‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 125 sur 199 · PRINCIPES QU'IL SUIT DANS LES ÉTABLISSEMENTS COLONIAUX · texte numérisé non relu

PRINCIPES QU'IL SUIT DANS LES ÉTABLISSEMENTS COLONIAUX

par des principes invariables sur un certain nonil)re de points. 11 ne laissa pas les armements se disperser sur l'immensité de l'Amérique du Sud et du Nord, comme Tavaient fait ses prédécesseurs : il les concentra sur une seule contrée de l'Amérique septentrionale, dont nos marins avaient déjà fait la reconnaissance en partie, et où notre commerce avait des intérêts déjà établis. Il ne désigna pour l'occupation que des pays où la France n'avait rien à débattre avec les puissances étrangères, parce qu'elles n'y possédaient rien actuellement, et n'y avaient même jamais rien possédé. Dès le premier moment il se préoccupa du grand intérêt de la propagation de la foi chrétienne et de la civilisation , et du respect que devait garder la conquête pour les droits naturels des Américains.

A peine les projets formés par Henri IV pour des établissements en Amérique furent-ils connus, qu'un ancien serviteur de la couronne sous ce règne et sous le règne précédent se présenta pour les mettre à exécution. « Au commencement de l'année 1598, comme parlent les contemporains, le marquis de la Roche, de Bretagne, poussé d'une saincte envie d'arborer l'étendard de Jésus-Christ , et de planter les armes de son roy dans l'Amérique, prit commission du roy Henri le Grand d'heureuse mémoire, qui avoit de l'amour pour ce dessein '.» Dans la commission et les pouvoirs que le roi délivra à de la Roche en date du 12 janvier 1598, il disait : «Nous establissons » par ces présentes signées de notre main le sieur de la « Roche , nostre lieutenant général es pays de Canada , » Hochelaga, Terres-Neuves, Labrador, rivière de la

» demeures vers les contrées de la Cadie (sic), si comme elles ont esté » jusquicy^ elles restent encore désertes et abandonnées. » (Pages 442, 460, 461.)

1 Voyages de Champlain, 1. I, eh. 3, p. 32, in-4o, 1632.

550 L. VII. cil. vu. PREMIÉRËEXPÉDlTIONDEDELAROCnE: SESPOUVOIRS.

» Grande-Baye , Norembergue et terres adjacantes des- » dites provinces et rivières, lesquelles sont de grande » longueur et estendue de pais, sans icelles estre habitées » par subjects de nul prince chresiien; et pour cette » saifïcte œuvre et agrandissement de la foy catholique, » nous l'estaLlissons pour conducteur, chef, gouverneur » et capitaine de ladite entreprise.» Le roi ordonnait ensuite au marquis d'employer avec les habitants de ces pays les voies de douceur et d'amiable composition, avant de recourir aux moyens de la force , pour établir son autorité dans ces pays. Il lui donnait les pouvoirs très-étendus d'un lieutenant général du roi dans le gouvernement général des affaires, et il y joignait le pouvoir particulier de décider d'une manière absolue dans tous les cas imprévus et difficiles , au lieu et place du roi lui-même. Les frais de l'expédition furent supportés , les préparatifs furent faits, d'après le mode adopté et les habitudes prises sous les règnes précédents : l'Etat dut tout fournir, vaisseaux, équipages, soldats, artillerie, vivres. Le commerce ne devant se faire dans les pays désignés par la commission qu'avec l'autorisation du marquis de la Roche , l'Etat pouvait tirer quelques ressources des permissions qu'il accorderait , moyennant argent , aux marins et aux négociants ; mais le produit de cet impôt indirect ne devait cou\Tirqu"une faible partie de ladépense' .

