas»

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