POUVOIRS DE DR MONTS. MOYENS DE RÉUSSITE PRÉPARES
préparés pour faire réussir l'entreprise. Le roi conféra à de Monts le titre de lieutenant général et de vice-amiral avec autorité absolue sur ceux qui s'établiraient dans la colonie, et sur les marchands qui viendraient y trafiquer. Il lui fit une délégation de la souveraineté en lui donnant le pouvoir d'entreprendre la guerre, de conclure la paix et les alliances ; de nommer pour la première fois, luimême, tous les officiers de l'armée, de la justice, de la police, et de désigner ensuite au roi ceux qui seraient nommés ; de faire des lois , statuts , ordonnances , avec le concours des principaux colons qui l'accompagneraient, en conformité, autant que possi])le, avec celles de France, et sous la sanction et l'autorité du roi *.
n était impossible de ménager une plus grande liberté d'action et un plus grand pouvoir au chef d'une expédition. Les ressources matérielles lui furent fournies avec une égale libéralité. Le roi l'autorisa à prendre sur les terres conquises la portion qui serait à sa convenance , et à distribuer le reste aux gentilshommes, à titre de fiefs divers, d'après la hiérarchie féodale ; aux roturiers, à titre de concessions- : c'était un moyen dont les conquêtes faites au moyen âge prouvaient la puissance, dont tous les essais subséquents d'établissements coloniaux ont démontré l'infaillible efficacité. De Monts avait continué avec les négociants de Rouen, de la Rochelle et autres villes, la
» plusieurs forts, places, villes, ports, havres, retraictes et logements » que vous cognoistrez propres et utiles à l'exécution de ladicte entre- » prise. » — Pour les traités, page 455.
1 Commission de de Monts, pages 434,455.
'S Commission de de Monts, pages 455, 456. « Retenir, prendre, ré- » server et vous approprier ce que vous verrez vous estre plus com- » mode et propre à vostre charge, quaUté et usage desdictes terres ; » en despartir telles parts et portions, leur attribuer tels titres, hon- » neurs, droicts, pouvoirs et facultez que vous verrez besoin estre, » selon les qualitez, conditions et mérites des personnes du pays ou » autres. »
568 Liv. vil. cil. vil. ohdrf: formrl d'établir des colonies.
Compagnie formée par le commandeur de Chastes '. Il va de soi que l'autorité presque illimitée conférée à de Monts profitait à la Compagnie. Le roi leur accorda de plus, à l'exclusion des autres citoyens, le commerce de pelleteries et autres marchandises précédemment concédé à Chauvin et à de Chastes ; il l'étendit à tous les pays soumis à la souveraineté de la France, dont on vient de voir rénumération, et il en fixa la durée à dix ans. Protégé par les colonies qu'on allait fonder, favorisé par les comptoirs , devenu sédentaire et régulier , facilement étendu à de nouveaux lieux de traite et à de nouveaux objets, tels que les cuirs et les bois, ce commerce, pour peu qu'il fût fait avec activité et intelligence, était appelé à donner d'énormes produits. Le roi et les intéressés euxmêmes jugeaient qu'il devait couvrir les frais d'un établissement colonial et laisser encore des bénéfices considérables^.
Le roi avait mis à la disposition delà Compagnie française tous les pouvoirs, tous les moyens de succès que les Hollandais avaient donnés à leur Compagnie des Indes orientales et y avait ajouté la concession des terres. En échange, il lui imposait d'établir des colonies dans le plus bref délai, et de fonder leur solidité et leur duréesur la culture des terres. «Vous devez, lui disait-il, surtout peupler, » cultiver et faire habiter lesdites terres le plus prompte-
• Voyages de Champlain, cli. 8, p. 43.
î « Deffenses du roy à tous ses subjects autres que le sieur de Monts )) et ses associés de traffiqiier de pelleteries et autres choses avec les )) sauvages. Pour faciliter l'entreprise du sieiu" de Monts et à ceux qui » se sont joints avec luy, et leur donner quelque moyen et commodité » d'en supporter la despense, nous avons eu agréable de leur permet- » tre et asseurer qu'il ne seroit permis à aucuns autres de nos sub- » jects qu'à ceux qui eutreroient en association avec luy pour faire )) ladicte despense, de IralTicquer des pelleteries et autres marchann dises, durant dix années, es terres, pais, ports, rivières et avenues » de l'étendue de sa charge. » (Pages 464, 465.)