1 Commission du marquis de la Roche eu date du 12 janvier 1598. « Nous l'establiâsons pour capitaine.... de tous les navires, vaisseaux n de mer et pareillement de toutes personnes tant gens de guerre, )) mer, que autres par nous ordonnez et qui seront par luy choisis j) pour ladicte entreprise et exécution; avec pouvoir de prendre, em- » mener et faire partir des ports et havres de nostre royaume les » nefs, vaisseaux mis en appareil équipez et munis de gens, vivres, » artilleries et autres choses nécessaires pour la dicte entreprise. Nous » deffendons très expressément à tous nos subjects de payer gens et » esquipages et munir nefs à leurs despens, de traffiquer sans le sçeu » et consentement de notre dict lieutenant, sur peine à ceux qui

l'entreprise échoue. l'RlVll.Ér.E EXCLUSIF ACCOUDÉ A f.HAUVlN. 55l

Les illusions qu'on s'était faites sur les prétendus produits de l'impôt du sou pour livre se dissipant alors de jour en jour, le trésor restant obéré, l'issue de l'entreprise qu'on projetait étant incertaine, le gouvernement borna dans le principe les préparatifs de l'expédition à l'équipement d'un seul vaisseau.

Le marquis de la Roche avait été noblement inspiré ; mais dans l'exécution d'un dessein généreux, il fut mal servi par sa prudence et par ses talents. Il négligea de faire découvrir et reconnaître d'avance par un homme expérimenté les lieux où il devait descendre et habiter : son choix tomba sur un pilote ignorant : le premier vaisseau qu'il conduisit hors des ports de France, échoua à l'île de Sable, à vingt-cinq lieues de l'île du cap Breton : une violente tempête le sépara de son équipage, et ramena en douze jours sur la côte de Bretagne la barque qui le portait : l'équipage languit cinq ans dans l'île déserte où il avait été jeté. De cette première expédition, la France ne recueillit qu'un naufrage '.

Le roi et la nation voulaient avec trop d'ardeur un grand établissement dans l'Amérique, pour que le mauvais succès du marquis de la Roche les détournât de ce dessein. Mais malgré les réformes commencées dans les iinauces, les revenus suffisant à peine aux services publics et à la multitude d'améliorations intérieures que commençait dès lors le gouvernement, on ne pouvait appliquer de nouveau aucune partie des fonds de l'Etat à des expériences, à des entreprises lointaines, alors surtout que la dernière avait échoué, comme toutes celles tentées sous les règnes précédents. Le gouvernement renonça

» seront trouvez, de perdition de tous leurs vaisseaux et marchau- » dises. » — Lescarbot, liv. II, ch. 30, p. 434-442, édit. 1609.

» Voyages de Champlain, liv. I, ch. 5, p. 32, 33. — Lescarbot, liv.JII, ch. 32, p. 40G, 407.

552 I.IV. VM. en. VII. SECONDE ENTREPRISE ET VOYAGES DE CHAUVIN.

donc à toute entreprise conçue et préparée comme l'avait été celle du marquis de la Roche, exécutée aux frais de l'État : il s'adressa à l'industrie privée, et pour l'attirer, il se montra disposé à lui accorder des avantages, des bénéfices. Dans cette situation. Chauvin, Normand, trèshabile navigateur, homme d'affaires plus habile encore, proposa de commencer l'occupation du continent de l'Amérique septentrionale, en y établissant à ses dépens une colonie de cinq cents hommes, sous la condition qu'il obtiendrait exclusivement à tous autres citoyens le commerce de pelleteries, et surtout de castors, qu'on faisait dès lors, mais sur une échelle restreinte, avec les sauvages du Canada, Le roi accepta les offres de Chauvin, et l'engagement fut contracté de part et d'autre sur cette base en 1599. C'était un privilège exclusif concédé à un seul citoyen et non à une compagnie, pour une opération commerciale et pour un intérêt privé , mais à laquelle étaient liées la fondation d'une colonie et une occupation restreinte. Pour la première fois en Europe, l'intérêt particulier et l'intérêt public se trouvaient unis et mêlés dans une même entreprise : il faut observer avec soin que la France appliqua cette découverte économique, cette puissante combinaison, un an avant l'Angleterre, trois ans avant la Hollande.

