QUESTIONS DE DROIT DFS GENS ET QUESTIONS RELIGIEUSES
rine, et faire une alliance du Levant avec le Ponant, de la France orientale avec l'occidentale, et convertir tant de milliers d'hommes à Dieu, avant que la consommation du monde ne vienne.
» 11 faut posséder cette terre (l'Amérique septentrionale), y planter sérieusement le nom de Jésus-Clirist, puisqu'aujourd'hui plusieurs des enfants de la France ont cette résolution immuable de l'habiter, et y conduire leurs propres familles. Les sujets sont assez grands pour y attraire les hommes de courage et de vertu, qui sont aiguillonnez de quelque belle el honorable ambition d'cstre des premiers courants à l'immortalité par cette action l'une des plus grandes que les hommes se puissent proposer '. »
Au milieu de ce travail des intelligences, de cette exaltation des âmes, de ces projets, qui conduisaient visiblement à de prochaines tentatives d'établissements dans l'Amérique, plusieurs questions se posèrent d'ellesmêmes, et furent résolues d'une manière remarquable par quelques hommes supérieurs du temps. La première question était relative au droit des gens, comme nous l'apprend un historien contemporain. « J'ay quelquefois veu des hommes scrupuleux, dit-il, qui ont mis en doute si on pouvoit justement occuper les terres de la nouvelle France et en dépouiller les habitans. » A la discussion, il fut reconnu que la face de l'Amérique septentrionale ne pouvait être renouvelée par la propagation de la civilisation de l'Europe et de la foi chrétienne, qu'autant que la domination de la France serait fortement établie dans ces contrées, ce qui entraînait nécessairement Toccupation du territoire et la soumission des nations indigènes; mais le traitement le plus humain et le plus équitable leur fut réservé, et voici comment les entrepreneurs et les premiers chefs des colonies s'exprimaient à cet égard :
1 Histoire de la nouvelle France par Marc Lescarbot, advocat eu parlement, témoin oculaire d'une partie des choses y récitées. Paris, Jean Milot, 1609. Les passages cités sont extraits de l'allocution à la France qui se trouve en tète de l'ouvrafre.
54i2 L.Vll.CH.VII. SOULEVÉES PAR l'établissement DE CES COLONIES.
« Nûiis ne voudrions exterminer ces peuples ici, comme a fait rilespagnol aux Indes, prenant le prétexte des commaiidcmenls faits jculis à Josué, Gédéon, Saul et les autres combattans pour le peuple de Dieu. Car nous sommes en la loi de grâce, loi de douceur, de pitié, de miséricorde en laquelle notre Sauveur a dit : Apprenez de moy que je suis doux et humble de cœur : Item, Venez à moy vous tous qui estes travaillés et chargés, et je vous soulageray : Et ne dit point je vous extermineray '. » Ces sentiments particuliers devinrent bientôt le sentiment général, et il fut décidé par l'opinion publique que les naturels du pays, exempts de tout esclavage, de toute servitude de la glèbe, jouiraient de la pleine liberté civile et de tous les droits des Français établis parmi eux. Ainsi était inauguré non-seulement un nouveau droit des gens dans les rapports des Européens avec les Américains, un droit absolument contraire à celui introduit par les Espagnols, mais une autre religion, charitable, douce, humaine, le véritable christianisme.
La seconde question touchait à l'organisation des colonies et au système d'économie politique qu'on y introduirait. Les Espagnols avaient établi principalement et presque exclusivement dans leurs colonies d'Amérique le travail et l'exploitation des métaux. précieux. Dans les Antilles, sur le continent, ils avaient cherclié, poursuivi l'or avec passion , avec fureur : ils avaient jeté dans 1" intérieur de la terre tout ce qu'ils avaient trouvé d'habitants à la surface , pour travailler aux mines , et ils avaient dépensé des nations entières à en tirer des produits. Tout jusqu'aux noms des lieux s'était empreint de
1 Histoire de la nouvelle France par Marc Lescarbot, dans l'allocution à la France, eu tète de l'ouvrage, pages vij, viij. L'auteur exprime son propre sentiment et celui des hommes avec lesquels il agitait cette question.