‹ Histoire du règne de Guillaume IIIChapitre 9 sur 15 · CHAPITRE II. 251 Preston est pardonrné. s · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 251 Preston est pardonrné. s

Quelques mois se passèrent avant qué l’on décidât du sori de Preston. Après avoir accordé plusieurs sursis, le gouvernemént, convaincu qué bién que Preston éût beäucoup dit, il pouvait ehcore dire davantäge, fixa un joûr pour son exécution, et ordonna aux shériffs de tout disposer pour ce jour ‘. Cependant un nouveau sursis lui füt encore accordé, et quelques semaines après il obtint $0h patdüti. Mais on lui fit seulement grâce de la vie, et ses bienS féslèrent soumis aux effets de la condamnation dont il avait été frappé. Il ne fut pas plutôt mis en liberté que sa conduite donna.de nouveau prise contre lui et éveilla les soupçons. Il fut arrêtéune seconde fois, interrogé et renvoyé en prison ?. Enfin, devenu un objet de dérision et de malédiction pour les deux partis, on lui permit de se retirer dans un manoir solitaire Situé dans la partie nord du Yorkshire. Là, du moins, il n'eut pas à supporter les regards de mépris de ses anciens associés, Ils l'avaient autrefois considéré comme un homme d’un courage indomptable, et dont l'honneur était säns {aché; mais maintenant ils déclaraient que, pour le moins, il élait-un lâche, dont l'âme était vile, et ils allaïént même jusqu'à ‘insinuer qu'ils le soupçonnaient de n'avoir jamais été qu’un espion et un agent provocateur $. La vie misérable de Preston ne se prolongea pas longtemps, il en occupa lés derniers instants à traduire en anglais le livre de la Consolation, de Boèce. La traduction ne fut publiée qu'après la mort du traducteur. Une tentative non réussie, à la vérité, d'introduire de nouveaux mètres dans notre système de versification, et les aflusions dont la préface est remplie, constituent le principal

sage dont voici la traduction : « M. Penn dit que Votre Majesté a déjà eu plusieurs occasions favorables, mais jamais nne meilleure que celle qui se présente mainténant. fl espère que Votre Majesté’ s'éhténdra aveë je Roi Très-Chrétien afin de ne pas les laisser échapper, car une descente avec 30,000 hommés aura pour effet, non-seulement de rétablir Votre Mañesté, mais aussi'ellé romprä très-probablement l'alliance. » dl

* Narcissus Luttrells Diary, novembre 1691. |

© Narcissus, Euttrell's Diary, août 1691; Lettre de Vernon à Wharton, 17 octobre 1691, dans là Bibliothèque Bodieïerine.

* Cellé opihion dés Jacubites résulte d’une lettre qui se tfouvé dut Afcphes qe Ninieuee de la Guerre, en France: Elle fut écrite de Londres, le 25 juin . j

intérêt de ce livre. Sous le voile transparent du langage figuré, Preston livre à la pitié ou au mépris du publie la souillure de son nom et les angoisses de son âme. Il se plaint que ses anciens amis l'ont traité ayec plus de dureté que le tribunal qui l’a condamné à mort. Selon lui, il a été facile à beaucoup d’entre eux, qui n’ont pas été exposés aux épreuves qu’il à dû supporter, de se faire une réputation de courage, en le raillant de sa lâcheté et en bravant de loin des horreurs qui, lorsqu'elles sont vues de près, sont suflisantes pour abattre même le courage le plus ferme.

Joie des Jacobites en apprenant la prise de Mons.

