‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 12 sur 199 · INFLUENCE DES RÉSOLUTIONS MUNICIPALES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES RÉSOLUTIONS MUNICIPALES

pour maintenir fortement par leur docilité l'ordre public, et avec l'ordre les éléments de prospérité qu'elles avaient perdus pendant ui> tiers de siècle. De l'an 1593, époque où les villes de la Ligue commencèrent à désarmer, à l'an 1610, dans un espace de seize ans, le roi, en dehors de Limoges, n'eut pas à réprimer une seule révolta, une seule sédition dans les villes de commune. Leur respect pour son autorité justifia complètement sa confiance, et les principes politiques d'après lesquels il se conduisit à leur égard.

Recherchons et constatons maintenant quelle infiuence exerça sur les résolutions du pouvoir et du gouvernement , de quel poids pesa dans les afFaires publiques, la puissance accordée aux villes de commune par leurs privilèges. L'impôt du sou pour livre sur toutes les denrées, excepté sur le blé, avait été voté, et même inventé par les Notables réunis à Rouen : une économie politique éclairée pouvait le défendre ; il était indispensable à l'Etat pour ses dépenses ; les villes du Nord l'avaient acquitté sans murmure. Mais il n'était entré ni dans les idées ni dans les habitudes des villes de l'Ouest et du Midi : en 1602, il avait excité une sédition à Limoges, une dangereuse fermentation à la Rochelle, à Poitiers, et dans la plupart des cités des provinces voisines. En présence de cette opposition, le roi se décida sagement à l'abolir et à le remplacer par un subside moins impopulaire, tiré moitié des tailles, moitié d'un droit mis sur un certain nombre de denrées seulement '. En 1605, Paris donna un autre exemple de lapuissaace des villes municipales, dansl'af-

1 Lettre miss, du 11 août 1604, à MM. de mon Couseil, t. VI, p. 275, « En icelle année et en la dernière, il a esté levé sur les contribuabled » aux tailles 400,000 livres tournois pour le remplacement d'une partie )) du sol pour livre... et pour aultre partie du remplacement du dict » sol pour livre, il a esté imposé par forme de subvention ou d'impo- » sition sur les marchandises autres 400,000 livres tournois. »

32 LIV. vu. CH. I. SLR LES DÉTERMINATIONS DE LA ROYAUTÉ.

faire des rentes sur l'Hôlel-de- Ville de Paris. On verra exposé plus loin en le reprenant à son origine, l'établissement des rentes servant l'intérêt de la dette publique. 11 suffit ici d'indiquer qu'il avait été constitué sur l'IIûtelde-Ville de Paris pour trois raillions quatre cent vingthuit mille livres de rentes, argent du temps ; que cette somme emportait au delà du neuvième des revenus publics, tels que les Notables les avaient réglés; qu'une partie de ces rentes avait été établie d'une manière frauduleuse. Deux commissions royales avaient été instituées pour vérifier les rentes, et remonter à leur origine. La seconde commission, nommée en 1604, annonça le projet d'annuler les rentes frauduleuses ; de rembourser, au prix qu'elles avaient coûté, celles qui avaient été acquises à vil prix ; de réduire l'intérêt de celles qui seraient maintenues. L'opération, très avantageuse aux finances publiques et à la masse de la nation, juste à l'égard de ceux qui avaient gardé les rentes acquises par de coupables moyens, nétait pas équitable envers la très grande majorité des détenteurs de ces valeurs. En effet une multitude de citoyens avaient acquis de bonne foi par achat, par mariage, par partage entre héritiers, beaucoup de ces rentes dont l'origine était vicieuse. De plus les rentes sur l'Hôtel-de- Ville étaient le principal revenu, la plus claire subsistance, comme disent les contemporains, de presque toute la bourgeoisie. A la nouvelle du projet des commissaires, tout Paris fut en alarmes, et prêt à se soulever. Miron, prévôt des marchands, qui avait été appelé au sein de la commission, en sortit sur-le-champ, fit le 22 avril 1605 une protestation à l'effet d'obtenir surséance à des recherches si dangereuses, et pour excuser cette hardie démarche, écrivit au roi qui était alors à Fontainebleau. Mais Miron, qui était aussi bon citoyen que zélé prévôt des marchands, défendit avec énergie aux bourgeois toute

