‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 136 sur 199 · PRODUITS DIVERS PRKSENTÉS AU ROI · texte numérisé non relu

PRODUITS DIVERS PRKSENTÉS AU ROI

havres de rAcadio étaient tout aussi poissonneux, et si cette circonstance restait encore ignorée du gros des navigateurs, elle était déjà connue des capitaines les plus expérinaentés : plusieurs y avaient établi une pèche qui leur procurait des bénétices certains et considérables. Voici ce qu'on lit dans le journal de l'un des colons, parlant de leur traversée du Port-Royal à Canceau : « Au cap de Sable, en une demi-heure, nous pouvions prendre des morues pour quinze jours, et des plus belles et grosses que j'aye jamais veues, icelles de couleur de carpes; ce que je n'ay onques reconeu qu'en cet endroit environ du dit cap de Sable... Nous demeurâmes deux jours à la Ilève , et dans le port même nous voyions mordre la morue à l'hameçon... Nous arrivâmes à quatre lieues de Canceau à un port où faisoit sa pêcherie un bon vieillard de Saint-Jean-de-Luz, nommé le capitaine Savalet. Ce bon personnage nous dit que ce voyage étoit le quarantedeuxième qu'il faisoit par de là, et toutefois les terreneuviers n'en font tous les ans qu'un. Il étoit merveilleusement content de sa pêcherie, et nous disoit qu'il faisoit tous les jours pour cinquante escus de morue , et que son voyage lui vaudroit dix mille francs (environ 40,000 francs d'aujourd'hui) . Il avoit seize hommes à ses gages, et son vaisseau étoit de 80 tonneaux, qui pouvoit porter 100 milliers de morues sèches '. » La grande pêche présentait donc dans ce pays des ressources inépuisables de richesses à la France, si l'on avait soin de la développer et de l'assurer. L'agriculture lui en offrait d'autres. Quelque temps après son retour en France, Poutrincourt pré-

» qui étoit encore le Jonas, s'arrêteroit au port de Canceau, pour y » faire pescherie de morues; les marchands associés du sieur de » Moûts, ne sachant pas qu'il y eust pescherie plus loin que ce lieu. » Chap. 48, p. 649 ; « Le Jonas, outre notre charge, portoit cent mil- » liers de morues, que sèches, que vertes. » * Lescarbot, 1. II, ch. 48, p. 644, 643. ,

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senta au roi les fruits di; la terre défrichée en Acadie, autour du Port-Royal, et spécialement des grains, froment et seif^le, orge et avoine. Le seigle était venu de la hauteur d'un homme, et un grain poussé à l'écart avait donné cent cinquante épis comparables en beauté à ceux de Beauce et de Sicile. Une partie seulement de cette récolte avait été rapportée en France : le sauvage Merabertou remplit sept barriques desblés qui avaient été laissés dans les champs voisins du Port-Roval, et en réserva un autre pour les Français, dont il attendait le retour. Tout dans cette partie de la Nouvelle-France se reproduisait avec la même abondance, et l'on démontra que la colonie, en supposant qu'elle fût demeurée en Acadie, aurait dès la troisième année pourvu à sa subsistance avec les récoltes qu'elle aurait obtenues, et n'aurait plus eu à tirer aucunes provisions de la métropole ; qu'au delà elle aurait obtenu un excédant sur ses besoins, et que cet excédant, sans cesse multiplié, serait devenu j;our elle un objet de commerce et de bénéfices considérables '.

Sur un précédent que fournissait notre propre histoire,

• Lescarbot, 1. II, ch. 48, p. G31-tio3; 1. III^ ch. 24, p. 841,édit. 1609, « Dieu a béui nostre travail, et nous a baillé de beaux froments, » seigles, orges, avoines, pois, fèves, chanvres, navettes, et herbes » de jardins : et ce, si plaulureusement que le seigle estoit aussi )) haut que le plus grand homme qui se puisse voir, et craignions » que cette hauteur ne l'empeschast de greuer. Mais il a si bien prou- » été qu'un grain de France, là planté, a rendu cent cinquante épies » tels que la Sicile ni la Beausse n'en produisent pas de plus beau. » — Denys, gouverneur pour le roi et propriétaire dans une partie de l'Acadie, qui a vu tout ce qu'il décrit, dans sa Description géographique et historique de l'Amérique septentrionale, ch. 3, t. I, p. 79, cite sous l'année 1G35 un fait relatif au blé absolument semblable nu renseignement fourni par Lescarbot sur le seigle. — Lescarbot, ajoute, 1. II, ch. 47, p. 631 : « Passé une autre année (la troisième), )) il ne falloit plus entretenir l'habitation : la terre estoit suffisante de » rendre les nécessités de la vie, » édition 1609. — Champlain, dans ses Voyages, 1. I, ch. 8, p. 47, rend absolument le même témoignage.

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