‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 116 sur 199 · OBSERVATIONS SUR SA CONSTITUTION ET SDR LA LIBERTE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR SA CONSTITUTION ET SDR LA LIBERTE DU COMMERCE

compagnies ordinaires et des commerçants isolés, contenait en particulier un enseignement d'une haute gravité. Elle prouvait que la liberté, qui ordinairement est la puissance et la vie même du commerce, n'était dans certains cas qu'un gaspillage et une perte des forces individuelles. Elle montrait qu'en prétendant faire jouir indistincteuient et dès le dél)ut tous les citoyens de certains avantages, on arrivait souvent à les en priver tous ù tout jamais, et àfrustreren même temps l'Etat d'un immense accroissement de ressource et de puissance. Elle établissait que la concentration valait parfois dans le commerce ce que vaut l'unité de territoire et de volonté dans un Etat, la réunion des corps dans une armée.

Il nous a semblé nécessaire de réunir dans l'exposé qu'on vient de lire, les puissants motifs qui , à la fin «du xvi^ siècle, déterminèrent en même temps plusieurs nations de l'Europe à fonder des comptoirs et des colonies ; les moyens qu'elles employèrent, et la conduite qu'elles tinrent dans ces fondations; les institutions commerciales qu'elles créèrent en vue de favoriser ces établissements à leur naissance et dans leurs développements. Cet exposé fournit les éléments d'une exacte appréciation de ce que les particuliers et lé gouvernement firent en France, quand il s agit pour eux de former de semblables établissements non-seulement dqjis l'Inde, mais aussi en Amérique, soit que l'on ait à signaler la sagesse et même la grandeur de quelques-uns de leurs projets, soit que l'on ait à relever les erreurs de jugement et les fautes de conduite dans lesquelles ils tombèrent.

§ 2. Tenlatives d'établissements dans les Indes orientales faites par les Français : premières Compagnies des Indes.

Le commerce français ne put essayer de se faire une part dans le riche commerce de l'Inde avant les premières

528 LIV, vil. CH. VII. TKNTATIVES D'ÉTABLISSEMENTS DES FRANÇAIS.

années du xvif siècle. La diminution ou l'anéantissement des fortunes particulières, l'interruption des communications entre les diverses villes, au milieu des troubles civils, étaient autant d'obstacles à une pareille entreprise, qui d'ailleurs n'eût été qu'une grande imprudence. En effet, notre marine militaire avait péri, et les navires de nos marchands, privés de sa protection, seraient devenus la proie des Portugais alors soumis à la domination de Philippe lï, avec le([uel nous étions en guerre ouverte. Quand le traité de Yervins eut rétabli la paix entre la France et l'Espagne, les négociants français tentèrent d'ouvrir des relations avec les royaumes de l'Inde demeurés indépendants, qu'ils pouvaient visiter sans porter aucune atteinte aux droits des Portugais, et à la paix jurée avec les Espagnols leurs maîtres.

En 1601, une association se forma en Bretagne, et expédia deux navires dans l'Inde, non pour y fonder des colonies, mais seulement pour y établir îles comptoirs. Cette première tentative échoua. L'association n'était qu'une société simple, dont les capitaux et les forces étaient insuffisants pour soutenir une concurrence, même pacifique, avec les Portugais, les Hollandais, les Anglais, qui déjà se disputaient le commerce de l'Inde • de plus, les mers à parcourir, les ports à fréquenter le plus utilement, étaient mal connus des chefs de l'expédition. Pirard, sous les ordres duquel furent mis les deux navires bretons, cingla vers les ^laldives , et ne revit sa patrie qu'après dix ans d'une navigation malheureuse '.

A cette première entreprise en succéda promptement une autre, plus sage et mieux combinée, où l'on reconnaît l'étude des institutions commerciales des peuples voisins de

» Metereu, 1. XXIV, fol. 512. « Les François et les Anglois avoient » équipé quelques navires qui, dès l'an IGOl, estoient partis vers les » Indes orientales; notamment les Anglois y en envoyèrent quatre. »

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