FAR.MI'I.ES TlnÉS DES V1I.I.F.S DE 1. (lUF.ST. DL' MIDI, ET DE PARIS, .ui

prise d'armes, toute insurrection, protestant qu'il mourrait avant de devenir l'occasion du moindre désordre, et bornant étroitement l'opposition qn'on devait faire à la mesure mise en avant par le ('onseil, à des réclamations et à des instances auprès du roi. f^a bourgeoisie suivit ce sage avis, entra dans cette voie. Elle députa au roi, avec quelques autres, (iaston de Grieux, conseiller au Parlement, l'un des éclievins. Dans un discours qui a été conservé, et où éclate l'esprit des affaires, de Grieux établit éloquemmtMitque si le Trésor et les finances publit[ues trouvaient avantage dans la suppression, le remboursement au rabais, la diminution de l'intérêt des rentes sur l'ilôtelde-Vill(3, une foule de sujets du roi souffriraient les plus graves atteintes dans leur fortune, etque leur désespoir menacerait le maintien de la paix publique. Les conseils et les instigations ne manquèrent pas à Henri pour lui persuader de faire enlever Miron, de cbàtier les bourgeois, de maintenir l'amortissement des rentes par les moyens })roposés, et de faire prévaloir son autorité. Il répondit aux courtisans que l'autorité ne consistait pas toujours à pousser les cboses avec la dernière bauteur ; qu'il fallait regarder le temps , les personnes , le sujet ; qu'ayant employé dix ans à éteindre la guerre civile, il craignait d'en rallumer jusqu'aux moindres étincelles ; que Paris lui avait trop coûté pour s'exposer à le perdre; qu'il ne consentirait jamais d'ailleurs à perdre en un jour, par de terribles exemples, la gloire de sa clémence et l'amour de ses peuples. A la députation de Paris il répondit qu'il jirenait en bonne part ses remontrances, puisqu'on lui assurait qu'elles avaient l'utilité des citoyens pour motif; que s'il était le maître, il était aussi le père commun de ses sujets ; qu'ainsi l'équité serait son unique règle, et qu'il ne voulait point s'en éloigner dans cette affaire. Par son ordre, on examina avec attention dans le m 3

3i L. Vil. CH. I. OPPOSITION PE VIIRON F.T DES BOURGEOIS W. PARIS.

Conseil le cahier des remontrances des bourj^eois de Paris, et le garde des sceaux Sillery annonça bientôt à leurs députés que l'intention du roi était de mettre en justice réglée l'affaire des rentes sur l'Hôtel-de-Ville; que dans une question où il n'avait agi que pour l'utilité de l'Etat, il regrettait que les magistrats municipaux n'approuvassent [)as les moyens proposés par les membres de .son Con.seil pour l'extiriction des rentes; qu'il connaissait le véritable intérêt de la France et qu'il continuerait à s'en préoccuper ; mais qu'il voulait bien se conformer aux remontrances que la députation lui avait faites ; qu'en conséquence l'affaire recevrait une solution autre que celle qui avait été proposée, et qu'en attendant les arrérages des rentes seraient acquittés par le Trésor au taux où ils avaient été précédemment payés'. Le roi maintint Miron dans sa charge de prévôt des marchands, lui laissa continuer ses grands travaux, assainir Paris, l'embellir, le protéger par une exacte police. On verra plus tard que le remboursement des rentes sur l'IIôtel-de-X ille de Paris fut activement poursuivi depuis 1605 jusqu'à la lin du règne, et qu'une portion considérable de ces rentes fut rembour.sée. Mais évidemment la distinction entre les bonnes et mauvaises rentes fut abandonnée à l'égard des porteurs de bonne foi, et ils n'eurent pas à souffrir du vice de l'origine des mauvaises.

La conclusion de ces faits, c'est que les grandes villes prenaient, non dans les assemblées nationales ou provinciales, mais dans leur échevinage, des résolutions ([ui s'imposaient au gouvernement, qui faisaient loi dans des

< Thuanus, 1. CXXIV, § 13, t. VI, p. 3-25. « Proiudt; indecisiim nego- » tiura roliuquere, procedentibus ex vetere iiiâliliito pcr siDgulos auni )i iiuadraules iu poslerum vecligaliltiis. » — Mattliicu, Hi^^t. de Henri IV, J. III, t. II, p. 706. — Mezeray, Gr. Hist , t. 111, p. 473, in-fol., 1G85. — Péréfixe, p. 346-348, in-8», 1823

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