Les Jacobites qui avaient été atterrés par la découverte du complot de Préston, reprirent courage lorsqu'ils apprirent la prise de Mons. La joie de tout le parti fut immense. Dans l'éspace compris entre le café de Sam et le palais de Westminster, on ne voyait que des prêtres non-assermentés : ils circulaient continuellement, répandantpartout les louanges de Louis et tournant en dérision le misérable résultat des délibérations du grand Congrès. Dans le Parc les mécontents avaient le maintien altier et parlaient ouvertement de sédition. Sir John Fenwick se fit remarquer parmi les plus rodomonts : il avait été fort en faveur sous le dernier règne et avait. eu un commandement militaire : ik était maintenant un agitateur et un conspirateur infatigable. Dans son exaltation il oublia les égards que tout homme doit à une femme. Il s'était déjà fait remarquer plusieurs fois pour son impertinence vis-à-vis de la reine. Il affecta de se trouver sur son passage pendant qu’elle faisait sa promenade, et tandis que toutes les personnes qui étaient autour de lui se découvraient et s'inclinaient en signe de respect, il se mit à la regarder fixement et retroussa d'une manière insolente son chapeau qu’il avait conservé sur sa tête. L’insulte n’était pas seule= ment brutale, elle était lâche. Car la loi ne punissait pas la simple insolence, füt-elle grossière : et de tous les gentilshommes et de tous les soldats de son royaume le roi était le seul qui ne pouvait venger avec son épée l’outrage fait à sa femme. La reine ordonna aux gardiens du Parc de ne plus y laisser entrer sir John : c'était tout ce qu'elle pouvait faire. Mais ün jour vint, la reine étant morte déjà depuis longtemps, où sir

Jobn dut regretter de s'être laissé aller à commettre cet outrage. Il reconnut, d’une manière terrible, que de tous les Jacobites, sans en excepter les assassins les plus acharnés, il était le seul contre lequel Guillaume fût animé d’une haine personnelle et invétérée !.

Les siéges vacants sont donnés.

Quelques jours après cet événement, la fureur des mécontents fut excitée comme elle ne l'avait jamais été. La découverte de la conspiration dont Preston était le chef avait eu pour résultat d'amener une crise dans les affaires ecclésiastiques. Les évêques qui avaient refusé de prêter serment, avaient continué, pendant l’année qui suivit leur dépossession, de résider dans leur palais épiscopaux. Burnet, à la requête de Marie, s'était efforcé d'arriver à un compromis. Son intervention directe aurait probablement fait plus de mal que de bien. Il prit fort judicieusement pour intermédiaire Rochester, qui, de tous les hommes d'Etat qui avaient prêté serment, était celui qui était le plus estimé des non-assermentés, et Trévor, qui, malgré son peu de mérite, jouissait d’une grande influence dans le parti de la Haute-Eglise. On informa Sancroft et ses collègues que, s'ils voulaient consentir à remplir leurs fonctions spirituelles, à ordonner, instituer, confirmer et à veiller sur la foi et la moralité du clergé, on passerait un bill au Parlement qui les dispenserait de prêter serment. Cette proposition était imprudemment libérale : cependant ceux à qui elle était faite ne pouvaient pas convenablement l’accépter. Car dans le service de l'ordination, comme dans presque tous les autres services de l'Eglise, Guillaume et Marie étaient désignés comme roi et reine. La seule promesse que l'on put obtenir des prélats dépossédés était qu'ils resteraient tranquilles. Cette promesse ne fut pas même tenue par tous. Un d'entre eux, au moins, s'était rendu coupable de trahison, et il avait aggravé

* Mercurius Reformatus de Wiiwood, If, 24 avril 1691; Narcissus Luttrell's Diary, avril 1691; L'Hermitage to the Stats General, 19 (29) juin 1696; Calamy's Life. L'insulte faite par Fenwick à Marie a été racontée de deux manières. J'ai donné la version qui m'a paru la plus authentique ; c’est aussi celle qui contient les faits les moins odieux.

