SAGF. AVIS DE CIIAMPLAIN, NON SUIVI PAR DE MONTS
et de montrer combien , dans cette partie de l'économie politique, comnje dans plusieurs autres, les vues de Henri IV l'emportaient sur celles de son ministre. Quant, à de Monts, son seul moyen de défense contre ce toutpuissant adversaire, et contre les marchands libres, était de n'agir qu'à coup sur et de réussir. Pour arriver à ce résultat, il avait à choisir entre deux partis. Ou bien il devait conduire la nouvelle émigration dans la région du Canada située entre Québec et Montréal, où l'on savait, depuis le voyage d'exploration de 1603, qu'on trouverait des terres fertiles et un climat, sinon doux, au moins tempéré. Ou bien, s'il voulait s'établir dans un autre pays, il devait en faire d'avance une exacte reconnaissance pendant la durée d'un hiver : le choix d'un homme sur et une dépense de quatre mille livres, lui auraient fourni les renseignements et les garanties dont il avait besoin. Champlain lui donnait le conseil de prendre une de ces résolutions et de ne rien aventurer *. De Monts crut pouvoir remplacer l'expérience par des calculs plausibles, par des suppositions en apparence parfaitement fondées. Lui-même tout le premier, la Compagnie française, tout le système de colonisation payèrent cher cette erreur.
Dans le reste de ses préparatifs , de Monts mit beaucoup de soin et d'intelligence, et remplit ses engagements avec une scrupuleuse loyauté. Le choix des hommes qui devaient prendre part à l'expédition fut fait avec discernement et sévérité. On comptait parmi eux bon nombre de gentilshommes qui, comme le sieur de Poutrincourt , avaient résolu de s'établir dans les terres dont la concession leur serait faite par de Monts ; les autres colons étaient des laboureurs, des artisans de toute sorte, d"Ronnôtes familles , des soldats en minorité , mais en quantité sufE-
' Voyages de Champlain, liv. l,ch. 8, p. 47.
572 L. VII. CM. vil. DE MONTS FAIT SES AUTRES l'UEPAIiATlFS AVECSOIN.
santé pour défendre le nouvel établissement. Parmi les émigrants se trouvait Charaplain : le roi lui ordonna de faire ce voyage « pour toujours en voyant et descouvrant » luy en faire un fidèle rapport. » Trois vaisseaux forts et soigneusement armés, furent équipés au Havre et à Honfleur: l'artillerie dont on les garnit, considérable pour le temps, provenait selon toute apparence d'un don ou d'un prêt du roi , d'après les lois alors en vigueur dans le royaume. Quand ils s'éloignèrent des côtes de France, on crut aux Pays-Bas qu'ils allaient jeter du secours dans Ostende , dont le siège fixait alors l'attention de l'Europe entière \
Ils partirent du Havre les 7 et 10 mars 1604. L'un alla à ïadoussac commencer la traite des pelleteries. Les deux autres, montés par de Monts et par du Pont-Gravé, cinglèrent vers la côte orientale de l'Acadie oii ils capturèrent cinq navires, un normand et quatre basques, qui faisaient le commerce des fourrures, contrairement à l'édit du roi, au préjudice de la Compagnie , à la ruine de l'entreprise coloniale. Dès lors commencèrent les plus violentes attaques contre de Monts ^. Le commerce libre ne savait ni se contenir, ni se discipliner : il ne voyait que le gain présent qu'on lui ôtait , parfaitement indifférent à l'intérêt de France, aux moyens de protéger contre l'étranger le commerce des pelleteries, et même la grande pêche , qui lui était laissée.
Après avoir quitté le rivage oriental de l'Acadie , de Monts entra dans la baie qu'il nomma Française (baie de Fundy ] . A gauche se trouvait la côte des Etéchemins
' Voyages de Champlaiu, 1. 1, ch. 8, p. 43, 44 ; 1. III, ch. 1, p. 98. — Lescarbot, l. II, ch. 3-2, p. 473, et ch, 36, p. 504. — P. Cayet, Chron. septen., 1. VII, p. 318 A.
* Lescarbot, 1. II, ch. 32, p. 475, 477. — Voyages de Champlain,!. I, ch. 8, p. 44.
