‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 120 sur 199 · DÉCOUVKRTES FAITES : BRANCHES DE COMMERCE ÉTABLIES · texte numérisé non relu

DÉCOUVKRTES FAITES : BRANCHES DE COMMERCE ÉTABLIES

nies et d'établissements tixes; mais elles produisirent d'autres résultats, dont on doit tenir compte. Sur divers points du vaste continent de l'Amérique on fit des reconnaissances premières, quelques-unes très-hardies, devant conduire à des découvertes plus exactes et plus étendues. La pêche de la baleine que la France avait faite avec succès dès le moyen âge se ranima : la pèche de la morue s'établit en grand sur le banc de l'île de Terre-Neuve, et à l'île du cap Breton, et dans de moindres proportions sur la côte orientale de l'Acadie et à Gaspé : la traite des pelleteries, notamment des peaux de castor, commença à Tadoussac , à quatre-vingt-dix lieues de l'embouchure du Saint- Laurent , et sur quelques points aussi de l'Acadie et des îles voisines. Ces essais manquaient encore de développements ; ils manquaient aussi de consistance, puisque les Français n'avaient pas alors d'établissements fixes, et qu'ils pouvaient être expulsés d'un jour à l'autre par les nations étrangères '. Mais ces essais ouvraient une carrière nouvelle et utile à notre industrie et à notre commerce. En ce qui regardait la politique, nos rois formèrent le projet, perpétué de règne en règne dans leur Conseil, de donner à la France la partie orientale du nouveau monde, comme compensation aux possessions de l'Espagne , qui s'étendaient sur la partie occidentale de ce continent et sur la mer des Antilles. A ces calculs de l'intérêt commercial et politique se mêla le zèle

' L'état précis du commerce français en Amérique, antérieuremeut au règue de Henri IV, est établi par divers énoncés contenus dans l'Histoire de la nouvelle France par Lescarbot, 1. II, p. 239-241, et par un passage formel que cet auteur a ajouté à son Histoire dans l'édition de 1618. Voici ce qu'il dit au liv. V, ch. 6, p. 637 : « Avant les » entreprises du sieur de Monts, à peine avoit-on ouï parler de Ta- » doussac; ainsi les sauvages par manière d'acquit, voire seulement » ceux des premières terres, veuoieut trouver les pêcheurs des mo- » rues vers Bacaillos (lie du cap Breton), et là troquoient ce qu'ils » avoient presque pour néant. »

538 I.IV. VII. cil. VII. MOBILES QUI PRÉSIDÈRENT A LA FONDATION

religieux : dans le parti catholique et le parti protestant,

les chfifs voulurent également se servir des émigrations pour donner de nouveaux prosélytes à leurs croyances particulières, et pour répandre la foi chrétienne parmi les habitants de l'Amérique.

Au milieu des guerres civiles, et surt<1ht dans le fort des calamités publiques et particulières enfantées par la Ligue, les marins basques, bretons et normands, avaient maintenu quelques restes de la grande pèche oA de la traite des pelleteries ; mais on avait tout à fait abandonné les idées de politique et de religion qui se rattachaient aux étaldissemcnts coloniaux. On y revint dès que l'avénement d'abord prochain, ensuite accompli, de Henri IV, permit de mieux espérer de l'avenir du pays. Michel Ilurault, conseiller d'I'^tat et chancelier de Navarre, dans les deux discours qu'il publiait de la fin de 1588 à 1 592, ramenait l'attention publique vers ce sujet. Il indiquait à grands traits quelles ressources les colonies espagnoles d'Amérique, et les pos.se.ssions des Portugais devenues la proiedel'Espagnedepuis 1580, fournissaient à Philippe II; quelle aide ce prince y trouvait dans la poursuite de ses ambitieux projets contre la France et contre l'Europe entière ; de quel intérêt il était pour notre pays de chercher à proportionner la résistance à l'attaque, en usant de moyens pareils. Ilurault montrait parfaitement que désormais la force des diverses puissances de lEurope ne consistait plus seulement dans les états plus ou moins nombreux, dans les possessions plus ou moins étendues qu'elles avaient en Europe, mais aussi dans les ressources qu'elles tiraient des Indes et de l'Amérique.

« Les Indes, tant portugaises qu'espagnoles, disait-il, sont le seul nerf d'Espagne... De tout temps Philippe II a haussé le menton à ceux qui ont entretenu la guerre civile en France, destinant à cela

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