Elle ne réussit pas à un premier essai , par la coupable inexactitude de Chauvin à remplir ses engagements. Il retira de magnifiques profits de deux voyages de commerce exécutés par lui en 1600 et 1601, dans les conditions et avec le privilège qu'il avait obtenus de l'Etat, et il ne fonda qu'une colonie dérisoire. Pour donner le change au gouvernement, il avait emmené de France un assez grand nombre d'hommes, et les avait conduits à Tadoussac, petit port situé à quatre-vingt-dix lieues de l'embouchure du lleuve Saint-Laurent, qui était alors sinon le seul, au

TnOlSlÈME ENTREPRISE PRO.IETÉE PAU DE CHASTES. 553

moins le principal lieu de la traite des castors, et où l'hiver était d'une excessive rigueur. Mais parmi ces émigrants, il n'en fit rester que seize à Tadoussac, pour diminuer d'autant les frais de nourriture et d'habitation qui étaient à sa charge pendant les premières années. Il les laissa de plus, durant son absence, sans ressources suffisantes et sans direction ferme : les uns périrent de misère, les autres se dispersèrent parmi les sauvages chez lesquels ils cherchèrent un refuge. On ne trompait pas longtemps le roi, même si loin de France et dans des lieux alors si peu connus. Henri allait contraindre Chauvin à effectuer ce qu'il avait promis, quand celui-ci mourut, laissant à d'autres le soin de former l'établissement colonial que sa déloyauté avait fait échouer ' .

Le temps des imprudences et des déceptions était heureusement passé. Une nouvelle entreprise succéda sans interruption et dès l'année 1602 aux deux premières, et se distingua en tout des précédentes, par le caractère des chefs, par le perfectionnement des moyens économiques employés, par les intelligentes précautions prises au début, par l'importance des résultats.

Le commandeur de Chastes ,. gouverneur de Dieppe, sollicita la conduite des établissements français dans l'Amérique septentrionale, après la mort de Chauvin. Une commission spéciale lui conféra cette charge, avec le titre de lieutenant général du roi et de gouverneur en Amérique, depuis le 40" jusqu'au 52" degré de latitude. Ce vénérable vieillard qui avait tant contribué en 1589 à donner à Henri sa couronne, au pays le gouvernement d'un pareil prince, résolut de sanctifier sa mort en consacrant les derniers moments de sa vie à répandre le christianisme parmi les nations païennes, et à développer

' Voyages de Gbamplain^ liv. I, ch. 6, p. 34-37.

554 1,1V. vil. cil. VII. CO.MPAGNIE FR.\NÇAISE l'HlVILEGlÉE.

au dehors les ressources et la prospérité de sa patrie. Son projet était d'envoyer d'abord reconnaître le pays destiné à recevoir des colonies, d'en prendre ensuite le gouvernement en échange de celui qu'il abandonnait en France, de s'y fixer et d'y mourir * .

On pourvut aux dépenses de la nouvelle entreprise par les mêmes moyens qu'on avait employés à la précédente. Les frais qu'entraînait la fondation d'un établissement ne furent pas supportés par le trésor public^ mais prélevés sur les bénéfices que donnerait le commerce privilégié des pelleteries. Le privilège avait été accordé, en 1599, à Chauvin seul, à un particulier : cette fois, il fut concédé à une Compagnie formée par le commandeur de Chastes, dans laquelle entrèrent plusieurs gentilshommes et les principaux négociants de Rouen et de la Rochelle. C'était doublement un progrès : d'un côté, en effet, la liberté ôtée à la masse de la nation, pour le commerce d'une denrée , se partageait du moins entre plusieurs classes de citoyens, appartenant à diverses provinces ; d'un autre côté, les ressources de ceux qui obtenaient la concession étant bien plus étendues, assuraient bien davantage, soit la bonne exploitation du- commerce, soit la fondation des colonies. La composition de la Compagnie française pour l'Amérique septentrionale se rapprochait en bien des

'Voyages de Champlain, liv. I, ch. 1, p. 38, « Bien qu'il eust la » teste chargée de cheveux gris et d'années, il voulut encore laissera » la postérité, par ceste louable entreprise, une remarque très chari- » table en ce dessein etmesme s'y porter en personne, pour consom- » mer le reste de ses ans au survice de Dieu et de son roy, en y fai- )> sant une demeure arrestée, pour y vivre et mourir glorieusement... » Il avoiUle très cbrestieus desseins, dont je pourrois rendre de bons » témoignages. » — Abrégé des descouvertes de la nouvelle France, page 292 de la seconde partie. « Eu ce temps, le feu sieur comman- » deur de Chastes, gouverneur de Dieppe, estoit lieutenant général » en la nouvelle France depuis le 40^ degré jusqu'au 32^ de lali- » tude. »

VOYAGE PRÉLlMlNAinK D'KXPLOnATlON RÉSOLU. 555

points de la grande compagnie privilégiée de Hollande pour les Indes orientales.

