‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 113 sur 199 · TOMBÉ AU POUVOIR DR PHILIPPE EN · texte numérisé non relu

TOMBÉ AU POUVOIR DR PHILIPPE EN

et ces rapports dans leur principe et leurs conditions essentielles. A cette époque, le Portugal tomba, avec ses possessions aux Indes et son commerce , sous la domination de Philippe II , qui, en peu d'aanées, leur donna pour ennemis tous les peuples que son ambition et sa puissance chaque jour plus menaçantes soulevaient contre lui-même. A partir de 1588, l'Angleterre comprit le Portugal et ses établissements aux Indes , en leur qualité de sujets de Philippe II, au nombre des pays sur lesquels elle vengeait d'année en année l'agression de 1" Armada, et la tentative d'invasion de son territoire. De plus, au moment où elle donnait le premier grand développement à son commerce maritime, elle chercha les cotés vulnérables de la puissance de ce roi qui , maître à la fois des colonies d'Amérique et des possessions des Indes , exerçait sur mer la monarchie universelle qu'il tentait d'établir sur terre en Europe, et qui avait attiré et concentré dans ses mains sinon tous les produits, au moins tous les métaux précieux et les plus riches denrées des deux mondes. En 1591, les Anglais envoyèrent quelques vaisseaux aux Indes pour reconnaître le pays , et chercher les moyens d'entamer le commerce des Portugais devenu le sien. Les violences de Philippe II donnaient en même temps la Hollande pour concurrente et bientôt pour ennemie au Portugal. Après avoir jeté les Hollandais dans la révolte par son despotisme et son intolérance, il essaya de les réduire en les ruinant. Il leur ferma les ports du Portugal en déchaînant contre eux l'Inquisition , et il les priva ainsi des denrées de l'Inde. C'était du même coup enlever à l'Etat la matière même sur laquelle était assise la partie la plus considérable de ses douanes et de ses impôts^ et dans la même proportion retrancher aux marchands , c'est-à-dire à presque tous les habitants de la Hollande et de la Zélande , leurs moyens de fortune ou

5:20 L. VII. cil. VII. ATTAOL'É PAR I. 'ANGLETERRE ET LA HOLLANDE.

même d'existence. Les Hollandais dé(ddèrent en 1594 d'aller chercher les épiceries aux pays qui les produisaient , au lieu de les prendre de la main des Portugais, et inspirés par l'amour de la patrie et la passion du gain, ils prirent l'une de ces résolutions qui, par leur énergie, viennent à hout de tous les obstacles'.

Ni en Angleterre , ni en Hollande , l'Etat ne pouvait se charger de la création d'établissements commerciaux dans rinde : bien loin de là , presque en même temps les Etats généraux de Hollande abandonnèrent les voyages d'exploration entrepris jusqu'alors à leurs frais, et ayant pour but d'ouvrir au commerce une route à la Chine et au Japon parla mer du Nord ^. Chez ces deux puissances, l'Etat réservait exclusivement sa marine et ses finances pour soutenir contre l'Espagne la guerre acharnée qui dura longtemps encore en Europe. Les négociants , l'industrie privée , acceptèrent la tache que la puissance publique était hors d'état de remplir, prirent sur eux les dépenses et les travaux que nécessitait la fondation des colonies et des comptoirs aux Indes, les(|uels importaient souverainement à l'intérêt public et à l'intérêt privé. Pour mettre ces projets à exécution, ils organisèrent des sociétés, dont ils empruntèrent peut-être la première idée aux associations que Gênes et Pise avaient formées durant le moyen âge ^, mais dont ils tirent une application toute nouvelle dans les temps modernes , et dont ils présentèrent le premier modèle aux nations occidentales de l'Europe.

En 1594, neuf négociants d'Amsterdam formèrent entre eux une première société pour la navigation aux Indes orientales et pour le commerce des épiceries, dont

1 Meteren, 1. XIX, fol. 417; 1. XXIV, fol. 309 recto.

2 P. Cayet, Chion. nov., 1. IX, p. 787 A.

3 La banque Saiat-Georgef et la société des Uinili.

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