* Burnet, LI, 71.

son crime en y joignant l’impiété. Il avait déclaré, dans la crainte d'être massacré par la poputace, qu'il avait en horreur la pensée d’invoquer l’aide de la France et il avait pris Dieu à témoin de la sincérité de sa déclaration, Cependant, peu de temps après, on l'avait surpris complotant de faire entrer une armée française en Angleterre, et il avait écrit à la cour de Saint-Germain pour lui donner l'assurance qu’il agissait de concert avec ses collègues et spécialement avec Sancroft. Les Whigs demandaient hautement que l’on fût sévère. Les conseillers tories de Guillaume reconnaissaient eux-mêmes que l’on avait porté l’indulgence aussi loin que possible. On fit cependant une dernière tentative pour arriver à une transaction. Voulez-vous, vous et vos collègues, dit Trévor à Lloyd, évêque nof-assermenté de Nofwich, désavouer tout rapport avec le docteur Turner, et déclarer que tout ce qui vous concérnait dans la correspondance était : faux? Lloyd ne donna qu’une réponse évasive. Il devenait évident que la patience de Guillaume n'avait eu pour effet que d’enhardir les adversaires qu'il avait espéré se concilier. Caermarthen lui-même, Nottingham lui-même déclarèrent qu'il était plus que temps de nommer aux siéges vacants t.

Tillotson, archevêque de Cantorbéry. |

TiHotson fut nommé à l’archevêché et il fut consacré le jour de la Pentecôte dans l’église de Sainte-Marie-le-Bow. Compton, cruellement morlifié, refusa de prendre part à la cérémonie : il fut remplacé par Mew, évêque de Winchester qu’assistaient Burnet, Stillingfleet et Hough. Jamais depuis le sacre, aucune église n'avait vu une congrégation aussi brillante. Ce jour-là, le salon de la reine fut désert. Presque tous les Pairs qui se trouvaient dans la ville se réunirent le matin à Bedford’house et se rendirent en procession jusqu’à Cheapside. Norfolk, Caermarthen et Dorset se faisaient remarquer dans la foule. Devonshire, qui était impatient de voir ses arbres de Chatsworth dans la splendeur nouvelle que l'été venait de leur rendre, avait retardé son départ, afin de donner à Tillotson un témoignage de respect. La foule qui bordait

‘ Lloyd à Sancroft, 24 janvier 1694. La leitre se trouve parmi les Maouscrils de Tanner, et est imprimée dans la Vie de Ken, par un laïque,

lès rues salua le nouveau primat de ses chaudes acclamations. Il avait prêché dans la Cité pendant plusieurs années : son éloquence, sa probité et la douceur remarquable de son esprit et de ses manières avaient fait de lui le favori des habHants de Londres t.

Mais les félicitations et les applaudissements de ses amis ne purent étouffer le concert d'imprécations qui s’éleva parmi les Jacobites. Selon ces derniers, c'était un voleur qui n’était pas entré par la porte, mais s'était introduit par escalade. Ce n’était qu’un mercenaire auquel le troupeau n’appartenait pas : il avait usurpé la houlette du bon pasteur, et l’on devait s'attendre à ce qu’il laisserait les brebis à la merci du premier loup qui se présenterait. C'était un Arien, un Socinien, un Déiste, un Athée. Il avait trompé le monde par ses belles phrases et par un semblant de vertu morale : mais en réalité, il était un ennemi de l'Eglise bien plus dangereux que s’il s'était déclaré ouvertement disciple de Hobbes et que s'il avait vécu d’une manière aussi dissolue que Wilmot. Il avait enseigné aux élégants gentilshommes et aux belles ladies qui admiraient son style et qui entouraient constamment sa chaire, que l’on pouvait être bon chrétien et cependant croire que l'histoire de la chute racontée dans la Genèse n'avait qu'un sens allégorique. Il n'était pas difficile du reste d'être aussi bon chrétien que lui, car il n'avait jamais été chrétien; ses parents étaient anabaptistes; dans son enfance il avait perdu leur religion et depuis n’en avait retrouvé aucune. On lui donnait dans d’ignobles satires le sobriquet de Jean Non-Baptisé. Ce fut en vain que l’on produisit son acte de baptême. Ses ennemis ne continuèrent pas moins à dire qu'ils avaient vécu assez pour voir devenir Pères de l'Eglise ceux qui n’avaient jamais été ses enfants. Ils firent courir le bruit que la reine, ayant éprouvé un vif remords du crime qui lui avait donnéle trône, avait eu, dans ses angoisses, recours à Tillotson et qu’il l'avait consolée en lui assurant que la punition qui attendait les méehants dans la vie future n'était pas

