INTERVENTION ET ACTION DU CONSEIL PRIVÉ
matières diverses de la plus haute importance, et que de biais, si l'on veut, mais très eifectivemenl, elles concouraient avec la royauté au gouvernement de la chose publique. Ces détails montrent encore que les opinions libres, les résistances consciencieuses étaient souliert(;s et prises en bonne part par le gouvernement, qui dans l'intérêt public, cédait à celles qui étaient fondées. La monarchie de Henri IV avait donc, sous d'autres formes, son opposition, comme le gouvernement représentatif, et l'opposition sous ce prince, quand elle avait la raison pour elle, battait les ministres et le Conseil du prince. Une autre influence, et celle-là constante et considérable, sur les déterminations de la couronne fut celle des grands corps, des corps conservateurs , le Conseil privé, le Conseil d'Etat, les Parlements. Dans toutes les questions importantes de relations avec les puissances étrangères, de linances, de rapports de l'Etat avec le pouvoir spirituel, de rapports des religions entre elles, de condition civile et politique des cultes dissidents, on voit le roi s'adresser à sou Conseil, ne rien décider sans l'avoir longuement consulté, et décider presque toujours d'après ses avis, ne donnant rien aux idées préconçues et à la passion, évitant ainsi les erreurs et les excès, autant qu'il est donné à un gouvernement d'y échapper. « Le roi, dit Matthieu, ne » concevait en son esprit rien de conséquence qu'il ne » proposast à son Conseil '. » A la tin de 1594^ quand il s'agit de résoudre s'il vaut mieux pour la France souffrir que Philippe alimente la Ligue et la révolte par les secours qu'il leur fournit, mais en mesure restreinte, ou bien lui déclarer une guerre ouverte et braver ainsi toutes les forces de la monarchie espagnole, Henri IV ne prend de résolution qu'après avoir agité pendant plusieurs mois
1 p. Matthieu, Hist. de France, 1. IV, p. 838.
3G I.IV. vil. cil. 1. INTF.rjVENTlON KT ACTION DL' CON.^F.IL D'kTAT.
cf'tte grave atiaire dans le Conseil privé '. En 1599 et 1600, même examen attentif et prolongé au sein de ce Conseil des ouvertures et propositions si diverses du duc de Savoie ; des ditïicultés et des chances de succès que présente la guerre de Savoie, si la France se décide à une rupture, pour ravoir son bien, le marquisat de Saluées, et avec le marquisat, l'entrée de l'Italie. Biron, appelé à ces discussions, et déjà traître à sa patrie, livre à l'étranger le secret des délibérations , et contraint Henri IV pendant quelque temps, non à prendre des déterminations sans avis, mais avec l'avis d'un Conseil plus étroit -. — Le conseil d'Etat est saisi en toute occasion par le roi des grandes affaires intérieures ; il connait de la fortune publique ; il délibère sur ce (jui touche aux intérêts des populations, à la quotité et à l'assiette de l'impôt, aux besoins et aux ressources de l'Etat. En 1598, l'expérience montre que les Notables assemblés à Uouen se sont trompés dans leurs estimations et leurs prévisions, et que les recouvrements resteront bien au-dessous de la somme de 30 millions lixée par eux pour faire face aux dépenses. <Juaud il s'agit de combler le déticit, le roi assemble et consulte les princes du sang, les officiers de la couronne, tous les membres du Conseil, et d'accord avec eux, résout de demander au libre consentement des pays d'Etats, les deniers qui manquent à l'Epargne 3. En 1599, les rapports de la puis-
' Sully, OEcou. roy., c. 59, p. 191. « Le roy fut retenu tout le reste i) lie l'année à Paris tant pour examiner les articles de ses réglemens >» et reformations que pour les divers conseils qu'il fallut tenir sur les » propositions que ne faillit pas de faire M. de Bouillon de déclarer » la guerre au Uoy d'Espagne... Il y eust tant de divers advis, dalter- » cations et cout'julious sur ce sujet, dans les consei/i qui furent tenus » pour cet etfet, que le Roy demeura plusieurs mois sans sçavoir à quoy » s'en résoudre. »
* Sully, CEcou. roy.,cliap. 96, t. I, p. 335 A.
•* Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. il, p. 277. « Après que ie Roy fut » guery, il vint à Saiut-Germaia eu Laye pour achever l'année, et y
INTERVENTION ET ACTION Dr CONSKIL U F.TAT , SIITF.. Si
sance temporelle et de la puissance spirituelle sont portés à l'examen du Conseil d'Etat, et la question déjà si délicate en soi, se complique encore des incidents de la politique extérieure. Les négociateurs de Henri ont promis en son nom l'adoption dans le royaume du concile de Trente, au moment où il a été relevé des excommunications du Saint-Siège. Clément YIII demande la publication du concile , et le roi se sent pressé de remplir les engagements qu'on a pris pour lui. De plus il se souvient avec recoimaissance que le Pape, pur cette absolution, a contribué à ramener la paix en France, <'t que par une équitable et puissante intervention dans les négociations de Vervins, il a travaillé ;i rétablir la paix en Europe. Enfin le Pontife est arbitre du différend entre le roi et le duc de Savoie, au sujet du marquisat de Saluées, et il importe au roi de se concilier son juge. Aussi se prononce-t-il avec chaleur dans le Conseil d'Etat pour donner satisfaction au pape. Le chancelier de Bellièvre et Yilleroy applaudissent aux intentions qu'il manifeste, vantent l'utilité delà mesure proposée, et annoncent que des lettres-patentes sont déjà dressées pour en assurer l'exécution. La délibération étant arrivée à ce point, Henri demande son avis au président de Thou. L'intègre et courageux conseiller n'hésite pas à combattre la proposition, comme portant atteinte à l'autorité de la couronne, à celle des Parlements, aux libertés gallicanes, comme mettant en péril l'Etat et le roi. Henri, après l'avoir entendu, juge que les motifs d'intérêt public, sont plus nombreux, plus graves, plus durables surtout, du côté du sentiment de de Thou que du côté du sien. Il passe aussitôt à l'opinion de l'opposant, et ajom'iie indéfiniment la publi<'ation du concile de
» résoudre les estais de sa despeiise. // voulut avoir l'advis des princes n et officiers de la Couronne , pour leur faire connoistre l'estat des » affaires, n — Sully, CEcou. loy., ch. 86, l. I, |.. 298 B,