DES COLONIES FRANÇAISES EN AMÉRIQUE
une partie de l'or de l'Inde, beaucoup plus dangereux pour la PVance que son fer d'Espagne '. « , .
Les paroles de ITiirault frappèrent vivement et remuèrent les esprits. Plusieurs hommes d'une intelligence supérieure soumirent dès lors à un examen approfondi les établissements col(jniaux, et la partie du commerce maritime qui .se trouve unie à ces établissements par des liens étroits. Aux idées que leur suggérèrent une observation attentive et la réflexion, ilsjoignirent les enseignements que l'histoire du moyen âge et des temps modernes leur fournissait sur ce sujet. L'un d'eux, Nicolas de Champlain, a consigné plus tard dans ses ouvrages le résultat des études et des travaux que cette question avait provoqués parmi eux dans les dernières années du xvi^ siècle. Après avoir présenté le tableau des humbles ^commencements et de la fortune progressive des cités maritimes et des colonies, de Marseille, de Venise, de Gênes, des villes fondées par les Espagnols dans le nouveau monde, il concluait en ces termes : « Plusieurs petites » colonies ayant la commodité des ports et des havres se » sont accrues en richesses et en réputation... Quoique » d'abord elles ayent esté de petite considération , néant- » moins par succession de temps, au moyen du commerce » elles ont esgalé les Estais des plus grands roys ". »
Ces idées avaient pénétré dans la noblesse et dans la bourgeoisie, et bon nombre de citoyens appartenant à ces deux ordres comprenaient de quelle importance étaient pour la France les colonies et la branche de commerce maritime qui s'y rattache. Leurs vues et leurs projets se dirigèrent vers l'Amérique plutôt que vers les
1 Michel Hurault, Discours sur Testât de la France, fol. 40 recto. * Les voyages de la nouvelle France occidentale faits par le sieur de Champlain, liv. 1, ch, 1.
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Indes orientales, parce que toutes les tentatives faites par la nation sous les règnes précédents s'étaient portées sur le nouveau inonde ; que ces contrées étaient plus connues et plus populaires; que la France avait déjà à y défendre les intérêts de la grande pèche et de la traite des pelleteries ; qu'il lui était plus facile d'y fonder des établissements, puisque les Anglais et les Hollandais n'en avaient encore formé aucuns, et que les Espagnols étaient hors d'état d'occuper l'iininensité des deux Amériques. Les pensées et les combinaisons politiques n'étaient pas les seules qui préoccupassent les esprits : chez plusieurs, les projets et les espérances de l'enthousiasme religieux et moral s'y mêlaient noblement. Ils proclamaient qu'il n'y avait pas d'œuvre plus digne des souverains que de civiliser les sauvages, d'établir parmi eux l'empire de la loi, de purifier et d'élever leurs âmes par les croyances et les pratiques du christianisme. Ecoutons à ce sujet deux écrivains, dont l'un, Champlain, appartenait à la classe des gentilshommes; dont l'autre, Marc Lescarbot, avocat au Parlement de Paris et l'un des premiers colons français en Amérique, tenait à la bourgeoisie.
« Les princes et les roys, dit Champlain, ne peuvent faire plus utilement qu'en attirant par leur travail et piélé un nombre infini d'amcs sauvages qui vivent sans foi, sans loi, sans la cognoissance du vray Dieu, à la profession de la religion catholique... Ces travaux sont de soy louables et recommandables, outre le commandement de Dieu qui dit : Que la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conqueste d'un royaume '. »
On trouve le passage suivant en tête de l'ouvrage de Lescarbot :
(( Il faut, il faut reprendre chez nous l'ancien exercice de la ma-
* Voyages de Champlain, Uv. 1, ch. 2, p. 8.