* London Gazette, ier juin 1691 ; Birch's Life of Tillotson ; Congratulatory Poem to the Reverend Dr Tillotson on his Promotion, 1691 ; ernon à Wharton; 98 et 30 mai 1691. Ces lettres à Wharton se trouvent dans la Bibliothèque Bodleïenne, et font partie d’une collection extrêmement curieuse qui m'a lé indiquée par le Dr Bandinel.

éternelle‘. L'âme de l'archevêque était d'une délicatesse presque féminine que l’âge avait encore accrue. Sa longue vie s'était passée au milieu des luttes des sectes et des partis; et cependant tous s'étaient accordés pour parler avec admiration de ses talents, et avec estime de son caractère. Il avait plus de soixante ans, et c'était pour la première fois qu'il avait à faire face à une véritable tempête d’outragés. C'était au-dessus de ses forces. Son courage y succomba, et il perdit la santé. Cependant il ne se relâcha pas de ses devoirs : il ne chercha pas non plus à se venger de ceux qui le persécutaient. Quelques jours après sa consécration, on arrêta plusieurs individus qui répandaient des libelles où il était outragé. Les officiers de la Couronne lui offrirent de commencer des poursuites; mais il insista pour que personne ne fût puni à cause de lui?. Un jour on lui remit un paquet scellé pendant qu'il avait de la société : il l'ouvrit et un masque en tombe. Ses amis furent autrés d’une si lâche injure; mais l'archevêque, essayant de cacher sous un sourire le chagrin qu'il ressentait, leur dit en montrant les papiers qui étaient sur sa table, que l’insulte que l’on avait voulu lui faire au moyen de ce masque pouvait être considérée comme . légère en comparaison de celles qu'il supportait tous les jours. À sa mort on trouva, parmi ces papiers, un paquet de violents libelles que les non-jureurs avaient répandus contre lui; le paquet portait cette inscription : Je prie Dieu de leur pardonner comme je le fais moi-même,

Conduite de Sancroft.

Le caractère du prélat dépossédé était entièrement différent. Il semble s’êlre fait complétement illusion sur son importance personnelle. L'immense popularité dont il avait

* Bireh's Life of Tillotson; Leslie’s Charge of socianism against Dr Tillotson considered, by a true sin of the Church, 1695 ; Hickes’s Discourses upon Dr Burnet and Dr Tillotson; Cataloque of Books of the Newert Tasheon to be sold by Auction at the Whig's Coffee House. Ce dernier ouvrage fut évidemment imprimé en 1693. Plus de soixante ans après, Johnson, en faisant le portrait d’un vrai Jacobile, le représente comme étant convaincu que Tillotson était mort athée; Idler, n° 10.

* Tillotson à Lady Russel!, 23 juin 1691.

* Birch's Life of Tillotson ; Memorials of Tillctson by his pupil John Beardmore ; Shérlock's Sermon preached in the Temyle Church on the death of Queen Mary, 1694-5.