PREMIÈRE COLONIE ÉTABLIE A SAINTE-CROIX 57u
( Maine et Nouveau-Brunswick ) ; à droite , la côte occidentale de l'Acadie. Le ])remier pays offrait dans plusieurs districts de bonnes terres ; le second était généralement d'une prodigieuse fertilité, riche par sa pèche, pourvu d'un grand nombre d'excellents ports. Ces deux contrées étaient donc appelées à recevoir des habitations, mais à la seconde époque de la colonisation, au temps où l'on pourrait s'aider des ressources de la civiUsation de l'Europe pour vaincre les obstacles naturels : elles se prêtaient mal au contraire à un premier établissement. Comme elles se trouvaient à une latitude plus méridionale de deux degrés au moins que Ouébec et les régions voisines du Canada, de Monts en concluait qu'on y trouverait une température plus douce. L'hiver, au contraire, y était infiniment plus rigoureux et plus long , parce que les vents et les glaces de la mer du Nord se portaient sur leurs rivages, jusqu'à la fin du mois de mai. Quand de Monts eut découvert sur la côte des Etéchemins, par 45 degrés 1/2 de latitude, l'ile Sainte-Croix, à l'embouchure de la rivière du même nom , lieu fort d'assiette et de facile défense , situé près de terres propres à la culture, il y établit la colonie. Il employa une partie de sa troupe à construire un fort et une redoute , et ù élever des maisons de charpente ; l'autre partie à défricher les terres voisines et à y semer des grains : il remplissait ainsi ses engagements avec promptitude et ponctualité, fondant la colonie sur l'agriculture , et préparant , dès le premier jour, des ressources pour l'avenir. Il eut soin aussi de renvoyer à la Compagnie , sous la conduite de Poutraincourt , les vaisseaux chargés d'une cargaison de fourrures. Les pelleteries jointes à la capture des vaisseaux surpris en fraude constituaient des bénéfices suifisants aux associés pour la première année. Mais ces premiers commencements , tous heureux de l'entreprise , se
574 L. Vll.CII.VlI. flEVERS DELA COLONIE. PERSÉVÉRANCE DE DE MONTS.
démentirent bientôt d'une manière cruelle. L'hiver arrivé, une neige de trois pieds de haut couvrit la terre pendant cinq mois, et le froid fut si rigoureux , que le cidre gela dans les barils. On ne trouvait dans Tile ni eau douce, ni bois de chauffage ; il fallait les aller chercher sur le rivage voisin. Parmi les colons, les plus paresseux burent de l'eau de neige, passèrent l'hiver dans des habitations Immides et glacées , manquant non pas de vivres , mais de viandes fraîches. Trente- six d'entre eux, atteints du scorbut, y succombèrent; la mort avait moissonné près de la moitié de la colonie ' .
Les prévisions de Champlain étaient cruellement réalisées. Pour avoir trop donné à l'incertain et à l'inconnu, sur la foi des apparences et de l'opinion commune , de Monts n'avait fait qu'ajouter un désastre à tous les désastres précédents , alors que la destinée entière des établissements coloniaux dépendait presque entièrement d'un succès. Son honneur de gentilhomme se révolta de rester sur un pareil résultat, et il travailla avec ardeur, avec persévérance , h en préparer un plus heureux et à réparer ses torts. Il employa le printemps de l'année 1605 à chei'cher un port situé plus au midi et dans un pays phis chaud. 11 parcourut la côte de l'océan Atlanti({ue occupée par deux peuples nommés Etéchemins et Armouchiquois, à partir de Sainte-Croix jusqu'à Malebarre, et du 45* degré 1/2 de latitude au 42% dans un espace de plus de cent lieues , en y comprenant les sinuosités de la côte. Mais cette première reconnaissance s'effectua à la hâte , sans recherches exactes, faute de moyens suffisants, et de Monts ne trouva pas d'emplacement qui lui convint pour y former un établissement. Les vivres , de
* Voyages de Champlaiu, ch. 8, p. 44, 45. — Lescarbol, 1. H, cb. 34-36, p. 478-504.
