‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 138 sur 199 · I.. VII. CH. VII. MESURE TRANSITOIRE PRISE PAR LE ROI A CET EFFET · texte numérisé non relu

I.. VII. CH. VII. MESURE TRANSITOIRE PRISE PAR LE ROI A CET EFFET

France, fiiez toutes la nécessité d'en fonder, pour rivaliser avec rj-]spagne, était comprise.

Ces faits contenaient de graves avertissements dont le roi profita. Il pourvut, au moyen d'un expédient, à ce que les essais de colonisation française en Amérique continuassent sans interruption. 11 releva le courage de de Monts et l'existence de la Compagnie par une mesure momentanée et transitoire, en attendant qu'il pût régler détinitivement les intérêts contraires de la Compagnie et du commerce libre. Sur la présentation des fruits de la terre d'Acadie, il continua pour un an à de Monts et à ses associés le privilège de la traite des castors et autres pelleteries ' .

Aidés et excités de la sorte, de Monts et la Compagnie firent de nouveaux efforts, d'où il résulta que Tintérêt colonial ne fut affecté qu'un moment, et que ses développements ne furent pas arrêtés. Au mois de mars 1008, les associés dirigèrent sur l'Amérique septentrionale trois nouveaux navires chargés de bons ouvriers et de familles, pour «commencer des républiques chrétiennes et françaises, comme parlent les contemporains. L'un des lieutenants de de Monts, Champdoré repeupla en Acadie le Port-Royal qui avait été momentanément abandonné-. L'autre, Champlain, jeta les fondements de Québec dans le Canada, le 3 juillet de cette année. L'emplacement de la ville naissante était admirable : aussi Champlain , depuis IGOî, n'avait-il cessé de demander qu'on l'occupât. L'établissement se trouvait sur la rive gauche du fleuve Saint-Laurent, à portée des nations sauvages avec lesquelles on pouvait faire la traite des pelleteries : après

1 Lescarbot, 1. Il, ch. 48, p. 652, édilion 1609; 1. V, ch. 2, p. G13, édition 1C18. — Mercure françois, t. I, fol. 296 verso.

« Lescarbot, 1. II, ch. 48, p. C52, édition 1C09. — Mercure françois, t. I, fol. 296 verso, 297.

LE pour- ROYAL rtKI'KL'I'LK,, I-ONDATION DE QUF.BEC. Ml

Tadoussac, il formait un second centre pour ce commerce qu'il doublait. Cet avantage présent, quelque considérable qu'il fût, était le moindre de ceux qu'il présL'utait. En efl'et, c'était le seul lieu du monde où les plus grands vaisseaux trouvassent assez d'eau pour aborder, à la distance de cent-vingt lieues de l'embouchure du fleuve qu'ils remontaient : d'où il résultait que la ville qu'on y élevait devait devenir à la fois un port de refuge de premier ordre et un entrepôt de commerce intérieur. Québec seul, mettait déjà sous la domination française près de la moitié du cours du Saint-Laurent: en secombinant, en se reliant avec Montréal, où trois ansplus tard on projetait un autre établissement, il nous assurait le cours entier du ileuve, à partir du golfe Saint-Laurent jusqu'au lac Ontario. Tout concourait au pronqjt développement, à la rapide prospérité de Québec, pourvu qu'on sût y aider. L'habitation était éloignée des mers qui rendent l'hiver si rigoureux sur la côte d'Acadie, et sur les deux rives du Saint-Laurent jusqu'à Tadoussac ; le climat parfaitement sain, sans être doux, était tempéré : le territoire d'alentour, où croissaient naturellement et en abondance les noyers et la vigne, était d'une grande fécondité, et se prétait à la culture- des grains , des légumes et des fruits ' .

Sous la conduite de Champlain , les émigrants se partagèrent les travaux de l'établissement de la colonie. Les uns construisirent des maisons de bois, un magasin pour la conservation des vivres apportés de la métropole, un

* Voyages de Champlain, 1. III, ch. 6. « Depuis Tadoussac jusqu'à » Gaspé, cap Breton, isle de Terre-Neuve et grande baie, les glaces et » nôges y sont encores en la plus part des eudroicts jusques à la fin n de mai, auquel temps quelquefois l'entrée de la grande rivière » (Saint-Laurent) est scellée de glace. Mais à Québec, il n'y en a » point, qui monstre une estrange différence pour cent vingt lieues » de chemin en lonsitude. »

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fort. Les autres plantèrent des arbres fruitiers également apportés de France, et les vignes du pays soumises dès ce moment à une culture régulière : ils défrichèrent les terres voisines de l'habitation, où (ihamplain fit semer au mois d'octobre du blé et du seigle, dont la réussite dépassa toute espérance : ils se livrèrent enfin à l'élève du bétail, dont le chef de la colonie avait eu grand soin également de charger les navires de transport. L'hiverarriva au milieu de ces travaux. Champlain employa le printemps et l'été de 1609 à reconnaître de nouveaux pays, et à commencer la domination pacifique de la colonie sur les populations environnantes, en intervenant dans leurs intérêts, et en remplissant la promesse que le roi leur avait faite de leur ménager l'avantage sur leurs ennemis, s'il ne parvenait h accommoder leurs différends. Champlain avait, dès l'année précédente, contracté d'étroites relations avec trois peuplades sauvages, les Algonquins, les Montagnais, les Ochatéguins ou Ilurons, qui avaient leurs habitations sur la rive gauche du Saint- Laurent, celle où Ouebec était située. Pendant l'été de 1609, il se joignit à eux, avec quelques colons, au moment où ils allaient attaquer les Iroquois leurs ennemis fixés sur la rive droite du fleuve, et-il contribua puissamment à leur victoire par ses conseils, son courage, la supériorité de ses armes à feu. Revenu à Québec, il pourvut, de concert avec du Pont, à ce que les Français passassent l'hiverdans des habitationsbienchauffées, et se nourrissent de viandes fraîches : dès ce moment l'état sanitaire de la colonie qui, durant le précédent hiver, avait laissé encore à désirer, devint excellent et ne cessa plus de l'être. Ces soins accomplis, Champlain repassa en France , et y débarqua le 13 octobre 1609. « J'allai, dit-il, trouver le sieur de Monts, auquel je représentai tout ce qui s'étoit passéennostre liyvernement,etcequej'avoispucognoistre

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