‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 119 sur 199 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

l'Amérique septentrionale étaient des avenlimers '. Les lettres patentes de Henri IV qu'on trouvera plus loin à la date de 1604, établissent clairement que le Canada n'était que l'une des quatre contrées dont l'ensemble devait fornier les possessions françaises dans l'Amérique septentrionale. On voit par le témoignage de Champlain, que dans ces contrées prétendues désertes, on trouva partout des habitants réunis en peuplades, avec la circonstance seulement que ces peuplades occupaient une vaste étendue de territoire, comme il arrive toujours dans l'état barbare. Quant aux aventuriers dont parlent ces auteurs, c'étaient le roi de France, des marquis, des commandeurs, des gouverneurs de villes, des gentilshommes delà chambre, des capitaines de vaisseaux au service de l'Etat, passionnés tout à la fois pour le développement de la richesse et de la puissance de leur pays , pour la propagation du christianisme et de la civilisation européenne parmi les nations barbares, grands et saints intérêts qu'ils ne séparaient pas. Nous allons essayer de rétablir, avec les monuments de l'époque, la vérité et l'exactitude sur tous ces points. Nous rechercherons d'abord quelles idées présidèrent à la

* Nous ue relevons pas ici les inexactitudes et les contradictions qui se rencontrent en si grand nombre dans les histoires du xviiie siècle où ce sujet n'était traité que d'uue manière incidente. Nous nous bornons à signaler les erreurs qu'on peut relever dans deux courts passages d'un ouvrage spécial sur cette matière, l'Histoire philosophique des deux Indes par Raynal, édition publiée à Neufchàtel en 1783. A la table du tome V, on lit : « Les Français tournent leurs vues vers le » Canada, n Dans le texte du tome VU, p. 128, 1. XV, § 3 : « Heu- » reusement les Normands, les Bretons, les Basques, continuèrent à » faire la pèche de la morue sur le grand banc, le long des côtes de » Terre-Neuve, dans les parages voisins. Ces hommes intrépides ser- » virent de pilotes aux aventuriers qui, depuis 1598, tentèrent de fon- » der des colonies dans ces contrées désertes. » Dans deux ouvrages d'une date plus récente que nous avons sous les yeux, nous trouvons reproduites les asservons et les qualifications de Raynal, avec quelques erreurs ajoutées à celles de cet auteur.

53lL.VII.r,F!.VIl.PnF,MIÉRESTENTATIVESD'ÉTABLlSSEMENTS, 1504-1565.

création des établissements qu'on fonda sous ce règne dans l'Amérique septentrionale.

L'origine de ces idées remontait aux règnes précédents. Dès les premières années du xvi^ siècle, les particuliers en France avaient été vivement frappés des immenses avantages que les possessions des Portugais aux Indes orientales, que les possessions des Espagnols en Amérique, depuis la découverte de Colomb et la conquête des Antilles, avaient offerts au commerce et aux intérêts privés chez ces deux nations. Bientôt après, le gouvernement français avait observé tout ce que les colonies fournissaient de ressources à nos voisins ; quelle action les Etats pourvus d'un appoint aussi considérable de richesses et de forces exerçaient sur les destinées générales et sur l'équilibre de l'Europe.

Ces considérations avaient donné lieu à plusieurs entreprises de la part des négociants et du gouvernement. En 1 504, dans le temps même que les Espagnols formaient leurs premiers établissements aux Antilles, au centre de l'Amérique, les marins bretons et normands cinglaient au Nord, découvraient, les premiers des Européens, le grand banc et l'île de Terre-Neuve, et y commençaient la pêche de la morue, cherchant dans le nouveau monde d'autres produits, d'autres richesses que les Espagnols. De 1520 à 1565 , nos rois dirigèrent sur l'Amérique jusqu'à six expéditions; dont ils supportèrent tous les frais, imitant à cet égard ce que les rois de Portugal et d'Espagne avaient fait pour leurs colonies. Sous le règne et par les ordres de François I^r^ le Florentin Verazzano exécuta en 1520 et 1523, deux voyages, côtoya les rivages de l'Amérique septentrionale^ depuis l'extrémité nord de la Géorgie actuelle jusqu'à la pointe nord de Tile du cap Breton, et prit possession au nom de la France de ces