joui trois ans auparavant, les prières et les larmes de la multitude qui s'était précipitée dans la Tamise pour implorer sa bénédiction, l'enthousiasme avec lequel les sentinelles de la Tour avaient bu à sa santé sous les fenêtres de sa prison, l’éclatant cri de joie qui était parti de la Cour du Palais le matin de son acquittement, les illuminations de la nuit qui suivit son triomphe lorsqu'il n’y avait pas une fenêtre, depuis Hyde Park jusqu’à Mile End, qui n’eût ses sept chandelles, celle du milieu plus grande que les autres, afin de rappeler sa dignité; toutes ces choses étaient toujours présentes à son esprit. Il n’avait pas eu la sagesse de comprendre que ces hommages ne s’adressaient pas à sa personne, mais qu'ils étaient rendus à cette religion et à ces libertés dont, pour le moment, il était le représentant. L’extrême indulgence dont, pendant iongtemps, le nouveau gouvernement avait usé à son égard semble l'avoir confirmé dans son erreur. Si on lui envoyait de Kensington messages sur messages en vue de la conciliation, si les conditions qui lui étaient offertes étaient telles qu'elles s’accordaient à peine avec la dignité de la couronne et le bien de l'Etat, si ses réponses. sèches et discourtoises ne pouvaient lasser la patience royale, si, en dépit des bruyantes clameurs des Whigs et des provocations journalières des Jacobites, il continuait encore, quinze mois après sa dépossession, à résider dans le palais métropolitain, c'était, à ses yeux, la preuve, non de la douceur, mais de la faiblesse du gouvernement. Il semble s'être flatté que l’on. n'’oserait pas le remplacer; aussi, lorsqu'il apprit que son siége avait été donné, il entra dans une colère qui se prolongea autant que sa vie, et qui le jeta dans les actes les plus insensés et les plus répréhensibles. Dès que Tillotson fut nommé, il vint à Lambeth; il espérait que sa douceur, que sa déférence parviendraient à apaiser une irritation dont il était la cause innocente. Il resta longtemps dans l'antichambre ; à plusieurs reprises il envoya des domestiques dire qu'il attendait. Sancroft ne daigna pas donner une réponse!, Plusieurs semaines se passèrent, et l’ar-

# Collectanea de Wharton cilé dans la Vie de Tillotson, par Birch. 22,

chevêque dépossédé ne paraissait pas vouloir se retirer. Enfin il reçut un ordre qui lui intimait que c’était le bon plaisir du roi qu’il eût à quitter une -habitation qui n'était lus la sienne, et dans laquelle il n'était plus qu’un hôte. Len concut un violent dépit et déclara qu'il n’obéirait pas; il prétendait demeurer jusqu'à ce qu'il fûtexpulsé par les officiers du shérif; il prétendait se défendre lui-même devant les tribunaux, autant du moins qu'il pourrait le faire sans être forcé de reconnaitre l'autorité des usurpateurs'. La question était si claire qu’il ne put, quoiqu'il eût appelé à son aide tous les artifices de la chicane, obtenir qu’un trèscourt répit. Lorsqu'un jugement eut été rendu contre lui, il quitta le palais, mais il commanda à son maître-d'hôtel d'en conserver la possession. Il en résulta que ce dernier fut mis en prison et fut condamné à une lourde amende. Tillotson fit savoir par un message poli que le payement dé l'amende ne serait pas exigé.. Mais Sancroft était résolu à avoir un motif de plainte, et il déclara qu’il payerait %

Différends entre Sancroft et Ken.

A partir de cette époque l'idée fixe de ee vicillard revêéhe et à l'esprit étroit fut d'anéantir l'Eglise dont il avait été le principal ministre. Ce fut en vain que quelques-uns des nonjureurs, ceux dont la vertu, les talents et l’instruction étaient l'honneur du parti, lui firent des remontrances. = « Notre dépossession, tel était le raisonnement de Ken, est nulle aux yeux de Dieu. Nous sommes et nous serons jusqu’à notre mort, ou tant que nous n’aurons pas résigné volontairement, les véritables évêques de nos diocèses. Ceux qui s'emparent de nos titres et s'immiscent dans nos fonctions, se rendent coupables de schisme. Mais le schisme finira avec nous si nous agissons comme nous le devons, et à la génération prochaine l'unité de l'Eglise sera retablie. D’un autre côté si nous consacrons des évêques pour nous succéder, le schisme se perpétuera et notre responsabilité se trouvera engagée non pour l'avoir fait naître, mais pour lui avoir donné les moyens de

‘ Wharton’s Collectanea, cité dans la Vie de Sancroft, par D'Oyly; -Narcissus Luttrell's Diary.