IIENFORT A l.A COLONIF.. DE MONTS l.A TriANSPOUTE Al' POriT-KOVAL. 575
plus, commençaient à manquer, quand il retourna à Sainte-Croix, Il était donc une seconde fois déçu, et il avait devant lui la désolante perspective de ramener en France sur les navires pêcheurs de Terre-Neuve ses compagnons décimés, sans avoir rien fait en Amérique. L'arrivée de son lieutenant du Pont-Gravé, avec un vaisseau parti de Ilonfleur, quarante hommes de renfort, des vivres et des marchandises d'Europe, le tira de ces extrémités. Aidé de ce secours , il put continuer l'élahlissement colonial ; mais il fallait quitter Sainte- Croix et son séjour inhospitalier. Il transporta l'habitation des Français au Port-Royal , lieu ainsi nommé parc^ que Ton y trouvait un excellent port de huit lieues d'étendue , sur la côte occidentale d'Acadie , à droite et au premier tiers environ de la baie française, sous la hauteur de 45 degrés de latitude. Dès qu'il vit les travaux d'installation commencés, il s'embarqua pour la France, et y ramena un second chargement de pelleteries, dont les bénélices devaient soutenir la Compagnie et la colonie tout ensemble. En son absence, les émigrants, sous l'active et intelligente direction de du Pont et de Champlain, construisirent au Port-Royal des maisons : ils élevèrent de plus trois forts et des redoutes , garnis de quinze canons , à l'entrée et sur divers points du port. Tout était achevé avant l'hiver. Bien garantis contre le froid , qui fut, du reste, moins rigoureux dans ce nouveau séjour, pourvus de blé et de viandes fraîches , les colons souffrirent peu : la mortalité diminua parmi eux d'une manière sensible , puisqu'ils ne perdirent que six hommes cette année, et moins encore l'année suivante. Pendant l'hiver, les sauvages se rendirent de divers points et de fort loin à Port-Royal, apportant en grande quantité, outre des chairs fraîches, des peaux de castors, de loutres, d'élans ((u'ils troquaient contre des marchandises d'Euro})e de peu
570 I.IV. vu. CM. vu. EXTKNSION DOtHLE DONNÉE AU COMMERCE.
de valeur. Les peaux d'élaus donnaient d'excellents cuirs pareils à ceux des buffles. Après le marché de Tadoussac, un second lieu de traite était donc établi pour la France , et le commerce portait non plus seulement sur les pelleteries , mais aussi sur les cuirs ' .
En 1606 , dès que la mer fut navigable, du Pont tenta une nouvelle reconnaissance des côtes maritimes du continent américain, en se dirigeant vers le sud; mais ce projet de découvertes, traversé par les tempêtes, n'eut pas de suites. Pendant ce temps de Monts travaillait en France à renforcer la colonie. 11 recueillit alors le premier et amer fruit de sa faute. L'émigration en Amérique était décriée par la mortalité de l'hiver de 1604, par la nécessité où l'on s'était trouvé de transporter l'habitation de Sainte-Croix à Port-Royal : les offres de transplantation étaient partout accueillies par des refus. L'activité de de Monts , le zèle de Poutrincourt stimulé par le sentiment religieux et par le désir de voir peupler le Port-Royal , non loin duquel il avait obtenu une vaste concession déterres, combattirentcesrépugnances: l'offre de gages élevés les surmonta, et une troupe de bons ouvriers-partit de la Rochelle pour la Nouvelle-France, sous la conduite de Poutrincourt. Arrêtée par des obstacles imprévus à sa sortie du port et dans le cours de sa navigation, elle n'arriva en Acadie qu'au moment où du Pont désespérant de sa venue , s'éloignait déjà de la contrée et s'apprêtait à conduire les hommes qu'il commandait, sur deux banpies qu'il avait fait construire, jus-
1 Mercure françois, t. I, fol. 295 recto et verso. — Lescarbot, 1. II, ch. 36, p. 535-537. « Les sauvages du pays s'assembloient de bien loin ') au Port-Royal pour troquer ce qu'ils avoient avec les Françuis, les » uns apportant des pelleteries de castors et de loutres, qui sont celles u dont on peut faire plus d'estat en ce lieu là, et aussi d'élans des- » quelles ou peut faire de bons buflles. » — Voir de plus la carte du Port-Royal, p. 480. — Voyages de Champlaiu, 1. 1, ch. 8, p. 45, 46.
NOUVEAU RENFOUT. COMMENCEMENT DE L'kXPLOITATION AGRICOLE. 577
qu'aux navires terreneuviers pour repasser en Europe. Les Jeux corps parvinrent à se réunir et occupèrent Je nouveau le Port-Royal le Jernierjour Je juillet IGOG '.
