DIFFICULTÉS ET AJOURNEMENT MOMENTANÉ DE L'EXÉCUTION
et celles des espèces françaises qui manquaient du titre et du poids voulus, devaient être portées aux plus prochaines Monnaies, où l'État en paierait la juste valeur aux dépo sants, selon l'évaluation fjui en serait faite. Les nouvelles pièces françaises seraient fabriquées par un procédé assez sur, et dans un nombre de monnaies assez restreint et assez surveillé par le gouvernement , pour que l'on pût mettre en défaut la coupable industrie des faux monnayeurs. Mais ce qu'il y avait de plus important dans les propositions et dans l'édit projeté, «c'étaient une évalua- » tion de l'or et argent et un nouveau pied de monnoyes, » pour empescher que les monnoyes de France ne pussent » être à jamais... transportées hors le royaume. » Toutes ces mesures, excellentes en principe, laissaient quelque chose à désirer dans les moyens d'exécution. Beaucoup de citoyens, sur l'usage depuis longtemps introduit dans le royaume, avaient pris les espèces étrangères d'un titre l)as, ou les espèces françaises altérées, pour leur valeur de convention, au lieu de leur valeur intrinsèque réelle. Ces citoyens, en portant ces espèces aux Monnaies et en en recevant le prix selon la juste évaluation, c'est-à-dire conformément h la valeur intrinsèque de ces espèces, faisaient une première perte de cinq livres, dix livres, ou même plus, sur une somme de cent francs. Ils éprouvaient une seconde perte, parce que les hôtels des Monnaies exigeaient d'eux les droits élevés de fabrication, nommés droits de seigneuriage, brassage et autres. Pour que les particuliers n'eussent pas souffert, dans la conversion des anciennes monnaies en monnaies nouvelles, il aurait fallu que le gouvernement prit à sa charge le change et les frais de fabrique des monnaies nouvelles. La cour des Comptes et le Parlement remontrèrent au roi quel préjudice considérable souffriraient les particuliers si la conversion avait lieu dans les conditions projetées ; le roi céda;
d8l LIV. vil. CH. VI. ELLE EST OPÉRÉE QUELQUES ANNÉES PLUS TARD.
et l'édit demeura alors sans effet. On ne peut douter que si Henri eût vécu quelques années de plus, il ne l'eût repris et appliqué, après avoir levé équitaLlement pour les intérêts des particuliers, les difficultés de l'exécution. Les excellents principes que contenait l'édit triomphèrent plus tard, et celui en particulier qui concernait l'élévation nécessaire dans la proportion de l'or à l'argent, reçut son application dans les cinq années qui suivirent. Au commencement du règne de Louis XIII, en 1615, la proportion de l'or à l'argent, qui jusqu'alors n'avait été que de 1 à 11, fut haussée et fixée de 1 à 13 1/11'.
§ VI. Mesures prises, traités condus par Henri IV et par Sully, en faveur du commerce extérieur fl 003-1 QIC).
Dans toutes les parties de l'administration, Henri IV et Sully virent la perfection et cherchèrent à Tatteindre : pour règle constante de leur conduite et de leurs efforts, ils prirent la maxime des grands esprits et des grandes âmes, que dans le l)ien rien n'est fait, tant qu'il reste quelque chose à faire. On vient d'assister aux prodigieux travaux qu'ils s'imposèrent pour le développement de l'industrie et du commerce intérieur : on va leur voir apporter la même sollicitude, déployer la même activité, obtenir des résultats au moins égaux, dans ce qui se rapporte au commerce extérieur, et accomplir en même temps ces deux tâches, faire marcher de front tous ces soins.
Pour prospérer, le commerce extérieur doit satisfaire
» Mercure françois, année 1609, t. 1, fol. 361, recto et verso, 362 recto. — Le.stoile, Regist. joiirn. do Henri IV, p. 524-535. L'Estoilo n'entend rien du tout à la question, mais il donne quelques détails précieux sur les reuioutrauces de la Cour des comptes, la conduite du Parlemeut,et la modération du roi, qui cède à l'opposition, à cause des inconvénients actuels de l'exécution.