3 Les Manuscrits de Lambeth cités dans la Vie de Sancroft, par D'Oyly; Journal dé Narcissus Luüttrell ; Vernon à Wharton, 9, {{ juin 1694,

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se continuer. » Ces considérations devaient, d’après les principes mêmes de Sancroft, être décisives auprès de ce dernier : mais sa colère prévalut. Ken quitta sans bruit le vénéräble palais de Wells: Il en avait fini avec la lutte, disait], son esprit fermé aux disputes ne s’épancherait plus désormais qué dans des hymnes. Ses charités pour les malheureux de toutes les communions et surtout pour les partisans de Monmouth et les huguenots persécutés avaient été si nombreuses que sa fortune particulière se trouvait réduite à 700 livres et à une bibliothèque qu'il ne pouvait se décider à vendre. Mais Thomas Thyne, vicomte de Weymouth, bien qu'il eût prêté serment, s’honora en offrant au plus vertueux des nonässermentés un asile tranquille et honorable dans sa maison particulière de Lôngleat. La vieillesse de Ken s'y écoula heureuse et honorée : jamais il ne regretta le sacrifice qu’il avait fait à ce qu'il croyait son devoir, et son indulgence pour ceux qui, à cet égard, ne partageaient pas sés sentiments, devint plus grande de jour en jour t.

Haine de Sancroft pour l'Eglise établie..— H pourvoit à la succession

épiscopale en désignant des non-jureurs.

La conduite de Sancroft fut bien différente. Jamais, cependant, un homme renversé d'une position élevée par une révolution n’eut moins de motifs de se plaindre. Il avait à Fressingfield, dans le comté de Suffolk, un bien patrimonial qui, réuni aux économies qu'il avait faites pendant les douze années qu’il avait été primat, luï permettait de vivre, non sans doute d'une manière aussi splendide que lorsqu'il était le premier Pair du Parlement, mais comme un opultent genthomme campagnard. Il se retira sur ses terres, et il y vécut jusqu'à sa mort, ayant toujours présentes à l'esprit les injustices qu'on lui avait faites. Son aversion pour l'Eglise établie. était devenue chez lui un sentiment aussi fort qu'il l'avait été chez Martin Marprelate *. Il considérait comme des paiens.et des publicains ceux qui étaient restés en commu-

* Voir une lettre du R. Nelson, en date du 21 février 1709-10, dans l’Ap- . pendice de la Défense de notre Constitution dans l'Eglise et dans l'Etat, par N. Marshall, 1717. Vie de Ken, par Hawkin ; Vie de Ken, par un laïque.” .* Marlin Guerre aux Prélats, nom qui indique seut les opinions religieuses de celui à qui il fut donné. |