De Chastes destina la première expédition qui se ferait sous ses ordres à un voyage de commerce, et à une exacte reconnaissance du cours du Saint-Laurent, et des pays situés sur les rives ou dans le voisinage du fleuve : cette reconnaissance devait conduire au choix éclairé du lieu le plus propre à recevoir plus tard une colonie. Il confia le commandement de cette expédition de découverte à un capitaine de la marine royale, du Pont-Gravé de Saint- Malo, l'homme de France qui connaissait le mieux les contrées à parcourir, pour y avoir accompli de nombreux voyages, et récemment encore à la suite de Chauvin, et qui avait relevé toutes les fautes commises dans les entreprises précédentes. Il le fit accompagner par Samuel de Chami)lain, autre capitaine dans la marine de l'Etat, homme de tête et de main, déjà éprouvé par ses exploits dans les guerres de la Ligue, et par deux ans et demi de séjour dans une autre partie de l'Amérique; déjà connu pour l'énergie de son caractère et pour son esprit d'investigation. Il n'eut d'autre charge que « de veoir le pays et » ce que les entrepreneurs y feroient » : c'était un observateur et un découvreur de profession qu'on attachait à l'expédition * .

Le roi était l'âme de tous ces desseins et de toutes ces résolutions. Il avait arrêté de concert avec le commandeur de Chastes le choix de du Pont-Gravé et de Champlain, si même il ne l'avait dicté. 11 délivra une commission à ces deux oiïiciers ; il leur paya leurs appointements et la pension dont il gratifiait en outre Champlain, comme s'ils eussent continué à servir dans les ports de France : il reçut Champlain, conféra avec lui, « luy donna com-

1 Voyages de Champlain, liv. I, ch. 1, p. 39^ et ch. 6, p. 34, édit. 163-2.

556 L. Vll.r.II. VII. INSTRUCT. DONNÉES, PRÉCAUTIONS PRISES PAR LE ROI.

» mandement d'entreprendre ce voyage, et luy en faire » fidèle rapport '. » Il s'était fait présenter deux sauvages ramenés par du Pont-Gravé du Canada dans son précédent voyage, et destinés à servir d'interprètes et de guides aux nouveaux émigrants '. Après les avoir gagnés par ses bons traitements et ses dons, Henri leur prescrivit d'annoncer à leurs compatriotes, lors de leur retour parmi eux « qu'il leur vouloit du bien, et désiroit peupler leur )i terre, faire leur paix avec leurs ennemis qui estoient » les Irocois, ou leur envoyer des forces pour les vain- » cre '. » Il donna des instructions dans le même sens à du Pont-Gravé et à Champlain. Il avait donc choisi les hommes, et disposé les moyens, de manière à assurer la réussite d'un voyage d'exploration, et à préparer l'établissement des colonies et de la domination française dans l'Amérique septentrionale.

L'expédition placée sous la conduite de du Pont-Gravé dut mener de front l'exploration nécessaire à l'établissement colonial, et la traite réclamée par l'intérêt commercial de la Compagnie. Du Pont partit de Honfleur le 15 mars 1603, passa le 6 mai auprès du cap Sainte- Marie, non loin du cap de Raze, au sud-est de l'ile de Terre-Neuve, entra dans le golfe Saint-Laurent en passant entre l'île de Terre-Neuve et l'île du cap Breton, et se trouva à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent le 21 mai ''. Il remonta le fleuve dans un espace de quatre-

1 Voyages de Champlain, liv, I, ch. 7, p. 40.

2 P. Cayet, Chron. sept., liv. VI, t. II, p. 262, 263, d'après les relations contemporaines. « Le sieur du Pont avait amené deux sauvages » qui y habitent, lesquels il présenta au roy. »

3 Des Sauvages, ou Voyage de Samuel de Champlain, de Brouage, fait en la France nouvelle, l'an 1603. Paris, Claude de Moustrœil, 1604, chap. 2, folio 4 recto.