INTÉRÊTS COMMERCIAUX DE LA FltANCE AVEC LES ÉTRANGERS. 485
lui-même et seul à de noaibreuses et difficiles obligations : il doit de plus trouver des sûretés et des facilités qu'il ne peut se donner lui-même, et qu'il doit recevoir de son gouvernement. Le roi, nous l'avons vu, s'était trouvé hors d'état de les lui fournir jusqu'à l'année 1603, et s'était borné forcément à renJre au commerce de nos voisins une partie du trouble et de la gène que le nôtre éprouvait. Il avait à ouvrir à notre commerce plusieurs marchés étrangers , surtout ceux d'Angleterre (jui lui demeuraient fermés par le fait ; à protéger la personne et les biens des marchands contre les pirates, et contre les exactions et les tyrannies des magistrats anglais et espagnols; à changer pour eux cette situation violente en un état légal, régulier, permanent, dans lequel ils trouveraient des avantages égaux à ceux dont les étrangers jouissaient en France; à leur rendre la prééminence dont eux-mêmes et le royaume avaient joui autrefois chez les Turcs, et dans toutes les échelles du Levant. Bien des efiForts et bien des travaux étaient imposés au roi pour réussir. Il fallait qu'il augmentât incessamment ses forces sur terre, et devînt sans contestation la première puissance continentale de l'Europe ; qu'il commençât au moins à devenir puissance maritime ; qu'il protitàt des embarras politiques soit intérieurs, soit extérieurs, dans lesquels se trouvaient jetés ses voisins, et dont il était presque complètement sorti lui-même ; qu'il s'aidât dune diplomatie vigilante, adroite, active, travaillant sur ses instructions et sous sa surveillance; qu'aux négociations il joignit parfois la menace, et exerçât la pression de la crainte, en évitant autant que possible de pousser les choses à l'extrême, et de rompre la paix dont son état avait besoin pendant plusieurs années encore. Il employa à la fois ces moyens si divers, tendant tous au même but ; et rien ne manqua à son succès.
486 LIV. Vll.CII.VI. l'ROTFXTION DONNÉE PAR LE ROI A CES INTÉRÊTS.
Les opérations et les intérêts de notre commerce s'étendaient à la fois à l'Orient et à l'Occident. Nous rechercherons d'abord ce que le roi fit pour le commerce du Levant, lequel s'exerçait dans les diverses contrées dépendant du grand seigneur en Europe, en Asie, en Afrique. Sous Mahomet III, l'empire turc était entré dans une période de décadence. Miné à l'intérieur par les vices de sou gouvernement, par les soulèvements continuels et impunis de la soldatesque, par les révoltes toujours renaissantes en Asie, dont la plus dangereuse fut celle de l'Ecrivain ; affaibli par la guerre de Hongrie où ses revers avaient dépassé ses succès il pouvait être écrasé par les forces du sophi de Perse Sha-Abbas, et de la ligue des princes chrétiens. Cette ligue, déjà composée du Pape, des princes d'Italie, du roi d'Espagne, de l'empereur, pouvait se grossir d'un jour à l'autre des Vénitiens et du roi de France. Ce fut dans cette situation que le roi traita d'abord avec Mahomet III, à la fin de 1603 et durant les derniers mois de son règne; ensuite avec Ahmed ou Achmet I^r^ qui lui succéda à l'âge de quinze ans \
Henri profita de leurs embarras et de la crainte qu'il leur inspira de le voir entrer dans la ligue des princes chrétiens, pour les contraindre à rétablir les anciennes capitulations entre la France et la Porte-Ottomane, dont
1 Lettre de Henry IV à M. de Brèves, son ambassadeur près de la Porte, des 25 juin et 13 juillet 1601, dans le Recueil des Lettres missives, t. V, p. 431 à 436. « Le grandseigneur a crainte que les princes » clirestiens s'unissent contre luy à la sollicitation du sopliy, les amu bassadeiirs duquel ont visité le pape après l'empereur, desquels ils » ont esté reçus très favorablement. — Le roy d'Espagne, assisté du » pape et des autres princes d'Italie, réservé la seigneurie do Venise, » assemble jusqu'à 70 galères pour s'opposer à celle du Sigale (Cicasan Pacba) ou exécuter quelque autre entreprise en l'empire du grand 0 seigneur. » Ces détails se rapportent au règne de Mahomet 111. La guerre commencée sous ce sultan entre la Turquie et la Perse, continue sous Ahmed ou Achmet !««■. successeur de Mahomet III (Art de vérifier les dates, iu-S", t. V, p. 262.)