nion avec elle. Il donnait par dérision le nom de Muphti à Tillotson. Il avait converti en chapelle une chambre de son habitation de Fressingfield ; iln’y admettait à la Sainte-Table ni ceux qui avaient prêté serment, ni ceux qui acceptaient la direction spirituelle de théologiens assermentés. IL faisait cependant une distinction. Le laïque qui était resté en communion avec l'Eglise, pouvait rester pendant qu’on lisait les prières, mais il devait se retirer lorsqu'on célébrait le plus élevé des mystères de la foi chrétienne. Quant aux membres du clergé qui avaient prêté serment de fidélité au souverain de fait, Sancroft ne voulait pas même prier avec eux. Il eut soin de donner une grande publicité à la règle qu'il avait établie, et il apprit à ses serviteurs, en joignant l'exempleau préceple, à considérer tous ceux qui reconnaissaient l’autorité de Guillaume, seraient-ils les plus orthodoxes, les plus pieux et les plus vertueux des hommes, de la même manière que le Juif considérait le Samaritain ‘. Une telle intolérance aurait été blämable, même dans un homme qui aurait combattu pour la défense d’un grand principe. Mais Sancroft ne combattait que pour un mot. 11 était l’auteur du projet de régence. Il avait été parfaitement d'avis de transférer le pouvoir royal tout entier de Jacques à Guillaume. Toute la question se réduisait donc à savoir si le magistrat à qui le pouxoir royal était transféré tout entier, devait prendre le titre du roi. Pour cet esprit étroit et aigri au dernier point, cela sufit pour justifier l’'excommunication de dix mille prêtres et de cinq millions de laïques. Sancroft ne pouvait se faire à l'idée que le trouble qu'il avait excité finirait avec lui. Après avoir cherché à rendre la discorde aussi amère que possible, il résolut de la rendre éternelle. Une liste des théologiens qui avaient été privés de leurs bénéfices fut envoyée par lui à Saint-Germain, avec prière à Jacques d’en nommer deux, afin que la succession épiscopale ne fût pas interrompue. Jacques, auquel on avait appris que la multitude des sectes était la plaie du protestantisme, fut enchanté, sans doute, d'en voir une de plus. Il nomma deux non-assermentés, Hickes et Wagstaffe, tous deux d’un caractère entier et

‘ Voir dans une lettre de Wagstoff, écrite de Suffolk, une note dictée par lui, le 16 novembre 1693.

incapables d’un compromis. Sancroft avait recommandé le premier ; l’autre l’avait été par Lloyd, évêque dépossédé dè Norwich. Telle fut l’origine de cette hiérarchie schismatique qui, après avoir excité quelque alarme, tomba bientôt dans l’obscurité et le mépris, mais qui traîna une existence misérable pendant quelques générations. Sans temples, sans revenus, sans dignités, la petite Eglise fut plus déchirée par les disputes intérieures que la grande Eglise, qui avait conservé la possession des cathédrales, des titres et des pairies. Quelques non-jureurs penchaient vers. le cérémonial de Rome; d’autres ne voulaient pas qu'on se départit en rien du Livre des Prières communes. Autel était élevé contre autel. Une ombre de prélat déclarait non canonique la consécration d’une autre ombre de prélat. A;la fin, les pasteurs n’eurent plus de troupeaux. Un de ces Lords spirituels prit le sage parli de se faire chirurgien; un autre abandonna ce qu’il appelait son siége, et se fixa en Irlande; enfin, en 1805, le dernier évêque de cette société qui $e prétendait la seule vraie Eglise d’Angleterre, descendit au tombeau sans que l’on'y fit la moindre attention !. |

Les nouveaux Evêques.

[l fut pourvu au siége des évêques qui avaient été dépossédés avec Sancroft, d’une manière qui fit honneur au gouvernement. Patrick succéda au traître Turner. Fowler alla à Gloucester. Richard Cumberland, théologien d’un âge avancé, sans crédit à la Cour, et recommandé seulement par sa piété et son érudition, fut nommé au siége de Péterborough. Il fut fort étonné en lisant les nouvelles à la main, qu'il avait trouvées sur la table d’un café, d’y voir sa nomination’. Beveridge fut choisi pour succéder à Ken : il accepta, et sa nomination parut dans la Gazette de Londres. Mais Be- veridge, bien qu’il fût honnête, était un homme d’un esprit faible. Quelques Jacobites lui firent des observations; d’autres l’injurièrent : le cœur lui faiblit et il revint sur son ac-

* Voir L'Oyly’s Life of Sancroft, Hallam's Constitutionnal History, et D Lathbury’s History of the Non Jurors. ° * Voir l’Autobiographie de l’auteur dramatique qui porte le mênie nom, et qui élait un de ses descendants; voir aussi une Note d'Onslow sur Burnet,

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