SUITE DE l'exposé DE CES TENTATIVES. 535

pays situés entre le 33*^ et le 47^ degré de latitude '. En 1534 et 1535, Jacques Cartier, de Saint-Malo. fit une première découverte et reconnaissance des côtes de l'île de Terre-Neuve, dans sa partie septentrionale, du golfe Saint-Laurent et de la plupart de ses îles, du fleuve Saint- Laurent depuis son embouchure jusqu'à Montréal. En 1541 et 1542, le même Cartier et Roberval, envoyés avec cinq vaisseaux et une somme considérable pour le temps, jetèrent les fondements de deux colonies, qui subsistèrent quelque temps au cap Breton et dans l'île d'Orléans, l'une des îles du fleuve Saint-Laurent, tandis que le Saintongeais Alphonse découvrait le Labrador. Sous Henri II, le chevalier de Villegagnon fît en 1555 et 1556 une expédition au Brésil, dans le voisinage des établissements des Portugais, et bâtit le fort Coligny à l'embouchure de la rivière de Gauabara. Enfin, durant le règne de Charles IX, entre les années 15G2 et 1565, et dans les entr'actes des guerres de religion , deux corps de Français envoyés par Coligny, conduits par les capitaines Ribaut et de Laudonnière, parcoururent le pays qui s'étend sur la côte de l'Amérique septentrionale entre le 3ûe et le 33^ degré de latitude. Cette contrée était nommée Floride, parce que les Espagnols, maîtres de la péninsule de ce nom, prétendaient y ajouter comme dépendances et le pays en question et toute la côte de l'Amérique du Nord ; mais ils n'y avaient formé aucun établissement, parce qu'ils n'y avaient pas trouvé d'or. Les Français y construisirent des habitations et deux forts, l'un plus au nord, à l'embouchure de la rivière Sainte-Croix (Ediscow ou des Chouanos); l'autre, à

1 Voyages de Chainplain, 2' partie, appendice intitulé : Abrégé des descouvertures de la" nouvelle France, p. 293. « Jean Verrazzau prit « possession desdiles terres, au nom de la France, commençant dès le )^ 33« degré d'élévation jusqu'au 47e. „

53fi LIV. vil. CH. VII. .SUITE DE l'EXPOSÉ DE CES TENTATIVES.

l'einhouchurfi de la rivière de Mai, par le 32' degré : en riionneur du roi Charles IX, ils donnèrent à celte terre le nom de Caroline qu'elle a conservé depuis *.

Toutes ces entreprises échouèrent alors, par des causes qu'il faut relever, si l'on veut se rendre compte des moyens qu'on eut à employer plus tard pour réussir. Ni les projets ne furent assez mûris, ni les plans arrêtés avec assez de précision. Les expéditions eurent lieu à un trop grand intervalle entre elles, s'étendirent à une trop vaste étendue de territoire, à des points trop nombreux, au lieu de se concentrer successivement et avec force sur quelques-uns. Les qualités nécessaires pour fonder des établissements au dehors, la force de volonté, le génie de l'organisation, l'aptitude égale aux arts de la guerre et de la paix, manquèrent aux chefs. La composition des corps destinés à fonder ces colonies était vicieuse : on ne prit à peu près que des soldats se bornant au service de la milice, ne cultivant pas par paresse et par sotte fierté ; manquant, eux et leurs chefs, de ce qui avait fait faire des prodiges aux Portugais et aux Espagnols, l'espoir des grandes fortunes et des grandes dignités ; ne s'attachant pas non plus aux entreprises qu'ils exécutaient par le puissant esprit de la propriété. On eut des révoltes et la famine, et les Français furent facilement chassés du Brésil par les Portugais ; de la Caroline, primitivement nommée Floride, par les Espagnols.

De ces tentatives il ne resta donc rien en fait de colo -

* Voyages de Champlain, 1. I, cli. 1, 2, 3, p. 9-19. — Lescarbot, ch. 8-18, p. C2-H6, et la uarle placée entre les pages C4, 65. Édition 1618 : la carte ne se trouve pas dans l'édition de 1609. — La Martinière, dans son grand Dictionnaire géographique et historique, t. H, p. 192, établit par le témoignage de Champlain que la Caroline a été appelée du nom de Charles IX, roi de France et non de celui de Charles II, roi d'Angleterre.

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