Du Pont et Champlain avaient construit les logements et le fort Ju Port-Royal. Poutrincourt , lieutenant Je Je Monts cette année, Jès le lenJemain Je son arrivée commença le Jéfrichement Jes terres, et après Jeux labours, lit les premières semailles Je blé , chanvre , lin , plantes Jont on tire l'huile, légumes Je toute espèce. Il Jonna également ses soins à l'établissement J'un moulin à eau qui remplaça le travail si pénible Jes moulins à bras -. Suivant les principes arrêtés Jès le Jébut , Jont une première application avait été faite à Sainte-Croix, Jont une seconJe avait lieu maintenant au Port-Royal, rétablissement colonial était fonJé sur la combinaison féconJe Jes Jéfrichements et Je l'agriculture J'une part , Ju commerce Je l'autre.
Poutrincourt et Champlain employèrent l'été et l'automne Je 1606 , et les six premiers mois Je Tannée 1 607, à étenJre , à compléter les explorations commencées Jepuis l'année 1604.L'exactihiJe et la précision que Champlain apporta Jans le relevé et la Jescription Jes lieux qu'ils visitèrent y Jonnèrent à ces explorations le caractère Je véritables Jécouvertes, fournirent à toutes les nations Je l'Europe Jes renseignements également sûrs et inJispensables pour les relations qu'elles Jevaient entretenir Jésormais avec l'Amérique septentrionale. Ces Jécouvertes embrassèrent Jans leur ensemble Jeux régions très Jistinctes. La première comprenait le pays Jes Étéchemins ou la côte occiJentale Je la baie Française
> Mercure françois^ t. I, fol. 295 ver^o, 296. — Lescarbot, 1. H, ch. 39, 40, 42, 43, p. 541-544, 551, 581-584.
2 Lescarbot, 1. Il, ch. 43, 46, p. 583, 588, 625, 626. — Mercure francois. t. I, fol. 296.
578L.Vll.cn. vu. EXPI.OR.ETDECOUV DECIlAMPI.AINF.TPOUTRAINCOUia
( baie Je Fundy ), et toutes les côtes de l'Acadie, depuis le fond de la l)aie française jusqu'au port de Canceau. Nous ne reproduirons ici aucun des renseignements fournis par Ghamplain sur cette région , parce que nous en donnerons plus tard le résumé en le combinant avec les indications fournies par le journal de l'un des colons. La seconde région était formée par la côte maritime du continent américain, depuis la rivière Sainte-Croix et le 45^ 1/2 degré de latitude, jusqu'au 41". Nous allons reproduire les principales observations auxquelles cette région donna lieu dans les deux voyages de découvertes exécutés en 1604 et 1606.
Ghamplain parcourut d'abord la côte où les rivières Sainte-Croix, Pemetogoët dite encore Norembègue, et Quiuibéquy ont leur embouchure : il indique que dans cet espace on ne rencontre qu'un terrain généralement ingrat, des peuples nomades et vivant d'une chasse précaire. Parvenu à la rivière Choùacoet, dans le pays des i^rmouchiquois, environ à 43 degrés 3/4 de latitude, il trouva un changement subit et complet, et voici dans quels termes il décrit les coutumes et les occupations des habitants, la nature et les produits du sol.
« La rivière s'appelle des habitants du pays Choùacoet. Ils labourent et cultivent la terre, ce que nous n'avions pas encore veu. Au lieu de charrue, ils ont un instrument de bois fort dur fait en façon d'une besche. Je fus à terre pour voir leur labourage, sur le bord de la rivière, et veis leurs bleds qui sont bleds d'Inde (maïs). Ils les font en jardinages, semans trois ou quatre grains en un Heu, après quoy ils assemblent tout autour quantité de terre, puis à trois pieds de là en sèment encore autant, et ainsi consécutivement. Parmy ce bled, à chaque toutleau, ils plantent trois ou quatre febves du Brésil qui viennent de diverses couleurs. Estant grandes, elles s'entrelacent autour dudit bled, qui lève de la hauteur de cinq à six pieds. Ils tiennent le champ fort net de mauvaises herbes. Nous y vismes force citrouilles, courges et petun qu'ils cultivent aussy. Il y a aussi grande
FKRTILITÉ DU PAYS, AGRICULTURE INDIGÈNE DU i3« AU /i 1 ^' DEGRÉ. 579
quantité de vignes auxquelles il y avoit de fort beaux grains... La demeure nrrestée, le labourage, et les beaux arbres, me firent juger que l'air y est plwi tempéré et meilleur que celuy où nous hyvernasmcs et qu'aux autres lieux de la cosle (depuis Sainte- Croix) K »
