LIV. VII. SA CONSTITUTION : ELLE RESTE SANS EFFETS
» premier parlement pour le premier voyage à peine f) de confiscation des marcliandisess et vaisseaux. » Le cinquième et dernier article portait : « Tous chevaliers, » seigneurs, barons, gentilshommes, officiers et autres » François pourrontentrerenladicte association, sans que » pour ce l'on puisse prétendre qu'ils ayent dérogé ni « aucunement préjudicié à leur dignitez, qualitez et pri- » vilége; attendu la grande commodité, bien et utilité qui » reviendra à Sa Majesté et à tout son Estât, parle moyen » d'une si digne et honorable entreprise '. »
Au point de vue politique, Henri opérait la transition des idées du moyen âge aux idées des temps modernes. La noblesse était invitée à prendre part à l'entreprise, avec l'assurance que, protégée par l'édit contre les préjugés du temps, devant la loi elle ne dérogerait pas pour se livrer aux opérations du commerce, et qu'au jugement du gouvernement elle ajouterait à son lustre , en apportant des augmentations aux fortunes particulières et à la fortune publique. Sous le rapport commercial, le roi donnait à la nouvelle compagnie le secours de toutes les combinaisons inventées par lui-même dès 1599 pour le commerce de l'Amérique, ou découvertes par les Hollandais pour leur commerce aux Indes : les yeux sans cesse ouverts sur ce que les nations voisines imaginaient ou pratiquaient d'utile, il se hâtait d'en faire profiter la France.
La Compagnie des Indes orientales, constituée par le gouvernement dans les meilleures conditions pour réussir, puisqu'elle était délivrée de toute rivalité, n'essaya cependant aucune opération commerciale pendant tout le règne de Henri IV. .Ni aucune autre association, ni les particu-
1 Le texte de ces lettres-patentes se trouve au chap. 2, t. III, p. 82- 84 de l'Histoire des Indes orientales par l'abbé Guyon.
TOUTE l'attention PUBLIQUE SE PORTE VERS l'AMÉRIQUE. 531
liers n'arguèrent de son inaction soit pour demander l'héritage du privilège qui lui avait été accordé, soit pour réclamer la faculté d'entreprendre le commerce libre aux Indes. La Compagnie et les négociants libres jugèrent unanimement qu'il était opportun pour eux d'attendre pendant quelques années que les capitaux devinssent plus abondants, et que le gouvernement eût amené à terme le rétablissement commencé de la marine militaire de la France, pour soutenir avec plus d'avantage aux Indes la concurrence contre les Portugais, les Anglais et les Hollandais. 11 est impossible de décider aujourd'lmi s'ils usèrent d'une prudence nécessaire, ou manquèrent de la vigueur dont les Hollandais avaient naguère donné un si bel exemple.
Le roi n'eut plus à s'occuper de projets ajournés , dont le succès était incertain et l'importance secondaire. Il porta toute son attention et tous ses soins vers les établissements de l'Amérique septentrionale auxquels se rattachaient de grandes découvertes à poursuivre, des colonies à fonder, de vastes possessions territoriales à acquérir, des intérêts commerciaux déjà établis à protéger d'une part, et d'une autre à étendre dans une mesure proportionnée à l'immensité des territoires offerts à l'occupation française.
§ III. Observations préliminaires sur la fondation des colonies françaises en Amérique. Tentatives antérieures au règne de Henri IV, et branches de commerce établies depuis 1504. Causes déterminantes de colonisation sous Henri IV, et nouveau système d'organisation coloniale projeté.
La fondation des colonies françaises dans l'i^mérique septentrionale nous paraît devoir être rangée parmi les faits les plus considérables de l'histoire de France, et
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même de toute l'histoire moderne. En effet, à cette fondation se rattachent des découvertes qui ne le cèdent en hardiesse et en étendue qu'cà celles des Espagnols; des intérêts politiques qui, depuis la fin du xvi^ siècle jusqu'à notre temps, ont pris chaque jour plus d'importance et de grandeur, puisque aujourd'hui les principales possessions des Etats-Unis et des Anglais en Amérique remontent par 'leur origine à ces colonies. Des citoyens appartenant à plusieurs classes de la nation, outre celle des commerçants, prirent une part active à ces entreprises sous l'empire de sentiments remarquables par leur énergie et leur élévation tout ensemble : le roi leur accorda une direction intelligente et une constante protection. Le projet fut l'objet d'une publique discussion dont jaillirent des idées pleines d'une justesse et d'une nouveauté merveilleuses.
Toutefois, sur un pareil sujet, on ne trouve dans les ouvrages composés depuis un siècle que des renseignements qui laissent également à désirer quant au fond et quant aux détails. Le dessein général des entrepreneurs, comme on les nommait alors, les principes d'après lesquels ils se conduisirent, les mobiles qui les firent agir, le système entièrement nouveau d'organisation et d'économie politique qu'ils adoptèrent pour les colonies, et pour le commerce qui en dépendait, toutes les découvertes qui accompagnèrent les établissements coloniaux, enfin le nombre même et l'étendue des pays qui furent compris dans les possessions françaises, ont disparu de ces Quvrages, et sont remplacés par de graves inexactitudes, comme on peut en juger par quelques exemples empruntés seulement à deux phrases. On y lit que les Français tournèrent leurs vues vers le Canada, qu'ils établirent une colonie dans le Canada ; que ceux qui tentèrent de fonder des colonies dans les contrées désertes de