PREMIÈRE COMPAGNIE LIBRE DE COMMERCE EN HOLLANDE
ils devinrent les promoteurs dans leur patrie. C'était une compagnie particulière et libre, et non privilégiée. Ils supportèrent seuls tous les frais de l'entreprise, dont ils devaient retirer tous les bénéfices. L'Etat jugea qu'il les aidait suffisamment en leur donnant son aveu qui entrainait sa protection, en les aidant par le prêt des canons dont ils armèrent les quatre vaisseaux qu'ils équipèrent, en donnant à leurs opérations une direction sage et prudente , utile à la fois à eux-mêmes et à lt;ur pays. Il leur fut enjoint, par des ordonnances rendues publiques, de n'entreprendre de commerce qu'avec des Etats de l'Inde demeurés indépendants, et où le commerce, par conséquent, était libre pour toutes les puissances de l'Occident ; de n'attaquer ni les naturels du pays, ni les Portugais , et de se borner à repousser les agressions ; de ne faire aucune conrpiète : on fixa d'avance la partie de l'Inde vers laquelle serait dirigée l'expédition , et il fut décidé que ce serait Java, Tune des îles de la Sonde '. Toutes ces dispositions étaient d'une parfaite sagesse. La Hollande mettait ainsi le droit des gens de son côté , et intéressait à sa cause l'Europe entière : il y avait dans cette disposition de toute l'Europe une force à laquelle l'Espagne devait nécessairement céder, soit sous Philippe II, soit prochainement sous son successeur. Si les États indiens restés libres préféraient les relations amicales avec les Hollandais, le commerce de ceux-ci s'établissait de lui-même et sans effort ; si les Indiens, cédant aux suggestions des
1 Meteren^ l.XIX, fol. 417 verso. Les négociauts associés d'Amsterdam ne devaient « trafiquer qu'aux lieux où les Portugais n'avoieut » rien à commander. » — Livre XXIV, fol. 509 recto. « On dressa » des ordonnances avec charge expresse de les observer à cette fin » de traffiquer en toute civilité, sans faire de conquestes, ou donner » occasion de quelque desbat; mais bien se pouvoir tenir sur la def- » fensive. afin que ceux qui voudroieat empescher leur honneste tra- )• fie, pussent regarder à qui seroit le plus fort. »
522 LIV. vil. Ctl. vil. PHEMIER VOYAGE DE LA COMPAGNIE A JAVA.
Purtuj^ais et des Espagnols , se montraient hostiles , les Hollandais devaient trouver infiniment moins de difficultés à fonder chez eux, et malgré eux, des comptoirs et des colonies que dans les possessions portugaises. Enfin dans la suppo.sition d'une guerre avec les Portugais eux-mêmes, en en transportant le théâtre dans les iles de la Sonde, à sept cents lieues de l'IIindoustan, du siège principal et du centre de leur domination , les Hollandais n'avaient à soutenir l'effort que d'une faible partie de leur puissance. Les vaisseaux de la Compagnie partis en 1595 , rentrèrent en 1507 dans le port du Texel. Ce voyage si long et alors si difficile était accompli , les lieux où l'on pouvait commercer étaient reconnus, une cargaison d'épiceries était rapportée : le grand résultat était donc obtenu. Mais le voyage n'avait produitquede médiocres bénéfices, achetés par des combats et des dangers que l'avenir montrait plus menaçants encore. Les petits rois elles gouverneurs de Java, gagnés parles sollicitations et l'argent des Portugais, avaient traversé et combattu presque partout les Hollandais, et les, Portugais eux-mêmes rassemblaient des forces dans leurs établissements de Malacca et des Moliiques, avec le dessein de les attaquer aux voyages suivants'. Pour tenir tête à ce double ennemi et donner aux opérations commerciales l'extension Miulue, il fallait que la Compagnie se procurât une force militaire et des capitaux égaux à ceux d'un Etat souverain. Elle entra résolument dans cette voie, équipant sept vaisseaux pour le voyage de 1598, qu'elle exécuta victorieusement et bien plus fructueusement que le premier^.
1 p. Cayet, Cbrou. uov., 1. IX, p. 788-793. — Metereii, 1. XIX, fol. 417 verso. Après avoir raconté que la Compaguie perdit un de ses quatre vaisseaux et les deux tiers de ses équipages, par les combats et les maladies, il ajoute : « Ce voyage ne leur a guères esté profi- » table. »
2 Meteren, 1. XIX, fol. 418 recto ^ 1. XXIV, fol. 509.