POKTION DE COMMERCE UÉSEIWÉE AU COMMERCE LIBRE
» ment, le plus soigneusement et dextrement, que le » temps, les lieux et commoJitez le pourront permettre^ » Le privilège accordé à de Monts et à ses associés ne comprenait que les pelleteries et autres denrées dont on commerçait déjà ou dont on pouvait trafiquer avec les sauvages : il laissait entièrement libre à nos marins et à nos négociants la pêche de la morue et de la baleine à l'île de Terre-Neuve, dans l'Acadie, dans le Canada. Le privilège ne devait durer, de plus, qu'un espace de temps limité. Il n'affectait donc que médiocrement et passagèrement la liberté du commerce. Il était légitime et même indispensable, puisque en donnant les facilités nécessaires pour fonder la puissance de la France dans l'Amérique du Nord , il fournissait en môme temps les moyens de défendre et le commerce des pelleteries lui-même, et la grande pêche, contre les entreprises des Anglais et des Hollandais, dès lors menaçantes, comme les faits le prouveront bientôt. Le roi ne se chargeait pas des frais de l'établissement colonial pour deux grandes raisons , indépendamment de l'insuffisance des ressources dont il disposait. Tous les essais de colonies tentés depuis François I" jusqu'à Charles IX, n'ayant pour mobile et pour stimulant que l'intérêt public, avaient échoué : il fallait essayer si, en recevant pour principe l'intérêt pri-sé avec ses ardentes passions, ils ne réussiraient pas davantage. D'une autre part, en associant intimement les opérations d'une Compagnie à la fondation d'une colonie, Henri voulait habituer les Français aux combinaisons réfléchies, au rapprochement de volontés et de capitaux, aux efforts énergiques et soutenus qu'exigent les entreprises com-
• Commission du roy au sieur de Monts , page 456. — Mercure françois, t. I, folio 294 recto. « Le sieur de Monts obtint du roy » nouvelle confirmation de privilège pour la traicte des castors en la » nouvelle France, afin qu'il eust moyen d'y mieux establir à l'adve- » nir ses colonies, et y commencer des républiques. »
570 Liv. vil. en. vil. opposiTio.N A i/entreprise ue de monts.
merciales en grand ; habitudes que les Hollandais possédaient depuis longtemps, et qui chez eux produisaient des merveilles.
Pour seconder les vues du roi, faire la fortune de la Compagnie dont les intérêts lui étaient confiés , réhabiliter en France les projets de colonie dans l'Amérique septentrionale, compromis par les vains essais des règnes précédents et par les tentatives malheureuses toutes récentes du marquis de La Roche et de Chauvin , de Monts avait besoin d'un succès obtenu dès le premier effort. Il lui était d'autant plus imposé de ne pas faillir, que le privilège dont il avait été gratifié devait provoqueras réclamations haineuses des intérêts momentanément froissés, et que si Henri était favorable à son entreprise, Sully s'y montrait contraire, comme il s'était montré hostile à l'introduction du mûrier et des manufactures de soie. Ses secrétaires lui disent dans ses Œconomies royales : « Nous » joindrons à ces faits quelques autres choses du dehors » royaume, comme la navigation du sieur de Alonts pour » aller faire des peuplades en Canada , du tout contraire •» à vostre advis, d'autant, disiez-vous, qu'on ne retire » jamais de grandes richesses des lieux ^situez au-dessus » de quarante degrez'. « L'histoire de l'Amérique du Nord placée au-dessus du 40e degré, et formant aujourd'hui la portion incomparablement la plus riche des Etats- Unis et des possessions anglaises, s'est chargée depuis deux .siècles et demi de répondre à l'assertion de Sully,
> Dans l'édition originale des (Ecou. roy., t. II, cli. 26, p. 295, reproduite dans l'édition de M. Michaud, ch. 125, t. I, p. 5, 6 B, on lit la fin de ce passage de la manière suivante : « Des lieux situés au » dessous de 40 degrés. » Au-dessous au lieu à^au-dessus parait une faute évidente d'impression, comme il y en a tant dans l'édition originale des Œconomies royales, à moins que, par un abus de langage, l'auteur n'ait voulu dire : deslieax qui ne se trouvent pas dans les quarante premiers degrés de latitude.