* L'île du cap Breton se nommait alors île Saint-Laurent, et le fleuve

VOYAGE D'exploration de dupont-cravé et de champlain. 557

vingt-dix lieues, jusqu'à Tadoussac , où il débarqua avec ses compagnons. Là, par l'intermédiaire des deux Canadiens (ju'il avait précédemment conduits en Europe, et qu'il ramenait avec lui, il contracta amitié et alliance au nom de la France avec trois nations sauvages, les Montagnais, les Etéchemins, les Algonquins. Il laissa une division au port de Tadoussac, centre sinon exclusif au moins principal du commerce des Français avec les sauvages : cette division, toute occupée des intérêts de la Compagnie , commença aussitôt la traite des castors , des martres et autres fourrures. Du Pont, en compagnie de Champlain, se mit à la tète de l'autre division, et remonta le cours du Saint-Laurent, dans un espace qu'aucun voyageur n'avait parcouru depuis Jacques Cartier. En partant de l'embouchure de la rivière Saguenay, où se trouvait Tadoussac, du Pont fit sur les deux rives du fleuve une nouvelle et exacte reconnaissance de tous les lieux où l'on pouvait s'établir et se fortifier, et dont les principaux étaient l'île d'Orléans, Québec, une Sainte- Croix, différente de celle dont on aura bientôt occasion de parler, file Saint-Eloi, la rivière de Foi ou les Trois- Rivières ', la rivière des Iroquois, Montréal, le saut Saint-Louis, voisin de ce dernier lieu. Le saut Saint- Louis était la limite à laquelle Jacques Cartier s'était arrêté : du Pont et Champlain s'efforcèrent de le franchir, mais ils ne purent y réussir alors. Ils regagnèrent Tadoussac, d'où ils partirent bientôt pour une double exploration. Ils parcoururent d'abord la rive sud ou rive droite du Saint-Laurent, depuis le point situé en face de

Saint-Laurent la grande rivière de Canada, comme le témoigne Champlain dans sou premier ouvrage intitulé : Des Sauvages, chap. b"^, folio 2 recto et verso; chap. 10, folio 29 bis.

1 Cartier nomme rivière de Foix le coui's d'eau que Champlain appelle les Trois-Rivières.

558 LIV. vil. CH. VII. SLITK DC VOYAGE IiVaPI ORATION.

Tadoussac jusqu'à l'embouchure du Ueuve ; puis les eûtes du golfe Saint-Laurent, nommées Gachepé ou Gaspé, baie des Morues, île Percée, baie de Chaleur : ils reconnurent que dans les trois premiers de ces pays il se faisait une pêche abondante de poisson frais et à sécher, complètement indépendante et distincte de celle de l'île de Terre-Neuve, et ils détachèrent le sieur de Prevert pour aller découvrir, sur la côte d'Acadie, des mines dont le rapport des sauvages leur avait appris l'existence. Ils visitèrent ensuite la rive nord ou rive 2;auche du Saint- Laurent, et ils s'assurèrent que près du petit port de Lesquemin, à huit ou dix lieues avant Tadoussac, les Basques faisaient depuis longues années la pèche de la baleine. Cette dernière exploration les ramena à Tadoussac, où ils retrouvèrent leurs vaisseaux, et la division des Français qu'ils avaient chargés de la traite des pelleteries avec les sauvages. Quand la traite fut terminée, quand on eut chargé sur les navires cette utile cargaison, toute l'expédition se rembarqua. Elle partit de l'embouchure du Saint-Laurent le 24 août, et elle entra au Havre le 20 septembre 1603, après une traversée qui n'avait duré que vingt-sept jours.

Ce voyage d'exploration n'avait pas beaucoup ajouté en étendue aux découvertes de .Jacques Cartier. Mais entrepris et exécuté d'après les règles d'une précision savante, il avait donné pour résultat : 1" des renseignements exacts sur quelques points de l'île de Terre-Neuve et des îles du golfe Saint-Laurent ; 2° la description complète de la côte ouest du golfe Saint-Laurent, depuis l'Acadie et l'île Saint-Jean jusqu'à Gaspé, et des deux rives du fleuve Saint-Laurent depuis son embouchure jusqu'à Montréal. C'était une étendue de 450 lieues de pays. Les chefs de l'entreprise avaient recueilli tous les renseignements propres à guider les marins et à rendre

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