Delà rivière Choûacoet jusqu'au iV degré, dans un espace de soixante-dix lieues environ en droite ligne, Champlain rencontra partout , mais plus marqués et plus développés encore, les avantages de cette première localité. Les côtes foisonnaient de poissons pareils à ceux de l'Acadie : on pouvait y établir la grande et la petite pèche du jour où on les occuperait. Les terres se ])artageaient en forets pleines de noyers, de cyprès, de chênes, de frênes et de hêtres ; en prairies propres à nourrir un nombreux bétail ; en terrains bons pour la culture, couverts en outre d'arbres fruitiers et de vignes si fécondes, que les habitants apportaient aux Français des paniers de joncs remplis de raisins parvenus à leur pleine maturité. La population plus nombreuse et plus agglomérée avait des demeures fixes, pratiquait l'agriculture, défrichait chaque jour de nouvelles terres, conservait une partie de sa récolte de blé pour la nourriture de l'hiver, exerçait quelques arts d'utilité inventés par elle, entre autres la poterie, la préparation des cuirs, la vannerie, et la fabrication grossière da cuivre -. Ces peuples entièrement sortis de l'état sauvage, tendaient même à s'élever audessus de l'état barbare. Il y avait là pour la France tous les éléments d'une magnifique colonie, d'un nouvel em-
* Voyages de Champlaiu, 1. 11, cli. 4, p. 73, 74.
2 Voyages de Champlain, 1. Il, ch. 5, 6, 7, p. 77-92. — Lescarbot, 1. II, ch. 44, 45, p. 604, 60G. « Les sauvages apportoient du poisson et » des raisins pleins des paniers de jonc, pour avoir en échange quel- » que chose de nos denrées. Le sieur de Poutrincourt vit là des rai- » sins beaux à merveille. » — Plus pour les arts des Américains, 1. III, ch. 17, 18, p. 785, 792.
580 MV. vil. eu. vil. ADMIIIAHLE EMPLACEMENT POUR DES COLONIES.
pire. La fertilité, l'admirable situation de cette région du continent américain située sur l'Atlantique, provoquait, commandait, en quelque sorte , la fondation de "nouvelles villes. Ces cités maritimes, placées juste en face de la France, étaient inévitablement destinées à lui envoyer l'excédant sur et prochain des produits indigènes, à recevoir d'elle les produits de l'industrie européenne , et à les répandre dans l'Amérique du nord tout entière. Champlain, de IMonts, Poutrincourt, qui concevaient l'établissement colonial sur ces données, sentaient l'immense importance des points maritimes. Aussi se livrèrent-ils à la recherche des baies et des ports avec l'ardeur passionnée, l'infatigable attention, qu'on apporte à T accomplissement d'un grand dessein qu'on veut faire réussir. Ou'on en juge par les détails que Ton trouve dans la relation de Ghamplain :
(( Ce jour, dit-il, nou.s retournasmes deux ou trois lieues devers Clioûacoet, jusques à un cap qu'avons nommé le port aux Isles, bon pour des vaisseaux de cent tonneaux, qui est parmy trois isles. Mettant le cap au nord-est, quart du nord, proche de ce lieu, l'on entre en un autre port où il n'y a aucun passage (bien que ce soient isles), que celui par où on entre, où à l'entrée .il y a quelques brisans de rochers qui sont dangereux. Ce port aux Isles est par la hauteur de '13 degrez 25 minutes de latitude... On trouve un port très-beau et trèsbon, où il y a de l'eau assez pour les vaisseaux, et où on se peut mettre à l'abri derrière des isles. Il est par la hauteur de 43 degrez de latitude, et l'avons nommé le Beau-Port... On envoya la chaloupe pour sonder vers un terroir qui est assez haut, et où on jugeoit y avoir beaucoup d'eau, et de faict on y en trouva sept brasses. Nous y fusmes mouiller l'anchre, et aussitost nous apparcillasmes la chaloupe avec neuf ou dix hommes pour aller à terre voir un lieu où jugions y avoir un beau et bon port. Estant recogneu, nous y entrasmes à deux, trois et quatre brasses d'eau. Quand nous fusmes dedans, nous en trouvasmes cinq et six. Il y avoit force huistres qui estoient très-bonnes, ce que nous n'avions pas encore aperceu : nous le nomniasmes le port aux Huistres, et est par la hauteur de 42 degrez